CHAPITRE IV
Comment on peut connaître Vinclination qu'on a po'ir la peinture :, quoiqu'on n y ait point de disposition.
On voit beaucoup de personnes qui ont un granti (icsir d'apprendre le dessin et qui l'aiment passionnément, mais qui n'y ont aucune dis])0jsit on naturelle : cela se peut corniaître dans les ent'iins qui dessinent tout à la hdte et au simple triiit , sans iinir jamais aucune chose avec les ornbres,
Otv ne peut connaître les dispositions des enfans po jir le dessin, qu'en y iixant leur attention. L'auteur ne s'explique pas assez clairement dans ce chapitre. Ri( n n'tst plus facile que de se tromper sur les dispogilioiis plus ou moins sensibles dans les enlans qui , d'ailleurs , sont toujours trop dissipés pour se fixer dans les choses pour lesquelles ils ont le plus d'inclipalion.
C'est la persévérance qui porte à surmonter les difficultéi^ , et les eni'ans n'en sont pa:> susceptibles j la
moindre difficulté les arrête , et ils passent à d'autres objets.
Les parens et les maîtres de dessin verront dans lo dialogue suivant la conduite qu'ils doivent tenir à l'égard des enfans à qui l'on fait cultiver le dessin dans le cours de leur éducation.
« Demande. Comment peut-on connaître si un enfant a les dispositions nécessaires pour être Peintre .'
« Réponse. S'il a plus de jugement que de vivacité d'esprit on peut en augurer favorablement.
« D. Quel est l'âge auquel on peut commencer à s'instruire de l'art l
« II. L'âge le plus tendre est le plus propre pour cela, puisqu'à quatre ans l'enfant est déjà en état d'apprendre quelque chose ; c'est alors qu'il lui sera le plus facile d'acquérir la justesse de l'œil , parce que ses oiganes n'auront encore contracté aucune habitude, « D. Mais si l'élève commence plus tard ses études , pourra-t-il espérer encore de parvenir à être un boa Peintie ?
« R. Sans le moindre doute; mais il lui en coûtera plus de peine , si dans le cours de ses études on a négligé de lui enseigner le dessin.
« D. Quelle est la première chose qu'un maître doit enseigner à son élève l
« R. Comme il n'est pas facile de connaître tout de suite le caractère et le génie des enfans , il est bon de les faire commencer par tracer des figures géométriques ( d'abord avec la règle et le compas ) , et puis ensuite à vue , afin qu'ils acquièrent la justesse de l'œil , (jui est la base fondamentale du dessin j de sorte que lorsque l'élève sera parvenu à former ces figures à la sim-
pie vue , il saura dessiner currectement tout ce qu'ors lui pjéscnleia, et son esprit concevra avec facilité toutes K"S proportions possii>los. » (i)
( yianclw xxxir. ) Le point n'd pas de dimension j il est i'cxlrérnité d'une ligue.
La iiyne représentée à la figure ij' est appelée Tiorizotitale,
On appelle perpendiculaire une ligne qui , étant; abaissée sur une autre ligne , ne penche pas plus d'un coté que de l'autre. ( \oyezJig. 2. )
U'outc ligne est droite ou courbe : la ligne droite est celle qui va d'un point à un autre sans changer de direction ( fig. 1. ) » c'est la plus courte de toutes les lignes , et par conséquent lu mesure de la distance enue les points.
Lu ligue courbe est celle qui va d'un point à un autre en changeant de direction (^/ig. 4- )> elle peut être piu.s on ujoins vai'iée.
L.i plus simple et la plus courte de toutes les lignes couibes est lu (irrulaire. (Jîg. 5. )
On appelle mixte une ligne moitié droite et moitié courbe. i^Jig. ^' )
I^e milieu d'une figure quelconque s'appelle centre^ le point C est le centre du cercle (^Jig. 5. ) j le point C est le centre du carré {Jig. 9. ) » ^^ point C est le centre du tjiangle (fig. lo. ) : il en est de même des auti es poljgones.
La figure i i représente deux lignes perpendiculaires et parallèles.
On appelle diamètre une ligne qui partage le çefçl?
( i ) Mengs,
fn deux parties égales , et par conséquent passe par le centre. ( Vojez la ligne A B j/i'^r. 8. )
Le rayon est la moitié du diamètre : la ligne B G ^fiS' 5' ) est un rayon.
Ija Jigiire 12 est un carré avec une ligne horizon-, laie , et une perpendiculaire qui le partage également.
Le rectangle est une figure de quatre côtés , perpen-^ diculaires les uns aux autres (^Jîg. 9. ) » ^-^ '^ carré est un rectangle dont les quatre côtés sont égaux.
Le cercle est la trace entière que décrit la pointe mobile d'un compas , pendant qu'elle tourne autour du centre où l'autre pointe est immobile.
Le rayon est l'intervalle du centre à la circonférence.
Les figures rectilignes sont celles que terminent des lignes droites (^fig- <)■, ïo, 14, 16.). Un triangle est la moitié du rectangle de même base et de même hau-. tcur. {fig. i5. )
On appelle triangle une figure terminée par trois lignes droites, (yîg'. 10.)
Les polygones réguliers sont des figures que termi-« ncnt des côtés égaux et également inclinés les uns sur les autres. {Jig. iG. )
Les polygones sont dans la classe des figures rectilignes.
Lorsque ces figures rectilignes ont leurs côtés égaux , elles prennent leur nom du nombre de leurs côtés. Ainsi It^eiitagone a cinq côtés , l'hexagone six côlés , l'heptagone sept , l'octogone huit , i'ennéagone neuf, le décagone dix.
