DÉMENCE SIMPLE
Le dément épileptiqiie se reconnaîtra aussi du dément paralytique, par le faciès :
Le premier a l'air abruti, fatigué ; le second a le plus souvent la figure épanouie, riante, en rapport avec les idées de bonheur qui se rencontrent le plus souvent, quoique fort vagues, au fond du trouble mental. Le dément épileptique présente souvent des traces de contusions, de plaie sur la face, de morsure de la langue. Il a des instincts sales, dégradés.
La démence alcoolirjue ressemble aussi bien mieux que la démence paralytique à ce qu'on appelle l'abrutissement; même les personnes étrangères à la médecine s'y tromperont peu, ainsi que le dit Lascgue dans une étude sur l'alcoolisme et la paralysie générale (1). D'ailleurs la démence alcoolique est presque toujours accompagnée de troubles somatiques ; nous aurons donc à revenir sur le diagnostic à propos de l'alcoolisme chronique.
4^'' Démence simple. — La démence simple survient quelquefois sans être précédée par la folie ; par exemple chez les individus adonnés à l'onanisme.
Cette variété de démence pourrait se confondre avec la paralysie générale au début ; mais l'âge des malades, joint aux autres signes, peut permettre le diagnostic différentiel. Ainsi cette démence est une sorte d'idiotie acquise qui survient plus spécialement dans l'adolescence.
La démence consécutive aux diverses formes de folie simple se reconnaîtra assez facilement d'avec la démence paralytique.
En effet,, si l'on a connu les malades depuis longtemps, il a été facile de poser antérieurement le diagnostic ; et lorsque la période de démence sera survenue, on pourra affirmer que dans tel cas il s'agit de démence simple consécutive à une folie simple ; que dans tel autre cas, au contraire, il s'agit de démence paralytique.
Supposons maintenant que l'on n'ait pas connu les malades avant qu'ils soient arrivés à la démence; les quelques caractères que nous avons décrits comme appartenant plus spécialement à la démence paralytique devront être utilisés pour arriver au diagnostic.
Ces caractères ne se rencontrent pas dans la démence consé-
(1) Lasègue, Thèse d'agrégation, 1853, p. 49.
cLilivc aux folies simples. Dans ces dernières les troubles somatiques font défaut; l'engraissement est plutôt la règle, quoique certains de ces déments deviennent cachectiques; l'état général est bon ; ordinairement les fonctions sont régulières; les malades ont des tics, des habitudes : ils répètent toujours le même mot dénué de sens, il y a dans toute leur existence une monotomie qu'on ne rencontre pas dans la démence paralytique.
5" Démence sénile. — Abordons enfin une autre question, celle des rapports qu'il y a entre la démence paralytique et la démence sénile, pour arrivei' an diagnostic différentiel entre ces deux variétés de démence.
La démence sénile et la paralysie générale sont deux états qui diffèrent sensiblement l'un de l'autre, si l'on a affaire à des cas bien tranchés. Marcé (1) affirme qu'on peut, dans le plus grand nombre des cas, les distinguer l'un de l'autre par la seule observation clinique. On se fondera, dit-il, sur les considérations suivantes :
L'âge du sujet ; l'hémiplégie plus rare et moins accentuée, moins dui'able dans la paralysie générale que dans la démence sénile. Il en est de môme de la déviation de la langue. Les contractions fibrillaires ne se rencontrent qu'exceptionnellement dans la démence sénile ; l'inégalité des pupilles ne se rencontre presque jamais.
La parole est plutôt confuse, mal articulée dans la démence; elle est plutôt scandée et hésitante dans la paralysie générale.
La diminution des forces dans la paralysie générale est plutôt apparente que réelle, du moins dans les premières périodes. Chez les déments, au contraire, il y aune diminution réelle de l'énergie musculaire.
L'affaiblissement de la mémoire et de toutes les facultés intellectuelles; le délire maniaque avec un caractère tout particulier d'incohérence dans les actes et dans les paroles, avec hallucinations; la folk mélancolique, le délire hi/poclmiidr laque \m-Qième, sont communs à la démence et à la paralysie générale, bien que beaucoup plus fréquents dans cette dernière affection; mais le délire des grandeurs est si rare dans la démence sénile et si fréquent
(1) Marcc, Hecheiclies cliniques cl analomo-pathologiqiies sur la démence sénile {Gaz. méd. de Paris, 1863).
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dans la paralysie générale, que sa constatation est un symptôme de la plus haute valeur au point de vue du diagnostic différentiel.
