‹ Traité de la paralysie générale des aliénés [electronic resource]Chapitre 99 sur 137 · AUTOPSIE · texte numérisé non relu

AUTOPSIE

Moelle. — Teinte générale louche, qui empêche de bien distinguer les cornes et les cordons. Diminution de consistance du tissu à la région dorsale, allant en augmentant jusqu'à la région lombaire, qui est ramollie.

Cerveau. Hémisphère droit. — Adhérences des méninges avec la partie la plus postérieure de la première frontale, avec la partie la plus inférieure de la première pariétale ou frontale ascendante, ou deuxième pariétale (Gratiolet), avec la première et la deuxième occipitale. Il n'en existe pas avec les deuxième et troisième frontales ni avec la première pariétale. Pas d'adhérences avec la circonvolution de l'ourlet. Les adhérences signalées ne siègent qu'à la surface des circonvolutions et ne pénètrent pas dans les sillons.

Hémisphère gauche. — Les adhérences sont presque générales ; elles sont surtout considérables avec les premières et deuxièmes frontales, les pariétales, et principalement avec toutes les occipitales qui apparaissent ulcérées après l'enlèvement des méninges; rien dans la circonvolution de l'ourlet; rien dans le corps calleux.

Adhérences complètes des nerfs olfactifs avec les circonvolutions de la face inférieure des lobules antérieurs. On forme des crêtes rien qu'en enlevant des méninges. Adliérences avec les circonvolutions temporales, surtout les plus internes. Les lobes temporaux sont un peu ramollis et infiltrés de sérosité.

Pas de granulations dans les ventricules latéraux. Diverses coupes des deux hémisphères montrent une teinte feuille morte dans plusieurs circonvolutions, de l'hyperhémie des substances grise et blanche , et enfin de l'atrophie en plusieurs points de la grist;.

Les teintes de la couche optique gauche sont mal définies et se confondent en une seule, qui paraît gris pâle.

Adhérences avec la partie antérieure du bulbe, dont la consistance est diminuée dans toute son épaisseur. Pas de granulations dans le quatrième ventricule.

A la base, les adliérences se rencontrent aussi très-souvent : 1" sur les circonvolutions satellites desnei'lsoliactifs (lobule orbi-

ADHÉRENCES CÉRÉBRO-MÉNINGÉES. 417

taire) ; 2" sur les circonvolutions temporales ; 3° le long des scissures de Sylvius.

Uùmdade Reil est rarement le siège d'adhérences; par contre, il en existe le plus souvent dans la partie la plus postérieure de la troisième frontale.

Parmi les trois circonvolutions du lobule orbitaire, l'externe et l'interne sont plus fréquemment atteintes.

Les circonvolutions pariétales sont généralement le siège d'adhérences plus ou moins étendues ; il ressort des observations de Calmeil et de celles qui me sont personnelles, que les lobules pariétaux échappent bien rarement à la lésion, à moins que la mort ne soit survenue dans le début même de la maladie.

Les adhérences ne sont pas constantes pour le lobule temporosphènoïdal: tantôt ses trois circonvolutions sont atteintes, tantôt une seule est atteinte ; mais la circonvolution la plus interne l'est toujours plus fréquemment et plus fortement que les autres. Browne pense que c'est la finesse de la pie-mère qui couvre le lobule qui rend difficile la recherche des adhérences en cette région.

Il n'y a jamais parité dans l'étendue, l'intensité des adhérences sur l'un et l'autre hémisphère. Il est des cas même où les adhérences n'existent que sur un des deux. Browne pense que le droit est plus souvent atteint que le gauche.

Cet auteur conseille, pour conserver au cerveau sa forme et la trace de ses adhérences, de le faire macérer dans de l'eau additionnée d'acide nitrique au dixième, pendant quelques semaines, et de n'enlever les méninges que lorsqu'elles sont devenues noires.

Les adhérences sont peu fréquentes sur le cervelet et occupent de préférence ses faces supérieure et inférieure.

Lorsque la maladie a parcouru toutes ses périodes, les adhérences sont tellement nombreuses qu'on chercherait parfois en vain un espace d'un centimètre carré qui en fût dépourvu.

Couche corticale. Diinimilion de consistance. Œdème. — Les adhérences cérébro-méningées coïncident toujours avec une diminution notable de consistance dans la couche corticale. Elle paraît imbibée d'un liquide séreux, elle est comme oedémateuse. Ainsi elle se laisse déprimer par le doigt, elle se dissocie sous le filet d'eau, et est facilem'ent séparée de la substance blanche par

A. VOISIN. Paralysie. 27

il 8 ANATOAJIE PATHOLOGIQUE.

le grattage au moyen d'un manche de scalpel. On obtient ainsi la disposition en crêtes.

Apparence à la coupe. — Des coupes perpendiculaires faites dans les portions delà substance grise non encore ramollie, ou dans les zones profondes, montrent : 1" un degré variable d'atrophie ; 2° fréquemment des teintes louches ou jaunâtres feuille-morte, ou lie de vin (pl. IV, fig. 1, 2 et 3); les teintes lie de vin se rencontrent indifféremment dans tous les points de la substance grise, tandis que les teintes feuille-morte qui appartiennent spécialement à la forme chronique s'observent exclusivement dans les parties les plus superhcielles des circonvolutions ; les parties de substance grise] en rapport avec le fond des sillons en sont indemnes.

Les examens microscopiques des circonvolutions adhérentes m'ont permis de constater qu'une plus ou moins grande épaisseur de substance corticale a disparu suivant la gravité et suivant l'ancienneté de la maladie. Tantôt la zone superficielle a seule disparu, tantôt la zone moyenne, quelquefois même la zone inférieure n'est plus reconnue; on aperçoit sur le bord déchiqueté de la préparation, tantôt des cellules, tantôt des tubes, des cylindres coupés, effdés, recroquevillés (pl. XV, fig. 3). La présence de cellules, sur le bord même, est un fait tout à fait pathologique, car on sait que normalement la première couche des cellules est toujours séparée de la surface par une sorte de coussinet granuleux ; il faut donc, pour que l'on constate ce fait, que des parties de la couche corticale aient disparu.

On observe encore au microscope dans cette substance grise des lésions d'origine vasculaire et des altérations des cellules.

4° Lésions vasciilaires et périvasculaircs. — Une lésion initiale, endartérite aiguë ou chronique, que l'on Irouve toujours, mais à des degrés plus ou moins avancés, siège dans les parois vasculaires : elle est absolument analogue à la lésion vasculaire qu'on observe dans les inflammations des parenchymes. Elle atteint les capillaires et les artères, et débute ordinairement par la tunique externe et la gaîne lymphatique.

On voit des corps nucléaires de 0""",05 à 0°"",07, arrondis ou ovoïdes, plusou moins serrés (pl. I, fig. 3, et pl . V, fig. !2ct 8), formant autour des vaisseaux des chapelets, pouvant constituer des

ÉTUDE HISTOLOGIQUE DE LA COUCHE COUTICALE. il9 manchons qui les enveloppent sans les toucher; ces corps sont plus nombreux aux bifurcations ; ils siègent dans les cavités des gaines péri-vasculaires étudiées ci-dessous. Ils se colorent en rouge par le carmin et mieux encore en violet par l'iiématoxyline; Calmeil décrivait ces corps sous le nom de (/isr/iics ponctués.

2" ÉpanchemeiU ùlaslématiqiiepérivasculaire. — Dans certains cas, au voisinage du vaisseau existe une ligne serrée de globules sangnins décolorés ou non ; le vaisseau paraît en outre entouré d'un li({uide lourd et comme gommeux qui réunit les globules et les déborde. La présence de ce liquide gommeux voile un peu les préparations (pl. II, fig. 6).

3° Èpanchements globulaires. Cristaux (T hémaline . — Lorsqu'il l'état frais on examine une partie de substance grise ramollie, on voit dans la substance intermédiaire une grande quantité de globules sanguins plus ou moins décolorés, tandis que les vaisseaux sont bourrés de globules parfaitement rouges. Les globules sanguins en s'altérant donnent naissance à des cristaux d'hématine d'un jaune oranger qu'on rencontre dans les parois des vaisseaux, autour des vaisseaux, et mêlés aux corps nucléaires et à des corps fusiformcs (1).

