RÉMISSIONS
amendement simultané de la démence et de la paralysie ; il est en outre une foule de ces intermédiaires présentant des caiactères moins tranchés, empruntant à la fois à plusieurs de ces classes des éléments pathologiques qui la constituent plus spécialement.
« Mais dans tous les cas, dit Sauze, l'intelligence ne revient jamais absolument ad inlegnuu . »
Les rémissions peuvent se rencontrer à toutes les périodes de la maladie. Nous devons cependant dire qu'elles sont relativement rares au début : à sa première période le mal marche d'habitude d'une façon continue et uniforme; à sa deuxième période, au contraire, le progrès se fait plus souvent par secousses, et c'est alors qu'on observe les rémissions les plus fréquentes et les plus prolongées; mais le malade ne profite pas, en général, de la trêve dont on s'était réjoui, et il retombe, après chaque rémission, plus gravement atteint qu'il ne l'était précédemment. Ainsi, sa maladie regagne rapidement le temps qu'elle avait perdu. Ce qu'il y a de plus remarquable dans ces rémissions, c'est qu'elles se produisent même parfois lorsque la maladie est à sa troisième période, a C'est ainsi, ditMarcé, que des sujets couverts d'eschares, gâteux, arrivés à un degré de marasme et d'épuisement profond, ne pouvant se soutenir sur leurs jambes et dans un état de démence complet, ont été vus reprenant des forces, parlant plus librement, récupérant même la plus grande partie de leurs facultés intellectuelles, et se sont soutenus dans cet état pendant des années entières. »
Pour M. Baillarger (1), les rémissions ne sont que la disparition de certains phénomènes qui étaient pour ainsi dire surajoutés à la paralysie générale : ainsi, par exemple, chez un paralytique atteint de délire maniaque, M. Baillarger considère le délire maniaque comme un élément surajouté, une complication de la maladie essentielle, et la disparition de cette complication constitue une rémission. Nous aurons à discuter cette opinion quand il s'agira d'interpréter le délire dans la paralysie générale pour savoir si c'est un élément surajouté ou si c'est un symptôme, un élément constituant, d'une nature spéciale à la maladie ; qu'il nous suffise de dire, à l'heure qu'il est, que nous nous faisons
(1) Baillarger, Des réniiio^ions dans la démence paralytique (Ann. méd. psijc, 1876).
une autre idée des rémissions, puisqu'il y a rémission aussi bien pour les troubles somatiques que pour le délire proprement dit.
Outre les rémittences passagères dans chacun des symptômes, outre les rémissions qui portent sur tout un ensemble de manifes- Lalions, il y a encore à étudier deux ordres de faits : i" les guérisons plus ou moins longtemps prolongées ; 2° les temps d'arrêt.
Par guérisons plus ou moins prolongées nous entendons la disparition complète de toutes les manifestations morbides; or, €es cas se rencontrent, et à toutes les périodes. Divers auteurs en ont cité; nous-même en avons observé; nous étudierons cette partie du sujet dans les chapitres consacrés aux terminaisons et au traitement.
Il faut encore compter avec les temps d'arrêt, c'est-à-dire avec les suspensions plus ou moins prolongées pendant lesquelles la maladie reste dans le statu qno, sans progresser et sans rétrocéder; ces temps d'arrêt s'observent à toutes les périodes, mais surtout à la première ; nous avons souvenance de malades qui, pendant des mois entiers, présentaient absolument les mêmes symptômes. Ces temps d'arrêt doivent également être différenciés des rémissions, dans lesquelles il y a, comme nous l'avons dit, rétrocession ou amendement dans la gravité des symptômes. La durée des rémissions et des temps d'arrêt varie d'un malade à un autre, entre un mois et un an ; lorsqu'un même malade a plusieurs rémissions, toutes sont, en général, d'une durée à peu près égale, c'est du moins ce que nous croyons avoir remarqué. Quant à la fréquence des rémissions, on peut dire qu'il est rare que dans le cours d'une paralysie générale, évoluant sans secousses violentes, il n'y ait pas un ou plusieurs temps d'arrêt et une ou plusieurs rémissions.
Physiologie pathologique des rémissions. — Ces rémissions spontanées indiquent que cette phlegmasie à marche lente, qui amène la paralysie générale, doit pouvoir être enrayée par les ressources de la nature ; et, à ce titre, l'étude des rémissions est extrêmement intéressante.
