‹ Traité de la paralysie générale des aliénés [electronic resource]Chapitre 23 sur 137 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

marche et formes. — Durée. — Terminaisons.

C'est en vain qu'on chercherait un paralysé général chez lequel la maladie suivrait exactement et régulièrement l'évolution que nous venons de décrire, chez lequel les périodes se succéderaient, sans rémissions, sans exacerbations passagères; chez lequel enfin les troubles intellectuels et les troubles somatiques marcheraient de pair pendant toute la durée de la maladie. Il ne faut pas demander à une description symptomatique plus qu'elle"

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ne peut donner; il est impossible qu'elle réponde à tous les cas observables, surtout quand la maladie à décrire est complexe et quand elle a une évolution lente. Le même desideratum se rencontre du reste à chaque pas en pathologie. Est-il par exemple possible de faire une description générale de la tuberculose qui réponde parfaitement à un cas donné? Non, certainement; on peut se faire une idée de la tuberculose, d'après une bonne description symptomatologique. Mais, pour bien connaître la maladie, il faut voir et suivre beaucoup de tuberculeux ; de même, pour bien connaître la paralysie générale il faut étudier et suivre beaucoup de malades atteints de cette aiïection, c'est à ce prix seulement qu'on connaîtra à fond la paralysie générale. Les formes extrêmement variables que revêt la maladie auraient bientôt dérouté l'observateur s'il n'était pas prévenu précisément de cette variabilité et de cette marche capricieuse; c'est pourquoi il nous semble utile d'appeler tout spécialement l'attention sur cette question d'une façon générale. On peut dire que la plus grande irrégularité s'observe d'habitude dans l'apparition, la durée et l'intensité des différents phénomènes somatiques ou psychiques, chez les divers malades et chez le même individu, aux diverses périodes de la maladie; il faut que les personnes qui veulent se livrer à l'étude de cette intéressante maladie soient bien prévenues de ce côté, et qu'elles ne se laissent pas égarer par l'apparition inattendue de tel ou tel symptôme ou d'une rémission inespérée. Calmeil a très-bien observé cette irrégularité qu'il faut connaître. Nous lui empruntons la description suivante :

(( On voit souvent, dit-il, l'exaltation du paralytique maniaque se ralentir , s'apaiser pendant un certain nombre de jours , se raviver de nouveau; ensuite, pendant quelques semaines, faire place à une période de calme durable, et aboutir à une démence plus ou moins complète. Bien souvent encore les paralytiques, d'abord agités, se cramponnent aux idées de grandeur, à toutes les prétentions du délire ambitieux au moment où la pétulance maniaque commence à se calmer; quelques-uns de ces maniaques tombent dans la torpeur mélancolique et périssent vite d'épuisement, à moins que chez eux l'excitation ne vienne à se décliainer de nouveau.

RÉMITTENCES. 169

On voit quelquefois aussi des paralytiques lypémaiiiaques abandonner leurs idées dépressives pour adopter des idées de contentement, de bonheur et de fortune ; dans d'autres cas, la torpeur mélancolique fait place à un délire général exubérant, accompagné de violence dans le langage et dans les actions ; la cause de tous ces contrastes échappe à nos explications ; d'un autre côté les phénomènes fonctionnels dont on a été à môme de constater d'abord l'existence en portant son attention sur l'appareil musculaire des aliénés paralytiques varient quelquefois beaucoup aussi dans leur expression, suivant les jours d'un même mois ou d'une même période inflammatoire.

L'embarras de la parole, après avoir été très-marqué pendant un laps de temps considérable, disparaît quelquefois en grande partie pendant un ou plusieurs mois, ou bien il augmente tout à coup au point que certains malades ne peuvent plus articuler momentanément aucun son. On voit varier avec la même promptitude, dans beaucoup de cas, l'état de force ou de faiblesse de différents muscles qui président soit à l'équilibre de la station, soit à la locomotion.

Certains jours, les malades affectés semblent vouloir se redresser; on est tout surpris de les voir marcher d'un pas ferme et plus agile que d'habitude; ils déploient alors plus d'adresse qu'à l'ordinaire dans tous les exercices qu'ils entreprennent de faire; plusieurs d'entre eux, pendant ces espèces de rémittences, peuvent jouer au billard, danser, faire de longues promenades à pied. Mais parfois les symptômes d'affaiblissement qu'ils présentent d'ancienne date redoublent au contraire d'une manière presque subite, et des malades dont la démarche trahissait à peine la veille un reste d'incertitude, se mettent tout à coup à chanceler sur les jambes, à pencher à droite ou à gauche, comme s'ils allaient s'affaisser sous le poids de leur corps, tandis qu'ils renversent et brisent les cristaux et les ustensiles qu'ils cherchent à saisir avec leurs mains vacillantes ; souvent, dans de pareils moments, des sujets, dont les habitudes de propreté ne s'étaient encore jusque-là jamais démenties, commencent à uriner dans leurs vêtements ; tous ces phénomènes peuvent cependant s'éclipser, et ils s'éclipsent en réalité de temps à autre dès le lendemain du jour où ils se sont manifestés; mais

une autre fois ils persisteront avec une opiniâtreté qu'on cherchera vainement à combattre et à surmonter. »

Ainsi donc on peut observer à toutes les périodes de la paralysie générale des rcmiilences passagères pouvant porter sur chacune des manifestations de la maladie ; il peut en outre exister des rémissions plus ou moins durables portant sur le plus grand nombre des symptômes ; il est essentiel de définir ce que nous entendons par rémissions : c'est la diminution temporaire des symptômes; il ne s'agit pas pour le moment de la disparition complète des manifestations morbides, que nous étudierons tout à l'heure sous le nom de guérison temporaire ; certains auteurs ont confondu, et à tort, les rémissions temporaires avec les guérisons temporaires.

Rémissions. — Calmeil signale les rémissions (1). « Il est, dit-il, des paralytiques qu'on juge condamnés à mourir dans un délai rapide et dont le sort s'améliore très-promplement; » il rappelle à ce sujet une observation qu'il a consignée plus tard (2). Bayle a relaté aussi, dans son Traité de la méningite chronique, plusieurs cas de rémissions dans le chapitre où il étudie les terminaisons de la paralysie. A propos de ces malades dont l'état s'améliore, il dit : « Ils jouissent de la raison, mais leurs facultés sont faibles. » (Voy. Observations IV, V, YI, VII.)

M. Baillarger (3) a étudié au point de vue médico-légal les rémissions prolongées de la paralysie générale.

Sauze a écrit sur ces faits une étude détaillée (4). Il pense que les rémissions de la paralysie générale peuvent se diviser en trois catégories; dans l'une on voit disparaître en entier les signes de la paralysie, et la démence persiste ; dans l'autre, l'intelligence paraît se rapprocher davantage de l'état normal, mais la paralysie persiste d'une manière appréciable; enfin, dans une troisième catégorie, les deux ordres de symptômes se sont amendés parallèlement et persistent à la fois à un faible degré. En d'autres termes, c'est tantôt la paralysie, tantôt la démence qui diminue, rétrograde, et quelquefois, au contraire, il y a un

(1) Calmeil, De la paralysie générate, \8'2ii.

(2) Calmeil, Traité des maladies injlammatoires du cerveau. Paris, 1859, p. 209.

(3) Baillarger, Union médicale de 1855.

fi) Annales médico-psijcliologiques, 1858.

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