4" Ces corps fusiformes se touchent quelquefois bout à bout et forment ainsi des chapelets qu'on rencontre exclusivement autour des vaisseaux. La présence autour des vaisseaux enflammés de quantités considérables de corps fusiformes concorde avec les observations de M. Mierzejewsky, qui a remarqué que «c dans des cas aigus l'extravasation sanguine sous-adventitielle est accompagnée de l'augmentation du nombre des noyaux oblongs longitudinaux et oblongs transversaux. » Dans les cas avancés, on rencontre des granulations graisseuses (2).

5" Guîne lymphatique périvasculaire . — La gaîne lympliatique

(1) Pl. XV, ng. 3.

(2) La présence de très-nombreux noyaux arrondis, ovales, de 0'°"',05 dans les parois vasculaires, dans l'épaisseur mcnie de la paroi du vaisseau, n'est pas un signe d'arléritc, comme Sankcy et d'autres auteurs ont pu le croire. Les recherches de M. Ch. Robin ont en effet montré que leur nombre, à l'état normal, est quelquefois considérable ; il faut de plus se prémunir contre Terreur consistant à considérer ces noyaux comme faisant partie intégrante du vaisseau, alors qu'ils sont contenus dans la gaîne lymphatique périvasculaire et qu'ils nagent dans un liquide qui les tient en suspension (Journal de la physiologie, Paris, 1859, p. 37, pl. VI, lig. 1, et article Anatomie pathologiouk, dans le Dictionnaire eneifclopédique, p. 399).

périvasculaire renferme quelquefois des dépôts morbides, tels que des cristaux d'hématine, des grains d'hématosine (Robin, loc. cit., fig. 1), et des granulations moléculaires que Bucknill et Tuke (1) comparent à des spores de favus, et qui sont pâles ou peu colorées, très-réfringentes, arrondies. Pour ces auteurs, ces granulations sont le résultat de décomposition cadavérique ou la conséquence d'une transsudalion qui se fait au moment de la mort.

De nombreuses préparations microscopiques de paralysés généraux m'ont permis de constater à la circonférence des vaisseaux des espaces vides plus grands que dans l'état normal. On peut se demander s'il n'y a pas un rapport entre ces espaces et les canaux périvasculaires décrits par His et Robin comme étant les lymphatiques du cerveau, et si l'habitude congestive et les appels réitérés de sang et de lymphe dans le cerveau n'ont pas amené une dilatation définitive de ces espaces périvasculaires.

6° La tunique externe est souvent le siège d'hémorrhagies ; il arrive aussi fréquemment que le calibre des vaisseaux soit oblitéré i)ar des globules sanguins. Les vaisseaux ainsi entourés et ainsi bourrés pour ainsi dire, sont souvent irréguliers; ils se laissent dilater par places, en forme d'ampoules ; on observe aussi quelquefois de véritables anévrysmes miliaires. D'autres fois on retrouve à peine le vaisseau au milieu de tous ces produits qui l'étouffent; on ne peut qu'en soupçonner l'existence en constatant les trauiées de noyaux qui se bifurquent à l'instar des vaisseaux. Mais si l'on examine avec un plus fort grossissement, on arrive à retrouver la paroi du vaisseau ; quelquefois on ne la retrouve que par places. Si les cellules d'origine du tissu cellulaire oirteu le temps de s'organiser, on voit la paroi des vaisseaux doublée de tissu fibrillaire qui arrive à en diminuer le calibre et même à l'oblitérer (2). Les fibres musculaires des vaisseaux sont aussi hyperti'ophiées, ainsi que l'ont décrit Bucknill et Tuke (8). C'est de ces diverses lésions que résulte l'anémie qui caractérise, dans certains cas, l'état du cerveau à la période finale de la folie paralytique.

C'est encore cette doublure de tissu conjonctif vasculaire qui

(1) Psijcholo(jical Meclicine, p. 630.

(2) Pl. XV, lig. J,

(3) Loc. cit., p. R2J.

HYPERTROPHIE DU TISSU CONJONCTIF DES VAISSEAUX. 4-21 explique la ténacité des adhérences cérébro-méningées. On sait en effet que la substance corticale est presque exclusivement nourrie par des vaisseaux nombreux venant de la pie-mère. L'épaississement de ces vaisseaux par des produits inflammatoires interrompt encore la circulation sanguine entre la pie-mère et la couche corticale, et est, dans ma pensée, une des causes du ramollissement de la substance corticale. Plusieurs de ces lésions vasculaires ont été bien étudiées dès 1867 par L. Meyer (i), en 1868 par Magnan et Hayem (^).

Besser(3) pense que les adhérences dans la paralysie générale tiennent à l'hypertrophie de la névroglie, ou mieux de la tunique adventice des vaisseaux ; car partout où il a rencontré des adhérences entre la pie-mère et le cerveau, elles avaient pour point de départ la tunique adventice des vaisseaux.

7° Vaisseaux de nouvelle formation. — Nous avons décrit, dans des leçons faites à la Salpêtrière en 1867, les vaisseaux de nouvelle formation qu'on trouve dans la substance corticale. L'étude de ces vaisseaux a été faite d'une façon complète par Lubinoflf, qui a observé dans le cerveau d'un paralysé général des cellules étoilées qui étaient en rapport direct avec des vaisseaux sanguins de nouvelle formation. Dans les préparations qu'il a faites, les vaisseaux capillaires semblaient se terminer dans les cellules. Il a conclu dans son travail au développement de vaisseaux de nouvelle formation dans la paralysie générale progressive (4).

Mierzejcwski (5) a signalé ce fait que, dans la paralysie générale, les capillaires présentent quelquefois de minces appendices rappelant les bourgeons charnus signalés par GolubiefF dans les capillaires de la queue de têtard en voie d'accroissement.

8° Dégénérescence colloïde. — Un état de dégénérescence spéciale désignée sous le nom de colloïde, a été observe par Arndt, Schùle (6) et Magnan (7).

(1) l.Ueye.T, Centrenblatt fur die meil... W'issenchaften, etAreh.fûrAnat.undPhys.,iSli. (2; Magnan, Arch. de phys., 1868, p. 326. L. Hayem, Arch. de phyx., 1868, p. 411.

(3) Allgemeine Zeitsehrift fur Psychiatrie. 1866.

(4) Arch. dephys., 1875.

(5) Arch. de phys., 1874, p. 884.

(6) Schiile, Allgem. Zeitsehrift fur Psych., 1868, p. 449.

(7) Magnan, Archiv. dephys., 1869, p. 251.

m ANATOMIE PATHOLOGIOl'E.

Arndt a trouvé cette altération dans la profondeur de la substance corticale, à l'union de la substance grise et de la substance blanche des lobes frontaux ; il a vu, dans ces cas, au microscope, des bosselures rondes ou ovoïdes, jaunâtres ou grises, qui enveloppaient complètement ces vaisseaux sans les oblitérer ; les parois de ces vaisseaux étant remplies de noyaux qui avaient pour la plupart subi la transformation colloïde.

Schûie a observé la coïncidence de cet état colloïde avec un délire hypocondriaque. Magnan a constaté aussi la coïncidence de cette lésion avec le délire hypocondriaque. Nous-même avons observé cette lésion caractérisée par l'existence di; noyaux volumineux fortement réfringents qui occupaient la tunique adventice (voy. pl. II, fig. 6).

9° Dégénérescence cysto'lde de la substance corticale du cerveau. — Cette singulière lésion s'observe quelquefois dans la substance grise des paralysés. Bipping en a cité cinq cas (i) ; elle consiste en petits kystes de la grosseur d'une tête d'épingle, en nombre parfois extrêmement considérable, répandus dans l'épaisseur de la substance corticale. Ils se présentent à la surface de l'organe sous la forme de petites élevures d'un bleu gris ; lorsqu'on les incise, on trouve une petite cavité contenant un liquide visqueux ; ces petites cavités sont divisées en plusieurs loges par de minces cloisons.

