‹ Traité de la peintureChapitre 289 sur 298 · CHAPITRE CCGLIÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCGLIÏI

Mcmière d'appliquer les couleurs sur la toile, TtNBSZ votre loile sur tui clidssis , et lui

DE LA PEINTURE. 32j

donnez une légère couche tie colle de gants , laquelle étant sèche , dessinez votre tabL au , et couchez la teinte des carnalions avec des brosses, et en même temps pendant qu'elle est toute fraîche , vous y marquerez à votre manière les ombres qui doivent être fort douces. La carnation se fem de blanc , de lacque , et de macicot ; la teinte de l'ombre sera composée de noir et de terre d'ombre j ou d'un peu de lacque , si vous voulez , avec de la pierre noire. Après avoir légèrement ébauclié votre tableau , laissez-le sécher , puis vous le retoucherez à sec , avec de la lacque détrempée dans de l'eau de gomme 5 et qui ait été g rdée long-temp^ en cette eau de gomme , })arce qu'elle est alors d'un meilleur usage , et ell;' ne porte point de luslre lorsqu'elle est mise en œuvre. Pour faire encore vos ombres plus noires , prenez de la lacque dont je viens de parler, détrompée avec de l'encre gommée , et de cette teinte vous pourrez ombrer i>lusieurs couleurs, ])arce qu'elle est transparente , et elle sera fort bonne pour donner les ombrts à l'azur , à la lacque , au vermillon , et à quelques autres semblaljles couleurs.

(CHAPITRE CCCLIV. '

Usage de la perspectiçe dans la Peinture,

Quand im brouillard ou quelqu'autre qualité de l'air vous empêchera de remarquer de la variété dans le clair des jours , ou dans le noir des ombres qui environnent les t hoses que vous imitez , alors n'ayez plus d'égard en peignant h. la perspective des couleurs ; mais servez-vous seidement de lii perspective linéale pour les diminuer , à proportion de leur distance , ou bien d, la perspective aérienne , qui afllaiblit et diminue la connaissance des objets , en les re- ])résentaiit moins terminés et moins finis ; car cette sorte de perspective fait paraître une même cho e plus ou moins élo gnée , selon qu'elle représente sa figure plus ou moins terrpinée. L'œil ii'arrivera jamais par le mo}Tn de la perspective linéale , à la connaissance de l'intervalle qtji est entre deux objets diversement éloignés , s'il n'est aidé du raisonnement qu'on tire de la perspectiv e aérienne , qui consiste dans l'affaiblissement des couleurs. ( Voyez l'observation du chapitre

La dernière phrase de ce chapitre, Pœil n^ arrivera jamais par le mofen de la perspectiiye , etc. prcsento un vice dans la rédaction, qui a singulièrement égaré plusieurs auteurs qui ont écrit sur la Peinture , notamment Dufresnoy , Diderot , etc. Cependant l'erreur n'en est pas moins accréditée par des noms célèbres. Il est constant que Léonard de Vinci n'a jamais prétendu vouloir faire entendre qu'il ne fallait pas toujours avoir égard à la plus sévère perspective en Peinture : il était trop savant dans son art pour avancer un tel paradoxe. Il est impossible de capituler avec les principes de la perspective linéale ; mais il veut dire , que la perspective aéi'ienne qui prend sa source dans le clair-obscur et dans la dégradation des couleurs , est l'âme des lignes et des points. Le Peintre alors , en habile physicien , choisit dans les phénomènes de l'air et de la lumière , les effets convenables pour faire reculer , avancer ou éteindre tous les objets qui environnent son sujet. L'incidence et la non-incidence de la lumière , les accidens causés par les nuages qui obscurcissent les espaces , tandis que l'intensité de la lumière se manifeste avec éclat dans d'autres j la poussière qui s'élève par le vent ou la course des animaux} la fumée qui prend divers coloris , sont des moyens puissans que le génie dn-ige à son gré , sans s'écarter des plus sévères règles de la perspective.

Nous renvoyons aux tableaux de Raphaël et du Poussin , pour preuve de ce que nous avançons sur la perspective linéaire.

Page 1