SÉTON A LA NUQUE. — BAINS FROIDS
(les membres inférieurs ; les mouvements des membres étaient libres, bien qu'offrant un peu d'incertitude; pas d'ataxie de la langue; enfin, je notai l'existence d'un état fébrile peu intense, mais appréciable.
Les trois honorables confrères du Havre qui étaient présents à la consultation se rendirent à l'opinion que j'émis, et qui consistait à considérer le malade comme menacé de paralysie générale et atteint de méningite spinale, dont les douleurs sciatiques antérieures étaient une manifestation insidieuse.
Le traitement que nous instituâmes consista en vésicatoires d'abord, puis en cautères le long de la colonne vertébrale, cautères que le malade dut conserver un an ou deux au moins, et, en outre, dans l'abandon absolu de sa profession. Les choses se sont passées ainsi que nous pouvions l'espérer, et au bout d'un mois et demi, l'état était aussi satisfaisant que possible, les douleurs avaient cédé les premières, puis le délire, et en dernier lieu l'amnésie. (J'ai revu ce malade r/ewa? ans après, en juillet 1870 : sa santé était dans l'état où elle se trouvait avant l'apparition des accidents; il n'existait plus de douleur vertébrale, d'irradiations névralgiques dans les membres, la sensibilité cutanée était bien nette, la parole normale ainsi que la mémoire; il n'avait plus de tremblement des mains; il était complètement guéri, mais il continuait à porter son cautère avec d'autant plus de persévérance, que cet exutoire s'étant séché pendant quelques jours, il y a de cela quinze mois, les douleurs avaient immédiatement reparu. Il est mort en 1875, d'une fièvre typhoïde.)
Le séton à la nuque est également indiqué dans les formes chroniques de la maladie, il paiVit avoir pour effet de prévenir les poussées congestives. C'est surtout dans les cas, rares à la vérité, où il existe de la céphalalgie, que le séton produit de bons résultats : il fait disparaître la céphalalgie; il paraît même avoir une heureuse influence en retardant les progrès de la démence. Il amène une énergique dérivation, à action lente mais continue; nous n'hésitons pas à l'employer, même chez les malades à la troisième période.
Enfin, parmi les moyens de traitement, l'emploi de l'eau froide nous a donné les meilleurs résultats.
Bains froids. — Étant donné ce fait que la paralysie générale est une maladie inflammatoire des centres nerveux, que la température s'élève souvent au-dessus de la normale, même en dehors des attaques apoplectiformes ou épileptiformes, nous avons essayé l'usage des bains froids. Ce fut d'abord chez des malades en proie à des accès de manie congestive, présentant une extrême agitation, une notable élévation delà température avec uneataxie considérable, dans les cas en un mot où l'emploi de la médication antiphlogistique était parfaitement indiquée, et où la gravité de la maladie justifiait une intervention très-énergique.
Le résultat obtenu dépassa notre iittente. Nous vîmes en effet qu'ajjrcs les bains froids l'agitation des malades diminuait, que leur température baissait de i degré et demi ou '2 degrés, et que surtout l'ataxie était sensiblement amendée; nous eûmes la satisfaction de constater que sur une quinzaine de ces cas de paralysie générale aiguë ou subaiguë, aucun malade traité par les bains froids ne succomba ; or, on sait la gravité habituelle de ces formes de paralysie générale avec fièvre, excitation et ataxie, que M. Baillarger fait rentrer dans son groupe des manies congestives.
En outre, aucun malade ne contracta de pneumonie et de néphrite. Nous en conclûmes que dans les cas où la température est élevée au-dessus de l'état normal, la méthode de réfrigération employée était tout à fait inoffensive.
Enhardi par ces premiers essais, qui datent de 1871, nous continuâmes à employer les bains chez trois des malades qui pendant leur période aiguë s'étaient si bien trouvés de ce traitement, et dont l'affection avait eu depuis une marche subaiguë. Dans ces trois cas, la température n'était plus que de temps à autre au-dessus de la normale, mais les symptômes ataxiques persistaient; or nous pûmes constater que les bains étaient encore parfaitement supportés, et que l'ataxie diminuait sensiblement après.
Cette observation nous encouragea à employer les bains dans tous les cas oû il y avait de l'ataxie avec ou sans élévation notable de la température.
Voyant, au bout de sept ou huit mois d'expérimentation, que les bains étaient parfaitement supportés, que les malades en prenaient pour ainsi dire l'habitude et qu'au bout de quelques jours ils n'opposaient pas de résistance à l'emploi du froid ; que jamais il ne survint ni pneumonie, ni pleurésie, ni bronchite, qu'au contraire, les malades traités par les bains avaient une immunité remarquable à l'égard des accidents thoraciques, que jamais les bains ne donnaientlieuàdelanéphrite, qu'ils étaienten un mot très-avantageux à quelques malades, et nuisibles à aucun, je pris la résolution de traiter par les bains froids tous les malades atteints de paralysie générale à la première période : telle est, en quelques mots, la série d'observations qui m'amena à employer les bains froids dans le traitement de la paralysie générale.
Pénétrons maintenant plus en avant dans les détails et voyons :
i" De quelle façon il convient d'employer les bains froids ;
2" Quels sont les effets qu'en ressentent les patients : les effets immédiats et les effets consécutifs ;
3" Quelles sont les principales circonstances dans lesquelles les bains froids doivent être administrés ;
4" Quelles sont enfin les contre-indications.
i° De quelle façon doivent être administrés les bains froids. — Au début de nos essais, nous donnions les bains à 20 degrés; et nous ne laissions les malades dans l'eau que jusqu'au moment où ils éprouvaient un frisson violent, c'est-à-dire pendant quelques minutes ; les malades se trouvaient bien des bains d'affusion ; mais leur température ne baissait pas suffisamment, nous en vînmes peu à peu à prolonger la durée du bain pendant cinq, huit et jusqu'à dix minutes. Simultanément nous cherchâmes dans quelle mesure il serait possible d'abaisser la température de l'eau, et en diminuant la température degré par degré, nous arrivâmes à donner les bains à i2 degrés centigrades. C'est à ces chiffres que nous nous sommes arrêté, et dans la majorité des cas, surtout quand il y a de la fièvre notable et dès le début, nous donnons les bains à 12 degrés et pendant dix minutes. Le procédé n'est pas aussi rigoureux quand il s'agit de malades affaiblis, surtout au commencement du traitement.
Dans les cas où la fièvre n'est pas considérable, nous commençons par les bains à 18 degrés pendant cinq minutes ; au bout de quatre à six jours, nous arrivons à laisser le malade dans l'eau pendant dix minutes, puis en une huitaine de jours nous baissons la température de l'eau jusqu'à 42 degrés. En été nousemployons la glace pour arriver à cette température. Ces bains sont donnés l'hiver dans des salles bien chauffées.
Les malades sont plongés dans l'eau après avoir été bien essuyés, s'ils sont en sueur. Sitôt retirés, ils sont enveloppées dans des couvertures également chauffées. On les laisse dans ces couvertures pendant trois quarts d'heure ou une heure, après quoi on les essuie avec soin et on les reporte dans leur lit, s'ils sont alités; ou bien on les habille et on les laisse dans une salle chaude.
Ces bains doivent être donnés tous les jours ; ce n'est qu'à la
longue, qu'on peut les donner seulement tous 'les deux jours. Il y a même parfois indication à donner deux bains dans la journée. -
Durée du traitement. — Ce traitement sera continué pendant très-longtemps ; nous ne sommes pas encore à même d'indiquer une durée maximum. Chez une malade nommée Bl..., dont l'observation est relatée plus loin, le traitement est suivi depuis trois ans et demi, et la malade s'en trouve si bien, que d'elle-même, depuis sa sortie du service, elle le continue et prend son bain froid tous les deux jours.
Mais ce que nous pouvons affirmer, c'est le danger qu'il y a de cesser trop tôt. Chez une malade nous avons perdu en grande partie le bénéfice d'un traitement de six mois, parce que nous n'avons pas cru d'abord devoir continuer ; et parce qu'ensuite, quand nous avons voulu reprendre, nous n'avons pas pu le faire, les appareils étant en réparation ; quand nous étudierons plus spécialement les cas où l'eau froide doit être employée, nous verrons dans quelles circonstances on peut suspendre le traitement, dans quels cas il faut le reprendre après l'avoir suspendu, etc.
L'hiver et les froids les plus rigoureux ne sont pas une contreindication ; il faut seulement multiplier les précautions pour assurer une réaction suffisante. Voici maintenant quels sont les principaux effets produits par les bains :
2" Effets immédiats. — Lorsque les malades ont beaucoup de fièvre et sont très-agités, ils paraissent ne pas ressentir l'impression de l'eau froide et ils continuent à vociférer et à s'agiter, à rire, à parler, comme ils le faisaient auparavant; au bout d'un certain nombre de minutes, le frisson les prend, sans qu'ils paraissent s'en douter.
Dans le plus grand nombre des cas, même chez les agités, l'impression de l'eau froide est vivement et douloureusement ressentie ; les malades poussent des cris plaintifs, sont suffoqués en entrant dans l'eau ; mais au bout d'une ou deux minutes le calme revient. Au bout de cinq ou six minutes, arrive le frisson ; les lèvres deviennent parfois bleuâtres, et suivant que cet état est plus ou moins prononcé, on laisse les malades dans l'eau plus ou moins longtemps ; on s'efforce d'attendre jusqu'à ce que dix minutes se soient écoulées.
Le pouls qui, au début de l'immersion, est exagéré dans sa force, devient bientôt petit, serré, imperceptible ; on pourrait croire que, pour lutter contre la contraction artérielle ainsi produite, le cœur fait des efforts et que ses battements sont énergiques. Il n'en est rien : les battements sont en effet ralentis, mais leur énergie n'augmente pas, car ils deviennent difficilement perceptibles par la palpation.