10° Lésions des éléments nerveux. — Les examens que nous avons faits au microscope, d'un grand nombre de circonvolutions qui étaient adhérentes aux méninges, nous ont permis de constater l'état suivant des éléments nerveux des différentes zones de la substance grise et de la substance intermédiaire.

A. Dans la zone supérieure, un certain nombre de cellules sont atteintes d'altération granulo-graisseuse, d'autres sont saines. L'altération des cellules malades (2) peut présenter plusieurs degrés (pl. XV, fig. 2 et 3) : à un premier degré, le protoplasma jaunâtre et le noyau peu visible sont à peine colorés par le carmin; à un second degré, le contour de la cellule estdéformé, les granulations graisseuses ont augmenté de volume, le cy-

(1) Bipping de Sielnirg. Mlyem. Zeit. f~ùr Psych., WZ.

(2) Il est utile de faire leniarquer que les lésions des cpIIuIos ne peuvent être tout à fait bien étudiées qu'à l'état frais.

ALTÉRATIONS ItES CEIJJ'LES CÉRÉBRALES. 42:',

liiidio-axo est elYilé el les prolongemeuls secondaires sont en partie rompus; le noyau est à peine visible el ne se eolore plus pai' le carmin.

Dans un troisième degré, le protoplasina a pris une teinte pigmentée, le noyau ne peut plus se distinguer, les prolongements cylinder et secondaires sont rompus, el lacellule n'apparaît plus que comme un corps étranger, isolé.

Luys a constaté que, dans la période avancée de la maladie, les cellules nerveuses ont une forjne vaguement pyramidale, sont disposées en séries dépourvues de tout caractère morphologique propre, et se présentent, en quelque sorte, à l'état de momification d'anciennes cellules (1).

Il est bon de signaler le lait curieux de persistance de cellules parfaitement saines à côté de cellules tout à fait altérées. Ceci est en rapport avec les données de la clinique qui apprend que les déments paralytiques même les plus avancés ont encore par intervalles des éclairs de raison et de sentiment.

Lochkart Clarke (2) décrit dans les cellules nerveuses des circonvolutions l'augmentation des grains pigmentaires emplissant les cellules, ce qui fait qu'elles n'ont plus de contours et semblent des particules ayant tendance à la dissolution. Pour F. Meschede (3), l'altération caractéristique est la dégénérescence des cellules nerveuses des hémisphères du cerveau, et en particulier de la substance corticale; le processus commence par l'imbibition et le gonilement parenchymateux des cellules et finit par leur dégénérescence pigmento-graisseuse, principalement dans les cellules de la couche médiane de la substance grise.

Tigges a décrit dans le cerveau des paralysés généraux un processus de prolifération des cellules ganglionnaires très- actif, et surtout une prolifération de noyaux dans ces cellules. Meynert a confirmé ces recherches ainsi que Hoffmann,

Rutherford et J. B. Tuke (4) ont trouvé chez des paralysés généraux des cellules cérébrales hypertrophiées.

J'observe souvent dans la zone supérieure : i" une ap-

(1) Luys, Ann. méd.-psych., juillet 1S77, p. 108.

(2) Tlie Lancet, septembre 186(3.

.(3) Ann. méd.-psijch., 1866, p. 321.

(4; Tuke, British med., 1873, t. III et IV.

parence nuageuse qui ne permet de voir les cellules qu'à travers une sorte de voile (pl. II, fig. 6) ; 2° des myélocytes isolés; 3" quelques corps fusiformes et des séries de noyaux alignés les uns à côté des autres, et formant des chapelets qui se bifurquent et indiquent qu'ils se trouvent le long de capillaires dont on n'aperçoit pas la paroi. Dans certains endroits, ces chapelets de noyaux ne sont pas en rapport avec des vaisseaux ; ils sont absolument parallèles, et présentent ainsi une disposition identique à celle qu'on rencontre chez le fœtus de cinq mois (pl. XIII, fig. 1); il est à noter que, lorsqu'ils sont ainsi parallèles et sans rapport avec des vaisseaux, les chapelets de noyaux ne sont pas mélangés à des corps fusiformes.

B. Dans la zone moyenne, le nombre des noyaux est plus considérable que dans la zone supérieure. Et, chose remarquable, cette disposition est la même que celle qu'on observe dans le cerveau du fœtus de cinq mois, où l'on voil la couche immédiatement sous-jacente àla couche supérieure composée d'une quantité innombrable de noyaux parallèles. Ils sont disposés en chapelets et en lignes, et leur réunion par contact à des bifurcations de ces lignes constitue des réseaux entièrement comparables aux réseaux vasculaires. On trouve encore dans cette zone des cellules considérablement altérées, d'autres qui le sont moins, puis d'autres qui ne le sont pas du tout. L'altération des cellules est absolument la même que celle de la zone supérieure.

G. Dans la zone inférieure les lésions sont les mêmes et ont la même intensité que dans la zone moyenne.

Lésions des tubes nerveux. — Dans les trois zones, lorsque la maladie a parcouru toutes ses périodes, les tubes nerveux sont défoi més et plus ou moins (pl. II, fig. 6) atrophiés par suite de l'évacuation de la névrine et d'une altération granulo-graisseuse qui les a envahis.

Lésions de la névroglie. Considérations sur la nature de la névroglie. — Quant aux lésions de la névroglie, elles méritent de nous arrêter, parce qu'elles sont la pierre fondamentale d'une théorie qui consiste à attribuer à la prolifération de la névroglie le rôle principal dans la pathogénie de la folie paralytique.

Il nous faut préalablement résoudre une question purement analomique : la névroglie, qu'on appelle aussi substance inter-

NÉVP.OGLIE. m

stitielle, est-elle formée par du tissu conjonctif, ou bien, au contraire, n'est-elle que du tissu nerveux?

Schultze (1) dit que la substance interstitielle est constituée normalement par un réseau très-fm de tissu conjonctif.

Deiters (2) a décrit dans la substance interstitielle des cellules connectives constituées par un noyau, un corps cellulaire trèspetit, et de nombreux prolongements qui s'unissent au prolongement des cellules voisines pour composer un stroma fibrillaire.

Mierzeje\vski(3)ditquela trame conjonctive consiste en cellules plasmatiques et en faisceaux entre-croisés ; mais il nous a paru se contredire lorsqu'il a ajouté plus loin que la science ne permet pas de distinguer la différence qui existe entre les faisceaux connectifs et les minces cylindres d'axe. Cet auteur n'est donc pas en droit d'affirmer la nature conjonctive du réseau de fibres de la substance intermédiaire.

Virchow pense également que la substance corticale et la substance blanche renferment des fibres de tissu conjonctif, que le réticulum est uniquement formé de ces fibres, et qu'il n'y a qu'un lacis de fibres de tissu cellulaire qui puisse former une trame semblable à celle du réticulum.

Kôlliker, Luys (4), partagent la môme opinion.

Magnan et Hayem ont écrit la même chose (5),

D'un autre côté, le professeur Ch. Robin (6) enseigne que la névroglieest un élément anatomique de nature nerveuse. Sa démonstration est importante pour la pathogénie, parce qu'elle est essentiellement tirée des données de l'embryogénie. On sait en effet que le système nerveux central est une dérivation embryonnaire du feuillet externe du blastoderme , et que, d'autre part, ses vaisseaux naissent exclusivement dans le feuillet moyen, le même qui donne naissance aux muscles et au tissu cellulaire. Les vaisseaux, la pie-mère et l'épiderme cérébro-spinaux, tous d'apparition et d'intromission ultérieures, sont les seules parties de ce système qui soient une provenance des éléments anatomiques du

(1) Archiv. microscop. amtomie, etc., p. 267.

(2) Untersiichunqen ûber Geliini nnd Ruchenmark des Men.iclien mul. der Savgethiere Braunscliweig, 1865.

(3) Aixh. de phijsioL, 1875.

(4-) Luys, Annales médico-psychologiques, juillet 1877, p. 166.

(5) Arch. dephysioL, 1868.

