SONETTO MORALE
Clii non puô quel clie vuol , quel che pu(i voglia, Che quel che non si puô folle è volcrc. ■ ''Adiinque saggio è l'Iiuomo da tenere , ;, Che (la quel che non puô suo voler loglia.
Pero ch'ogni dilello nostro e doglia Stà insi e no saper voler potcre , Adunque quel sol puô che c'ol iloTcre IS'e trahc la ragion fuor di sua soglia.
(i) Voyez les fragmens tires des Manuscrits de Léonard, traduits de l'italien par Venturi.
(2) Il jouait par excellence d'une lyre à vingt-quatre cordes^ qu'il avait formée de ses propres mains.
VaSAIU, JMàZZEJNTA , LOMAZZO.
DE l'auteur." Xlv
Ne senipre è da voler quel clie l'huom puote. Spesso par dolce quel rhe torua amaro , Piansi gia quel cli'io volsi poi cli'io l'iielibi ,
Adunque tu, Icttor, di quesle note,
S'a le vuoi esset buouo , è a gl' altri caro,
Vogli semper {joter quel che tu dcl)lji.
Ainsi Léonard a possédé toutes les parties des beaux-arts 3 tous doivent un tribut à sa mémoire (i).
La gloire appelait encore Léonard dans les beauxarts : il se rendit à Florence qui jouissait alors du repos nécessaire pour les faire fleurir. La magnificence des Médicis , plus que l'amour de la patrie , les retenait dans leurs états. Il fut accueilli dans cette cour avec les égards dus à un talent supérieur. Il y Ct plusieurs beaux ouvrages et de magnifiques portraits. Celui qu'il peignit avec plus de soin , fut le portrait de LisadelGiocondo (2). Il employa un temps considérable à le finir (3). ^Pendant qu'il peignait cette dame , elle était toujours environnée de personnes qui faisaient de la musique , afin de la détourner de celte mélancolie dans laquelle on tombe inévitablement quand on reste long-temps dans l'inaction. On admire dans ce portrait le mouvement du soui'ire.
(1) C'est une invitation aux celtbres niusicieus de faire revivre ce morceau de potsie de Léonard.
(2) Vasari.
(j) Plusieurs disent qu'il employa quatre ans à le flnir , re qui ne s'accorde point avec Vasari , qui dit lui-même que Léonard ne demeura que trois ans à Florence. Félihien dit qu'il cuipluya quatre luois, ce qui parail plus vii<istuiblal)lc.
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François P^ Pacheta quatre mille écus. Dans le même temps , il fit encore le portrait de Ginèvra Benzi (i). C'était une jeune personne d'une grande beauté. Nous appi'enons , par une lelti-e que Léonard écrivil de Florence au gouverneur de Milan , qu'il fit ces deux portraits pour le roi. « Jappor- » lerai , dit-il, avec moi, deux portraits de diffé- )) rentes grandeurs , de deux de nos dames 5 je les » ai laits pour notre roi très-clirétien , etc. (2). » Dans ce même temps (3) , on forma le projet de peindre au palais de Florence la salle du conseil. Léonard de Viuci fut chargé, par un décret, de la conduite de l'ouvrage 5 il avait alors plus de soixante ans. Micliel-Ange, qui ouvi'ait sa brillante carrière, peignait en concui'rence avec lui. Agé à peine de "vingt-neuf ans , il prétendait l'emporter sur Léonard (Le talent n'est pas toujours modeste ). Léonard, qui n'avait pas encore eu de rivaux, en fut offensé. Celte provocatiou de Michel-Ange , dont Fhumeur Lizarre et les passions fortes fertilisaient le génie, lui parut le réveil de Tenvie qui faisait effort pour ternir sa i-épulation qu'une longue carrière de gloire semblait avoir mise à Tabri de toute at' teinte. On vit alors s'ouvrir des partis sur la dilfé-
(1) Vasari.
(2) Bellincioni dans ses poésies fait mention de ces deux portraits.
(3) Environ depuis i5o3, jusques vers l'an iSoy , pendant lesquelles trois années ou présume que Léonard demeura à Florence.