Il est difficile de se rendre compte de l'état anatomique du cerveau pendant ces rémissions et de leur cause intime. Exiles tiennent sans doute à ce que les phénomènes congeslifs disparaissent, à ce que les lésions inflammatoires se localisent et à
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ce que les parties du cerveau restées ou redevenues saines suppléent au fonctionnement des parties atteintes par une lésion définitive. La disparition des phénomènes congestifs est chose facilement admissible. La localisation des lésions inflammatoires, surtout lorsque la maladie n'est pas encore très-avancée, nonseulement est admissible, mais doit être admise : en effet, diverses autopsies nous ont montré sur certains points du cerveau des lésions peu étendues et très-anciennes, identiques à celles de la paralysie générale, chez des individus qui longtemps avant de mourir avaient présente des symptômes de paralysie générale, puis qui étaient revenus, soit complètement, soit incomplètement, à l'état normal. Dans ces cas il est logique de croire qu'il s'est fait peu à peu une suppléance plus ou moins complète entre les parties frappées d'inactivité et les parties du cerveau restées saines. Si l'on admet cette suppléance, on comprendra les rémissions et même les guèrisons, non-seulement pour ce qui est relatif aux troubles somatiques, mais encore pour les troubles intellectuels. Il est possible, en effet, qu'une circonvolution frontale supplée au défaut de fonctionnement de sa voisine altérée, et que cette suppléance dure jusqu'au jour où elle-même sera atteinte par l'inflammation. Ainsi donc, les rémittences passagères dans chacun des symptômes, dans chacun des groupes de symptômes, les rémissions plus ou moins prolongées dans l'ensemble des manifestations morbides, les temps d'arrêt dans l'évolution de la maladie, les guéiisons momentanées, l'apparition inopinée des troubles les plus divers justifie ce que nous disions plus haut relativement à l'irrégularité d'évolution de la maladie, et de plus, l'existence des rémissions est, ainsi que l'a dit M. Baillarger (1), défavorable k la théorie de la sclérose interstitielle primitive, car on ne saurait comprendre la guérison d'une sclérose d'emblée, tandis qu'on comprend très-bien la disparition d-3 lésions congestives et inflammatoires.
Cinfj grandes formes de paralijsie générale. — Nous croyons qu'il est possible d'établir des catégories bien distinctes qui méritent le nom de formes et qui pourront répondre à certains cas donnés, c'est ce que nous a démontré une étude approfondie de la maladie ; cette distinction en diverses catégories est
II) Ann incd. iisijciwi .y inilk'l 1877, |i. 117.
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importante au point de vue du pronostic. Ainsi, nous croyons (ju'oji peut souvent arriver à prédire que tel malade vivra longtemps, que dans le cours de sa maladie on verra sans doute surgir peu de complications (telles que grandes attaques apoplectiformes), et qu'en tous cas la vie résistera à ces diverses atteintes; de même on a pu quelquefois annoncer que lel autre malade ne vivrait pas longtemps, et qu'il ne résisterait sans doute pas aux complications cérébrales intercurrentes. Nous croyons, dans une certaine mesure, avoir réalisé le vœu que formait Falret dès 1853 et qu'il formulait dans les termes suivants : « Peut-être, dit-il dans sa thèse, une étude plus attentive fera-t-elle découvrir un jour quelques variétés de marche qui permettront de prévoir dans un cas donné, par l'évoUition des premières périodes de la maladie, celles des périodes ultérieures. » Bien que cette question soit encore pour nous à l'étude, nous croyons devoir, vu son immense intérêt, décrire les diverses variétés qu'il nous semble possible d'établir, et énoncer la loi que nous avons entrevue. La voici : c'est qu'en général la marche de la maladie est uniforme dans un cas donné; que si les premières périodes sont de longue durée, les deuxièmes et troisièmes périodes seront longues aussi ; le malade pourra vivre cinq ans, six ans, j)Ourra traverser non pas impunément, mais du moins sans perdre la vie, les complications les plus menaçantes, telles que hémorrhagies méningées, attaques épileptiformes. Que dans les cas, au contraire, où les premières périodes sont courtes, la maladie risque fort d'avoir une évolution rapide ou d'être brusquement interrompue par une complication. Il est bien entendu que nous parlons des cas, et ce sont malheureusement les plus fréquents, où aucune intervention thérapeutique n'essaye de modifier l'évolution de la maladie.
Ainsi donc, quand on observe chez un malade une période prodromique longue, quand le caractère est modifié depuis deux ans avant l'apparition de la paralysie générale confirmée; quand, longtemps avant d'être aliéné, l'individu est devenu fantasque, mélancolique ou satisfait, se plaignant de céphalalgies passagères, de bouffées de chaleur au visage, quand surtout on a pu observer des rémissions plus ou moins prolongées pendant cette période prodromi(jue, nous croyons qu'on peut espérer que la paralysie