‹ Traité de la peintureChapitre 139 sur 298 · CHAPITRE GLX · texte numérisé non relu

CHAPITRE GLX

Du champ des Jigures,

Pour qu'une figure paraisse avec avantage, il faut , si elle est claire , la mettre dans un champ obscur, et si elle est obscure, la mettre dans un champ clair ; parce que le blanc paraît davantage auprès du noir qu'ailleurs; et en générai, tous les contraires ont une force toute particulière quand ils sont opposés à leurs contraires.

CHAPIIRE CLXr.

Des couleurs qui sont produiles par le mélange des autres couleurs.

Des couleurs simples, la première de toutes est le blanc , quoique entre les philosoplies le blanc et le noir ne soient point comptés parmi

DE LA PEINTURE. i55

les couleurs ; parce que l'un en est la cause , l'autre la privation ; néanmoins , parce que le Peintre ne peut s'en passer , nous les mettrons au nombre cîes couleurs , et nous donnerons la première place au l^lauc entre les couleurs simples ; le jaune aura la seconde , le vert la troisième , lazur la quatrième , le rouge aura la cinquième , et la sixième , qui est la dernière , sera pour le noir : nous établirons le lilanc comme la lumière , sans laquelle nulle couleur ne peut être vue ; le jaune sera pour représenter la terre ; le vert , pour l'eau , lazur pour l'air , le rouge pour le feu , et le noir pour les ténèbres. Si vous voulez voir bientôt la variété de toutes les couleurs composées , prenez des carreaux de verre peints; et au travers de ces verres, considérez toutes les couleurs de la campagne ; par ce moyen vous comiaîtrez que la couleur de chaque chose qui se trouvera derrière ce verre , sera falsifiée et mêlée a\-ec la teinte qui est sur le verre , et vous pourrez remarquer quelles sont les couleurs qui en reçoivent un chaUgemcnt plus ou moins avantageux ; par exemple, si le verre est teint en jaune, la couleur des objets ^u'on voit au travers , peut aussitôt se gilter que se perfectionner, et les couleurs qui en recevront plus d'altération , sont particulièrement l'azur , le noir et le blanc : et celles

i56 TRAITÉ

qui en tireront quelque av antage , sont princij)alenieiiL le jaune et le vert; et ainsi , en parcourant de l'œil le mélange de ces couleurs , qui est presque infini, vous choisirez les couleurs dont la composition vous paraîtra plus agréable et plus nouvelle : vous pourrez fidre la même chose avec deux verres de diverses teintes , et ainsi de suite avec trois , ou même dav^antage , en continuant la même méthode. ( Voyez Vohser^alion du chapitre CXXI. )

Page 1