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DÉMENCE SYMPTOMATIQUE

\° Démence aiguë. — Eliminons rapidement le cas de démence aigûe. La démence aiguë d'Esquirol n'est autre chose, en effet, que ce que nous avons étudié déjà sous le nom de stupeur mélancolique.

Nous avons déjà dit que la folie simple avec stupeur pouvait se différencier de la paralysie générale.

2" Hi/pochondrie intellectuelle. — Passons aussi rapidement sur Vhjpochondrie intellectuelle, qu'on pourrait peut-être confondre avec la paralysie générale au début.

Par hypochondrie intellectuelle, il faut entendre cette tendance qu'ont certains malades à se plaindre de l'affaiblissement de leur intelligence, tout comme ils se plaignent de troubles somatiques variés, sans que rien justifie leurs assertions.

Ces malades, qui sont en général névropathiques, accusent leur mémoire de devenir infidèle; ils se plaignent plus rarement de leur esprit; cependant il en est qui affirment que leur jugement a perdu de sa sûreté, que leur imagination était autrefois plus vive, qu'ils se sentent au-dessous d'eux-mêmes.

Ces diverses affirmations sont parfois dues à une coquetterie inconsciente, et d'autres fois à un état d'hypochondrie qui se manifeste par d'autres préoccupations ; de sorte que le diagnostic est le plus souvent facile.

Il est rare que dans la paralysie générale les malades aient ainsi conscience de leur état; ils sont, au contraire, portés à se croire plus intelligents que jamais.

D'ailleurs, la connaissance des antécédents pourra être d'un grand secours, de môme que la recherche des troubles somatiques.

3° Démence symptomatique . — Arrivons enfin aux cas où existe véritablement de la démence.

La démence appartient-elle à la péri-encéphalite chronique diffuse, ou à toute autre cause?

On sait que la démence, c'est-à-dire l'affaiblissement des facultés psychiques : 1" s'observe à la suite de lésions cérébrales localisées; 2" qu'elle peut être d'origine épileptique, alcoolique ; 3" qu'elle est le plus souvent la période ultime des diverses formes de folie simple; 4" qu'elle est liée à la sénilité (démence sénile).

i72 DIAGNOSTIC.

Comment établir le diagnostic?

C'est souvent extrêmement difficile si on se contente d'examiner les troubles psychiques ; c'est pourquoi, dans ce cas comme dans tous les autres, il faut rechercher avec le plus grand soin les troubles somatiques.

Mais, dira-t-on, vous-même avez écrit que quand la paralysie générale affecte la forme de démence paralytique (3'= variété, p. 181) les troubles somatiques sont en général peu marqués. •

C'est vrai, et c'est précisément pourquoi le diagnostic est si difficile. Mais en cherchant bien, on pourra arriver à constater dans la démence paralytique de l'inégalité pupillaire (c'est le signe somatique le plus fréquent dans cette forme) ; on pourra en outre constater que la démence, chez les paralysés, est parfois traversée par des conceptions délirantes qui ne se rencontrent pas dans les autres formes de démence.

Un dément paralytique qui n'aura pendant longtemps témoigné d'aucune idée ambitieuse, viendra un jour à marmotter les mots de millions et de châteaux; ou encore des conceptions hypochondriaques à caractère spécial peuvent venir éclairer le diagnostic.

Une paralysée générale qui était en démence depuis longtemps nous disait récemment qu'elle était enceinte, que ses pieds et ses mains étaient extrêmement petits, que son cœur était sorti de sa poitrine, etc. Chez cette femme le diagnostic était posé depuis longtemps ; mais en admettant que nous l'ayons vue pour la première fois et que nous n'ayons pas pu constater chez elle de troubles somatiques, ces idées hypochondriaques auraient pu nous mettre sur la voie du diagnostic.

L'étude attentive des antécédents pourra aussi aider à porter le diagnostic; si le malade a eu des poussées congestives; s'il a présenté, avant de devenir dément, quelques-unes de ces manifestations que nous avons consignées dans l'étude des prodromes, on pourra le plus souvent poser le diagnostic de démence paralytique (1).

Dans la démence consécutive à des lésions cérébrales en foyer ^ deux cas peuvent se présenter :

(1) Voy. la thèsG dcFalrel, pour le diagnostic diffcrcntiel.