(6) Robin, Analomie et physiologie cellulaires. Paris 1873, p. 118

m ANATOMIE PATHOLUGIOriE.

feuillet moyen, comme ils le sont paiiout où ils exisLcnl dans l'économie. Parloul donc où l'on trouve dans le système nerveux cen tral des éléments du tissu cellulaire ou conjonctif, il est certain qu'ils sont, avec les vaisseaux dont ils forment les tuniques, d'intronisation ultérieure (j'en excepte, bien entendu, les provenances pathologiques extérieures du tissu conjonctif, sous forme de nappes de tissu lamineux (sclérose), qu'on observe dans les substances grise ou blanche). Or, quand ces vaisseaux pénètrent dans le tissu du névraxe, la substance amorphe qui lui est propre existe déjà entre ses cellules et ses noyaux (myélocytes, noyaux libres), elle y est apparue bien longtemps avant les vaisseaux, dès l'époque de la genèse des corps cellulaires et des cylindres-axes. Elle y naît sans passer par un état nucléaire ou cellulaire quelconque, contrairement à ce qui a lieu pour le type cellulaire partout où il existe. Dès son origine, elle offre l'aspect homogène et les réactions caractéristiques qui la distinguent du tissu lamineux. De plus, assimiler cette gangue d'une part, et les myélocytes de l'autre, aux éléments nucléaires et autres du tissu conjonctif, c'est manifestement considérer les éléments de ce dernier tissu comme des provenances du feuillet blastodermique externe, c'est, par suite, méconnaître les données les plus importantes de l'embryogénie, car c'est attribuer inexactement à ce dernier feuillet ce qui n'appartient qu'au feuillet moyen exclusivement; c'est pour les besoins d'hypothèses sur la distribution (In tissu cellulaire destinées à appuyer d'autres hypothèses sur le mode de formation du pus, des scléroses, etc., et c'est repousser de la manière la plus erronée les données formelles de l'observation directe et de l'embryogénie (i). Robin s'appuie en outre sur ce que le tissu lamineux gonflé dans la solution potassique reprend sa structure première après le lavage dans l'eau, tandis que la substance intermédiaire devenue transparente dans la solution de potasse ou de chaux est complètement dissoute par l'addition d'eau. Voici, d'ailleurs, comment le professeur Robin s'exprime à cet égard (2) :

« Sous le nom de névroglie (Virchow), de réticulum, de substance ou de tissu conjonctif, elle est, dit-il, considérée par

(1) Voy. Ch. Robin, Journal de l'aiiatoinie et de la physiologie, janvier 1874.

(2) Anatomie el physiologie cellulaires, 1873.

NÉVROGLIE. 427

beaucoup d'auteurs comme n'élanl autre chose que du tissu lamineux; or, on sait qu'à l'étal frais elle est molle, grisâtre, finement grenue, parsemée de myélocytes. On constate nettement que non-seulement cette matière amorphe est très-distincte de celle qui normalement existe dans les parties du tissu lamineux que nous avons citées, mais encore qu'elle diffère sous tous les rapports des autres éléments de ce tissu; non-seulement les noyaux dont elle est parsemée diffèrent des noyaux embryoplastiques; non-seulement, à aucune époque de son évolution, elle ne passe pas àl'étatdccorps fibro-plastiques lusilbrmesouétoilés, mais encore ses réactions sont toutes différentes de celles du tissu lamineux. Molle, grisâtre, finement grenue à l'état frais, se ramollissant promptement et se dissociant en flocons et en granules très-fms, peu de jours après la mort, elle est durcie, sans perte notable de volume, par les acides chromique, hyperosmique, azotique, par l'alcool, parle perchlorure de 1er, etc., tandis qu'il n'en est pas de même des éléments de tissu lamineux et de la substance hyaline, dans les organes qui en renferment. De plus, après ce durcissement qui la rend même plus ferme que les éléments figurés entre lesquels elle se trouve, ceux-ci peuvent, sur les coupes, être détachés et la laisser à l'état de masse solide ayant pris un aspect soit réticuleux, soit spongieux, suivant l'épaisseur de lacoupe, par suite des vides régulièrement espacés qui résultent de l'enlèvement des éléments qu'elle tenait écartés; car il importe de remarquer que l'aspect réticulé qui lui a fait donner les noms de rétkulim et de substance conjonctive réticulaire ou spongieuse, est purement artificiel. Avant le durcissement du tissu nerveux, l'exécution des coupes, puis l'enlèvement des éléments figurés qu'elle tient ainsi écartés ou réunis, elle forme en effet non pas un réseau, mais des cloisons continues les unes avec les autres, très-différentes par leur étendue en largeur et en longueur, assez épaisses dans beaucoup de points de la substance grise, très-minces entre les couches de myélocytes du cervelet, minces également dans toutes les parties de la substance blanche, surtout dans celle du cervelet, du corps calleux où elles n'ont souvent que 2 à 3 millièmes de millimètre d'épaisseur. Mais dans aucune de ces conditions elle ne présente l'état fibrillaire qu'on trouve en pareille circonstance au sein de

toute partie consLituantc d'un organe réellement formé de tissu lamineux. Le fait devient particulièrement frappant lorsqu'on suit, dans les cloisons et dans la moelle, les cloisons que forme cette substance jusqu'au contact de l'épendyme d'une part, et de la pie-mère d'autre part, membranes qui, au contraire, présentent nettement cette disposition fibrillaire. Cet organe est en effet le seul dans l'appareil cérébro-spinal, qui soit principalement formé de fibres lamineuses, par suite de ce fait que les centres nerveux sont, au début de leur évolution, ouverts en arrière en une gouttière que tapisse le tissu lamineux ambiant, lequel, après l'occlusion de cette dernière, forme la pie-mère à l'extérieur et la séreuse ventriculaire ou épendyme à l'intérieur. »

Henle (1), Arndt, Rindfleisch , Wagner et Merkel sont de l'avis de Ch. Robin. En outre (2), Bolla publié des travaux confirmatifs des précédents, d'où il résulte que la substance intermédiaire ne renferme pas de faisceaux do tissu conjonctif, mais ne présente que des cellules dites de Deiters avec leurs prolongements. Ces cellules de Deiters diffèrent des autres cellules nerveuses en ce qu'elles sont plus petites, ovalaires, et que les prolongements dont elles -sont pourvues ne s'anastomosent jamais entre eux.

De ces opinions contradictoires, quelle est celle qui est conforme à la vérité? Pour arriver à nous former une opinion nous avons, en particulier, étudié des cerveaux de fœtus et d'enfants, ainsi que des cerveaux d'idiots, qui, on le verra, aident singulièrement à la démonstration.

Des coupes fines faites sur des cerveaux de fœtus à des âges variables, après durcissement dans l'acide chromique et coloration par le carmin et surtout par l'hématoxyline (substance essentiellement photogène) appreiment les particularités suivantes :

Sur un fœtus de cinq mois (3), la substance corticale présente plusieurs couches constituées ainsi qu'il suit de la surface à la profondeur :

1° Une couche pâle semée de quelques corps arrondis ou ova-

(1) Hcnle, Handbuch der Analomie des Mensclien. Nervenlehre. 1871, p. 78.

(2) Boll, Arch. fur Phy.. 1873. Band IV.

(3) Pl. XHI, fig. 1.

CERVEAU DU FŒTUS. i-29

laires de 4 à 5 y., pourvus d'un noyau et non surmontés d'un prolongement, ni entourés d'un espace clair, corps que l'hématoxyline colore fortement : cette couche, à un grossissement de 260 diamètres, présente une épaisseur de 0,015.

2" Une couche foncée contenant un nombre très-grand de ces corps arrondis ou ovalaires serrés les uns contre les autres, et disposés pour un grand nombre en lignes dans le sens supéroinférieur. Ces corps sont très-colorés par l'hématoxyline. La couche, à un grossissement de 260 diamètres, a une épaisseur de 0,010.

3° Une troisième couche (d'une épaisseur de 0,085, vue à un grossissement de 260 diamètres) est constituée par une trame formée de fibres supéro-inférieures le long desquelles il y a un nombre assez grand de ces corps arrondis et disposés de telle sorte qu'ils forment des lignes dans le même sens que les fibres dont je viens de parler; il est à noter que ces fibrilles ne sont pas colorées par l'hématoxyline : cette zone est du reste très-claire.