Un angle est l'inclinaison d'une ligne sur une autre.
lo TRAITE
L'angle droit a quatre-vingt-dix degrés , et ses côtés sont perpendiculuiies l'un à l'autre, (^fig. 18. )
Un angle aigu est plus petit que l'angle droit, car on voir (//^r. 18. ) que l'angle droit A B G est plus grand que l'dngle A B D qui est un angle aigu.
Un angle obtus est plus ouvert que l'angle droit , car on voit que l'angle droit ABC est plus petit que l'angle A B E qui est un angle obtus.
Tous les rayons qui sont enfermés dans l'angle droit, forment f\c?, angles aigus , et tous les rajons qui dépassent l'angle droit Forment l'angle obtus.
Le cercle a quatre angles droits i le ti'ianglo isocèle a deux cotés égaux.
CIIAPITUE V.
Qii' un Peintre doit être universel, et ne se point borner à uue seule chose»
Ce n'est pas être fort lial)ile homme , parmi les Peintres , que de ne réussir f|ir"à une cJiose ; comme à Ijien faire le nu , à peindre une tête ou les draperies , à représenter des animaux, ou des paysages , ou d'autres choses particulières ; car il n'y a point d'esprit si grossier , qui ne puisse , avec le temps , en s'appliquant à une seule chose et la mettant continuellement en pratique , venir à bout de la bien faire. -s^
L'ÉDucATjoiv de ceux qui se destinent à professer les Leaux-arts , doit être ti ès-soignée : c'est ce que Léonard de Vinci fait entendre daus les chapitres v, vi, vu, viii.
DE LA PEINTURE. ii
IX , X , XI. Lorsqu'il dit qu'un Peintre doit être universel , il entend formellement que l'artiste qui veut acquérir de la gloire ne dcjit rien ignorer de toutes les connaissances qui entrent dans la bonne éducation , et s\ et ialement les hautes sciences. L'imitation fKlcle n'est que le technique de l'art ; avec l'étude et la patience on y parvient : mais pour être créateur dans le sublime, rendre la vertu aimable , l'honorer quand elle est malheureuse et persécutée ; rendre le vice odieux, éterniser les grandes et belles actions; pour animer les scènes familières et y répandre l'intéièt qu'inspirent les pères , les mères , les épouses , les femmes et les enfans ; pour imiter le calme , les tempêtes, les heures , les saisons, le climat; pour traduire la nature des sites et celle des masses qui les couvrent et les décorent; pour peindre aux jeux l'espace et les vibrations de la matière éthérée , il faut avoir une connaissance profonde de l'histoire, avoir de belles notions de la philosophie , de la phj'sique et de la poésie.
Car à l'instant où le talent commence à se développer, et que l'artiste pourrait saisir parle sentiment les parties essentielles de l'art qu'aucun maître ne saurait enseigner; alors l'imagination, dépourvue de connaissance, ne peut apercevoir ni suivre de gu.de dans ses écarts déréglés; ce n'est plus qu'un feu follet qui se consume et s'évapore sans pouvoir se rallumer lorsqu'il s'éteint, ni être modéré quand il s'enflamme; L'influence de l'éducation chez les Grecs Sv; manifeste sur tous les chefs-d'œuvres sortis de leur génie. Ce peuple en était si jaloux , que Pline rapporte un règlement qui ne permettait qu'aux hommes libres et
^â TRAITE
distingués par leur naissance, de pratiquer les arts. Par une influence contraire, chez les Egyptiens et chez les Romains , nous voyons les arts être arrêtés dans leurs progrès , parce que chez les premiers , le culte religieux ne leur permettait point de s'écarter des formes établies pour leurs idoles, et chez les deuA nations, parce quelles regardaient comme vile la classe des citoyens qui les exerçaient.
Le Poussin qui faisait consister l'excellence de la Peinture dans le choix des oljjets faits pour instruire et satisfaire l'esprit, s'explique ainsi sur les choses qui ne s'apprennent point , mais qui font parties essentielles de la Peinture,
« Pour ce qui est de la matière, elle doit être noble, qui n'ait rien reçu de l'ouvrier, et pour donner lien au Peintre de montrer son esprit et son industrie , il faut la prendre capable de recevoir la plus excellente forme. 11 faut commencer par la disposition, puis par l'ornement , le décor , la vraisemblance et le jugement partout. Ces dernières parties sont du Peintre et ne se peuvent enseigner : c'est le rameau d'oi" de Virgile , que nul ne peut cueillir s'il n'est conduit par le destin. >>
Ainsi , la beauté réelle et la beauté spéculative ne peuvent être mises en action sur la toile que par le^ lumières pénétrantes du savant; de même, les variétés» et la nouveauté dans le sublime , sont les fruits de l'imagination cultivée et enriclue de toutes les connaissances humaines.
« Cependant il semble que nos artistes pensent bien différemment, et qu'ils secouent la littérature et les; sciences comme un joug pénible , pour se livrer entièrcHient aux opérations de l'œil et de la main. liCUC
DE LA PEINTyRE. i3
préjugé contre l'étude paraît bien difficile à déraciner. L'exemple de Léonard de Vinci et de quelques auteurs modernes sufluait, indépendainment de rcxeu]j)le des anciens , pour justifier qu'il est possible à un grand Peintre d'èlre savant. »
Pline qui a écrit de la Peinture , comme aurait pu faire un homme de l'art , veut que la Peinture fasse briller l'érudition au préjudice même du coloris j il joint les titres de philosophe , d'écrivain , de poëte , à celui de Peintre.