‹ Traité de la peintureChapitre 69 sur 298 · CHAPITRE LUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LUI

D^où vient queles choses peintes ne peuvent jamais avoir le même relief que les choses naturelles^

Les Peintres assez souvent se dépitent contre leur oiivra|:^e , et se fâchent de ce que tâchant d'imiter le naturel , ils trouvent que leurs peintures n'ont pas le même relief, ni la même force que les choses qui se voient dans un miroir ; ils s'en prennent aux couleurs , et disent que leur éclat et la force «les ombres surpassent de l)eaucoup la force des jours et des ombres de la chose qui est représentée dans le miroir; quelquefois ils s'en prennent à eux-mêmes , et atlribuent à leur i(j;norance un effet purement naturel , dont ils ne connaissent pas la cause. Il est impo;vsiJ)[<* que la peinture paraisse d'aussi grand relief que? les choses vues dans un miroir ( bien que l'une et l'autre ne soient que superficielles ) , à moins

qu'on ne les regarde qu'avec un œil ; en voici la raison ( pi. 35 , fp;. 2.. ) : les deux yeux A B voyant les objets ]N M l'un derrii-e l'autr; , M ne peut pas être entièrement occupé par N, parce que la basj des rayons visuels est si large, qu'après le second ol jet , elle voit encore le ])remier; mais si vous vous servez seulement d'un œil ( pi. 35 s fig. 3. ) , comme dans la figure S , l'objet F occupera toute l'étendue de Pt , parce que la pyramide des rayons visuels [larlantd'un seul point , elle a pour base le premier corps F, tellement que le second Pi qui est de même grandeur , ne pomTa jamais être vu.

IjA réunion du chripitre cccxli avec celui-ci rend cette Icçun plus intelligible.

Il est clair que l'auteur a voulu démontrer que les objets représentés dans un tableau, parlant tous d'un jiiènie point de vue, le tableau doit être vu d'un seul œil, parce que deux yeux embrassant plus d'objets à la fois , et voyant pftis loi temeut qu'un seul , l'illusion cesse par le trop grand do^rré de divergence des rayons que dirigent les deux axes optiques sur une suiface plane. C'est que sur une surface plane la vue n'aperçoit d'autres objets que ciux qui y sont représentés , et qu'en regardant avec les di-ux yeux les objets naturels , nous voyons toujours au delà, et plus d'objets que celui que nous fixons.

Ainsi la perspective liiiéaire et la perspective aérienne ayant irrcvocabkmciit fixé sur la lOilc la dislance des

DE LA PEINTURE. Sy

objets , les profondeurs des plans , et chaque point de ininiêre à sa véritable distance du corps lumineux, sans qu'aucun chaiigoinent puisse s'opérer : un seul ooil sufiit poui- saisir l'illusion.

Dans ce cas, si oti veut y faire attention, on verra qu'en formant un œil , plus on fixera un tableau, plus l'illusion augmentera : on éprouvera le contraire ea rci^ardant le tableau avec les deux yeux.

Les choses pf^intes ne peinwut encore jamais ai'oir le même relief que les choses naturelles ; \.° parce que Ïqs couleurs en peintui-e , ne pouvant jamais alteindre comme sur la nature l'intensité de la Imnière des corps éclairés, ce n'est ([uc par la fonction des ombres qui excitent les tournans et profondevns à fuir, qu'on obtient l'incidence et la non-incidence de la lumière;

2." Parce que le tableau étant une surface plane, les ombles comme les lumières reçoivent également les ravons du jour;

5." Parce que les couleurs n'étant point toutes de la même nature, et couchées en sens contraire , la superficie du tableau absorlie inégalement les raj-ons qui jaillissent de la source <lu corps éclairant.

Ainsi les ombres perdant en vigueur, leur fonction n'est point remplie, et les lumières ronséquemment en ressentent un affaiblissement sensible (i).

(i) L'cfTot Av. la Peinture matte est toujours moins IroiiLlé rfiie dans la Peinture luisante , parce qu'elle absoijjc plus éj^alenient les rayons du jour. Elle serait piefi'raLle si ou pouvait parvenu- à en tiix-r les raênies ayaulajjcs ouc la Peiulure à n^uile.

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