CHAPITRE XYIII
Qiï'ilfaui s'accoutume?' à Iravidller avec patience, et à finir ce que Von fait , devant que de ■prendre une manière prompte et hardie.
Si vous voulez profiter beaucoup et foire de bonnes études , ayez soin de ne dessiner jamais à la Ijale ni à la légère. A l'égard des lumières, considérez bien quelles parties sont éclairées du jour le plus grand ; et entre les ombres , remarquez celles qui sont les plus fortes, comment elles se mêlent ensemble, et en quelle quantité, les comparant l'une avec l'autre. Pour ce qui est des contours , obsei'vez bien vers quelle partie ils doivent tourner, et entre leurs termes, quelle quantité il s'} rencontre d'ombre et de lumière , et où elles sont plus ou moins fortes , plus larges et plus élioiles; et surtout ayez soin que vos ombres et vos lumières ne soient ptûnt tranchées , mais qu'elles se noient ensemble, et se perdent insensiblement comme la fumée ; et lorsqu'j vous v« us serez '«"ait une habitude de cette manière exacte de dessiner, vous acquerrez tout d'un coup, et sans peine, la facilite des praticiens.
Rien n'est plus fait pour ariêler les progrès que de
se livrer trop promptement à cette facilité naturelle que (lonnenl souvent U;.s grandes dispositions.
Lorsqu'un élève se livre trop tôt à l'essor de son imagination , il néglige les parties les plus essentielles de son art j il fatigue son espi it en projets. Plus abondant en pensées qu'en moyens d'exécution , il commence sans cesse et ne linit rien , ou s'd réussit eu quelque chose, c'est en acquérant plus de pratique que d'étude.
On ne peut prétendre à la célébrité qu'en s'habituanfc de bonne heure à finir et à soigner tout ce que l'on fait , en résistant à celte passion brillante de la composition, avant d'avoir acquis les connaissances nécessaires pour classer ses idées , et en formant le jugement avant d'exercer l'esprit.
Si l'expérience nous ap{)rep.d que les grandes dispositions sont le présage des talens , elle nous apprend aussi qu'elles sont très-souvent cachées dans certains individus. L'histoire en fournit des exemples qu'il est utile de citer pour l'enconragement.
La gloire du Dominicain est la récompense d'un travail opiniâtre et d'une persévérance sans hornes. Né avec une humeur taciturne , ses études furent assez obscures, et son silence, qui avait l'apparence de la stupidité , lui attirait la risée de ses camarades. Le trésor de science qu'il cachait se développant peu à peu , ils en prirent de la jalousie.
Comme il apportiiit beaucoup d'attention et de soin dans l'exécujtion de ses études , sa lenteur faisait dire à ses ennemis ({ue ses ouvrages étaient faits avec ])eine, et comme labourés à la charrue, et ils l'appelaieiit le bœuf.
« Mais Annibal Carachej, qui connaissait le carac- » 1ère du Dominicain, leur dit que ce bœuf, à force » de labourer , rendrait son champ si fertile , qu'un » jour il nourrirait la Peinture. »
Docilis ac laboriosus , et in qiiocumque génère excellons ac sibi œ(]ualis (i).