‹ Traité de la paralysie générale des aliénés [electronic resource]Chapitre 39 sur 137 · ROTATION DE LA TÊTE ET DÉVIATION DES YEUX · texte numérisé non relu

ROTATION DE LA TÊTE ET DÉVIATION DES YEUX

entrainenl une issue fatale; cette bénignité relative ne doit pas empêcher le médecin de déployer dans ce cas les ressources malheureusement bornées de la thérapeutique.

La rotation de la tête et la déviation conjuguée des yeux sont des symptômes qu'on observe assez souvent dans le cours des attaques soit apoplectiformes, soit convulsives; ces symptômes ont fait l'objet d'une étude spéciale de la part de Ilanot, alors interne de mon service (1).

Il résulte de ce travail que la rotation de la tête avec la déviation conjuguée des yeux parait reconnaître pour cause la prédominance unilatérale du processus morbide, soit qu'il s'agisse d'une hémorrhagie sous-arachnoïdienne ou bien d'une congestion méningée très-intense, plus accentuée sur l'un des deux hémisphères : dans ces cas, la tète et les yeux se tournent du côté correspondant à la lésion. Ainsi, une lésion de l'hémisphère gauche entraînera, en même temps qu'une paralysie persistante du côté droit, une déviation à gauche de la tête et des yeux; la partie gauche de la face reposera sur l'oreiller, si le malade est dans un lit; si l'on vient à faire subir à la tète un mouvement de rotation avec les mains, elle reprendra immédiatement après sa position primitive; les yeux regarderont aussi à gauche, la pupille gauche étant dirigée vers l'angle supérieur et externe.

Ce symptôme n'a pas un caractère absolu au point de vue du pronostic, et disparaît d'habitude après deux ou trois jours, mais il est important à connaître parce qu'il permet de préciser le siège de la lésion, ce qui n'est pas toujours facile.

Par exemple, s'il y avait paralysie des quatre membres, ce qui est fréquent au début des attaques, et en même temps une déviation conjuguée de la tête et des yeux du côté gauche, on serait en droit de penser que la lésion siège à gauche, ou, en admettant qu'elle est diffuse, qu'elle prédomine à gauche. Et si dans ces cas on croit devoir recourir à des sangsues appliquées aux apophyses mastoïdes, il est rationnel de mettre ces sangsues du côté gauche plutôt que du côté droit.

^"Attaques hystériformes. — On observe parfois, dans le cours de la paralysie générale, des attaques hystériformes qui ressemblent à celles de l'hystéro-épilepsie ; ces faits, quoique rares, sont

(I) Société de biologie (séances des 6 et 20 juillet 1873).

intéressants à connaître, parce qu'ils prouvent une fois de plus que, pour poser un diagnostic en pathologie mentale, il ne suffit pas d'observer un jour un ensemble de symptômes ; il est des cas où de nombreuses observations sont nécessaires. Nous ne pouvons pas expliquer la pathogénie des attaques hystériformes , nous ne voulons que relater les faits suivants qui se trouvent consignés dans des notes déjà anciennes :

Observation XXIX a. — La nommée S. . . était tout à fait à la première période de la paralysie générale ; la maladie avait cependant pu être affirmée, elle a évolné depuis. Voici ce que nous avons observé un matin (1875) pendant notre visite : S... s'assied brusquement sur une chaise, perd à demi la connaissance, puis, au bout d'un quart d'heure, se met à pleurer, à accuser une sensation pénible au niveau de la région précordiale; elle s'incline à gauche et les deux membres supérieurs sont agités de tremblements; la face est paie, le pouls serré; pas de chaleur à la peau; au bout d'une demi-heure, retour à l'état normal.

Cette même malade, trois mois après, étant mise sur un lit pour être examinée, éprouva des tremblements du membre supérieur droit; sa figure devint vultueuse; elle perdit à demi la connaissance, puis fut prise de mouvements répétés de propulsion du bassin en avant; pas de douleurs ovariennes. Ces phénomènes durèrent à peu près dix minutes.

Cette malade a été prise, en 187G, d'une attaque apoplectiforme qui a laissé il sa suite une parésie du membre supérieur gauche.

Chez une autre malade, chez laquelle la paralysie générale était bien plus avancée, voici exactement les phénomènes observés :

Perte de connaissance subite, pâleur de la face, lèvres violacées, roideur des membres, flexion forcée des mains, grimaces et laideur de la face, convulsions toniques des yeux, écume buccale ; au bout de trois quarts d'heure, la malade, revenue à elle, se met à rire et à pleurer alternativement.

Voici une autre observation :

Observation XXIX b. — La nommée X... subit de petites attaques hystériformes avec projection de la poitrine et du ventre eu avant: soupirs, respiration entrecoupée, extension des membres supérieurs, flexion des mains, les pouces recouvrant les doigts indicateurs; demi-perte de connaissance, la malade peut répondre par -signes; pleurs, pas de laideur de la face; pouls, 116.

Ces phénomènes cessent par intervalles très-courts ; ili^ se reproduisent huit à dix fois en un quart d'heure.

Au bout de vingt-ciiKj minutes, tout rentre dans l'ordre et le pouls tombe à 86 pulsations par minute.

Cette malade, morte trois mois après, par suite d'escliares au sacrum, n'a

ATTAQUES TÉTANIFORMES.

présenté aucune altération cérébrale ou médullaire à laquelle ou puisse rapporter spécialement les phénomènes ci-dessus mentionnés.

