‹ Traité de la peintureChapitre 243 sur 298 · CHAPITRE CGXCVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CGXCVIII

Si la superficie de tout cor^s* opaque participe à la couleur de son objet.

Vous devez savoir que si on met iiii objet Manc entre deux murailles , dont l'une soit blanche et l'autre noire , il se trouvera entre la parlie de cet objet qui est dans l'ondDre et celle qui est éclairée , une proportion pareille à celle qui est entre les murailles ; et si l'objet est de couleur d'azur , il aura le même eftet : c'est pourquoi si vous avez à le peindre , vous ferez ce qui suit. Pour donner les ombres à lobjet qui est de couleur d'azur, prenez du noir semblable au noir ou à l'ombre de la muraille que vous supposez devoir réfléchir sur Vôbjet que vous vous voulez peindre ; et pour agir par des principes sûrs , observez ce que je vais marquer. Lorsque vous peignez une muraille , de quelque couleur que ce soit , prenez une petite cuilller qui soit plus ou moins grande , selon que sera Touvragc tjue vous devez peindre, et qu'elle ait les bords d'égale hauteur , afin que vous mesuriez plus justement la quantité des couleurs que vous emploierez au mélange de vos teintes : par exemple , si vous avez donné ai\x premières?

ombres de la muraille trois degrés d'obscurité et un de clarté , cest-à-dire , trois cuillerées pleines , et que ces, trois cuillerées fussent dun noir simple, avec une cuillerée de blanc , vous aurçz sans doute fait un mélange dune qualité certaine et précise. Après avoir donc fait une muraille bl.nche et une obscure , si vous avez à placer entre elles un objet de couleur d'azur 5 duquel vous voulez donner de la vraie teinte d'omJjre et de clair qui convient à cet azur , mettez d'un côté la couleur d'azur que vous v^oulez qui reste sans ombre, et placez le noir auprès , puis prenez trois cuillerées de noir , et les mêlez avec une cuillerée d'azur clair, et leur donnez l'oinbre la plus forte : cela fait, v^oyez si la forme de l'objet est ronde , ou eu croissant, ou carrée, ou autrement; et si elle est ronde- j ; tirez des lignes des extrémités des murailk'S'oljscures au centre de cet objet rond , et mettez les ombres les plus fortes entre des angles égaux , au lieu oi^i ces lignes se coupent sur la superficie de cet objet , puis éclaircissezL peu à peu les ombres , en vous éloignant du poinl où elles sont fortes , par exemple ( pL 38 , Jig, 5 ) , en N () , et diminuez autant de l'omhre que cet endroit participe à la lumière de la muraille supérieure A D, et vous mêlerez cette couleur dans la première ombre de A B avec les mêmes proportions.

Nous avons déjà dit qu'il était diiTicile d'établir des règles pour mesurer les couleurs matérielles selon leur juste proportion. ( Voyez la réflexion du chap. cwi ) Aussi rien de plus obscur que ce chapitre , que l'on peut résumer en disant qu'on ne peut apprendre le mélange des couleurs que par la pratique même , et que c'est l'affaire du praticien de mesurer les doses convenables pour arriver à produire les teintes justes que les circonstances requièrent.

Les principes généraux pour le mélange des couleurs se trouvent dans la loi naturelle que présente la réfraction d'un prisme. Le spectre newtonien donne les sept couleurs ci-après : le rouge , l'orangé , le jaune , le vert , le bleu , l'indigo et le violet. Le vert est un mélange du jaune et du bleu ; le violet , un mélange du rouge et du bleu , l'orangé ou la couleur aurore , un mélange du rouge et du jaune. Les degrés de lumière ou d'ombre qu'on obtient ensuite par le mélange des couleurs simples , ne sont que l'effet de l'art. Ce principe posé doit servir de base pour découvrir la nuance que doit produire le mélange de dei^x couleurs simples matérielles.

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