4° La quatrième couche est constituée comme la deuxième : les corps ronds ne sont pas plus nombreux, et les fibrilles sont un peu plus claires que dans la deuxième, mais elles sont mieux accusées.

5° La cinquième couche est constituée comme la troisième, mais présente des vaisseaux plus gros.

0" La sixièmecouche est comme la quatrième, lesc rps ronds sont seulement plus espacés.

On peut tirer les conclusions suivantes de ces examens multipliés auxquels je lue suis livré :

Les noyaux nombreux qu'on aperçoit dans la substance corticale du fœtus sont les myélocytes décrits parCh. Robin; ils sont l'origine des cellules cérébrales, et toute cellule provient d'un de ces corps nucléaires. Les dessins (voy. pl. XIII, lig. 2 et 3) montrent nettement cette évolution admise d'ailleurs par Ch. Robin (I), Valentin, Purkinje et Luys. J'ai pu constater que l'évolution de ces corps nucléaires en cellules se produit de la façon suivante : Il se fait d'abord autour du corps nucléaire un espace clair qui s'agrandit progressivement. Puis on voit appa-

(1) Ch. Robin, Anatomie el plitjsiologie cellulaires, p. 331.

m ANATOlVIlE l'ATHOLOGIQUE.

raitre dans le noyau un nucléole de plus en plus marqué, ou bien il s'en fait deux ou trois qui, plus tard, se réunissent en un seul. A une période plus avancée de l'âge fœtal (1), le corps nucléaire prend tantôt un aspect piriforme, et il présente deux extrémités parfaitement dissemblables, l'une renflée et l'autre en pointe; parfois il garde sa forme arrondie, mais il prend un volunu^ (rois ou quatre fois plus grand que son volume antérieur. Dès les premiers jours de la naissance le développement est très-rapide (2). Il atteint, vers trois ou quatre ans, le volume qu'il conservera pendant l'âge adulte, mais il ne présentera qu'à un âge plus avancé ses dernières transformations qui en feront un corj)s parfaitement organisé : ainsi ce n'est que vers sept ans que la cellule cérébrale se présente avec un protoplasma complet, un nucléole, un noyau bien organisé, et enfin des prolongements secondaires et un cylinder axis complet. Lorsque ces myélocytes sont arrêtés dans leur évolution, il en résulte l'idiotie : les cerveaux d'idiots et de crétins ont en effet l'apparence histologique des cerveaux d'enfants qui viennent de naître. Les myélocytes y sont très-abondants, les cellules nerveuses rares; beaucoup sont privées de leurs prolongements normaux et de l'espace vide qui entoure toute cellule normale (voy. pl. XIII, fig. 4) (3).

Il est impossible, en présence de l'évolution successive de ces corps nucléaires, de ne pas être convaincu de leur nature nerveuse, et de ne pas nier absolument la doctrine qui voudrait faire de ces corps ou d'une partie de ces corps des éléments de tissu conjonctif. D'autre part, d'autres arguments peuvent encore être opposés à la manière de voir de Virchow et des autres partisans de la nature conjonctive de la névroglie et des corps nucléaires, appelés myélocytes par Robin. 1" En premier lieu, il est aisé de s'assurer sur des coupes très-fines de substance blanche examinées au microscope, à un très-fort grossissement (pl. V, fig. 4), que les fibrilles qui constituent le réticulum sont cylindres-axes, soit libres, soit entourés d'une très-nn'nce couche de jnyéline, qui en fait des tubes à double contour, comme les fibres nerveuses de la substance blanche ; la disposition en tubes renfla Pl. Xlll, lig. 2.

(2) Pl. XIII, fig. 2 et S.

(3) Consultez mo cHniiiiiiniiMiioii l'i rAcariémic de luéilcflnr, "2/ iiulil ls78.

NATURE NERVEUSE DU RÉTICULUM. m

verse, à elle seule, la théorie de Virchow. Un dessin de KïAliker (4) montre bien cet aspect de la substance blanche . 2" Si le réticulum était du tissu conjonctif, on devrait, lorsqu'on examine des crêtes de substance blanche de paralysés généraux qui présentent, on le sait, un certain degré d'induration, on devrait, dis-je, apercevoir des fibrilles lamineuses. Jamais, en tous cas, on ne rencontre loin des vaisseaux de corps l'usilbrmes, ni de fibrilles de tissu conjonctif; les corps tusitbrmes {cellules plasmatiques de divers auteurs, cellules fibi'o- plastiques ou du tissu coujouctif) sont seulement dans le voisinage immédiat et dans la paroi des vaisseaux, d'où ils peuvent s'étendre aux parties qui sont dans leur voisinage immédiat. Sur les préparations colorées à l'hématoxyline on peut voir que seuls les myélocytes et les noyaux embryoplastiques restent colorés en bleu violet; si donc le réticulum était formé de tissu conjonctif, il ne manquerait pas d'être coloré par cette substance qui a une atfinité spéciale pour le tissu conjonctif, partout où il existe. Cette action de l'hématoxyline sur le tissu conjonctif est encore propre à démontrer qu'un tissu de forme aréolaire, que l'on voit sur mes préparations et sur celles de Luys (2), (jue l'on observe dans les cas avancés de paralysie générale, n'est pasco)nposé de tissu conjonctif, mais que les fibres qui le composent sont des fibres nerveuses juxtaposées et se touchant à certains moments, s'entre-croisant, de manière à constituer un réticulum très-fin. De plus, si le réticulum était du tissu conjonctif, on devrait constater son hypertrophie à la limite des lésions corticales, là où la substance adhère à la pie-mère. Eh bien ! il n'en est rien. On voit en ces points un tissu qui ne diffère du tissu normal que par l'aspect déchiqueté, des lambeaux de cylindres-axes et de substance interstitielle qui ont été déchirés pendant l'enlèvement de la méninge adhérente (voy. pl. XV, fig. 2 et 3), des cellules et des myélocytes plus ou moins altérés, des vestiges d'épanchements hématiques et des lésions vasculaires.

Quant aux myélocytes, on a dit qu'ils étaient des éléments du tissu cellulaire et non pas des éléments du tissu nerveux. Je suis convaincu que ce sont des éléments nerveux; car on les voit

(1) Eléments d'histologie, Iraduclioa par M. Sée. 1869, p. 398.

(2) Luys, Annales méd -pxych., juillet 1877, p. 701.

m ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

diminuer en nombre au fur et à mesure que les cellules nerveuses se forment et que l'enfant avance en âge.

Il ressort donc pleinement de toutes ces considérations que c'est une profonde erreur de considérer la névroglie comme étant du tissu conjonctif et de confondre les corps appelés myélocytes par Robin avec des noyaux de tissu cellulaire. D'autre part, c'est sur une détermination exacte de la nature anatomique et physiologique des parties constituantes du tissu cérébral que repose toute interprétation utile de la nature des lésions observées.

Après avoir étudié la névroglie au point de vue purement anatomique, il nous reste à décrire les lésions dont elle est le siège chez les aliénés paralytiques.

Or, la lésion initiale et fondamentale consiste dans l'imbibition par du blastème de toute l'épaisseur de la substance corticale; cette imbibition se traduit par un œdème visible à l'œil nu, et au microscope par une sorte de nuage qui voile les éléments nerveux et le réticulum, et ôte à la préparation sa netteté. Cette matière blastématique arrive à comprimer, puis à atrophier les éléments actifs du cerveau; c'est ainsi qu'on trouve dans les préparations microscopiques des éléments dissociés, des cellules séparées des cylindres-axes, isolées de leurs prolongements secondaires ; c'est ainsi qu'on rencontre des tubes nerveux épars, sans liens entre eux, ayant subi la nécrose à des degrés variables.

Il est une autre altération que l'on trouve d'une façon constante, mais à des degrésdivers, dans le cerveau des aliénés paralytiques: elle consiste dans l'existence d'un lacis de noyaux sur lesquels des travaux divers ont été publiés.

Rokitansky (4) considère ce lacis comme formé par du tissu connectif qui embrasse et étouflfe le tissu nerveux.

Wedl (2) décrit l'hypertrophie du tissu conjonctif de la substance corticale et de la membrane adventice des vaisseaux de la pie-mère.