Tout ceci est exact et trouve son application dans le plus grand nombre des cas; mais il en estd'autres qui établissent une transition entre la paralysie générale et la démence sénile. Telles sont, par exemple ; la parali/sie générale à forme sénile, la paralysie générale ayant la forme dite démence paralytique, la démence apoplectique. C'est pourquoi nous croyons que beaucoup de cas de démence dite sénile appartiennent à la paralysie générale des vieillards.
Nous appuyons cette opinion sur des considérations théoriques, mais surtout sur les données de l'observation clinique et anatomique. Théoriquement, n'est-il pas séduisant de considérer certains cas de démence sénile comme autant de cas de paralysie générale devant leurs caractères particuliers à l'âge des individus qui en sont affectés? Cette hypothèse n'a rien d'inadmissible, car on sait que les maladies changent d'aspect suivant l'âge des sujets qui en sont porteurs. La pneumonie des vieillards, par exemple, n'est pas la même que la pneumonie des adultes ; pourquoi la paralysie générale des vieillards ne serait-elle pas différente de celle de l'adulte? Pourquoi n'affecterait-elle pas la forme de démence sénile? De cette façon, un certain nombre de cas de démence sénile pourraient rentrer dans le cadre de la paralysie générale.
C'est de la même manière que l'on peut dire qu'un certain nombre de cas d'idiotie appartiennent à la paralysie générale des enfants.
Les données de l'observation, avons-nous dit, portent également à étendre le cadre de la paralysie générale au détriment de celui de la démence sénile; en effet, au point de vue syniptomatique la chose n'est pas discutable, et Marcé lui-même a été bien forcé d'avouer que le diagnostic était parfois excessivement difficile.
A.U point de vue anatomique certains faits viennent corroborer notre opinion; c'est ainsi que, d'après Hayem (1), un certain travail phlegmasique ne serait pas étranger à la production de la démence sénile. Les traces de ce travail inflammatoire seraient les
(I) llaynii, Sur k's Enc'-phalilen. Thèse, 18:38, p. 'JG.
suivantes : les méninges sont épaissies; l'arachnoïde est opaline, blanchâtre, la dure-mère présente souvent des néo-membranes avec des extravasations sanguines plus ou moins développées. Vient-on à enlever les méninges avec précaution, on trouve quelquefois de petits points adhérents, au niveau desquels la couche corticale offre des exulcérations analogues à celles que l'on voit dans la paralysie générale ; mais elles ne sont pas aussi étendues ni aussi caractéristiques que dans cette dernière maladie. Dans un cas où le malade avait présenté pendant la vie de l'excitation maniaque, les circonvolutions offraient en plusieurs points un aspect un peu framboisé et une certaine dureté. Au microscope, on trouva des lésions complètement analogues à celles qui ont été données comme caractéristiques de la paralysie générale, c'est-à-dire une multiplication, quelquefois très-abondante de noyaux le long des capillaires et dans le tissu intermédiaire.
« Nous sommes donc porté à croire, ajoute l'auteur, que dans certains cas de démence sénile, ceux surtout qui ont été remarqués par des symptômes d'excitation maniaque, il existe un certain nombre de caractères pouvant faire admettre une périencéphahte, je ne dis pas analogue à celle de la paralysie générale, mais très-voisine; et ce n'est pas sans raison que les aliénistes, et particulièrement Marcé, ont fait de si grands efforts pour bien établir le diagnostic différentiel entre la démence sénile et la paralysie générale. »
Nous adoptons cette manière de voir, et sans vouloir étendre démesurément le cadre de la paralysie générale, nous croyons que ce groupe nosologique doit empiéter sur le groupe constitué par la démence sénile (1).
C'est, dira-t-on, compliquer encore le diagnostic, c'est possible; mais la vérité scientifique doit passer, avant tout, d'autant plus que d'un bon diagnostic découlent des considérations thérapeutiques importantes.
Ainsi, dans les cas où la démence dite sénile paraîtra se rappro-
(1) J'ai fait récemment rautopsie d'une nommée Mat..., atteinte de démence sénile avec agitation. Il existait des adhérences entre les méninges épaissies et les circonvolutions frontales. Des examens microscopiques m'ont montré des noyaux en très-grande quantité dans les vaisseaux, et le long des vaisseaux, des cristaux hématiquos et les plus fins capillaires gorgés de globules.
cher de la paralysie générale, on évitera toutes les causes susceptibles d'augmenter l'état congestif, on insistera même sur les révulsifs et les antiphlogistiques. On réservera le diagnostic au point de vue de la durée de la maladie.
Dans les cas, au contraire, où la maladie paraîtra se rapprocher davantage de ce que Marcé a si bien étudié sous le nom de démence sénile, on pourra espérer que de longs jours sont encore réservés aux malades ; on pourra leur imposer une thérapeutique moins sévère.