IIÉMEXCK SYMl'ïOiMATIQUE. '273

i° Ou bion une inflammation lente ayant pour point de départ la lésion localisée primitive s'est étendue à la périphérie de la masse encéphalique, et alors la démence peut très-bien revêtir les caractères de la démence paralytique ; il peut même, dans ce.s cas, y avoir plus que de la démence : il peut en effet survenir du délire absolument semblable à celui de la paralysie générale ; dans ces cas, il est impossible d'établir un diagnostic difîérentiel, car on ne peut pas difïérencier deux états qui se traduisent par les mêmes symptômes et qui aboutissent aux mêmes lésions.

Il faut nécessairement conclure à leur identité; ceci étant, lorsque, à la suite d'une hémorrhagie cérébrale par exemple, on verra que les malades restent avec un affaiblissement de l'intelligence pendant un certain temps, on pourra craindre chez eux l'évolution ultérieure de la paralysie générale; si cet aflaiblissement intellectuel va croissant, si surtout il s'y joint des lueurs de conceptions ambitieuses ou hypochondriaques, on pourra estimer qu'on a affaire à de la démence paralytique consécutive à un foyer hémorrhagique.

2" Dans d'autres cas, la démence qui est consécutive à des lésions en foyer diffère de la démence paralytique par la fréquence de rires, de pleurs non motivés, par l'absence de toute conception délirante spéciale à la paralysie générale, ainsi que par l'absence des troubles soma tiques propres à la paralysie générale.

3° Dans certains cas, enfin, le diagnostic est lirs-embarrassant : c'est lorsque la démence est due à des tumeurs cérébrales. Nous nous rappelons à cet égard un fait très-intéressant. Il s'agissait d'un malade, M. L.. .,àgéde trente-deux ans (i), sur les antécédents duquel nous n'étions pas bien fixé ; ce malade était apathique; on lui ûùsait répondre ce qu'on voulait aux questions qu'on lui posait; il ne répondait d'ailleurs que par monosyllabes. Il gâtait, il se tenait à peine sur ses jambes. Pendant les trois mois que nous l'observâmes, nous étions très-embarrassé pour formuler un diagnostic, et le diagnostic qui nous semblait le plus admissible était celui de démence paralytique. Or, à l'autopsie, nous vîmes qu'il ne s'agissait nullement de démence paralytique, mais que la démence était liée à des gommes syphilitiques mul-

et) Buiiureaux, Tlicse, Paris, 1871 .\. VOISLN. l'aialysic.

tiples qui siégeaient à la périphérie du cerveau. Voilà bien un cas de pseudo-paralysie générale ; mais le diagnostic, du vivant du malade, n'était certes pas facile à établir. De même nous avons observé depuis deux mois un malade qui a une grande débilité intellectuelle, sans délire ; qui reste toute la journée sur une chaise, à rien faire; qui, malgré les symptômes facilement appréciables qu'il présente, ne se doute pas de la gravité de son état; il a de l'ataxie dans les mouvements, du tremblement des mains; pas de tremblement de la langue ni de la parole. Or, un médecin versé dans la connaissance des maladies mentales prétend que ce malade est atteint de démence paralytique, tandis que nous, nous croyons plutôt que ce malade a dans le cerveau des productions syphiHtiques. Ce malade, en effet, a eu la syphilis, et l'aspect qu'il présente est absolument identique à celui qu'offrait M. L..., que nous avons signalé un peu plus haut. Le docteur Mùller pense que, dans certains cas, il est impossible de faire un diagnostic différentiel, et qu'un essai de traitement antispécifique peut seul éclairer la situation; il cite à l'appui le cas très-concluant d'un individu atteint de paralysie générale typique, et regardé comme perdu, lorsque tout à coup une exostose du sternum vint montrer à quelle affection on avait affaire : un traitement à l'iodure de potassium fut institué, et le malade guérit complètement (i).

On voit donc combien, dans certains cas, le diagnostic est épineux, et combien il est important ; car, s'il s'agissait, comme nous le croyons, d'une syphilis cérébrale, le traitement spécifique pourrait peut-être enrayer le mal, tandis que s'il y a une véritable paralysie générale, la mort est imminente et le traitement spécifique inutile.

Ce sont là des difficultés cliniques qui exigent des recherches approfondies (2).

La démence liée à l'épilepsie se reconnaîtra facilement, si l'on a des renseignements sur les antécédents.

On sait que ce sont les vertiges épileptiques fréquemment répétés et prolongés qui ont le plus de tendance à amener la démence.

(1) MuUer, Syphilis cérébrale {Correspondem-Blatt, 1873).

(2) Comparer avec robsei valioii de Labr., i>. .389.

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