CHAPITRE CLXXXIX
Moyen de retenir les traits d'un homme , et de foire son portrait , quoiqu'on ne l'ait vu qu'une seule fois.
Il faut, pour cela, se bien souvenir des quatre principales parties du visage , qui sont le menton , la boviche , le front et le nez ; et premièrement, à l'égard du nez , il s'en trouve de trois différentes sortes; de droits, de concaves ou d'enfoncés, et de convexes ou de relevés. De ceux qui sont droits , il n'y en a que de quatre différentes formes; savoir de longs, de courts, de relevés par le bout , et de rabattus ; les nez concaves ou camus sont de trois sortes, dont les uns ont leur concavité ou leur enfoncement au liant , d'autres au milieu, et qudqiies-uns tout au bas; les nez convexes ou aquilins, sont encore de trois sortes , les uns sont relevés , vers le haut , quelques autres au milieu , et d'autres e.n. bas : enfin ceux dont la partie relevée est au milieu , peuvent l'avoir droite , ou convexe , ou plate.
Plusieurs habiles gens .ont ingénieusement employé
ce moyen pour rappeler de mémoire les traits de la physionomie : c'est ce qu'on appelle charge en Peinture (1).
On dit qu'Annibal Carache faisait avec des traits de plume ces sortes de ressemblances, churgces avec une î>i grande intelligence , qu'on y retrouvait le caractère des divers tempéramens de ceux qu'ils représentaient.
Il s'agit d'abord d'établir un objet de comparaison qui rappelle la forme de la tète et les traits de la physionomie; plus on approche de l'objet de comparaison, en outrant en plus ou en moins les saillies ou les cavités , les longueurs ou les largeurs , dans les quatre principales parties du visage , plus on arrive à une ressemblance en ridicule.
On obtient souvent de ces figures hyperboliques , des' resserriblances qui rappellent , sans pouvoir s'y nicpi'endre , les traits de la physionomie.
Ces sortes d'ouvrage;^ n'ont de considération en Peinture , que comme des essais du sentiment, et des objets d'amusement et de récréation. *
On voit souvent des Peintres fort médiocres faire des portraits qui paraissent ressemblans , quoiqu'à les Lien examiner ils ne rappellent que faiblement les traits du visage, et presque toujours d'une manière ignoble» C'est par l'habitude de ce léger sentiment que nous venons de défuiir , que ces Peintres accaparent les sulfragcs de l'ignorance. Cela ne détruit pas cependant
(1) Nous avons un recueil de têtes de caractèie et de cb;>i};cs dessinées par Lt.'onard de Vinci , et gravc'cs par le rointe de Caylus , très-interessant pour appuyer l'iustructiou (lu ce cLapilic et le suivant.
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le principe que Léonard de Vinci pose dans ce chapitre , pour parvenir à la ressemblance. Dans l'exercice du sentiment , l'homme d'esprit parle d' abord avec sa pensée , et la nature redresse ses écarts.