‹ Traité de la paralysie générale des aliénés [electronic resource]Chapitre 62 sur 137 · FIÈVRE SYPHILITIQUE · texte numérisé non relu

FIÈVRE SYPHILITIQUE

des malades, on pourrait croire h l'invasion de l'épilepsie la plus franche. »

G. Troubles de V intelligence. — L'examen des fonctions intellectuelles ne suffit pas pour établir le diagnostic entre la paralysie générale au début et la syphilis secondaire ; car il arrive que dans la syphilis, comme dans la paralysie générale au début, l'intégrité de l'intelligence soit quelque peu compromise.

d. Troubles de V innervation vaso-motrice. — Il est certains troubles d'innervation vaso-motrice qui, joints aux autres que nous venons de passer en revue, pourraient égarer le diagnostic ; car ces phénomènes s'observent presque constamment au début de la paralysie générale, ainsi que nous avons cherché à l'établir : nous voulons parler des poussées congestives, des poussées sudorales et de la fièvre syphilitique.

Il n'est pas rare, en effet, d'observer à la période secondaire de la syphilis des bouffées de chaleur qui se portent tout à coup à la tête et se répandent « comme des vapeurs », en différentes parties du corps. Ces sortes de (c congestions », comme les appellent les malades, se produisent d'une façon inopinée, soit pendant l'exercice, soit au repos, soit même au lit ; elles sont toujours très-passagères, mais elles fatiguent et inquiètent les malades par leurs répétitions fréquentes.

A ce phénomène il faut joindre les sueurs et les poussées sudorales partielles et généralisées.

Quant à la fièvre syphilitique, elle existe chez la femme au moins une fois sur trois. Elle n'appartient qu'à la période secondaire; elle est incomparablement moins fréquente chez l'homme.

Elle n'est que rarement symptomatique ; le plus souvent elle est essentielle; Hunter l'avait entrevue, cette fièvre essentielle: elle est très-fréquente dans les syphilis non traitées, bien plus rare dans les cas où le traitement est intervenu de bonne heure. Elle peut affecter le type intermittent, et alors, dans sa forme la plus parfaite, l'accès ressemble assez à l'accès palustre; mais il est moins complet, en ce sens que c'est surtout le stade de chaleur qu'on observe ; les malades qualifient leurs accès sous les noms de fièvre en chaud, — de chaleurs, d'ardeurs nocturnes qui les dévorent; la sensation de chaleur continue est passagèrement entrecoupée de frissons intermittents.

Ces accès, d'ailleurs, varient d'un jour à l'autre chez le môme malade, quant à leur forme et à leur durée; ils reviennent d'iiabitude quotidiennement, etsurtoutla nuit, — peuvent disparaître pendant quelques jours pour revenir ensuite ; ils se jugent spontanément, ou cèdent en quelques jours à l'action du mercure ; ne paraissent pas justifiables du sulfate de quinine.

Plus rarement la fièvre est continue, avec ou sans paroxysmes. — Elle peut alors durer plusieurs septénaires, et alterner avec des accès intermittents.

Dans tous les cas, l'exploration thermométrique indique une élévation de la température, qui est ordinairement modérée, mais qui peut atteindre jusqu'à 40 degrés. Mais ce qui différencie cette fièvre syphilitique de la fièvre inflammatoire, c'est que le visage, loin d'être injecté etvultueiix, est le plus souvent pâle et décoloré : le pouls n'est jamais ample, fort développé; il est souvent, au contraire, petit, faible et dépressible; — la langue reste à peu près normale et l'appétit se conserve.

Syphilis tertiaire. — Quant à la syphilis tertiaire, il est d'habitude facile de laditïércncier delà paralysie générale, parce que I s lésions syphilitiques sont circonscrites et non diffuses (1) ; cependant on rencontre des cas douteux, ce sont ceux dans lesquels il y a dans la couche corticale du cerveau de nombreuses tumeurs gommeuses syphilitiques (2) ; l'intelligence subit alors une déchéance telle qu'on croirait avoir affaire à cette variété que nous avons décrite sous le nom de démence paralytique, et l'existence de phénomènes ataxiques et paralytiqes vient encore compliquer le diagnostic.

Comme excmplcde cette difficulté de diagnostic, nous rapellerons une observation de Todd Tompson qui attribue à la paralysie générale un cas terminé par la guérison, et que nous croyons plutôt appartenir à la syphilis cérébrale (3).

L'observation suivante montre quelques caractères communs à la syphilis cérébrale et à la paralysie générale des aliénés, et nous paraît encore intéressante par les troubles moteurs qui

(I) Lancercaiix, Annales de sijphilifjrapliie, p. 153, 1878.

('i) Biirlurcaux, Consiilérations sur le siège, la nalure et les causes de la folie paratijHiju^. Thèse de doctorat, Paris, 1874. Hiiljcrt Uoili-igucs a cité des laits semblables. (3) Arch. de méd., 1848, t. XVIIl, p. 4G3.

SYPHILIS CÉKÉBHALE. -289

étaient en rapport avec le siège de la tumeur dans les circonvolutions pariétales gauches.

Observation XXXI. — La nommée Labr... (Marie), couturière, âgée de trente-trois ans, entre dans mon service de la Salpêtrière le 28 septembre 1878.

Pas de renseignements sur sa famille. On nous apprend que depuis dix-buit mois elle se plaint de maux de tête siégeant au synciput, qu'elle est entrée il y a trois mois à la maison Dubois pour se faire traiter, qu'elle en est sortie pour raison d'argent vers le 20 septembre, et qu'elle est entrée à Lariboisière dans le service de M. Grancber. Au bout de cinq jours, elle a été dirigée sur Sainte-Anne, parce que, dit son certificat d'entrée, elle troublait par ses cris le repos de la salle.

