‹ Traité de la peintureChapitre 114 sur 298 · CHAPITRE CXiX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXiX

De la couleur verte qui se fait de rouille de cuLçre 3 et qu'on appelle vert-de-gris.

La couleur verte qui se fait de rouille de cuivre, quoiqu'elle soit broyée à riuiile , ne laisse pas de s'en aller en fumée et de perdre sa jjeauté, si incontinent après avoir été employée, on ne lui donne une couclie de vernis ; et nonseulement elle s'évapore et se dissipe en fumée , mais si on la ffotte avec wno. éponp;e mouillée d'eau simple, elle quittera le fond du tableau, et s'enlèvera comme ferait une couleur à détrempe, surtout par un temps humide; cela vient de ce que ie vert-de-grls est lUie espèce de sel , lequel se résout fôteilement lorsque le temps est hmnide et j)luvieux , et 'particulièrement lorsqu'il est mouillé et lavé avec une éponge.

Le ])eau vert s'obtirnt facilement en Peinture j mais son cVl.it est d'une courte durée. Charles Bonnet prétend «jue les pucerons produisent nn très-beau vert. <^ La fatiliié, dit-ftl, avec laquelle ces insectes se œul-

»-tîplient, et le nombre prodigieux de leurs espèces, » sciiihleiit au moins nous indiquer quelque utilité » ccnsidérable »,

De tous les movens qu'on emploie en Peinture pour obtenir le beau vert, il n'en est pas de plus dangereux et dont les eiTets soient plus funestes que le vcrt-degiis. Dans la Peinture à l'huile il change et noircit plus vite que les autres couleurs j il corrompt celles avoc lesquelles il est mélangé,* et fait chancir tous les endroits du tableau où il a passe ; il a l'avantage , toiunie toutes les autres couleurs, de conserver plus d'éclat par le procédé du glacis ; mais c'est une couleur qu'il faut proscrire de la palette : son empire dans lu décoration , dans les travaux de circonstances est établi, quoique cependant on puisse remplacer cette couleur barbare, dont l'éclat, ({ui peut pavaitre scdui.sanf, ïie dure cjue loitpcu de tcnjps (i).

(1) Cet oljjcf , qui paraît (Ffilioicl d'une petite consiJi'ration lorsqu'on le compare à d'autres plus iinportans , u'cst cependant j-.as indiffèrent jiour les prop:rès de l'art , surtout lorsqu'on sentira qu'il tient à un corps d'ouvrage qui reste à faire sur l'analvso des couleurs , sur les niixlious les plus îivanta^truses pour les ejnpiover, et sur les diflereutes manières de peiiidie depuis l'autiquite jusqu'à nous.

Depuis cjue les liypotLèscs sont reléguées au vanir des rêveries et des cliimères, la cliiniie doit ses proî^rts t'tonuaus à la précision des faits, et ses découvertes utiles se tournent au profit des'sciences, des arts et des niaiiufactures. ijependant la Peinture n'a pas earore partagé ses succès : il reste des rcrlierches à faire sur les couleurs ainsi que sur la manière de les gouverner ( spj'cialcnient dans la Peinture à riiuile ), et sur l'effet qu'elles doivent produire dans un laps de le»a['3 rléterniiné.

Ce n'e>l pus au Peiuire seul qu'il «pparlient de faire les

i-:2 TRAITE

c]iAPrn\E cxx.

Comment on peut augmenter la beauté du i>ert-de-oris»

Si avec le vert-de-gris on mêle de l'aloes calialliii , ce vert-tle-£!;iTs sera beaucoup plus beiiu, qu'il n'était aupiiriivant, et il ferait mieux encore

découvertes concernant les matières; il faut encore le concours de 1?. chimie pour séparer les principes par l'analyse , et pour confirmer le résultat des expériences, il faut la réunion du Peintre et du chimiste.

Depuis Jean de Bruges (a) jusqu'à nous , tous les Peintres n'ont pas toujours procédé de même dans la manière de gouverner les couleurs. Plusieurs ont emploj'é des mo3'cns qu'ils n'ont pas transmis à la postérité. Leurs ouvrages sont des monumens de leurs talens et de leur prévoyance.

L'apprêt qu'exigent les couleurs pour être emplo3'ées, la préparation des fonds pour recevoir le tableau ont été confiés à des mulus meiceiiaires depuis que les Peintres, dont les études sont longues et pénibles, ont regardé, comme un avantage , d'être déchargés de toutes ces inquiétudes ; mais la Peinture y a plus souvent perdu que ga;>ué , car plusieurs bons ouvrages qui ne sont fus d'une vieille date , périssent tous les jours sous nos yeux.

Un bon traite! des couleurs doit encore développer les questions suivantes :

1.° Quelles sont k-s couleurs dont l'influence peut être pré-

(»)VandicK est né dans la ville de MaseicK, mais comme il a fait sa principale demer.reà Bruges, et qu'il y est mort , on ne le connaît que sous le nom de Jean de Br-jgks. Il naiicit eu ijJo. Le secret fut. trouvé au comuieDCcmeut du (liiiuiiime iiccic

avec le safran, s'il ne s'évaporait point en fumée. J^a jjonlé (.le ialoës cabalfni se reconnaît lorsjjuil se dissout dans l'eau-de-vie chaude, parce qu'ïilors elle a plus tle force junir liissoudre que ({uand elle est froiile; et si après avoir employé ce vert-de-gris en quelque ouvrage , on passt? dessus légèrement une couche tle cet aloës liqiiélié, alors la couleur deviendra très-belle ; et cet aloës se peut encore broyer à l'huile séparément, ou avec le vert-de-gris , et avec toute autre couleiir qu'on voudra.

judicirihlc dans le jm'lange avec d'autres , ainsi qne les causes.

2.° Trouver des huiles sécatives qui porleut luoius à jaunir et à Koirrir dans l'evaporalion.

3." Développer la cause de l'iniluenre du fer sur les couleurs, et du cliangcmcul qu'elles ('prouvent lorsqu'on les touche avec une lame d'acier, quoiqu'on pare à cet inconvénient eu sulistituant pour le service de la palette la spatule d'ivoire.

q." Mo^'ens de parer à la sécheresse et à la maigreur des terres et des chaux métalliques , qui portent à afl'amer Ut. superficie du fahleau et ensuite à écailler.

Ceux qui se sont occupés de cet objet important jusqu'à présent, ont montré plus de zèle que de science. Toutes ces découvertes sont jéservées aux Tourcrov et aux \'auqueliu ; leurs travaux à cet égard seiout uuv époque hiillaule dans l'iiistuirc tles arts.

Page 1