CHAPITRE LXYII
Comme on doit représenter aujourd'hui une bataille.
Vous peindrez premièrement la fumée de l'arlillerie , mêlée confusément dans l'air avec la poussière que font les cfievaux des combattans, et vous exprimerez ainsi ce mélange confus. Quoique la poussière s'élève facilement en l'air , parce qu'elle est forl menue , néanmoins parce qu'elle est terrestre et pesante , elle relouibe naturellement, et il n'y a que les parties les plus subtiles qui tlemeurent en l'air. Vous la peindrez donc d'une teinte fort légère et presque
semblable à celle de l'air; la fumée qui se mêle avec l'air et la poussière étant montée à une certaine hauteur , elle paraîtra comme des nuages obscurs. Dans la partie la plus élevée , on discernera plus clairement la fumée que la poussière , et la fumée paraîtra dune couleur un peu azurée et bleuâtre ; mais la poussière conservera son coloris naturel du côté du joiu' ; ce mélange d'aii-, de fumée et de poussière, sera beaucoup plus clair sur le haut que vers le bas. Plus les combattans seront enfoncés dans ce nuage épais , moins on les pourra discerner , et moins encore on distinguera la différence de leurs lumières d'avec leurs ombres. Vous peindrez d'un rouge de feu les visages, les personnes , l'air, les armes , et tout ce qui se trouvera aux environs , et cette rougeur dimiiuiera à mesure qu'elle s'élo gne de son principe, et enfin elle se perdra tout-à-fait. J^es figures qui seront dans le lointain , entre vous et la lumière , paraîtront obscures sur un cliamp clair , et leurs jambes seront moins distinctes et moins visibles , parce que près de teiTe la poussière est plus épaisse et plus grossit're. Si vous représentez hors de la mêlée quelques cavaliers courant, faites élever entr'eux; et derrière eux, de petits miage's de poussière , à la distance de chaque mouvement de cheval, et que ces nuages s'atfaibUsseut et
disparaissent à mesure qu'ils seront plus loin du cheval qui les a fait élever, et même que les plus éloignés soient plus hauts , plus étendus et plus clairs, et les plus proches plus grossiers , plus sensibles, plus épais et plus ramassés. Que l'air j)araisse rempli de traînées de feu semblables à des éclairs ; que de ces espèces d'éclairs que la poudre forme en s'enflaminant , les uns tirent en haut , que les autres retombent en bas ; que quelques-uns soient portés en ligne droite , et que les balles des annes à feu laissent après elles une traînée de fumée. Vous ferez aussi les figiu'es sur le devant couvertes de poudre sur les yeux, sur le visage , sur les cils des yeux, et sur toutes les autres parties sujettes à retenir la poussière. Vous ferez voir les vainqueiu-s courant , ayant les cheveux épars, agités au gré du vent, aussi bien que leiu's draperies , le visage ridé , les sourcils enflés et approchés l'un de l'autre : que leurs memhres fassent un contraste entr'eux , c'est-à-dire , si le pied droit marche le premier, que le bras gauche soit aussi le plus avancé -, et si vous représentez quelqu'un tombé à terre , qu'on le remarque à la trace qui jiaraît sur la poussière ensanglantée; et tout autour sur la fange détrempée , on verra les pas des hommes et des <'hevaux qui y ont passé. Vous ferez encore voir
fjuelques chevaux eiilraînûnt et déchirant misérablement leur m.\îlre mort, attaclié par les étricTS , ensanglantant tout le chemin par où il passe. Les vaincus, mis en déroute, auront le visage pale , les sourcils hauts et étonnés , le front tout ridé , les narines retirées en arc , et replissées depuis la pointe du nez jusqu'auprès de l'œil, la bouche béaiiie et les lèvres reuoussées , découvrant les dents et les dessen-ant comme pour crier bien liaat. Que quelqu'un, tombé [)ar terre et blessé, tieiuie une nic'.in sur ses) eux: elîarés, le dedans, tourné vers "einiemi, et se soutienne de l'autre comme pour se relever; vous en ferez d'autres fuyant et criant à pleine tète : le champ de bataide sera couvert
d'armes de toutes sortes sous les niojV -î , ^^ , , ,. ^ .cuices , d enees rom-
battans . df, K*^»-*— ', , , , , .1
pues et d autres semblables choses ; entre les
mort's on en verra quelques-uns -"" -■ ^, de poussière et .l'armes rompues, elqnelcp>es tir s tout couverls et presque enterres ; la tisière et le terrain détreu.pé de sang, fera Ce an'e rouge -, des ruisseaux de sang , sortant ime tan„e ^ poussière ; on en
des corps, eouleiout parmi u p verra d'autres, en moma,.t , gruicer les ,
,oulerles,yeux,serrerlespo,n^e -.-^ verses contorsions du corps, des ""^ ;.uulx.s. On pourront tcinc'^c quelqu'un desaim.
et terrassé par son ennemi , se défendre encore avec les dents et les ongles : on pourra représenter quelque cheval échappé , courant au travers des ennenais , les crins épars et flottant au vent , faire des ruades et un ^rand désordre parmi eux : on y verra quelque malheureux; estropié , tomber par terre et se couvrir de sou bouclier, et son ennemi, courl)é siu* lui, s'etforçant de lui ôter la vie. On pourrait encore voir quelque troupe d'hommes couchés pêle-mêle sous un cheval mort \ et quelques-uns des vain-^ queurs sortant du combat et de la presse , s'essuyer avec les mains , les yeux offusqués de la poussière , et les joues toutes crasseuses et bar- J)ouillées de la fange qui s'était faite de leur sueur
^ J-o l.^rrnes que la poussière leur a fait couler <les yeux. Vous verir*. i^ ^ .
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vsecours, pleins d'une espérance mêlée de circonsi'econ, les sourcil, l,a„ts, et se faisant ombr.» «.»• leurs yenx avec la ,nai„, po„r disce „ "^.eux les e„„e„us clans la .nélée et au Iravër, lUa po.,ss,ore et être attentifs au com,nau- Icment .lu cap,la.ne, et le capitaine, le Wton 1-ut, rourantct,nontrant le lieu oùil auta le^
•es cavaliers, faisant voler l'oau tout autour . eux e„ courant, et Uanclùr cl'écu.ne ttut ïe ^i'cnu, p.,, o« ils passent , il „e faut ri ri l
dans tout le champ de bataille qui ne soit remj)U de sang et d'un horrible carnage.