Le phénomène de la chair de poule indiquant une contraction soutenue des fibres musculaires du derme, ne tarde pas à se produire.
Quand les malades, immédiatement après le bain, sont enroulés dans des couvertures chaudes, la réaction se produit toujours, mais plus ou moins vite et plus ou moins intense ; nous ne l'avons jamais vue manquer. Elle débute quelquefois immédiatement après le bain , surtout chez les malades qui sont soumis à ce traitement depuis un certain temps ; d'autres fois elle se fait attendre dix minutes ou un quart d'heure, rarement plus. Pendant ce temps, les patients continuent à grelotter, à avoir la face pâle et quelquefois cyanosée. Lorsque la réaction survient, la surface cutanée est couverte soit d'une douce moiteur, soit de sueurs abondantes. A ce moment le déhre, lorsqu'il existe, est toujours beaucoup plus calme qu'avant le bain.
Sortis des couvertures au bout de trois quarts d'heure, les malades bien essuyés se trouvent dans un état de bien-être très-appréciable, leur pouls continue pendant plusieurs heures à être serré etrésistant, les tracés sphygmographiques montrent très-bien l'action tonique opérée sur les vaisseaux.
Le chiffre marqué par le thermomètre baisse toujours sous l'influence du bain, et la réfrigération persiste plus ou moins longtemps. Dans les cas aigus, alors qu'il y a beaucoup de fièvre, l'abaissement de la température peut atteindre 2 degrés et demi, mais le thermomètre remonte assez vite à son degré antérieur.
Action sur la température du malade. — Dans les cas, au contraire, où il y a peu de fièvre, l'abaissement delà température dépasse rarement un degré, mais la réfrigération persiste pendant plusieurs heures. Chez la malade Proul..., dont l'observation est relatée plus loin, la température moyenne, prise pendant toute la durée du mois de juin, était de 37%6 avant le bain; or, après le
bain, elle était de 36", 2; l'abaissement en moyenne était donc de 0",77. — Chez une autre malade (Tourn...), observée en même temps, l'écart était plus considérable, il était en moyenne de'1%80.
La températnre moyenne avant le bain était en effet de 36°, 6, et après le bain elle était de 34", 8.
Effets consécutifs. — Les malades soumis au traitement par les bains froids ont en général une mine de santé qui persiste alors même que la maladie parcourt ses diverses périodes, leur appétit est toujours excellent, il arrive souvent quand les femmes n'ont pas dépassé l'époque de la ménopause, que les règles disparues depuis longtemps réapparaissent sous l'influence des bains froids ; ce fait indique bien que les bains agissent dans un sens favorable, car on sait que la réapparition des règles est en généra d'un bon augure.
Les bains ont pour effet incontestable, à quelque période qu'ils soient donnés, de diminuer les troubles d'ordre ataxique(tremblements des mains, des jambes, de la langue, de la parole, etc.), de prévenir les congestions avec leur effrayant cortège symptomatique. Ils sont aussi très-utiles pour le traitement des eschares et pour empêcher leur apparition. L'observation de la nommée G... est un exemple de leur heureuse influence (page 525).
Inftacnce sur les troubles intelleetiiels. — Pour ce qui est des troubles intellectuels, voici comment on peut résumer leur action. Dans les cas où le trouble intellectuel a pour caractéristique la stupeur, l'abolition plus ou moins marquée de l'activité intellectuelle, de la dépression, soit mélancolique, soit hypocondriaque, la démence sans délire spécial, les bains froids agissent avantageusement au point de vue mental. Dans ceux où il y a de l'excitation, du délire ambitieux, de l'agitation, les bains ont une action moins efficace mais encore appréciable. Nous reviendrons sur ces détails à propos de l'étude des indications auxquelles répondent le mieux les bains froids; nous ne faisons ici qu'établir quelques données générales pour montrer le parti qu'on peut tirer de ce moyen thérapeutique. Mais il ne fondrait pas s'en exagérer l'importance. Il ne faudrait pas avoir la prétention de guérir par eux tous les cas de paralysie générale à quelque période qu'ils se présentent. C'est ainsi que, dans un certain nombre de cas, nous
n'avons pas pu empêcher la cachexie ultime de se produire.
Il nous paraît intéressant de signaler parfois la persistance, malgré les bains quotidiens, de cette odeur nauséeuse qu'exhale le corps des fous paralytiques. Celte odeur prouve bien l'état de détérioration de toute l'économie; lorsqu'elle subsiste malgré les bains, elle est d'un pronostic éminemment fâcheux; dans un certain nombre de cas et même à la fin de la seconde période, nous avons pu constater que cette odeur disparaissait; l'état général et l'état de l'intelligence s'amélioraient alors parallèlement : le fait a été très-net chez une de nos malades dont l'observation est relatée plus loin (M""^ P...).
Si l'on nous demandait de préciser le mode d'action des bains à 12 degrés, nous serions en peine de le faire; ils produisent sans doute des effets complexes. Au début de nos essais nous pensions qu'ils agissaient comme antiphlogistiques, qu'ils avaient la même action que dans la fièvre typhoïde, dans la méningite rhumatismale ; mais notre pratique ultérieure nous a rendu moins affirmatif, car les bains froids agissent également bien, en n'amenant pas plus d'accidents, chez les malades qui n'ont pas de fièvre. Il faut donc aussi compter avec leur action tonique, et c'est elle qu'il faut rechercher quand on a à soigner des malades à la deuxième ou à la troisième période.
Action dérivative. — Il est certain que les bains produisent encore une action dérivative, si l'on en juge par la coloration de la surface cutanée qu'on observe toujours après le bain, et qui démontre qu'il s'est fait à la périphérie un afflux sanguin au détriment de la circulation profonde et parenchymateuse.
En nous entourant de toutes les précautions requises et décrites plus haut, nous n'avonsjamais vu résulter d'accidents de l'usage des bains h^oids, même chez les malades qui n'avaient pas de fièvre, bien au contraire, nous mettons nos malades à l'abri des pneumonies qui sont si fréquentes et si graves chez les fous paralytiques. De même nous n'avons jamais provoqué de néphrite. Ces faits sont remarquables, car il est bien certain que sur cent individus sains qu'on soumettrait à des bains à 12 degrés pendant dix minutes, cinquante au moins contracteraient, soit des pneumonies, soit des pleurésies, soit des néphrites aiguës, soit des rhumatismes ou au moins des bronchites. Nousnenousexpli-
quons pas encore cette immunité des aliénés paralytiques. Mais les faits sont là, nos assertions sont basées sur un nombre d'observations suffisant; aussi nous ne nous laissons pas arrêter par des considérations théoriques. Il y a bien d'autres points qui restent inexplicables dans l'histoire de la folie paralytique, on en trouvera peut-être un jour l'interprétation, mais à l'heure qu'il est, l'importance est de les bien connaître.
3" Indications des bains froids. — Après ces données générales, étudions dans quel cas l'action des bains froids peut être le plus utilement employée. On peut dire que les bains froids conviennent dans l'immense majorité des cas et à toutes les périodes de la paralysie générale. Une telle assertion est de nature à jeter le doute dans l'esprit, car il y a lieu de se méfier des moyens thérapeutiques qui réussissent également bien contre une maladie donnée, quelles que soient ses allures et ses périodes. Et cependant nous croyons fermement à l'efficacité des bains froids dans la plupart des cas de paralysie générale. Cette conviction est fondée sur les bases suivantes :
Sur l'expérience qui, somme toute, en médecine est encore le guide le plus sûr. Or, nous avons été amené à soigner par les bains froids des malades à toutes les périodes de la folie paralytique, et jamais nous n'avons eu d'accidents survenus par le fait du traitement; le plus souvent, au contraire, nous avons constaté de l'amélioration, même chez les malades à la troisième période.
La paralysie générale n'est pas une maladie cyclique; c'est une maladie dont les lésions sont toujours identiques à ellesmêmes, sont toujours de nature inflammatoire, sauf lorsqu'il existe de la cachexie très-avancée, ou lorsqu'il s'agit de paralysie générale à forme sénile. Il n'est donc pas étonnant que le même traitement convienne à l'immense majorité des cas.
Autant il serait barbare de traiter par un seul médicament toutes les pneumonies sans s'inquiéter du malade ou de la période de la maladie, autant il est rationnel d'opposer à une lésion constante et s'aggravant de jour en jour, sans changer pour cela de nature, une médication toujours identique. On emploie bien le sulfate de quinine dans toutes les formes et à toutes les périodes de l'intoxication palustre, on emploie également avec avantage le mercure, associé ou non à l'iodurc de potassium, contre toutes
les manifestations de lasyphiiis, quels que soient l'âge du sujet, la gravité de la maladie, l'état général.
D'ailleurs les bains froids n'ont sans doute pas qu'un seul mode d'action : à côté de l'action antiphlogistique, il faut tenir compte de l'action tonique, peut-être d'une action plus complexe. C'est surtout à la première période que les bains froids conviennent bien ; lorsqu'il y a de l'excitation, ce qu'on appelle la manie aiguë, avec fièvre, le bain fait le plus souvent tomber l'agitation et diminue la température. Chez une malade. G..., qui se ti'ouvait dans ces conditions, les bains produisirent en quelques jours l'action que la digitale, administrée à très-forte dose, n'avait pas pu amener en plusieurs semaines. Chez cette femme, en effet, malgré l'administration des granules de digitaline Nativelle, à six par jour, et pendant près d'un mois, le nombre des pulsations ne diminuait pas; il était constamment de 80 à i04. Or, sous l'inlluence de quelques bains, on vit le pouls baisser à 56 et devenir serré et résistant.
En outre, les bains froids sont préférables à la digitale, parce qu'ils mettent à l'abri, tout en produisant les mômes effets sur le pouls, des accidents toxiques. Chez la malade citée plus haut, nous avons vu, à deux reprises différentes, en l'espace d'un mois, survenir une prostration inquiétante sous l'influence des doses de digitahne accumulées ; ces accidents n'ont jamais lieu avec les bains froids.
