‹ Traité de la peintureChapitre 37 sur 298 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Du jugement qu'on doit porter de ses propres oui'rages.

Il n'y a rien plus sujet à se tromper que l'IiomiTie , clans l'estime qu'il a pour ses ouvrages et dans le jugement qu'il en porte. La critique de ses ennemis lui sert plus que l'approbation et les louanges que lui dorment ses amis; ils ne font qu'une même chose avec lui , et comme il se tromj)e lui-même .^ ils peuvent aussi le tromper par com[>laisance , sans y penser.

CIIAPIIRE XVI.

Moyen d'exciter Vesprit et V imagination à ùwenter plusieurs choses»

Je ne ferai [)oint difliculté de mettre ici parmi les préceptes que je tlonne , une nouvelle manière d'inventer; c'est p&u de chose en apparence , et peut-être passera-t-elle pour ridicule : néanmoins elle peut beaucoup servir à ouvrir l'esprit , et à le rendre fécond en inventions. Voici ce que c'est.... Si vous regardez quelque vieille muraille couverte de poussière, ou les ligui'es bizarres tie certiiines pierres jaspées, vous

y verrez des choses fort sein!)lal>lcs à ce qui entre dans la composition des tableaux; comme des paysage s, des batailles, des nuages, des attitudes hardies , des airs de tête extraordinaires , des tlraperies et beaucoup d'autres choses pareilles. Cet amas de tant d'objets est d'un ^rand secours à l'esprit ; il lui fournit cpiantilé de dessins , et des sujets tout nouveaux.

Une imagination brillante, familière avec la vérité de chaque chose , trouve dans les nuages ramassés , dans le fo^er des cheminées , dans les taches des vieilles murailles, dans les couleurs et les crajons mélangés , dans les ruines, des effets et des formes qui rappellent une inlinilé d'objets dont l'esprit est toujours préoccupé. On est quelquefois , dans ce cas , ftivorisé par la fortune j ce sont d'heureux niomens (i), mais on ne peut

(i) Diderot, plus diiip;(' par l'ambition «fccrire sur l'nrt de 1k Peiutuie , que par goût, dit : « Quand on ronsidère certaines figures , certains caractères de tète de Raphaël , des Caraches et d'autres , on se demande où ils les ont prises. Dans une imagination forte , dans les auteurs , dans les nuages , dans les accidens du feu , dans les ruines, etc. ,,

Il est bien vrai que les ruines ofirent de belles choses à l'imagination ; mais, dans la Peinture comme dans la poésie, les parties faites pour intéresser l'âme, preimcnt leurs sources dans l'esprit, dans le cœur; les attendre d'ailleurs, on est froid ou extravagant. Le goût , le sentiment et la sensibilité découlent de cette source dans les vers de Racine et dans les tableaux de Raphaël. On peut dire d'eux ce que Priifarqne dit des vers d'Homère et «les tableaux de JSicomaquc : " Outreles perfections et les grâces dont ils brillent, ils ont encore

pas toujours espérer de grands succès dans la compusilion, avec ce mo^en que nous regardons comme un conseil très-faible.

Il faut tirer de son propre fonds , la composition j elle demande beaucoup de réflexions , d'observations , et un grand fonds d'instruction,

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