On nous dit encore qu'elle a eu, il y a quinze ou dix-buit mois, une attaque de nerfs ; qu'elle est accouchée il y a sept ans pour la dernière fois. Elle menait une vie sobre, régulière, travaillait chez elle. Son caractère était bon, serviable, un peu vif, mais sans rancune. Depuis un an, on aurait remarqué un peu de cbangement dans sa manière d'être, de l'exagération dans ses idées, surtout depuis deux mois. Elle se tourmentait pour peu de chose, craignait que son travail ne lui permît pas de gagner de quoi se suffire.

29 septembre. — La physionomie est fatiguée, les yeux battus, la malade se plaint de douleurs syncipitales, pas continues, mais très-vives, qui lui causent « un mal affreux ».

La vue est bonne, les pupilles inégales, la droite un peu plus large, l'ouïe saine, mais il y aurait eu des bourdonnements d'oreille dans les commencements de la maladie ; à l'odorat, elle ne peut pas reconnaître du poivre. Pas d'ataxie de la langue ni des lèvres, mais la parole est fréquemment hésitante, bégayée, et la malade a parfaitement conscience de ce trouble.

L'auscultation ne révèle rien de particulier dans le cœur ni dans les poumons. Les ganglions cervicaux postérieurs ne sont pas engorgés; la nuque présente la trace de trois vésicatoires. Pas de douleur spinale spontanée ou provoquée, de même que dans les régions intercostale et lombaire. La force musculaire des membres est insuffisante, la peau fraîche, sans anesthésie ni hyperesthésie, mais les chairs sont molles, flasques et les membres notablement amaigris. On explore les organes génitaux internes sans rien y découvrir d'anormal. Menstruation le 20. Pas de leucorrhée ni d'engorgement des ganglions inguinaux, pas de douleur iliaque.

La malade nous raconte qu'elle est veuve depuis six ans, qu'une de ses tantes s'est chargée de ses enfants, que le chagrin qu'elle a eu de la mort de son mari est la cause de sa maladie. Depuis cette époque elle a toujours traîné, dit-elle. Elle serait sujette à se mettre en colère, et alors « le sang lui monte h la tête. Nous sommes d'une famille à être emportés ». Son père est mort accidentellement et sa mère d'une maladie aiguë avec délire. Elle ne peut pas nous dire le nom de l'hôpital d'où elle vient. Elle sait le jour où nous sommes, mais elle prononce : sa-sa-samedi ; de même elle dit ne pas avoir perdu la ca-arte. Elle reconnaît d'ailleurs que sa mémoire a beaucoup diminué et en attribue la cause à ses contrariétés.

Je pose le diagnostic de méningo-encéphalitc circonscrite, probablement de cause syphilitique.

A. VOISIN. Paralysie. 19

1" octobre. — Hier, pendant toute la journée elle a eu un tremblement général avec cris très-forts et souvent répétés ; apparence de souffrance extrême, vomissements de matière bilieuse, mais sans oppression ni perte de connaissance. Ce matin elle est abattue, ne répond que très-peu à nos questions, nous dit pourtant souffrir beaucoup de la tête. Nous prenons sa température, mais pour cela il faut lutter avec elle ; elle résiste en poussant de véritables hurlements.

Température axillaire 37° 8

Au synciput 35° 8

Traitemknt. — Chaque jour, i gr. de bromure de potassium en lavement, 1 cuillerée à bouche de sirop de Gibert. Vésicatoire au synciput rasé.

2. — Le vésicatoire n'a pas déterminé d'ampoule, mais seulement de l'œdème du tissu cellulaire. La physionomie est égarée, les yeux hagards, les trails tirés, pourtant les phénomènes nerveux ont un peu diminué d'intensité. On note aujourd'hui, pour la première fois, un léger prolapsus de la paupière supérieure gauche.

4. — La malade est plongée dans la stupeur, se plaint sans cesse et son corps est couvert d'une sueur abondante.

Température axillaire 38°

Derrière l'oreille gauche 35° 2

Nouveau vésicatoire, à l'occiput rasé.

6. — Ce matin, perte de connaissance avec collapsus, pâleur de la face, mutisme. Nous la trouvons encore abattue, sa physionomie exprime la souffrance; elle se plaint d'une soif vive. Elle a, devant nous des secousses rapides dans le tronc et les membres supérieurs. Je lui fais tirer la langue et je remarque que la commissure labiale gauche est tirée en dehors, que la joue correspondante se creuse de rides.

Température axillaire 36° 4

Derrière l'oreille gauche 35°

8. — Grande amélioration, moins de céphalalgie. Plus de prolapsus delà paupière supérieure gauche, ni de contracture dans la commissure labiale correspondante. La malade manifeste de la confiance à notre égard et répond bien à nos questions. La parole est plus nette, moins troublée, mais elle est lente.

Température axillaire 37° 4

Derrière l'oreille gauche 35°

H. — Hier, accès d'agitation de courte durée. Elle est assoupie et on a de la peine à la tirer de son sommeil.

Température axillaire 37°

Derrière l'oreille gauche 34°

SYPHILIS CÉRÉliRALE. 291

12 octobre. — Très-assoupie. Suppression du lavement au bromure de potassium.

15. — La malade a laissé aller sous elle. Elle est toujours assoupie, l'œil hagard. Elle ne peut pas se tenir debout.

Température axillaire 31°,^

Derrière l'oreille gauche 34°, 5

16. — La malade est de plus en plus affaissée. La figure est enluminée, couverte de sueur, les pupilles au-dessous de la moyenne, la langiie blanche.

Pouls 138

Température rectale 38°,4

Derrière l'oreille gauche 38»

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