‹ Traité de la peintureChapitre 160 sur 298 · CHAPITRE CLXXXYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXXYIII

Obseivations pour dessiner les portraits»

L'os et le cartilage qiii composent le nez qui est élevé au milieu du visage , peuvent avoir huit formes différentes , qui donnent huit différentes figures de nez ; car ou ils sont également droits , ou également concaves , ou également convexes , et c'est la première ; ou bien ils sont droits ou concaves , ou convexes inégalement 5 et c'est la seconde ; ou bien leurs parties d'en haut sont droites , et colles d'en bas concaves, q'.ii est la troisième sorte; ou celles d'en haut sont droites , et celles de dessous convexes, c'est la quatrième; ou bien, dessus elles sont concaves , et au-dessous droites, c'est la cinquième; ou concaves au-dessus et convexes au-dessous, qui est la sixième ; ou convexes audessus et droites au-dessous , c'est la septième ; ou enfin , convexes au-dessus et concaves audessous, qui est la huitième et la dernière. La jonction du nez avec le sourcil a d(?ux formes différentes: elle est toujours ou creuse, ou concave , ou droite. Le front a trois formes différentes; car, ou il est tout uni, ou il est concave 5 ou bien il est relevé. La forme pleine et

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unie se divise encore en plusieurs manières; car, ou elle est creuse vers le haut , ou vers la parlie d'en bas, ou elle l'est en haut et en bas ,ou bien elle est toute pleine et toute unie en haut et en bas.

L'essentiel des portraits étant la ressemblance , il paraît qu'il faut imiter les défauts comme les beautés , puisque l'imitation ne seja plus complète. On aurait xnénie de la peine à prouver le contraire à celui qui voudrait s'opiniâtrer dans cette, thèse (i).

Lorsqu'un Peintre se dispose à faire un portrait , il doit d'abord étudier la ph^siouomie qu'il veut imiter , 3a considérer de tous les côtés , et chercher son air et ses habitudes ordinaires.

11 y a des physionomies qui ne se voient point dans l'action comme dans le repos ; c'est ce qu'il faut étu» dier en posant le modèle ; comme de faire attention quel est le plus avantageux de la face ou du troisquarts ; d'une grande lumière , ou des effets ombrés j de l'ombre dans le petit côté du trois-quarts , ou dans le grand côté.

Un Peintre de portrait ne doit point adopter de jour unique, il faut qu'il dirige sa lumière la plus avanta-» geuse à son modèle. Cette direction de lumière est surtout essentielle pour le nez, et les yeux , parce que ce sont les parties de la figure qui rappellent plus prompteïnent à la mémoire les personnes que l'on connaît. Par exemple , il y aurait de la maladresse à faire venir le jour d'en haut pour éclairer un nez retroussé

(i) De Piles.

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et les yeux saillans; les contours des ailes du nez, et le bout qu'on voit ordinairement éclairés en-dessous dans ces sortes de figures , seraient alors ombrés , ce qui nuirait à la ressemblance.

En général , les grandes ombres conviennenlt aux traits maigres et aux yeux creux , et les grandes lumières aux traits saillans et aux figures pleines. La lumière s'arrête toujours sur les formes saillantes; les creux et la maigreur sont toujours le vide de la lumière,

La ressemblance s'obtient en plaçant d'abord toutes les distributions de la figure suivant les limites que les principes donnent , et ensuite en dessinant correctement et avec une grande justesse , les formes qui s'écartent plus ou moins de ces limites, en observant mêmes les difformités ; mais que l'habileté du pinceau sait adoucir ou même cacher de manière à ne jamais déplaire par des affectations injurieuses.

Les traits de la physionomie dans une juste dimension , et correctement dessinés , sont inanimés sans l'expression qui est l'image du sentiment. Ainsi , pour donner de la vie , de l'esprit, de la grâce à la resficmblance , ces qualités s'obtiennent : i.** dans l'action et le mouvement qui exprime les habitudes plus ou moins fortes; 2.** dans les inclinations et les affections de l'àme pour la grâce et l'expression ; 5.** dans une juste distribution des ombres et des lumières , et dans l'adoucissement des unes et des autres pour arrondir et donner du relief; 4.° dans l'unité de la lumière et dans les reflets forts ou faibles pour l'effet,

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