Ces accidents, rares chez la femme, n'ont jamais été observés chez l'homme.

4" Attaques tétani formes . — Il est encore une complication qu'on observe exceptionnellement dans le cours de la paralysie générale, nous voulons parler des attaques tétaniformes.

Elles sont caractérisées par une exagération du pouvoir réflexe et par de la roideur des membres du tronc, du trismus et de l'épistothonos, et paraissent être en rapport avec une lésion des parties antérieures de la moelle. Voici, d'ailleurs, les quelques observations que nous avons pu recueillir sur cette intéressante complication :

Observation XXIX c. — Une malade de mon service à la Salpètrière était arrivée sans secousses et progressivement au début de la troisième période de la paralysie générale, lorsqu'elle fut prise, pendant trois jours, de roideur dans les membres; puis éclata une série d'accidents tétaniformes: toutes les cinq minutes, la tête se recourbait brusquement en arrière ; il y avait du trismus et, par conséquent, impossibilité d'ouvrir la bouche, de boire, de manger, de parler; les bras, étendus en dehors des couvertures, étaient roides, les muscles du thorax durcis, la respiration était restée néanmoins assez facile. Les attouchements, les pincements, les excitations électriques pratiqués sur le tronc et les membres provoquaient des convulsions tétaniques avecépistothonos.Ilenétaitde même si l'on appliquait une montre à côté de ses oreilles. La température ne dépassait pas 38 degrés, le pouls était à 88. Ces accès duraient environ une minute. Dans les intervalles des accès, la malade ouvrait les yeux et pouvait s'asseoir sur son lit ; elle regardait autour d'elle. 16 centigrammes de curare lui furent injectés sous la peau et en six fois en vingt- quatre heures; il se produisit alors une abondante diaphorèse avec élévation du pouls et de la température, et, dès le lendemain, le trismus avait disparu, ainsi que la roideur musculaire.

La malade allait bien, aucun phénomène tétanique ne s'était plus montré, lorsque, par suite de la négligence des infirmiers, cette femme fut laissée en sueur dans un courant d'air et fut prise d'une pleuropneumonie qui l'emporta en trois jours.

L'autopsie faite par Villard, alors interne de mon service, nous apprit les particularités suivantes : Injection considérable dans certains points de la dure-mère spinale, et principalement à sa partie antérieure ; là où existait cette congestion , on voyait de très-nombreuses granulations miliaires transparentes, analogues à celles qu'on rencontre assez fréquemment dans les ventricules cérébraux. Ces granulations donnaient la sensation dite de langue de chat.

L'examen microscopique, fait pat* H. Liouville, démontra que ces granulalions étaient formées : 1» par une enveloppe de tissu lamineux extrêmement

fin ; 2° par une trame dans laquelle on voyait des vaisseaux à parois Irès-épaisses et jaunâtres, des noyaux ovoïdes de tissu conjonclif, des cristaux d'hématine, et quelques autres cristaux paraissant fendillés; la moelle cpinière n'était que peu congestionnée; le cerveau présentait les lésions ordinaires de la paralysie générale.

Observation XXIX d. — La nommée Nol..., malade de mon service, présenta, vingt-quatre heures avant de mourir, des accidents tétaniformes : épistotlionos permanent, convulsions tétaniformes dans les membres, par intervalles ; pendant ces accès la bouche est ouverte, les deux commissures labiales tirées en bas et en dehors, paupières demi-abaissées, œil terne, etc.

Autopsie. — Outre les lésions ordinaires de la paralysie générale, il existe une vive hyperhémie de la moelle, surtout au niveau de la queue de cheval, et quelques fibromes arachnoïdiens au niveau des racines antérieures et des ganglions spinaux antérieurs.

Observation XXIX e. — J'ai observé des accidents analogues chez la nommée Boni..., malade de mon service. Vingt-quatre heures avant la mort, le toucher des membres, surtout des membres supérieurs, et en particulier des mains, ou bien l'extension forcée des membres contractures, déterminaient de petites secousses de peu de durée; le pouls était à 134, la température axillaire à 40%2.

Autopsie. — Lésions diffuses de la moelle et dans le voisinage du bulbe, sclérose annulaire; à ce niveau, la coupe de la moelle faisait voir la partie centrale de l'organe d'un brun rougeàtre, tandis que la partie périphérique était restée avec la couleur normale de façon à former un anneau blanc, large d'un millimètre, autour du cylindre rougeàtre central.

Observation XXIX f. — Autre cas : des attaques survenues dix-sept mois avant la mort, avaient aussi été accompagnées de roideur de membres persistante, et, à l'autopsie, on trouva une dégénérescence fibreuse bien localisée au niveau des pyramides antérieures, depuis la protubérance jusqu'au bec du calamus.

Calmeil (i) a parlé de cas où « les phénomènes convulsifs sont accompagnés d'une roidem- tétanique des muscles de la mâchoire, des muscles du cou; d'un état de contracture des muscles des bras, de contraction du poignet, de roideur des muscles des jarrets et d'une impossibihté absolue d'avaler. Presque toujours aussi l'urine tend à s'accumuler en grande abondance dans la vessie, pendant toute la durée de ces scènes convulsives. o

Lockhart Clarke (2) a observé un cas de tétanos survenu dans le

(1) Calmeil, Maladies inflammaloires du cerveau, vol. I.

(2) Lockliari Clarke, Laiicet, 1" septembre 1873.

Page 1