Lorsqu'on est parvenu à diagnostiquer la périencéphalite diffuse chez des malades qui sont plongés dans la stupeur, on doit également recourir aux bains froids. Il arrive que, sous l'influence des bains, la stupeur se dissipe plus ou moins complètement ; la prostration mélancolique ou hypocondriaque n'est pas non plus une contre-indication , du moment que le diagnostic est bien posé et que la paralysie générale peut être reconnue. Dans les formes qui se caractérisent par la démence, sans délire expansif ou dépressif, sans stupeur marquée , le bain froid a pour effet de réveiller l'activité cérébrale dans un bon nombre de cas ; c'est ce qui a eu lieu d'une façon très-nette chez une de nos malades, dont l'observation est relatée page 521. La nommée Bl..., après chaque bain, prenait une figure plus expressive ; elle a fini par guérir assez complètement pour pouvoir nous rendre compte de
ce qu'elle éprouvait alors qu'elle était malade ; et bien que sortie de l'asile, elle continue de son plein gré à prendre ses bains froids tous les deux jours.
C'est surtout à la première période de la périencéphalite diffuse qu'il faut craindre ces recrudescences fluxionnaires qui donnent lieu, ainsi que nous l'avons vu à propos de l'étude des complications, aux attaques apoplectiformes et épileptiformes. Or, ces accidents, qui parfois mettent en péril les jours du malade, qui peuvent le rendre infirme en lui paralysant une moitié du corps, qui toujours donnent à la maladie une sorte de coup de fouet et retentissent gravement sur l'état mental, ces accidents, disons-nous, peuvent être, dans l'immense majo- )-ité des cas, conjurés par un traitement approprié, dont les bains froids constituent sans doute une des plus précieuses ressources.
Le médecin qui sait bien ses malades, celui qui, dans la clientèle civile, arrive à obtenir qu'on prenne tous les jours la température des malades et qu'on l'avertisse des moindres écarts indiqués par le thermomètre, peut, le plus souvent, prévoir et prévenir l'explosion des attaques apoplectiformes. Nous avons insisté sur ces détails intéressants, à propos de l'étude de la fièvre dans la folie paralytique. Sitôt que la courbe des températures présentera les anomalies que nous avons indiquées, il faudra se méfier d'un travail encéphalique insidieux et de l'explosion à bref délai d'une attaque de congestion cérébrale. 11 faudra alors, et sans perdre de temps, mettre en usage le traitement révulsif. Dans certains cas, il y aura lieu d'aider l'action par une déplétion sanguine locale et par des médicaments qui, comme le bromure de sodium ou de potassium, comme la digitale, ont une action anticongestive. Nous ferions plus encore : dans ces cas, nous n'hésiterions pas à recourir aux bains froids.
Les bains froids employés quotidiennement semblent prévenir les recrudescences inflammatoires, les poussées aiguës : aussi nous n'observons presque jamais chez nos malades de complications apoplectiformes.
Les conclusions à tirer de tout ceci sont :
i" Qu'il serait sage, pour prévenir les attaques apoplectiformes, d'employer le traitement par les bains froids tous les jours, à
partir du moment où la folie paralytique est bien constatée et en dehors même des menaces de poussées aiguës ;
2" Que dans les cas où, pour une raison quelconque, on aurait différé l'usage des bains froids, il faudrait se hâter d'y recourir, lorsqu'on aura lieu de soupçonner l'invasion prochaine d'une poussée inflammatoire.
Ce que nous disons des complications apoplecti formes et épileptiformes à la première période s'applique également aux eschares. Si l'on emploie les bains froids d'une façon régulière et comme base du traitement, on évitera à peu près sûrement l'apparition des eschares à la première période ; et dans les cas où l'on n'aurait pas encore employé les bains et où il surviendrait des eschares, le meilleur moyen d'en arrêter l'évolution et d'en empêcher la multiplication, est d'employer immédiatement les bains froids. Il nous est impossible de démontrer cette dernière proposition, puisque depuis que nous employons le traitement par les bains, nous n'avons jamais vu survenir d'eschares chez les malades à la première période, mais nous avons connaissance de faits qui démontrent la première proposition. Chez la nommée G..., entre autres, soignée depuis un mois par les bains froids, une poussée d'ecthyma a, pour ainsi dire, avorté sans donner lieu à des eschares : les pustules se sont vidées en quelques jours, l'épiderme soulevé s'est flétri, et au-dessous, le derme, mis à nu, s'est rapidement cicatrisé, sans qu'il y ait eu de points gangrénés. Or, chez cette malade, deux mois auparavant, alors que les bains froids n'étaient pas encore employés, il y avait eu une poussée semblable d'ecthyma qui avait donné lieu à des eschares dont on eut toutes les peines du monde à obtenir la guérison.
Cette utilité des bains froids, au point de vue de la prophylaxie des eschares, n'a rien qui doive étonner. Pour prévenir, en effet, les eschares, Brown-Séquard (1) émettait l'idée théorique suivante : « exciter convenablement le jeu des vaso-moteurs, de façon à empêcher soit le spasme, soit la dilatation paralytique. » Or, on ne fait pas autre chose en donnant les bains froids qui, par les alternatives de contraction et de dilatation des vaisseaux périphériques, assurent une circulation plus régulière.
(1) Bi'own-Séquard, Leçons aur les nerfs vaso-moteurs. Paris, 1872.
Usage des bains pendant les rémissions. — Pendant les périodes de rémission, c'est-à-dire lorsque la maladie semble rétrocéder en partie, lorsque les signes somatiques disparaissent et que, seul, un certain degré d'affaiblissement intellectuel persiste, il faut continuer l'usage des bains froids, si l'on en a commencé l'emploi.
Dans les cas où l'on n'aurait pas encore commencé à se servir des bains froids, il serait peut-être imprudent de le faire pendant une période de rémission.
Mais, lorsque les symptômes tant intellectuels que somatiques ont assez complètement disparu pour qu'on soit autorisé à admettre une guérison temporaire, il faut bien se garder, si les malades ont fait usage des bains froids, de cesser brusquement l'emploi de ce précieux moyen thérapeutique.
Il nous est impossible de préciser combien de temps il faut le continuer ; tout ce que nous pouvons dire, c'est que nous avons eu lieu de nous repentir de les avoir interrompus au bout de trois mois chez une malade qu'on pouvait considérer comme guérie, c'est que, d'autre part, chez une autre, sortie de mon service dans un état de guérison incontestable, nous faisons continuer les bains depuis trois ans et demi. Comme cette malade est arrivée à les prendre sans difficulté, et comme son état est toujours extrêmement satisfaisant, nous ne saurions vraiment pas dire à quelle époque nous les supprimerons définitivement. Mais dans ces conditions, il est permis d'observer avec moins de rigueur les règles du traitement, et l'on peut ne donner les bains froids que tous les deux et même tous les trois jours. Gomme chez les malades guéries, quand elle n'ont pas dépassé l'époque de la ménopause, la menstruation doit être régulière, il sera sage de respecter les époques menstruelles et de suspendre les bains pendant la période d'hémorrhagie, quelques jours avant et quelques jours après,
A la deuxième période de la paralysie générale, les bains sont également indiqués. Si le traitement par les bains était déjà employé auparavant et que, malgré lui, la maladie eût évolué et fût arrivée à la deuxième période, il faudrait néanmoins continuer l'emploi de l'eau froide.
Il est bien certain que, dans ces cas, on ne pourra pas avoir la prétention de guérir la maladie, puisqu'elle aura déjoué les efforts
de la thérapeutique à la période où ces efforts avaient le plus de chance de succès ; mais on pourra du moins retarder l'évolution du processus morbide, on se mettra dans les meilleures conditions pour prévenir les complications, telles qu'attaques apoplectiformes ou les pneumonies ; d'ailleurs il ne faut jamais se décourager; et bien que, lorsque nous voyons nos malades arriver malgré les bains à la deuxième période, nous portions un pronostic fâcheux, nous ne désespérons pas absolument; la marche de la maladie est tellement capricieuse qu'elle déjoue quelquefois les prévisions les mieux justifiables.
Dans les cas où nous aurions à soigner un malade arrivé à la deuxième période qui n'aurait pas encore été traité par les bains froids, nous nous hâterions d'employer ce moyen. Les mêmes observations sont applicables à la troisième période.
Chez les malades à la troisième période, les bains froids rendent encore d'éminents services ; ils doivent être employés tant que les malades ne sont pas dans le marasme. Ils ont, en effet, pour résultat de prolonger très-longtemps l'existence, et de permettre peut-être la venue de ces rémissions si remarquables qu'on a observées même à la troisième période.
Ils font diminuer notablement l'ataxie qui est un indice si grave ; chez ceux qui gâtent, on parvient quelquefois par les bains froids à rendre du ton au sphincter. On arrive encore à prévenir quelquefois les eschares, et quand elles se sont produites, les bains quotidiens, en assurant la propreté des plaies, ne peuvent être que fort avantageux.
Ils diminuent aussi l'odeur parfois insupportable que répandent les malades arrivés à cette période ; enfin, ils semblent mettre les fous paralytiques à l'abri des pneumonies; les bains, même à cette période, doivent encore être recommandés à un autre point de vue :
Il faut, pour nous comprendre, se mettre à la place des personnes qui ont chez elles un malheureux dément arrivé à la troisième période.
Il est bien triste pour elles d'avoir à contempler cette déchéance progressive sans avoir rien à lui opposer. Aucun moyen thérapeutique n'est plus indiqué.
Or, dans ces cas, le médecin qui, somme toute, n'a pas à s'in-
quiéter seulement des malades, doit être très-heureux de pouvoir conseiller un moyen de traitement palliatif qui n'a rien de vraiment pénible, ainsi que nous le disions tout à l'heure, qui n'est jamais dangereux, et qui a les avantages que nous avons énumérés plus haut.