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rcnce c!e leur talent : les morliGcatîons qn'éprouvail Léonaid de celte coni{)araisoii avec le jeune Michel-Ange , les aiiïrirent davantage , et ils devinrent ennemis. Léonard en fut Irès-afleclé , mais son courage ne fut point abattu : indigne de celte basse jalousie qui dégrade les lalens supérieurs, il ranima en lui ces passions sublimes qui portent le génie aux grandes choses , sans lesquelles toutes les connaissances humaines languiraient et retomberaient dans le cliaos ; et malgré la différence de sou âge à celui de ]\lichel-Ange , il soutint glorieusement la noble émulation qui s'établit entre eux. Ce fut cette lutte ménaorable qui donna naissance à ces deux fameux cartons qui firent long-temps l'admiration de toute l'Italie. Celui de Léonard représentait la défaite de Piciiiino , général âes troupes de rhih'p[)e de Milan, a On y admirait , entre autres » choses, un groupe d'hommes à pied et à cheval, » qui , dans des altitudes les plus hardies , combat- )) taient pour un drapeau. » Celui de Michel-Ange représentait le siège de Pise par les Florentins. Il avait exprimé dans le sien une troupe de soldats qui, entendant sonner l'alarme dans le camp , sortent précipitamment dune rivière où ils se baignaient, pour aller au combat. Egalement beau , également sublime , on ne put déterminer auquel des deux on devait accorder les honneurs du triomphe : mais la carrière de Léonard s'avançait, ses ennemis làcheînent en calculaient la dui'ée. Son chef-d'(Buvre ne put terrasser l'envie 3 elle lanra de nouveau ses traits
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sur lui. Raphaël, encore jeune (car il n'avait rjue vingt-un ans ) , jorolita des démêlés de ces deux grands hommes. Il se rendit à Florence, en octobre l5o4 (i), où il était attiré par la célébrité de ces deux cartons et par la grande réputation de Léonard. Il demeura frappé en voyant les ouvrages de ce grand homme ; son grand talent fut pour lui comme un astre vivifiant dont il avait besoin d'éprouver la chaleur fécondante, pour mûrir les fruits de son beau génie. Il quitta dès ce moment la manière sèche et dure qu'il tenait de Pierre Pérugin sou maître , et atteignit tout-à-coup ce degré éminent dans lu Peinture , qui fait aujourd hui l'admiralioii des savans.
L'avènement de Léon x mit fin aux mortifications que l'on continuait de faire éprouver à Léonard dans Florence. Il nous apprend , lui-même , qu'il partit de Milan pour Piome, le ^4 septembre i5i5 , avec Jean-François Melzi (2). Ils accompagnaient le duc Julien de Médicis. Durant le voyage , il divertissait tout le monde avec différentes inventions mécaniques. 11 composait avec une certaine matière des oiseaux qui s'enlevaient en l'air (5). Arrivé dans Rome, qu'il
(1) Vcisari , P^ie de Baphaël.
(a) Manuscrit de Léonard, vol. E. , I. VenturI.
(3) [^Félïhien.'\ Bien des fois Vinci dans ses écrits revient sur cet objet; il décrit avec beaucoup de soin le vol des oiseaux ; et tout en avouant que l'iiouinie n'a pas la même foire, il crovait pourtant possible de s'élever en l'air avec une maoliino tenue; eu étjuilibre ronire l'impulsion du vent ; car il prétendait que les oiseaux mêmes planent nuelijacfyis de cette
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n'avaît pas encore vue (i) , il fut présenté an pape. Léon X , eu qui la maguificence et l^amour des ])eaux-arts étaient des qualités héréditaires , fit à Léonard uu accueil favorable , et résolut d'employer ses talens ; mais Tenvie l'avait devancé dans Rome : on se répandait en discours injurieux contre lui : la faction de Michel-Ange le desservait dans l'espi'it du pape. L'aventure bizarre qui lui arriva est ua avis aux princes , pour préserver le génie des persécutions de l'intrigue et de la jalousie. Comme Léonard se préparait à peindre, il s'occupait de la partie chimique de son art ; ses soins , à cet égard , étaient extrêmement recherchés et lui prenaient beaucoup de temps. Le pape en étant prévenu par ses ençjg%iis , dit qu'/Z ne fallait rien attendre d'un homme qui songeait àjlnir ses ouvrages avant de les avoir cominencés.
Ainsi ce beau génie , ces chefs-d'œuvres et les ser-^ vices qu'il avait rendus aux arts, tout fut oublié dans un instant, et sacrifié à Tintrigue, par la faiblesse d'un prince qui s'en rendit l'esclave. Ainsi Rome, en ne sachant profiler de ses lumières et de ses talens , priva encore la postérité des nouveaux chefsd'œuvres dont il l'aurait enrichie dans les grands travaux qui eurent lieu à celle époque.
Léonard a donc éprouvé toutes les vicissitudes de
manière sans avoir besoin du liattement de leurs ailes. Essai sur les ouvrages pliysico-inathçmatujues de Léonard de f^ind , p. /,2.
^i) Fclibien.
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la célébrité dans la Pfiînliirc. A Milan, il égala les Grecs dans l'art de représenter la Leauté. A Florence , fout rayoj)nant de gloire, il se dévoua généreusement aux sollicitudes de lémulalion pour la prospérité des arts. A Rome , il lut victime de l'ingratitude et de l'injustice. En sage philosophe , il se montra digue de supporter cette adversité , pour qu'il ne manquât rien à sa gloire. 11 avait alors plus de soixante-dix ans , mais son génie brûlait encore de produire ; il résolut de quitter sa patrie, à la voix de François 1^*" qui l'appela près de lui. L'hounpur d'iipprocher un si grand roi et de le servir ^ semblait augmenter ses forces et son courage : il entreprit le voyage en France.
