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CHAPITRE CCCLII

Comment on peut faire une peinture qui sera presque éternelle , et paraîtra toujours fraîche.

Ayant tracé sur une feuille de papier fia bien tendue sur un châssis , le dessin que vous voulez peindre , vous y mettrez premièrement ime bonne et grosse couclie faite de carreau pilé et de poix , puis une autre couche de blanc et de macicot , sur laquelle vous mettrez les couleurs convenables à votre dessin; vous le vernirez ensuite avec de vieille huile cuite , qui soit claire et fort épaisse ; puis vous collerez dessus avec le même vernis im carreau de verre bien net et bien plat. Mais il vaut encore mieux prendre un carreau de terre bien vitrifié , et mettre dessus une couche de blanc et de macicot , et puis peindre et appliquer le vernis , et le couvrir d'un beau cristal ; mais auparavant il faudra bien faire sécher votre peinture dans une étuve , et ensuive la vernir avec de l'huile de noix et de l'ambre , ou bien seulement de riiuile de noix bien épurée et épaissie au soleil.

Ir, paraît que la peinture en email , qui consiste à exdciitcr avec «^ps couleurs métalliqtjes . était entièrement ignorée du temps de Léonard de Vinci : cepcn*

dant r.irt d'emailler est fort ancien , car les vases étrusques sont une sorte de peinture en email , mais bien inférieure aux émaux d'aujourd'hui. C'est du temps ©ù Raphaël et Michel-Ange florissaient, que la peinture en émail lit des progrès ; les émaux de cette époque sont d'une plus belle couleur et d'un dessin plus régulier que tout ce qu'on avait fait dans ce genre de peinture plusantéiieurement. L'art d'employer les émaux clairs et transparens , qui se parfondent au feu, exécuté «ur une plaque d'or, ne fut trouvé qu'en i652 : on en attribue l'invention aux Français. Ce qu'il ^ a de certain , c'est que depuis ce temps on a exécuté sur l'or des portraits aussi beaux et aussi finis que s'ils avaient été peints à l'iiuilr ou en miniature.

Les grands Peintres en émail seront toujours trèsrares , à cause dea connaissances que suppose cette peinture, du tiavad et le la patience qu'elle exige. On r»e peut pas penser que i'tjn pt-rdra îa ])einture en émail , conmie on .s'ohstine à d.re qu'on a pf-rdu le secret de jDeindre yui le vcj re j mais la rechi'iclie des couleurs pn-nant un (cnips infiai à < eux qui s'en occupent , et les succès ne s'o!>lenanl .pio j^ar des expériences coûteuses et réiléiéfs j que loin trcspérer d'y faire des progrès au-dessus de ce que nous connaissons de mieux, elle est au contraire toujours sur le point d'être abandoraiée.

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