4° Les contre-indications à l'usage des bains froids ne sont pas nombreuses. Relativement au malade il y aurait contre-indication dans les cas où une maladie intercurrente, telle qu'une bronchite ou une pneumonie, serait survenue, mais nous l'avons déjà dit, les malades ainsi traités présentent une immunité remarquable à l'égard des diverses affections thoraciques.
La résistance outrée nécessitant chaque jour l'emploi de la force, est une contre-indication : tel a été le cas chez un M. B...
La menstruation est encore une contre-indication, mais non pas absolue. Il nous est, en effet, arrivé de donner des bains à des malades qui avaient leurs règles à notre insu; or les règles n'ont pas été arrêtées et l'état général n'a pas été aggravé ; nous ne voudrions cependant pas conseiller les bains pendant les époques menstruelles.
Il y aurait encore contre-indication, si l'état de marasme du sujet était par trop prononcé; et, si la réaction devenait par suite impossible, le bain pourrait bien devenir dangereux dans ces circonstances. Nous devons cependant dire que nous l'avons employé même dans ces conditions déplorables, quelquefois avec succès; une malade, entre autres, arrivée à un état très-avancé, a retiré de bons effets du traitement par les bains.
Mais les véritables contre-indications du traitement se tirent des conditions du miheu dans lesquelles on opère ; il faut en effet que les bains soient donnés avec toutes les précautions que nous avons indiquées plus haut, sous la surveillance de personnes intelligentes et dévouées, sans cela ils pourraient devenir nuisibles.
Voici deux observations de malades chez lesquelles les bains froids ont arrêté la marche de la paralysie générale, et quelques autres dans lesquelles ce mode de traitement a diminué ou fait disparaître quelques symptômes graves, tels que l'ataxic, les eschares et le marasme.
Orservation lu. — Paralysie générale à la deuxième période. Traitement par les bains froids ; guérison.
La nommée Bl..., 40 ans, entre dans mon service le 25 mai 1875. Il y a quinze mois, elle est tombée dans un chagrin profond causé par la perle de ?a fortune, et cet état mélancolique n'a pas cessé depuis. Peu à peu son intelligence et sa mémoire ont diminué d'une façon notable. Elle est devenue insouciante, négligente, prodigue.
Depuis un an les règles ont cessé et son état n'a fait qu'empirer. Plusieurs fois elle a eu des accès de fièvre, avec chaleur et frissons.
Dans les derniers temps, elle voulait rester couchée et laissait aller sous elle.
Elle n'a jamais eu d'attaque, n'a pas prononcé de paroles incohérentes, n'a jamais manifesté d'idées de richesse , ni paru avoir d'hallucina tions.
A son arrivée, nous constatons de l'inégalité pupillaire, la gauche plus large. La malade ne reconnaît pas le poivre à l'odorat, et n'est pas impressionnée par l'odeur de cette sulistance. Sa langue présente de l'ataxie et un peu de tremblement fibrillaire à la pointe et sur les bords. On note encore un peu de tremblement dans tout le corps, surtout dans les membres supérieurs, principalement dans le gauche. Les mains étendues ne peuvent rester immobiles et la gauche est prise d'un tremblement très-accentué. La sensibilité générale est un peu obtuse dans les bras et à la face. La force musculaire est suffisante; la marche se fait bien, mais lentement. La malade est valide, n'a pas gâté. Sa physionomie est sans expression, et il n'est pas possible de savoir son âge, de lui faire dire si elle souffre; toutes les questions la laissent indifférente.
Un bain quotidien de 42 à 14 degrés, pendant dix minutes. ' 8 octobre 1875. — On peut maintenant converser avec elle. Peu à peu, le tremblement fibrillaire et l'ataxie ont disparu. La malade le constate ellemême et sa physionomie en exprime une satisfaction naturelle. La malade sait le jour, le mois, son âge ; mais elle croit être ici depuis le mois de mars et n'a pas conscience de son état.
La pupille gauche est plus large ; la parole un peu ânonnée. A l'odorat, elle prend du poivre pour du tabac et en éprouve une sensation piquante ; elle le reconnaît à la vue. — La malade ne gâte pas; elle est propre, aide au ménage. — Aménorrhée.
Continuer les bains froids.
16 décembre. — Les règles, disparues depuis deux ans, reviennent aujourd'hui avec abondance et ne sont pas arrêtées par le bain froid.
27 décembre. — L'état s'améliore progressivement. La malade a toutes les apparences de la santé, sa physionomie exprime l'intelligence. Elle sait le jour, le mois, la date de son entrée. Pupille gauche plus large.
Sa parole est encore un peu ânonnée ; la langue n'offre plus d'ataxie, mais un léger tremblement fibrillaire. Pas de tremblement des membres. La malade reconnaît le poivre à l'odorat; sa sensibilité et sa marche sont normales. Elle travaille, est propre, bien tenue. — Elle reconnaît avoir été trèsmalade, dit qu'elle n'avait plus d'idées, mais elle ne parle pas encore avec
assez de calme de ses chagrins, de sa mère malade, de ses antécédents.
Depuis 45 jours, les bains sont pris h 20 degrés.
\0 avril 1870. — Les règles reviennent de temps en temps. L'amélioration continue. La malade écrit à sa mère une lettre très-bonne et dont les caractères sont bien tracés. Pupille gauche plus large.
Bains à 14 degrés.
27 juillet 1870, — Son état est tout à fait bien, la mine très-bonne. Pas de menstruation depuis trois mois.
Elle a conscience d'avoir été bien malade, me dil qu'elle marchait lentement, qu'elle faisait sous elle, et me remercie de mes soins avec effusion.
La parole présente encore par moments un peu d'hésitation.
Elle se souvient de la date de son entrée, ne présente plus d'afaxie nulle part, la marche est rapide et n'est plus embarrassée, mais l'inégalité pupillaire persiste, la gauche plus large.
Elle me dit que les pertes d'argent sont la cause de sa rhaladie. Elle sort à la demande de sa sœur.
15 octobre 1878. — Je l'ai revue plusieurs fois. Elle va bien, travaille. Elle prend tous les deux jours, pendant dix minutes, un bain froid à 15 degrés.
Elle n'a conservé de sa maladie qu'une très-légère inégalité pupillaire, lin peu d'embarras de la parole (diminution de netteté de l'articulation) et d'étonnement de la physionomie.
Observation LIiï. — Paralysie générale siibaiguë à la deuxième période, — Traitement par leshains froids et les révulsifs ; guérison.
La nommée Fau..., 33 ans, est entrée dans mon service de la Salpêtrière, le 28 octobre 1876, dans un état d'excitation maniaque.
Orpheline de bonne heure, élevée sans soins, la malade a été, encore toute jeune, victime d'un viol. Elle a eu à dix-huit ans la fièvre typhoïde.
Mariée il y a deux ans. On a remarqué alors qu'elle avait une intelligence peu développée, qu'elle était peu instruite, ne sachant ni lire, ni faire grand'chose, se mettant facilement en colère contre son mari, et ne pouvant pas supporter les ennuis ordinaires de la vie.
Depuis un an elle a éprouvé des douleurs de tète très-vives, généralisées, presque continuelles, mais plus intenses au front et aux tempes. Ces douleurs, qui ont disparu depuis peu, se sont accompagnées, dans les derniers temps, de vomissements, de pleurs.
Depuis le début de sa maladie, il y a trois semaines, survenue sans apparence de fièvre ni trouble de la parole, elle présente des idées de richesses ; elle disait que sa fortune était faite, qu'elle avait des millions, et elle donnait de l'argent à tort et à travers, alors qu'elle avait été très-intéressée autrefois.
Depuis quinze jours, elle s'est mise à s'agiter, à parler sans cesse, et cet état a nécessité son placement. Elle entre dans mon service le 28 octobre 1876.
29 octobre. — Front moyen, crâne régulièrement conformé.
Pupilles inégales, la droite plus large. Elle paraît bien voir, bien entendre,
prend l'odeur du poivre pour celle du camphre; elle parle continuellement;
la voix est enrouée, la parole un peu ânonnée. Pas de douleur rachidienne, mais la pression de la fosse iliaque gauche
détermine une vive douleur. Force musculaire suffisante. Pas d'aneslhésie, ni d'hyperesthésie.
Elle me dit son nom, prétend avoir vingt-quatre ans, être mariée, avoir douze enfants.
Au milieu de phrases incohérentes, impossibles à comprendre, on distingue les mots : « couronne, million, empereur, honneur. Nous avons toutes les couronnes, j'avais la grandeur. — Nous allons faire les honneurs aux médecins, c'est moi qui million, et c'est l'empereur; » elle entremêle ses paroles de chants.
Agitation cette nuit.
Température rectale 37°,4; post-auriculaire gauche 36", G.
Cette dernière température est de 3" au-dessus de la normale.
Vingt sangsues à la région mastoïdienne gauche. Glace et compresses éthérées sur la tête.
30 octobre 1876. — Temp. rectale, 39'',6.
Vésicatoire à la nuque; Kr B. 5 gr. en lavement.
2 novembre. — Même état. Incohérence et exubérance de langage.
4 granules de digitaline Nativelle par jour; Kr B. 5 gr. en lavement; 2 cautères au synciput.
9 novembre. — L'agitation persiste. Apparition des règles.
16 novembre. — Elle se plaint d'être malade. Elle reçoit ce matin la visite de son mari, le reconnaît et l'appelle par son nom. La fièvre a cessé.
Entretenir les cautères ; 1 granule de digitaline Nativelle par jour.
4 décembre. — Elle cause d'une façon raisonnable, demande où elle est, pourquoi on lui met la camisole, dit que cela n'est pas nécessaire et elle promet de rester tranquille.
