‹ Traité de la peintureChapitre 142 sur 298 · CHAPITRE CLXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXV

De la pevapcclwe acriennc.

Il y a une espèce de perspective, qu'on nomme aérienne^ qui , par les div ers degrés des teintes de l'air, peut faire connaître la dilFérence des éloigneniens de divers objets, quoiqu'ils soient tous sur une même ligne; par exemple, si on voit au delà de quelque mur plusieurs édifices , qui paraisr>ent tous d'une pareille gi-ancleiu' aude là du mur sur une même ligne , et que vous ayez dessein de les peindre , en sorte qu'il semble à l'œil que l'un est plus loin que l'autre , il îaudr::* représenter un air un peu plus épais qu'il n'est ordinn'rement ; car on sait bien que dans cette dispcjsilion d'air les choses les plus éloignées paraissent azurées, à cause de la grande quantité d'air qui est entre l'œil et l'objet; cela se remarque surtout aux montagnes. Ceci une fois supposé ( })L 2. ) , vous ferez l'édi/ice qui panatra le premier au delà de ce mur , de sa couleur naturelle ; celui d'après , qui sera im peu plus éloigné , il faudra le profiler plus légèrement, et lui doiHier une teinte jilus azurée ; et à l'autre ensuite , que vous feindrez être encore plus loin, donnez-lui à proportion une teinte encore plus

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azurée qiie celle tles autres ; et si vous voulez qu'un autre paraisse cinq fois plus loin, faites qu'il ait cinq degrés de plus de la même teinte azurée, et par cette règle, vous ferez que les édifices qui sont sur la même ligne paraîtront égaux en grandeui', et néanmoins on connaîtra fort bien la grandeur et l'éloignement de chacun en particulier,

La perspective aérienne consiste tlans l'union de» teintes et tians une juste dégradation des couleurs.

La perspective aérienne a des principes comme la perspective linéaire , mais ce n'est pas avec la même rigueur géométrique. Quoique dépendante de celte science dans la démonstration en physique , elle ne peut y être soumise dans l'exécution en Peinture.

C'est la perspective aérienne qui dirige le clairobscur, qui décide la forme des choses, leur donne le relief, les éloigne ou les rapproche de la vue.

Ces règles , en Peinture , sont dans l'œil et le jugement ; elles sont toujours aimables et sans contrainte pour le génie créateur. Les charmes de la perspective aérienne sont comparables à ceux de la beauté et de la grâce, ils échappent aux calculs. C'est la science abstruse quand les mathématiques ravissent Cette puissance au sentiment. ( Kojez la fin de l'observation sur la Ferspectiue , chapitre premier. )

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