Regnard (3) a décrit dans les crêtes de la substance blanche la prolifération des éléments du tissu conjonctif.

(1) Kokilansky, Uber Bindegewehwuchei'ung m Neruen System. / "'

(2) Wecll, Beilrage sur Pathol. der Blutgefassei Wien, 1859. ' " '

(3) Regnard Ann. méd. psych-, 1865.

AREOLES. /i33

Pour Magnan (1) et Luys (2), il se fait dans l'encépliale une irritation formative qui se traduit par de la prolifération nucléaire dans le tissu interstitiel et de la sclérose diffuse de la névroglie. La description que les auteurs ontdonnée est parfaitement exacte, c'est l'interprétation qui n'est pas juste.

M. Baillarger (3) a, en effet, justement fait remarquer combien cette théorie de la sclérose interstitielle et de l'envahissement primitif et d'emblée des éléments nei veux par le tissu scléreux était peu compatible avec les rémissions et les intermittences de la paralysie générale.

Pour nous, au contraire, qui ne voyons dans la prolifération nucléaire primitive que les conséquences d'épanchements blastématiques, nous pouvons expliquer ces rémissions, parce que le blastème et ses dérivés sont susceptibles d'être résorbés dans les premiers temps de la maladie, tandis que ce n'est que plus tard que la formation de tissu scléreux autour des vaisseaux les étouffe, et amène forcément l'incurabilité par l'obstacle qu'elle apporte à la nutrition des éléments nerveux.

Aréoles. — Lorsque la paralysie générale a parcouru toutes ses périodes, on trouve en effet sur des coupes fines un lacis formé par des noyaux en quantité considérable. Ce lacis est constitué par des mailles de forme quadrangulaire plus ou moins irrégalières; si on l'examine à un faible grossissement, on n'aperçoit guère que les noyaux disposés en chapelets ; mais si l'on emploie de forts grossissements (900 à iOOO diam.), on s'aperçoit que ces noyaux sont situés sur le trajet de vaisseaux. Ces noyaux ont, à notre avis, leur origine dans la tunique externe des vaisseaux; ce qui le prouve, c'est, comme nous venons de le dire à l'instant, qu'ils sont situés sur le trajet des canaux vasculaires; c'est, en outre, qu'ils existent en nombre bien plus considérable, au voisinage des points où les vaisseaux se bifurquent ; les descriptions et les dessins qu'ont donnés Hayem, Mierzejeweski, viennent singulièrement appuyer notre opinion, en y montrant l'existence constante de l'extravasation et môme de l'hémorrhagie sous-adven-

(I) Magnan, Arch. de phijs., 1868, n" "2. ("1} Luys, Ann. méd.-psijcii., juillet 1877, p. 107. (3) Ann. met/. -/wi/c/)., juillet 1877, p. 108. A. VOISIN, l'urulysie.

m ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

titielle dans le début de la paralysie générale. Eu résumé, ces noyaux proviennent de la transformation du blastème qui transsude, par diapédèse, des vaisseaux.

Un certain nombre de ces noyaux émigré dans la substance nerveuse avoisinant le vaisseau; mais c'est toujours au voisinage du vaisseau qu'ils sont le plus nombreux.

Ces noyaux, répandus dans les parois vasculaires ou dans le voisinage immédiat des vaisseaux, peuvent, les uns rester à l'état de noyaux libres, et les autres passer à l'état de cellules fd3ro-plastiques ou du tissu conjonctif ; ils subissent cette transformation et celle en fibrilles connectives qui étouffent les éléments nerveux, après un temps plus ou moins long et à la suite de modifications multiples; mais, tels que nous venons de les décrire, ce ne sont que des noyaux embryoplastiques, comme on en trouve dans toute inflammation aiguë ou chronique autour des vaisseaux, et après la démonstration que nous avons donnée de la nature nerveuse des fibres ou cylindres-axes du réticulum, il nous est impossible d'admettre que ces cylindres-axes et tubes nerveux donnent naissance à des noyaux embryoplastiques, de même qu'une cellule nerveuse n'a jamais pu être considérée comme l'origine possible de semblables noyaux ni de fibres de tissu conjonctif.

Luys (1) a décrit sous le nom de géodes des espaces vides aérolaires qu'il a observés dans les périodes avancées de la paralysie générale, et qu'il considère comme étant le résultat de la rétraction de la névroglie qui, en se développant, élargit les aréoles.

Nous avons constaté cette disposition un grand nombre de fois, nous avons montré nos préparations à M. le professeur Ch. Robin, qui n'a vu dans cette apparence qu'un artifice de préparalion et de coupe, et qui n'a nullement reconnu à l'entourage de ces espaces les caractères du tissu connectif: pas de coloration, en elfet, par l'hématoxyline, et aspect analogue à celui d'un cerveau sain.

En décrivant les formes aiguës de la paralysie générale, nous avons parlé des éléments du sang que l'on trouve épanchés dans la

(1) Annales médico-psychologifiues, juillet 1877,

CORPS PLASMATIQUES. 435

substance intermédiaire. Dans les formes chroniques, on trouve ces éléments transformés en cristaux d'hématine, en amas d'hématosine et en corps d'origine fibriueuse : ces derniers ont été étudiés avec soin par Meynert, LubinofF et Mierzejewski.

Meynert a décrit dans la circonvolution de l'ourlet et dans les couches profondes de la substance grise des circonvolutions, ainsi que dans la zone supérieure des cellules colossales plasmatiques, avec des ramifications multiples. Mierzejeswki (1) les a décrites de la façon suivante : « La substance cérébrale est envahie, dit-il, aune période avancée de la maladie par des îlots de substance amorphe, homogène, opaque, se colorant fortement par le carmin, correspondant au trajet des vaisseaux sanguins. Ces corps ont des formes bizarres; ce sont eux qui ont été décrits comme des cellules plasmatiques araignées, ils n'ont pas une structure bien déterminée; ils sont constitués par un coagulum de fibrine, ils se dissolvent dans la solution de potasse caustique. » Le même auteur pense que des noyaux conjonctifs entrent dans la constitution de quelques-uns de ces corps. Nous l'admettons, à la condition que ces noyaux conjonctifs se trouvent dans le voisinage immédiat de vaisseaux, cai-, ainsi que nous l'avons déjà dit, des noyaux ou des éléments de nature conjonctive ne peuvent se rencontrer dans la substance nerveuse que là où il y a des vaisseaux. Du reste, des myélocytes peuvent être le centre de ces coagulums, je l'ai constaté souvent (voy. pl. XV, fig. 8).

De plus, sans répéter que la substance nerveuse étant née du feuillet blastodermique externe, il ne peut y exister aucune trace de substance conjonctive, nous ferons observer :

1° Que les noyaux que l'on trouve en si grande quantité dans la substance intermédiaire du fœtus sont tous des éléments nerveux et peuvent tous devenir, en se développant, le centre de formation de cellules nerveuses et jamais celui de cellules fibro-plastiques.

2" Que dans la substance corticale du fœtus, les fibres parallèles, qui sont si faciles à voir à cinq mois, sont des fibres nerveuses et qu'on n'y trouve en aucun point de dispositionfasciculée. Enoutre, jamais il ne nous est arrivé de rencontrer dans la substance intermédiaire de corps fusiformes, et à plus forte raison de fibres

(Ij knh. de phijsiol., 1875, p. 205.

de tissu conjonctif, que dans les parois ou dans le voisinage immédiat des vaisseaux, et à cet égard il est bon de se mettre en garde contre une erreur possible, qui consisterait à prendre pour une traînée de tissu conjonctif, formée aux dépens de la névroglie, un vaisseau oblitéré par la prolifération de son tissu conjonctif propre.

Quant aux noyaux de nouvelle formation qu'on découvre au microscope dans le cerveau des aliénés paralytiques, c'est aux dépens d'un exsudât venu des vaisseaux que se forment tous ces éléments, véritables corps étrangers pour le tissu cérébral.