23 décembre. — Parole très-ânonnée par moments. Pupilles inégales, la droite plus large. Elle ne sait pas le mois, mais dit que nous serons bientôt à Noël.
Son langage est toujours incohérent. Elle dit « qu'on la persécute, que tout le monde lui en veut, qu'on veut la faire guillotiner, qu'elle est morte, qu'elle a été enterrée, mais qu'elle est revenue. »
4"' janvier 1877. — Toujours loquace et incohérente, parole mieux articulée. Pas d'ataxie de la langue ni des lèvres. Pupille droite plus large.
Elle dit être bien malade, sait mon nom, croit être ici depuis sept à huit mois.
La marche est normale, la force musculaire suffisante; 64 pulsations. La malade est tranquille, couche sans être attachée, n'enlève plus les pièces de son pansement, s'occupe du ménage.
Les cautères sont entretenus.
Février. — La température derrière les oreilles est maintenan t de 32°,2. Bains froids d'abord à 20 degrés, puis à 12 degrés, d'une durée de dix minutes.
22 avril. — Mine de bonne santé ; la malade mange bien, engraisse, travaille à la couture. Pupille droite, toujours plus large.
Elle croit être ici depuis deux ans, prononce facilement les mots de cinq à six syllabes, mais son langage est encore incohérent.
Elle parle d'argent, du viol dont elle a été l'objet, et dit ne pas être malade, avoir toute sa raison.
Conliiiuation des bains.
28 janvier 1878. — Caractère toujours très-difficile. Parole nette, pas d'ataxie delà langue. Mémoire à peu près intacte. Il n'existe plus d'idées délirantes, il reste de l'inégalité pupillaire ; la menstruation se fait bien.
La malade travaille adroitement à la couture.
30 juillet. — .lusqu'à ce jour, les bains n'ont pas été discontinués un seul jour, sauf pendant les périodes cataméniales.
La pbysionomie respire la santé la meilleure. La parole est nette, rapide. La mémoire est entièrement intacte; les facultés intellectuelles sont normales.
Le caractère seul reste difficile ; mais cette défectuosité remonte à l'époque de sa fièvre typboïde.
En résumé, cette femme était atteinte de paralysie générale subaiguë caractérisée par delà fièvre, des idées délirantes de grandeur, de richesses, de l'exubérance et de l'incohérence du langage, de l'ataxie des muscles de la face, de la langue, des troubles de la parole. — Elle a guéri par un traitement consistant en révulsifs cutanés et en bains froids de dix minutes à la température de 12 degrés.
Les observations suivantessont relatives à desmalades dont l'affection a été arrêtée pendant un temps et amendée par l'emploi quotidien desbains froids.
Observation LIV. — Paralysie générale à In deuxième période. — Ataxie considérable amendée par remploi des bains froids à 12 degrés. Temps d'arrêt de la maladie. Pas de marasme.
La nommée Liz..., 38 ans, est entrée le 21 mai 1874 dans mon service. La maladie aurait commencé en 1870 par une congestion cérébrale survenue à la suite d'une frayeur (éclat d'un obus), congestion qui a laissé après elle du bégayement et de la difficulté dans les mouvements des membres du côté droit. Plus tard, à plusieurs reprises, la malade est tombée en accusant des vertiges, des éblouissements, et a été traitée par des révulsifs à la nuque. — Depuis un an, outre le bégayement et l'hémiplégie, on a noté de la diminution de la mémoire, de l'extravagance et du manque de suite dans les actes, de l'incohérence dans le langage.
22 mai 1874. — La malade est calme, sa physionomie exprime la satisfaction. Pupilles contractiles, inégales ; la droite est plus large.
Ataxie très-grande de la langue et des lèvres; parole notablement bégayée. Tremblement des mains, force musculaire suffisante, marche facile, sensibilité normale. Elle ne gâte pas; dit être bien réglée.
Elle se trompe sur le jour, le mois. Elle dit entendre des voix, avoir des robes de soie, des bijoux, des diamants et cinquante mille francs placés.
1" juillet. — Elle est excitée depuis quelques jours.
Vésicatoire à la nuque. Tous les jours, un bain à 17 degrés pendant dix minutes.
23 septembre. — Pupille droite plus large. L'ataxie de la langue est bien diminuée. Pas de tremblement des lèvres ni des mains.
Elle sait le jour de la semaine, la date de son entrée. Tous les jours un bain de dix minutes à 12 degrés.
24 juillet 1875- — Pupilles égales. Il n'existe plus d'ataxie de la langue ni des lèvres. La parole est traînée, le langage incohérent.
Elle a gâté; la menstruation a été régulière. Elle se trompe de jour, de mois. Elle ))leure sans raison, n'a nulle conscience d'être malade, passe son temps à ramasser des feuilles, des petits morceaux de bois.
Même traitement.
1" décembre 187(3. — Même état mental. Apparence de bonne santé pliysique. Les pupilles sont inégales et ne se contractent ou se dilatent ni à l;i lumière artificielle ni par le pincement de la peau.
Pas d'ataxie de la langue, mais la pointe est déviée à droite. La parole est lente, mais nettement articulée. Pas de tremblement des mains.
Elle sait le quantième mais non le jour de la semaine.
0 février 1877. — Pupilles égales, petites, contractiles. Pas d'ataxie de la langue, des lèvres, ni des mains. Parole ânonnée, hésitante. Marche normale, force musculaire conservée. Elle pleure sans motifs, rit béatement, parle souvent de milliards et dit savoir toutes les langues.
:21 janvier 1878. — Même état de la maladie.
Les bains froids sont continués. La malade ne présente pas de caractères du marasme. Elle est en démence, mais l'état physique est aussi satisfaisant que possible, et il est évident que depuis quatre ans la maladie n'a pas fait de progrès. Il y a un temps d'arrêt certain.
Observation LV. — Paralysie générale à la troisième période. — Traitement par les bains froids à 12 degrés. Temps d'arrêt de la maladie; guérison à plusieurs reprises des escliares,de l'ataxie.
Gas...., 38 ans, est entrée le 29 décembre 1873 dans mon service de la Salpêtrière. Depuis le siège de Paris, pendant lequel la malade a beaucoup souffert, on a remarqué que sa mémoire diminuait un peu en même temps que sa conversation devenait décousue. Elle était grossière, colère, mais ne commettait pas d'extravagances, lorsque, il y a un mois, elle a été prise de fièvre, est devenue agitée, violente, s'est mise à crier, a essayé de se jeter par la fenêtre, et enfin a quitté sa maison pour courir dans la rue où elle s'est fait arrêter pour ses cris de vive l'empereur, de vive le roi, ses propos de guerre, et ses allusions à la Commune et aux cuirassiers. On lui a entendu dire qu'elle était riche, qu'elle avait destrésors. La parole est devenue tremblée.
Pas d'antécédents héréditaires ni de maladies antérieures graves. Pas d'excès alcooliques.
30 décembre 1873. — La malade est excessivement agitée, elle parle continuellement d'une façon très-incohérente, crie au point d'avoir la voix enrouée, dit des mots grossiers et obscènes. Dans les phrases qu'elle prononce, on relève les mots : empoisonnement, coups de fusil, de canon, châteaux, millions, roi, duchesse.
Pupilles inégales, la gauche plus large.
Ataxie de la langue; la parole est traînée par moments. Elle laisse aller sous elle.
Vésicatoire à l'occiput rasé; bains de pieds sinapisés ; granules de digitaline.
4 janvier 1874. — Elle est calme ce matin, se rappelle avoir été agitée, dit souffrir aux tempes et ressentir des claquements dans les oreilles. Elle nous
racoiile qu'elle entendait des coups de fusil, de canon, et nous parle de la Commune, des cuirassiers de ReischofTen.
i20 janvier. — Cet état de calme n'a duré que trente-six heures, et Tagitalion a recommencé avec cris pendant la nuit. Même langage incohérent, mêmes idées délirantes, injures, mots grossiers, violences.
Inégalité pupillaire. Parole lente et traînée par moments. Sensihilité normale. La station debout est difficile. Des eschares apparaissent au siège, aux coudes.
Tous les jours, pendant cinq minutes, un bain à 15 degrés; abaisser graduellement la température à 12 degrés et augmenter la durée de l'immersion jusqu'à dix minutes.
10 avril. — Moins d'incohérence, de violences. Elle a même tenu hier une conversation assez raisonnable et a dit qu'il fallait bien qu'elle prit son bain, puisque c'était pour la guérir. Egalité pupillaire. N'a plus d'ataxie de la langue ni des lèvres. Parole bégayée. La marche se fait assez facilement, sans trembler.
Les bains sont à 12 degrés et durent dix minutes.
1"' juin. — Elle est agitée, parle continuellement et sans suite. Elle mange ses excréments. Par moments elle est gaie, danse et chante ; elle reconnaît ses parents et sait le quantième du mois. La parole est quelquefois nette, et par moments, très-franchement ânonnée. Pas d'ataxie de la langue ni des lèvres. Pupilles inégales, la gauche plus large. Une seule cscliare persiste, au sacrum, et mesure à peine un centimètre de diamètre.
Bains à 12 degrés, de dix minutes.
10 août. — Elle tient quelques propos raisonnables et fait preuve de mémoire. Parole nette, pas d'ataxie.
20 novembre. — Pupilles égales, contractiles. Pas d'ataxie de la langue ni des lèvres ; pas de tremblement des mains.
Apparence de bonne santé, ne gâte presque plus, se montre docile, douce. Menstruation assez régulière.
Bains à 12 degrés, de dix minutes.
3 novembre 1875. — Depuis un an, la maladie est restée stationnaire, mais depuis peu la malade s'incline à droite et tremble d'une façon continue et au point que la marclie, la station debout sont difficiles. Ce tremblement est plus fort dans le membre supérieur droit. Il existe de l'ataxie de la langue. La sensibilité est bien diminuée aux quatre membres, mais normale à la face.
Même traitement.
