CHAPITRE lïl
De la mètlioâe qiûil faut donner aux jeunes gens pour apprendre à peindre.
Nous connaissons clairement que de toutes les opérations naturelles , il n'y en a point de plus prompte que la vue ; elle découvre en un instant une infinité d'objets , mais elle ne les voit que confusément, et elle n'en peut discerner plus
d'un à la fois. Par exemple , si on regarde d'un coup-d'œil une feuille de papier écrite , on verra bien incontinent qu'elle est remplie de diverses lettres ; mais on ne pourra connaître , dans ce moment-là quelles sont ces lettres , ni savoir ce qu'elles veulent dire : de sorte que povu' rn|)prendre , il est absolument nécessaire de les considérer l'une après l'autre , et d'en former des mots et des phrases. De même encore , si l'on veut monter en haut de quelque bâtiment , il faut y aller de degré en degré , autrement il ne sera pas possible d'y arriver. Ainsi , quand la nature a donné à quelqu'un de l'inclination et des dispositions pour la Peinture, s'il veut apprendre à bien représenter les choses , il doit commencer par dessiner leurs parlies en détail et les prendre par ordre , sans passer à la seconde avant que d'avoir bien entendu et pratiqué la première ; car autrement on perd tout son temps , ou du moins on n'avance guères. De {)lus , il faut remarquer qu'on doit s'attacher à travailler avec patience et à finir ce que l'on fait , devant que dé se faire une manière prompte et hardie de dessi- . ner et de peindre.
L'habitude de l'ordre et de la méthode dans les premières études , facilite singulièrement pour l'avancement ; c'est le fruit de la patience , de la constance et du courage qui aide à vaincre les obstatk's qu'on ren-
e TRAITÉ
contre à chaque pns âans un art où plus on avance, plus on trouve dt; dillicullés.
L'ait de la peinture , dis.iit un grand maître , res" geir.ble à une mer qui n'a point de bornes et qui parait toujouis plus Jurande à mesure que l'on vogue.