La cour était à Fontainebleau, il s'y ren^jt; François P'' le reçut avec les plus grandes marques d'es-, tinie et de bonté ; il le combla de bienfaits et de caresses. Le plaisir que ce prince éprouvait d'avance en procurant à Léonard dans son grand âge , les jouissances d'une vie tranquille et glorieuse , était encore mêlé d'espérances pour les avantages qu'il comptait tirer de ce grand génie dans le projet qu'il avait lornié d'embelbr Fontainebleau.
Il fut logé, par le roi, au palais de Clou, à Amboise. Depuis i5i6 jusqu'en l'année i5f 9 , l'histoire ne cite plus rien de ses travaux en Peinture; on saife seulement qu'il fut chargé du ju'ojet d'un canal qui devait passer par Roraoranliu (i). Les fatigues du
(i) Manuscrit de Léonard, S^Sj , 3.<^ de la Bibliothèque nationale. Vemubj.
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voyage, ou le cliangement de climat, altérèrent peu à peu sa saiilé , il fut prcscjue toujours languissant. La cour alors séjournait fréquemment à Aniboise , le monarque daigna le visiter plusieurs fois. F.nfin, un jour que ce prince était près de lui, Léonard, affaibli par les souflrances d'une longue maladie, essaya le peu de force qui lui restait pour s'asseoir sur sou lit, et comme il s'avançait pour exprimer au roi sa reconnaissance , tout-à-coup il perdit la parole et expira dans les bras de François P'qui le soutenait pour le soulager (i).
Telle fut, à soixante-quinze ans , la fin glorieuse de ce qu'il y avait de périssable dans ce grand liomnie. Les derniers soupirs du créateur des arts dans 1 Itali'e furent recueillis dans le sein d'un roi qui les regardait comme la partie la plus solide et la plus considérable de la gloire des nations , et qui en était lui-même le restaurateur, par les encouragemens qu'il leur donnait. La douleur qu'en ressentit le monarque, anoblit la pompe funèbre , et présagea: pour ainsi dire l'apothéose de Léonard de Vinci. Il 31C laissa d'autre postérité que ses ouvrages , 01*1 brûlera éternellement le flambeau d'un génie qui survivra aux siècles pour éclairer les arts. S'il ne se maria point , ce fut pour être entièrement livré à ses pro-
(i) Léonard est mort le 1 mai iSig, à Amboise , dans lo palais du Clou ; il y fit son testament et nomma François Melzo son In'iitier. Melzo en avança la nouvelle aux frères de Vinci, par une lettre écrite d'Anjboisc même , le i.«'" juin suivant» £logi ilegli noinini illuitrl Toscani , vol. 1. Veatlri.
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fondes méditations ; a et cest par là qu'il est anîvé )) dans la Peinture (selon les paroles de Rubens) , à )) un tel degré de perfection , qu'il paraît comme )) impossible d'en parler assez dignement , et encore » plus de l'imiter (i). w
(i) Rubens avait étutlit' trôs-soijfneusement les tableaux de Léonard de Vinci, cnti'autics, celui de la cène. Il fit, d'après ce chef-d'œuvre des études admirables. Les arts ont perdu les écrits qu'il avait composés sur ce grand homme : le morceau que nous a conservé de Piles , nous fait regretter le reste qui a péri dans un incendie.
Rubens est peut-être le Peintre célèbre le plus près de Léonard quant aux parties philosophiques etphvsiques de la Peinture; il ne diffère de lui que par une exécution plus prononcée , et par-là même inférieur dans le dessin , mais égal eu connaissances qui embrassent toute la nature. Dans les ouvrages de ces deux grands hommes qui encadrent une science immense, la connaissance des parties les plus importantes de la physique est liée à celle de l'esprit et du cœur humain , c'est ce qui les rend inimitables. Léonard et Rubens ont puisé les prestiges que doit faire la Peinture sur les sens , dans les phénomènes de la nature ; Rubens , grand praticien , parce qu'il s'est trouvé dans des circonstances qui l'ont mis à même de beaucoup produire^ 'parait avoir poussé plus loin cette connaissance daus l'exécution , mais dans un esprit plus systématique. Léonard , plus mesuré dans la recherche îles causes primitives , les a développées plus méthodiquement. Ainsi , en conservant dans toute sou intégrité la portion de gloire dont jouissent les grands Peintres , on peut dire que l'éh'vation do ces deux grands hommes est inaccessible daus la science de 1.-^ nature.