20 novembre. — De plus en plus gâteuse, alTaissée. Apparition de phlyctènes noirâtres sur le dos des pieds qui sont enflés, douloureux.
Une goutte de sang, examinée au microscope, montre que les globules sont comme agglutinés par une matière poisseuse et sont séparés en îlots, en chapelets. Le nombre des globules rouges n'a pas varié, mais ils sont notatablcment pâlis. Quant aux globules blancs, ou en compte, par millimètre cube, huit mille contre cinq millions de globules rouges.
28 décembre. — Les bains ont pu être repris depuis peu. L'état d'affaissement a cessé; la malade marche de nouveau. La physionomie est éveillée. Plus d'eschares aux pieds.
7 avril 1870. — Très-affaiblie, alitée. Convulsions cloniques dans le membre inférieur gauche. — Bains.
BAINS FKOIDS.
0 mai. — Alitée; elle pousse des soupirs, tremble de tout le corps, grince des dents. Joues rouges ; eschares aux pieds.
4 juillet. — Elle dit avoir de belles petites dents, être une belle femme, dit sentir un poisson qui lui mord la matrice. Pupilles toujours égales. Tremblement considérable, intermittent, de la niàcboire inférieure. On compte sur elle onze eschares dont les plus profondes existent au sacrum, aux trochanters, aux coudes. Fièvre intense.
On continue les bains.
2 août. — Mort.
A l'autopsie, on constate une vascularisation considérable des méninges et une ecchymose de 3 centimètres à la partie postérieure du lobe occipital droit.
Les méninges adhèrent très-fortement à la substance cérébrale dans presque toute l'étendue de la base et de la convexité du cerveau.
Cette observation nous a paru intéressante par l'effet satisfaisant curalif des bains froids sur les eschares qui se sont montrées à plusieurs reprises, sur l'ataxie des membres et de la face, et par le temps d'arrêt que la maladie en a ressenti.
La maladie était malheureusement trop avancée pour pouvoir obtenir un meilleur résultat.
Observation LVL — Paralysie générale à la pi rmière période. — Arrêt de la maladie par remploi des bains froids à 12 degrés.
La nommée Quir. ., 29 ans, est entrée le 22 février 187-i dans mon service de la Salpètrière.
La maladie a commencé, il y a une dizaine de jours, par de ragilalioii, des cris, des rires brusques et non motivés. La malade se levait la nuit, criait qu'elle voyait et qu'elle entendait des gens qui voulaient la tuer, l'empoisonner. — Elle a manifesté le désir d'avoir une voiture, une belle robe de soie.
Pas d'antécédents héréditaires ni de maladies antérieures.
24 février 1874. — Elle estt rès-agitée, ne veut pas se laisser examiner, fait des mouvements brusques, grince des dents. Pupille droite plus large; un peu de tremblement à la base de la langue. Sa parole est nette, le langage incohérent, mais sans idées de richesses, de grandeur. Lorsqu'elle parle, on remarque du tremblement fin au niveau des sillons naso-labiaux et sur la lèvre supérieure dont la moitié gauche est tirée en haut.
25 février. — La malade est calme aujourd'hui et nous dit que son agitation était due à ce qu'elle entendait des coups de fusil et à ce qu'elle voyait des gens qui lui faisaient peur.
La sensibilité, normale dans le membre inférieur droit, est bien diminuée dans le gauche. A la face, elle est de beaucoup plus faible à droite. Elle sait où elle est, mais ne sait guère depuis quand. 2 mars. — Agitation, sensation de mal de tète. Vésicatoire à l'occiput rasé.
11 mars. — Toujours agitée; elle crie, chante. Elle dit qu'elle voudrait se couper la gorge, se jeter dans un puits. Inégalité pupillaire, la droite plus large.
Nouveau vésicatoire.' — Donner chaque jour un bain à 20 degrés pendant cinq minutes; abaisser peu à peu la température de Feau, et prolonger le temps de l'immersion.
7 avril. — L'agitation est toujours grande. Elle nous débite des injures, prononce des paroles obscènes, des phrases décousues. Idées de richesse, actes désordonnés et indécents. Elle a cassé les carreaux de sa cellule, parce qu'une voix lui a ordonné de le faire. Bains à 12 degrés de dix minutes.
8 avril. — ^ Plus calme; elle nous salue, et nous demande pardon de ses grossièretés. Elle dit être enceinte : « le bon Dieu est descendu en moi pour me rendre heureuse. »
15 juillet. — Elle est calme, travaille, sait le jour de son entrée, le jour de la semaine, le mois; elle ne crie plus, n'a plus d'hallucinations.
N'a plus d'inégalité pupillaire, ni de tremblement de la langue ni des lèvres ; parole nette.
Bains froids.
6 novembre. — Pupilles inégales.
La menstruation, qui avait toujours été régulière, a cessé maintenant. Depuis quelques jours, la malade tient des propos incohérents, dit voir la nuit une bête qui vient l'embrasser.
Bains à 12 degrés de dix minutes. 4 grammes de bromure de potassium pend.ant une semaine (époque calaméniale présumée).
8 décembre. — Inégalité pupillaire. Les règles ne se montrant pas, il sera donné pendant huit jours 4 grammes de bromure de potassium.
15 avril 1875. — Parole un peu embrouillée. La mémoire devient de plus en plus nette. Pas de menstruation. — Bains.
15 septembre. — La malade est aussi bien que possible. Pupille droite plus large encore.
Parole nette; pas d'ataxie. Mémoire des dates. Elle ne se souvient pas m'avoir parlé de Dieu, d'être enceinte, mais se rappelle avoir cassé les carreaux de sa cellule, d'avoir crié.
2 novembre. — Son état satisfaisant ayant persisté, on lui avait appris qu'elle allait sortir du service, mais cette nouvelle lui a causé beaucoup d'émotion.
Aujourd'hui elle est au lit, se refusant à parler. Pas de fièvre ; face vultueuse.
Six sangsues à l'anus.
3 novembre. — Hier soir, ellé s'est agitée, a sauté, dansé, jeté des couvertures à terre, cherché à mordre, à battre.
Ce matin, elle pleure et rit alternativement, cherche à mordre, se met la tête sous l'oreiller. Ses réponses sont raisonnables. Chaque jour, 2 lavements avec 6 grammes de bromure chacun.
9 novembre. — Même état; elle est brusque, violente, ne peut tenir en place; regarde à droite et à gauche, me dit qu'on lui brûlait les bras dans son lit et qu'elle sentait la fumée de la lanterne magique.
Pupilles égales ; parole nette ; pas d'ataxie de la langue.
Vésicatoire à l'occiput rasé.
Deux lavements bromurés à 0 granunes.
BAINS FliOIDS.
26 janvier 1876. — L'état d'agitation n'a pas cessé. Elle est très-désordoMuéc, jiarle [iresque contiiiiielleiiieiit, rit, menace, crie. San langage est incohérent, la parole nette, les pupilles inégales Qnelques-unes de ses réponses sont raisonnables, mais brusques et désagréables.
La température axillaire, prise tous les jours, est souvent an-dessus de la normale.
31 janvier. — Elle n'avait pas eu ses règles depuis sa rechute ; aujourd'hui menstruation. — Elle travaille de nouveau, reste tranquille. 3 mars. — Menstruation.
27 septembre. — Nouvel accès avec agitation très-intense ; actes désordonnés, paroles incohérentes.
1*' décembre. — La physionomie est souriante.
Les pupilles sont toujours inégales, la droite plus large. La langue, lirée hors de la bouche, tremble sensiblement. La parole est correcte; la marche facile et sûre. Pas d'ataxie des mains.
Menstruation régulière.
. Aujourd'hui elle sait le jour de la semaine, mais pas le quantième. Elle travaille maintenant à la couture, ne se montre plus acariâtre, ni injurieuse.
En résumé, la maladie de cette l'enaue a subi évidemment un temps d'arrêt par l'emploi des bains froids. — Elle ne présente plus de signes de paralysie générale, elle ressemble à une aliénée hypochondriaque, par vésanie.
Le traitement est continué.
Dans une autre série de cas, je n'ai retiré aucun bénéfice des bains froids, entre autres chez des hommes, qui opposaient à ce mode de traitement une résistance considérable et contre lesquels il fallait lutter à 4 et même à 5 pour les mettre dans la baignoire.
L'observation suivante qui est empruntée à la pratique de mon élève le docteur Burlureaux, bien qu'elle soit relative à un cas de paralysie générale à la troisième période, nous parait intéressante et utile à citer, parce qu'elle montre que les bains ne paraissent pi^oduire d'effet utile que quand ils sont donnés à une basse température. Chez cette nuUade, les bains à 18 degrés n'avaient donné aucun bon résultat, tandis qu'à 12 degrés ils ont amené quelque aiuélioration.
Il doit en être de même dans le traitement de la maladie à son début.
0BSERVATION LVII. — Pcn'alysie générale; troisième période. Mort.
M°" X... est atteinte depuis cinq ans de paralysie générale; elle est âgée de trente-huit ans; petite taille, antécédents héréditaires nuls, pas de syphilis. Le docteur Ricord, (pii voyait la malade depuis longtemps, n'a jamais soupçonné chez elle la syphilis, et le professeur Lasègue avait, dès le début de la maladie, prononcé le nom de paralysie générale.
A. VOISIN. Paralysie. 3i
Ci'tte jouiie l'eiiiuie était autrefois chai'inante, (rnu excellent caractère, trèsnerveuse cependant, Tort portée aux plaisirs sexuels. Elle était insatiable et se mettait clans des états indescriptibles. N'a jamais eu d'attaques d'hystérie; sa maladie a débuté pendant la guerre de 1870 par un changement de caractère, par des achats inconsidérés (mille francs de flanelle en une seule commande), et de violents maux de tète et souvent continus qui ont duré très-longtemps. Quelque temps après, est survenue une légère atteinte de congestion cérébrale, sans perdre connaissance. La malade a eu une grande gène de parole. C'est à partir de ce moment que le mari s'est inquiété de l'état de sa femme.
