‹ Traité de la peintureChapitre 1 sur 298 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

JuORSQUE j'entrepris d'éclaircir sur plusieurs points le Traité de la Peinture de Léonard de Vinci , tout en développant les excellens préceptes qu'il contient, j'avais encore en vue de faire sentir à la jeunesse l'influence de l'éducation dans l'étude des beaux-arts*

Cet ouvrage me parut le plus propre pour arriver à mon but. Néanmoins il est écrit sans ordre et sans méthode : c'est un amas d'excellentes pensées jetées en divers temps , à mesure qu'elles venaient à l'imagination de l'auteur j aussi y trouve-t-on des redites et souvent des chapitres qui ne répondent pas tout-à-fait aux titres qui les énoncent. Dufresne et J.-B. Venturi disent « qu'on doit regarder cet ouvrage « comme une com[)ilation de divers fragmens « tirés des manuscrits de Léonard , imparfaite « à plusieurs égards , et mal ordonnée par la « faute du compilateur cpii n'a pas saisi l'esprit « méthodique de Vinci. » Quoi qu'il en soit ^ c'est l'ouvrage qui renferme le plus de choses sur la Peinture , et peut-être le plus universel ,

ij PRËFACE.

et qui renfeime encore d'autres connaissances qui n'ont pas été senties par les auteurs qui en ont uni l'éloge. J.-B. Yenturi dit qu'il faut placer Léonard à la tête de ceux qui se sont occupés des sciences physico - mathématiques j et de la vraie méthode d'étudier parmi les modernes.

Ce nouvel éloge de la part d'un savant distingué 5 serait suivi de bien d'autres, si l'on prenait la peine d'analyser les écrits de Léonard , et même ses études dessinées ; on y trouverait un encliaînement d'idées qid tient à la science universelle ; on y v errait enfin qu'il a précédé d'un siècle les lumières en physique. Comme la Peinliu'o a fait sa principale occupation , c'est elle aussi qui a fait toute sa gloire : à cette époque elle fixait tous les regards, et ses spéculations, qui étaient au-dessus de son siècle , n'ont été long-temps regardées que comme un jeu de la nature.

Le Traité de la Peinture peut encore le placer au rang des physiciens tlu premier ordre ; car s'il établit les lois de l'équilibre et du mouvement, et démontre l'influence du centre de gravité sur les corps , en homme qui mesure la force et la

PRÉFACE. iij

dilréc 5 il sait encore faire connaître les élémehs de la matière , et en expliquer l'essence en philosophe qui approfondit et remonte aux causes. Sa théorie des etfets de la lumière sur les corps éclairés et dans le fluide de l'air , est admirable ; sa logique est souvent faible , mais on doit plus en attribuer la cause au peu de temps qu'il apportait à rédiger ses pensées , qu'au manque de moyens ; car il est plein de science et de sens dans les objets qui ne sont susceptibles de rentendement que par le raisonnement ou la comparaison , et souvent impossible d'aller au dtîà dans la démonstration des objets accessibles au sens. Dans son désordre et ses répétitions , on retrouve toujours le même homme , la même solidité de jugement, et un sage penseur qui étaljlit des règles sans jamais s'écarter des lois de la natui'e , faisant eftbrt pour vaincre les convenances bizarres de son siècle, appuyant toujours son opinion d'un exemple, et n'éblouissant jamais la raison par des idées systématiques. Le poème latin sur la Peintui'e , par M. Dufresnoy , est un chef-d'œuvre dont il doit toute la gloire à Léonard de Vinci. On y trouve c( pendant des prijicipes faux sur certains points éssen-

Page 1