Ils prennent les caractères qu'ils ont dans les tissus au milieu desquels ils se trouvent normalement; en conséquence ceux qui se développent dans la trame conjonctive des vaisseaux passent à l'état de corps fusiformes : étant prouvé que le tissu conjonctif n'existe qu'autour des vaisseaux, ce n'est que là qu'on peut trouver de ces corps fusiformes.

Or, c'est ce que le microscope démontre. Ceux, au contraire, qui se développent dans l'épaisseur de la névroglie possèdent les caractères des éléments normaux de la névroglie, c'est-à-dire des myélocytes.

Il y a donc dans la paralysie générale hypergenèse de myélocytes, puisque les corps de nouvelle formation qu'on trouve loin des vaisseaux dans l'épaisseur de la névroglie, ont le même aspect que les myélocytes normaux, et se comportent de même avec les réactifs et les matières colorantes. Les noyaux embryoplastiques qu'on rencontre dans la substance intermédiaire des aliénés paralytiques et les myélocytes qu'on voit en trèsgrand nombre chez le fœtus et en moins grand nombre chez l'adulte sain, dans cette même substance, sont ovoïdes ou sphériques, le plus souvent sans nucléoles; leur diamètre est de 5 à 10 millièmes de millimètre. Ils sont insolubles dans l'acide acétique, finement granuleux, pouvant renfermer nn ou deux nucléoles et quelquefois un noyau ; ils sont assez faciles à colorer par le carmin, mais ils ont une prédilection bien marquée pour l'hématoxylène. Nous avons compté fréquemment avec la cellule de l'hématimètre de Nachetet Hayem, le nombre des myélocytes par millimètre carré. Dans la substance blanche des paralysés généraux, il est de ^60 en moyenne, tandis qu'il n'est que de iOO en moyenne chez l'adulte sain ; dans la substance grise (zone

HYPERGENÈSE DES MYÉLOCYTES. 437

moyenne) des paralysés généraux, il est de 200 en moyenne, tandis qu'il n'est que de 160 à l'état sain. On voit par ce qui précède que nos recherches histologiques, qui remontent déjà à un certain nombre d'années, nous forcent à nous séparer nettement des auteurs qui considèrent ces noyaux de nouvelle formation de la substance amorphe des fous paralytiques comme étant des noyaux de tissu conjonctif.

Lésions des m ijélocy tes. — Les myêlocytes, ainsi que nous l'avons démontré plus haut à propos des considérations sur la nature de la névroglie, sont des éléments de même nature que les cellules nerveuses et subissent des évolutions morbides analogues à celles que nous avons décrites pour les cellules.

Les altérations des myêlocytes, comme celles des cellules cérébrales, peuvent présenter plusieurs degrés. A un premier degré, \e profoplasma est jaunâtre et il renferme déjà quelques très-fines granulations graisseuses; à un second degré, les granulations ont augmenté de volume, le noyau est à peine visible, quoique coloré par l'hématoxyline; à un troisième degré enfin, le myélocyte a l'aspect d'un corps étranger, noirâtre, anguleux. Ce n'est qu'en suivant les divers degrés d'altération qui peuvent l'atteindre qu'on peut concevoir une transformation aussi complète. Sur la môme préparation microscopique il s'en faut de beaucoup que tous les myêlocytes soient atteints au môme degré, et à coté de myêlocytes très-altérés, à peine reconnaissables, on pourra en rencontrer de parfaitement sains. On retrouve encore ici cette capricieuse répartition des altérations cellulaires que nous avons signalée en étudiant les lésions des cellules nerveuses cérébrales, et qu'on observe également dans les lésions des cellules de la moelle.

Si nous continuons d'étudier les lésions encéphaliques, en procédant de la périphérie au centre nous arrivons à l'étude de la substance blanche.

Altérations de la substance blanche. — Lorsqu'on fait des coupes sur un cerveau d'aliéné paralytique, on peut constater, dans la grande majorité des cas, l'inégalité de consistance qui existe entre la substance grise et la substance blanche. Tandis, en etïet, que la couche corticale formée par la substance grise est molle et presque diffluente, se laissant déchirer par lambeaux

438 ANATOMIE PATHOT.OGIQUE.

et entraîner avec la pie-mère épaissie, se laissant enlever facilement par le raclage avec le manche d'un scalpel, la substance blanche sous-jacente a, au contraire, une consistance qui est audessus de la normale. Dans les cas où la maladie a suivi toutes ou presque toutes ses périodes, la substance blanche peut être séparée facilement par le raclage d'avec la couche grise, et apparaît sous forme de crêtes jaunâtres, d'un jaune sale. Par des coupes pratiquées dans son épaisseur, on s'assure qu'elle résiste un peu à l'instrument. M. Baillarger a insisté sur cette induration superficielle de la substance blanche que Parcliappe (1) etCalmeil avaient déjà signalée dans des cas exceptionnels; un des élèves de M. Baillarger a noté, dans certains cas, un ramollissement trèsprononcé au-dessous de cette induration (Regnard) (2).

Cette induration superficielle paraît, d'après Regnard, exister dès les premières périodes de la maladie . Cet auteur a pensé qu'elle était de nature scléreuse, et qu'elle pourrait bien être en rapport avec l'embarras de la parole, parce qu'elle porte plus spécialement sur les lobes antérieurs du cerveau. Mais nos observations ne nous ont pas conduit aux mêmes résultats que ceux que nous venons d'emprunter à Regnard; car : 1" ces crêtes se rencontrent non-seulement aux lobes antérieurs , mais encore dans les lobes temporaux, dans les circonvolutions pariétales, dans les circonvolutions satellites des nerfs olfactifs, et même dans les lobes occipitaux; 2" nous ne saurions admettre l'existence de la sclérose du tissu interstitiel, ou névroglie, car nous n'avons jamais rencontré dans la névroglie de ces crêtes du tissu conjonctif en excès (3); 3" le ramollissement signalé par Regnard au-dessous de la couche indurée, nous ne l'avons jamais rencontré, mais nous croyons, comme cet auteur, que les crêtes ne s'observent que lorsque la maladie est arrivée à sa seconde période.

La vascularisation est toujours plus ou moins accrue, les vaisseaux se présentent sous forme d'arborisations ou sont anormalement dilatés : en d'autres termes, la coupe offre l'aspect sablé;

(1) Parchappe, Traitéde la folie, p. 257.

(2) Régnard, Ann. médicn-psyeliol.,

(H) Il est entendu que du tissu conjonctif en excès peut se former dans les parois vasculaires et de là envaiiir la névroglie.

ÉTUDE HISTOLOGIQUE IJE l.A SUBSTANCE BLANCHE. 439

l'hyperliémie prédomine dans les lobes antérieurs et postérieurs ainsi que dans les lobes sphénoïdaux ; par contre, la couronne de Reil est quelquefois indemne d'hyperhémie. L'apparence œdémateuse que nous avons signalée dans la substance grise se voit aussi, surtout lorsque la mort est survenue après des attaques convulsives ou une congestion aiguë. Toute la substance blanche présente alors une consistance molle et laisse suinter de la sérosité transparente, même lorsqu'on exerce une douce pression. Nous avons dit, à propos de l'étude de la substance grise, qu'il y avait parfois des îlots présentant une coloration anormale (couleur vineuse, couleur feuille-morte). Ces teintes peuvent pénétrer la partie de substance blanche avoisinante.