Sa maladie depuis cette époque (cinq ans environ) a évolué sans complications; divers traitements internes sont restés sans ell'et; un traitement hydrothérapique, mal conduit, a aussi été essayé.
La maladie revêtit la forme spinale lente, sans délire spécial mais avec un all'aiblissement progressif des facultés intellectuelles. — A ma visite du 20 décembre 1875, je constatai l'état suivant : « Ataxie considérable, la malade ne peut ni se tenir debout, ni marcher; ses membres supérieurs sont animés de tremblement, les muscles de la face surtout, quand la malade se dispose à parler. Ataxie de la langue qui ne peut pas être maintenue hors de la bouche. Les tremblements des mains sont très-accentués mais intermittents, ils existent pendant une ou deux minutes, puis ne sont plus appréciables; de même, lorsque la malade est debout, bien que soutenue sous les bras, elle tremble par intervalles seulement.
La malade marche courbée en avant; malgré sa faiblesse apparente, elle peut supporter une pression considérable exercée sur les épaules (le poids d'un homme). De même la force musculaire est intacte aux membres supérieurs, et les personnes qui la soignent disent bien que, quand elle serre le bras de quelqu'un, elle le serre avec vigueur et que, quand elle saisit un bras de fauteuil, on a de la peine à lui faire lâcher prise. La malade gâte par intervalles et depuis longtemps. Elle était autrefois, avant sa maladie, toujours très-constipée et elle l'est encore d'habitude. Elle a cependant parfois de la diarrhée et c'est alors qu'elle laisse aller sous elle. Pas d'inégalité pupillaire. Pas de trouble appréciable de la sensibilité cutanée; perte complète de l'odorat; goût aboli. La malade avale de gros morceaux et mange avec appétit; elle est cependant pâle et paraît fort détériorée. De temps à autre, elle a à la face de la rougeur passagère sans convulsions, sans autre trouble concomitant.
Vue, ouïe normales. Jamais d'hallucinations, pas de délire spécial, pas de conceptions hypocondriaques, mais démence déjà assez avancée.
La malade a une figure béate, le sourire sur les lèvres; elle se laisse conduire, habiller, coucher, nourrir, elle répand parfois des pleurs sans raison. La mémoire est alfaiblie.
Les règles sont supprimées depuis déjà cinq ans.
Il s'agit évidemment ici d'une paralysie générale. iNous préconisons : le traitement par les bains froids, dans l'espoir de diminuer les phénomènes d'ataxie; bain de dix minutes, tous les matins au sortir du lit, à 20 degrés puis à 18 degrés. Faire mettre, au sortir du bain, la malade dans des couvertures chauffées et lui placer aux pieds des cruchons d'eau chaude, la laisser ainsi nue dans les couvertures pendant une heure.
Du 1" janvier au 1" février les bains ont été donnés sans interruption (sauf quatre jours) à 18 degrés et pendant dix minutes. Ce traitement est
pénible. La malade manifeste de l'appréhension avanl chaque bain, et paraît souffrir dans l'eau. L'effet n'a pas été avantageux, car l'ataxie n'a t'ait (ju'augmenler, elle est arrivée le U février à un degré inouï. La malade ne peut pas rester même sur un fauteuil sans tomber. La parole est de plus en plus tremblée. — L'intelligence n'a pas non plus bénéficié, toujours le même sourire béat. La malade pousse des cris inarticulés, chaque fois qu'on la remue. Quand on essaie de la lever de son fauteuil où elle se tient courbée en deux, elle parait beaucoup souffrir, ne peut pas se tenir sur ses jambes; ce n'est qu'au bout de quelques minutes qu'elle se redresse.
Pas d'inégalité pupillaire. La déglutition devient ditticile, surtout pour les liquides. La constipation est de plus en plus opiniâtre. C'est en vain qu'on donne par jour six pilules de Franck, on n'obtient des selles que tous les huit jours. L'urine est rare, la malade n'urine qu'une fois par jour, son haleine est fétide, la face est pâle, l'état extrêmement grave. Depuis le 1" février il est survenu au sacrum, sur le côté gauche de ,1a ligne médiane, une eschai'e ayant débuté par une phlyctène, qui, ouverte, a laissé â sa suite uneérosion; autour de cette érosion, qui n'est pas profonde, il y a de la rougeur de la peau sur une étendue de 3 centimètres de diamètre.
Je fais laver avec du vin aromatique, donner du vin dequuiiiie et reprendre les baiift suspendus depuis quelques jours. On ne laissera la malade que cinq minutes dans le bain.
Malgré cet état de déchéance, la force musculaire est intacte : la malade, quand elle saisit un objet, le serre avec une vigueur surprenante. Elle n'a pas de poussées congestives, cependant son mari dit avoir noté le 1" février un iort accès de fièvre qui a duré un jour.
15 février. — Malgré les bains, l'état ne fait que s'aggraver; la malade est inclinée toujours à droite quand elle est assise sur son fauteuil; ses pupilles sont devenues inégales depuis quelques jours, la gauche est manifestement plus large. — L'eschare au sacrum s'est étendue et occupe une largeur d'une pièce de deux francs, le sacrum est à nu. La constipation est de plus en plus opiniâtre. Depuis neuf jours, malgré l'administration des pilules de Franck jusqu'à concurrence de sept par jour, il n'y a pas eu de selles. Le docteur A. Voisin, appelé en consultation, protend que les bains à 18 degrés ne sont sans doute pas assez froids. — En conséquence, il prescrit d'arriver en huit jours à des bains à 12 degrés.
26 février. — La malade a pris trois ou quatre bains à 12 degrés; les tremblements librillaires paraissent moins accentués. L'eschare du sacrum s'est néanmoins étendue. Elle est grande comme une pièce de cinq francs, noire, donnant lieu à peu de suppuration; on la panse avec du coaltar saponiné. On imbibe de ce liquide un gâteau de charpie; une seconde plaque érythémateuse, au centre de laquelle se trouvait une bulle, se forme sur la fesse droite , sans donner lieu à une eschare ; sans doute cet avortement est dû aux bains froids; je sonde la malade, car elle n'urine que tons les deux jours. Onguent napolitain sur la cuisse droite, qui paraît légèrement tuméfiée.
J'observe que la malade a du délire des petitesses : elle parle de « sa main toute petite, de son tout petit nez ; et elle aime à se trouver dans son petit coin ; elle tient, dit-elle, au lit, une toute petite place. — Elle a en outre très-peu de fortune, n'a jamais eu un sou à elle ».
L'inégalité des pupilles a disparu.
7 mars. — L'état général de la malade me semble meilleur; riiiégalitédes pupilles n'est pas constante, n'existe même que rarement, et pendant peu de temps; des mouvements fibrillaires de la face, lorsqu'elle se dispose à parler, n'ont pu être notés pendant plus de quatre heures que je suis i-esté avec elle; cependant on m'a affirmé qu'ils e.xistaient encore parfois ; la malade avale mieux liquides et solides ; la force musculaire est toujours considérable ; la sensibilité est intacte, mais le goùl et l'odorat sont absolument abolis.
La malade prend tous les jours des bains à 1:2 degrés, elle est toujours constipée, et urine très-peu ; elle reste quelquefois trois jours sans uriner seule; l'urine obtenue avecla sonde est rouge, à- odeur forte, peu abondante ; quant à l'intelligence, elle est toujours très-affaiblie ; cependant je trouve un peu de progrès; les sentiments alfectifs ont encore de temps en temps des lueurs ; le délire n'est pas caractéristique ; il y a bien, comme nous l'avons dit, quelque tendance à voir les choses en petit; la malade parle de ses petites mains; elle déteste son chat qu'elle aimait beaucoup, parce qu'il est devenu trop gros. (( Vous êtes trop gros, dit-elle, vous avez les mains trop grosses. »
Il y a aussi à noter des propos incohérents : ainsi la malade parle d'un oreiller destiné à cacher des bouteilles.
L'escharc de la fesse gauche (c'est à gauche que la pupille était le plus large) augmente un peu d'étendue, elle a la forme ovalaire; la moitié supérieure de l'ovale est remplie par une plaque gangréneuse; la moitié inférieure a la forme d'une plaie profonde de i millimètres, mais d'un aspect satisfaisant.. le fais faire des injections avec eau-de-vie camphrée et eau, parties égales, et panser avec de la décoction de quinquina.
La cuisse droite est toujours le siège d'un empâtement profond, elle est résistante au palper.
15 mars. — La partie mortifiée s'est détachée et a laissé voir le fond de la plaie, bourgeonnant, à aspect assez satisfaisant; mais la plaie est profonde au moins de 1 centimètre et large de i centimètres l/:2 sur 4. L'état général se maintient néanmoins.
23 mars. — L'escliare se creuse de plus en plus. Il y a deux lambeaux trèsépais de tissu musculaire, noirs, fétides.
.le fais panser au chloral au 1/500 et continuer les bains à 12 degrés. Je note (pielques conceptions hypochondriaques. La malade dit toujours : «J'ai mal à la tète, au cœur, mon cœur est sorti, je suis enceinte, ma mère est enceinte. »
Toujours constipation excessivement opiniâtre; aucun purgatif n'agit. Il n'y a de selles que tous les six ou huit jours. Après chaque selle, la ligure de la malade reprend meilleure mine.
14 avril. — L'eschare a encore un mauvais aspect: bourgeons cliarnus blafards, suppuration abondante. — L'intelligence subit une déchéance progressive ; il y a à cette heure incohérence absolue ; la malade ne reconnaît personne, parle toujours de sa mère qui est enceinte, d'elle qui est enceinte ; crie quand on la touche ; est toujours courbée, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre.
25 avril. — L'état se maintient; l'eschare a meilleur aspect, elle se cicatrise par les bords; contracture des jambes, leur extension devient difficile. Constipation opiniâtre, incohérence absolue. La malafle répète pendant une semaine la même phrase incohérente; puis, une autre semaine, c'est une autre phrase; toujours idées hypochon(lria([ues (elle ne parle que de son cœur et de sa grossesse).
Idées (le petitesse et de pauvreté : « Je n'ai pas d'argent pour cela, c'est mon mari qui payera i>, etc. — Cette femme geint sitôt qu'on la touche; c'est peutêtre en rapport avec une hyperesthésie considérable et généralisée, car elle a vraiment l'air de souffrir; un instant après qu'on a fini de la toucher, elle ne geint plus et reprend sa figure souriante. Les bains paraissent toujours être pénibles ; mais on ne peut pas en juger, puisqu'elle crie de la même façon quand on la met au bain, quand on l'habille, quand on la déphice, etc.
i" mai. — Depuis quelque temps, nous avons dit qu'il y avait des contractures douloureuses des deux jambes : c'est de cette époque que date une idée hypochondriaque nouvelle : la malade dit toujours que ses jambes sont coupées par derrière. La plaie va de mieux en mieux.
La malade a de temps en temps des impatiences ; elle frappe à petits coups et rapidement la table sur laquelle elle repose, en poussant des grognements inarticulés et sans qu'on puisse savoir pourquoi. Je prescris, quand cette agitation se reproduit, i gramme de chloral en potion ; continuer les bains froids.
20 mai. — Persistance des contractures douloureuses, et de l'habitude de tenir les jambes fléchies. La déflexion est très-douloureuse, mais possible; elle s'opère spontanément dans les bains froids. — Mutisme à peu près complet.
Persistance de la constipation.
Plus de tremblements fibrillaires, ni de spasmes pharyngiens. La malade mange bien, n'engraisse pas, a toujours la même physionomie. Démence complète.
Depuis quelque temps, chaque fois que la malade attrape son chat sur la table, elle lui relève la queue et souffle dans l'anus de la bête; elle fait cela d'une façon automatique. Je prescris de continuer le chloral, qui modifie trèsavantageusement la plaie; d'ajouter des pilules de podopliylle; de continuer les bains froids. — Pas d'inégalité pupillaire, pas de douleui' à la pression de la colonne vertébrale.
15 juin. — État général mauvais, amaigrissement, contracture permanente des deux jambes; la tumeur osseuse, au fémur droit, continue à croître ; nouvelle écorchure à la fesse droite.
La malade ne parle plus que par signes. — Figure niaise, indifférente; elle mange bien.
Les pilules de podophylle ont enfin vaincu la constipation si opiniâtre. La force des membres persiste. Les tremblements avaient reparu avec la cessation momentanée, faite contre mon gré, des bains froids. Donner iodure de potassium, 2 grammes par jour, et iodure en pommade sur la tumeur osseuse. Continuer les bains.
Le 15 juin la malade se tenait le tronc droit comme une barre sur son fauteuil. — Il y a à la jambe gauche de l'œdème ; la malade urine deux fois par jour et très-peu, mais elle transpire beaucoup; elle a, dit-on, souvent de la fièvre, avec la peau brûlante.
20 juin. — Apparition d'une eschare à la fesse gauche; l'eschare de la fesse droite augmente et se creuse; l'eschare de la fesse gauche, au contraire, va beaucoup mieux. La tumeur osseuse du fémur droit augmente plutôt qu'elle ne diminue. La jambe gauche est œdématiée. Mutisme presque absolu; la malade répond cependant encore quand je lui demande comment ça va, e( quand je lui dis de montrer la langue et de donner la main.
20 juillet. — La malade ne parle presque plus; elle peut cependant parler
sans trop trembler, et ce n'est pas faute d'idées qu'elle ne parle pas; la preuve que ce n'est pas faute d'idées, c'est qu'elle montre du doigt ce qu'elle désire, elle parle par gestes. Au dire des personnes qui la soignent, elle reconnaîtrait encore les gens qui viennent la voir. Il n'y a plus autant de tremblements fibrillaires; la langue elle-même, tirée hors de la bouche, tremble moins; appétit conservé, selles un peu plus régulières. Cependant l'état de la nntrition est extrêmement compromis. La malade s'amaigrit, répand une odeur de bête fauve, malgré les bains qu'elle prend tous les jours ; haleine fétide (pas d'aspect huileux de la peau). La tumeur osseuse de la cuisse droite persiste sans s'amender ; l'œdème de la jambe gauche persiste sans s'amender. Les eschares fotit tous les jours des progrès lents ; celle de la fesse droite est profonde de H millimètres et large de 2 centimètres 1/2; celle de la cheville gauche est profonde de 3 millimètres et large de 2 centimètres. Quant à l'ulcère qui nous a tant inquiétés d'abord, il est à peu près comblé ; cette énorme perte de substance est presque réparée; il ne reste plus qu'une excavation large comme une pièce de 50 centimes et peu profonde. Il est assez curieux de voir que l'une guérit tandis que les deux autres s'étendent.
— Depuis ce matin, autre accident; des bulles de pemphigus se sont développées sur le côté gauche du corps, surtout sur la main. La plus grosse, ovoïde, a 4 centimètres delong sur 2 de large; elles ressemblent tout à fait à de petits vésicatoires ; autour d'elles, auréole rougeàtre et empâtement de la main ; je crève cette bulle et fais panser avec acétate de plomb et eau âà.
— Il paraît y avoir de la fièvre tous les jours vers une heure ; je fais donner de la quinine, 0'''",05 tous lesjours; continuerle chloralà 2 grammes. La tumeur de la cuisse droite ne diminue pas, imn plus que l'œdème du pied gauche. Deux jours après il n'y avait plus de bulles nouvelles et les petits vésicatoires étaient secs, sous l'influence de l'acétate de plomb.
La malade ne dit presque plus rien; elle reste pendant des heures entières dans la position où on la met, sans bouger, le corps roide.
4 août. — L'amaigrissement fait toujours des progrès ; la main gauche est devenue œdémateuse; une nouvelle éruption de pemphigus qui allait s'y faire a été enrayée par l'application de l'acétate de plomb.
L'acétate a parfaitement fait sécher toutes les bulles.
Il y a manifestement de la fièvre presque toute la journée.
La malade va bien régulièrement à la garde-robe, grâce aux pilules de podophylle.
Depuis un mois, les ongles de ses mains ont une coloration noir<âtre, analogue à celle que produirait la teinture par le nitrate d'argent. — L'état mental est le même. La malade semble i*econnaître son mari et ses proches qui la soignent ; la physionomie est immobile ; elle répond cependant parfois par une grimace, et par quelques mots tremblés. En dehors de cela, mutisme absolu; la malade comprend, mais ne répond que par signes.
Elle a toujours une profonde aversion pour son chat et souffle sur lui sitôt qu'il est à sa portée.
Les eschares s'agrandissent très-lentement : il y en a en tout cinq ; — une en voie de guérison (c'est l'ancienne), quatre sur lesquelles j'essaye en vain plusieurs topiques (lotions astringentes, teinture d'iode); celle du pied gauche est la plus forte.
17 août. — Les eschares sont de plus en plus profondes : il y en a six. Il
existe- une fièvre continue facilement perceptihie. Diminution île l'appétit. Je lais continuer les bains froids et iloiuicr de la (|uinine, bien que j'estime que la fin est procbaine.
août. — Mort. Pas d'autopsie.
Chez cette malade, nous avons ci'u devoir lutter avec pei^sévérance contre un état excessivement gi^ave, qui était absolument au-dessus des ressources de Tart, dans le seul but de pi^olonger des jours chei^s à une honorable famille.
Il s'agissait d'une paralysie générale arrivée à la troisième période, dont le début remontait à cinq années. Les bains donnfîs d'abord à 18 degrés pendant un mois n'ont certainement pas eu nn effet avantageux : malgré eux il s'est formé au sacrum une eschai^e et les phénomènes d'ordre ataxique n'ont fait que s'accentuer.
Mais, lorsque la malade prit ses bains à 12 degrés, il y eut certainement au bout d'une quinzaine de jours une amélioration notable, telle fut aussi l'appréciation delà famille ; ils eurent incontestablement à notre avis pour effet de relarder l'apparition d'autres eschares : au début de l'emploi des bains à 12 degrés, nous pûmes assister à l'avortement d'une de ces phlyctènes noirâtres qui annoncent, presque d'une façon fatale, l'apparition des ulcères gangréneux.
Nous pûmes arriver à faire cicatiiser presque complètement nn ulcère qui avait mis à nu le sacrum, qui n'avait pas moins de huit centimètres de largeur, qui certainement, chez une autre aliénée paralytique non traitée, aurait amené la mort au bout de peu de temps. Cette eschare, qui avait débuté dans les premiers jours de février, était presque guéi^ie au 1"" août (sept mois de durée).
Malheureusement d'antres eschares sont survenues, tandis que la première était en voie de guéiison ; la cachexie fit des progrès, et la malade finit par succomber après neuf mois de traitement.
Les bains semblèrent lui être fort pénibles au début, mais ils finirent par ne plus causer de souffrance. Ceux qui furent donnés dans les derniers temps ont eu pour principal effet de préserver la malade de la septicémie qui n'aurait pas manqué de survenir plus rapidement, étant donné le mauvais état général, et le nombre et l'étendue des plaies en suppuration.
Il est bien certain que ce traitement par les bains froids à 12
degrés a présenté, même dans ce cas si peu propice au succès d'une méthode thérapeutique, des avantages sérieux, puisque malgré la résistance opposée par la malade, malgré les ennuis d'une installation nécessitée par les bains quotidiens, la famille, qui soignait notre malade avec un zèle vraiment admirable, se décida à les employer d'une façon régulière, pendant neuf mois et presque jusqu'au jour de la mort.