Examen histologique. — Si l'on examine au microscope, après durcissement et coloration par le carmin ou par l'hématoxyline, les crêtes de la substance blanche, on arrive facilement à se convaincre qu'un processus scléreux n'est pas la cause de l'induration signalée plus haut. On y voit : 1" des vaisseaux qui présentent dans leurs parois et le long de leurs parois les lésions que nous avons déjà décrites ; 2° dans la substance intermédiaire ou amorphe, nn nombre plus ou moins grand de corps embryoplastiques ronds ou ovoïdes, semblables à ceux que nous avons étudiés dans la substance grise, et, comme eux, d'origine vasculaire ; 3° de plus , le réticulum tel qu'il existe à Vétat normal, composé de tubes, et formant des mailles de diverses formes, surtout déforme quadrangulaire (pl. V, fig. 4); dans aimin endroit privé de vaisseau on observe de faisceau de tissu fibrillaire ; partout ces tubes sont isolés les uns des autres, sauf aux points où ils se croisent. On en voit de parallèles séparés par des espaces de 8 à 10 millièmes de millimètre : nulle part, dans les nombreuses préparations que nous avons faites, on ne trouve de faisceaux présentant une forme ondulée; on aperçoit dans plusieurs points des espaces libres entre ces tubes, et dans les espaces se rencontrent des myélocytes, et même quelques-uns de ces myélocytes munis de prolongement sont manifestement en voie de transformation en cellules nerveuses ou ganglionnaires. L'induration que l'on observe dans la substance blanche doit être attribuée à l'imbibition de cette substance par le blastème, c'est-à-dire à un œdème dur rappelant certains

m ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

œdèmes de la peau. En somme, les lésions de la substance blanche sont de même nature que celles de la substance grise ; mais tandis que l'infdtration blastématique dissout les éléments plus déliés de la substance grise, elle produit, au contraire, de l'induration dans la substance blanche, dont la structure est plus dense, et qui n'est pas immédiatement en rapport avec la pie-mère, source de l'exsudat qui imbibe la substance grise.

Mierzejewski (1) a décrit dans la substance blanche des circonvolutions des paralysés généraux à l'état frais: i" des noyaux ronds qui se colorent vivement par le carmin ; ^° des noyaux ovales colorés faiblement par le carmin.

La couronne de Reil présente les mêmes lésions à un moindre degré que la substance blanche superficielle (pl. V, fig. 2 et 3).

Lésions de Vinsula. — Les altérations de l'insula méritent une mention spéciale à cause du rôle important que l'on assigne à cette partie du cerveau dans l'acte de la parole. Il arrive fréquemment que la substance corticale de l'insula est ramollie dans toute son étendue, ou dans une partie de cette étendue, sans même que les méninges soient notablement épaissies à son niveau, ou aient contracté des adhérences avec elle. Les parties ramollies se dissocient sous un filet d'eau. Des coupes perpendiculaires montrent que la substance grise et la substance blanche de l'insula sont toujours notablement hyperhémiées, et l'étude histologique apprend qu'il existe une artérite intense, caractérisée par une multiplication considérable de noyaux et de cellules embryonnaires dans les parois vasculaires (pl. V, fig. \) et dans la substance nerveuse avoisinante.

Couche optique. — Dans la couche optique, on rencontre le plus souvent des traces manifestes d'hyperhémie ; on voit à la coupe des dilatations vasculaires, un piqueté intense. Nous avons observé, chez une femme qui avait présenté au début de la paralysie générale des hallucinations de la vue, une lacune pouvant loger un grain de chènevis, qui occupait le centre de la couche optique, et qui était le vestige d'un ancien foyer hémorrhagique.

Observation XLYIII. — Paralysie générale. Début par des 'hallucinations (le l'ouïe. Traces iVun ancien, foyer dans la couche optique.

(1) Mierzejewski, Arch. physiol., 1875, p. 317.

COUCHE OPTIQUE. Ul

La nommée X..., 39 ans, est entrée clans mon service le 31 octobre 1877. Il y a quatre ans, la malade a eu en un mois quatre attaques avec perte de la parole qui durait sept à huit miaules. Plus tard, elle a été paralysée de la jambe gauche, et enfin, il y a quinze mois, elle a commencé à avoir des hallucinations de l'ouïe : des gens la suivaient dans la rue et lui adressaient des injures. Depuis quatre mois elle ne marche plus. Elle n'a jamais manifesté d'idées mélancoliques ni de richesses.

A son entrée, la malade est maigre, pâle, la physionomie souriante, la pupille gauche plus large et non contractile à la lumière du jour. Ataxie considérable de la langue et des lèvres. La parole est excessivement tremblée. La force musculaire est suffisante. Ataxie des membres supérieurs, contraclure des muscles antérieurs du bras gauche ; sensibilité normale aux bras et obtuse dans les jambes. La pression des huitième, neuviève, dixième dorsales est très-douloureuse, et le pincement de la peau au-dessous de ces vertèbres provoque des cris. Plaintes et cris incessants. Eschares au sacrum, au talon.

La malade meurt le 18 novembre. — A l'autopsie, on trouve une grande quantité de sérosité intra- et sous-arachnoïdienne. La |)ic-mère est rouge et l'arachnoïde opalescente avec plaques laiteuses. Les veines, surtout le long de la scissure de Sylvius, sont turgescentes et variqueuses. Sérosité rougeàtre abondante et granulations dans les ventricules latéraux.

A gauche, il existe des adhérences entre les méninges et les première et deuxième frontales qui sont atrophiées. De même pour la troisième.

A droite, adhérences avec les première et troisième frontales, la première occipitale et la circonvolution de l'ourlet.

La couche optique droite est saine, mais la gauche est hyperhémiée et présente à sa partie moyenne, à 10 millimètres de sa partie supérieure, une lacune en voie de cicatrisation pouvant loger un grain de cliènevis.

Le quatrième ventricule renferme des granulations fines et très-nombreuses.

Le cœur renferme du sang d'apparence groseille.

Les différentes teintes de la couche optique sont confuses dans certains cas, et la délimitation des noyaux devient par là même difficile. Il nous est même arrivé quelquefois de constater une teinte louche dans toute l'épaisseur de l'organe coïncidant avec un œdème manifeste de la couronne de Reil. Au microscope on constate pi^esque constamment des altérations généralisées des cellules, mais ces lésions dépassent rarement le second degré (pl. V, fig. 5). On les observe aussi bien dans la partie antérieure que dans les parties moyenne et postérieure. Les vaisseaux sont gorgés de globules ; mais l'extravasationen dehors de leurs parois est restreinte dans certaines limites, et la couche optique ne présente pas, au môme degré que la substance grise et blanche, l'infiltration blastématique et l'hypergenèse des myélocytes. Un cer-

m ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

tain nombrede vaisseaux offrent des dilatations ampullaires dans les points où les globules sanguins sont accumulés en plus grand nombre. L'état scléreux s'observe encore dans les vaisseaux aux deuxième et troisième périodes de la maladie. Dans les préparations de couche optique, même chez des paralysés généraux à la troisième période, on trouve beaucoup de cellules saines.

Nous n'avons pas trouvé dans la couche optique des lésions de cellules et de vaisseaux assez localisées pour appuyer l'opinion de Lussana (1) sur l'origine des nerfs optiques dans la partie supérieure de la couche optique.

Corps striés. — Les corps striés restent le plus souvent indemnes de toute lésion, même dans les cas où la lésion corticale est le plus avancée. Les teintes différentes de ses noyaux restent normales, sauf lorsque l'œdème cérébral est très-prononcé ; ce n'est que dans des cas exceptionnels que le corps strié présente des foyers d'hémorrhagie et de ramollissement, mais toujours petits et limités. Ces foyers se rencontrent chez les malades qui ont offert de la parésie persistante d'un membre ou d'un côté du corps. On pourrait s'étonner de trouver rarement dans la paralysie générale des lésions du corps strié, organe qui joue un si grand rôle dans les phénomènes de motilité, si l'on ne savait que le trouble du mouvement est, sauf complications, ataxique et non paralytique. Au microscope on observe également peu d'altérations, et ce n'est guère que dans les vaisseaux qu'on remarque des lésions ; cette intégrité est enrapporlavec ce qu'on voit à l'œil nu.

Circonvolution de Vourlet. — C'est dans la circonvolution de l'ourlet que Meynert a décrit en 1868 (2) des cellules, qu'il a nommées cellules plasmatiques; elles se distinguent par leurs dimensions colossales et par leurs ramifications multiples. L'auteur les considère comme appartenant au type du tissu conjonctif. Nous avons vu que Mierzejewsky s'est attaché à démontrer que ces prétendues cellules sont des corps fibrineux, qu'elles existent, en outre, ailleurs que dans la circonvolution de l'ourlet.

Pédoncules. — Les pédoncules cérébraux sont relativement peu altérés, et chez une malade dont les autres parties du cerveau

(1) Lussana, Arch. physiol., 1877.

(2) Meynert, in Wiener Irrenanstalt Vierteheitschrift f'ùr Psychiatrie. Hoft Hl.

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