CHAPITRE XGII
Da relief des figures qui entrent dans ta composition d'une histoire.
Des figures qui composent une histoire , celle qui sera représentée plus près de l'œil doit avoir* un plus grand relief; en voici la raison. (]ette couleur-là doit paraître plus marquée et plus parfaite dans son espèce, qui a moins d'air entre elle et l'œil qui la considère ; c'est à cause de cela même que les ombres qui font paraître les corps opaques plus relevés , paraissent plus fortes et plus obscures de près que de loin , parce que la quantité d'air qui est entr'elle et l'œil les brouille et les confond avec les couleurs des objets ; ce qui n'arrive pas aux ombres voisines de l'œil, où. elles donnent à chaque corps du relief, à proportion qu'elles sont obsciu'es.
CHAPITRJi XGIII.
Du raccourcissement des fgures d'un tableau.
Lorsqu'un Peintre n'a qu'une seule figure à faire dans son tableau , il doit éviter tous les raccourcissemens , tant des membres particuliers que tic tous le corps , parce qu'il serait
t)E LA PEINTURE. gS
obligé de répondre a tous momens aux questions de ceux qui n'ont pas rintelligence de son art ; mais auK grandes coinposilions où il entre plusieurs figures , il peut en faire avec liberté de toutes soiies , selon le sujet qu'il traite , et surtout dans les batailles , où il se rencontre par nécessité un nombre infini de contorsions et de mouvemens de figures qui se battent, et qui sont mêlées confusément ensemble dans lés fracas et l'agitation fimeuse d'une bataille.
CïIAPITPiE XCIY.
De la dlçerslté des Jîgures dans une histoire^
Dans les grandes compositions dhistoire , on doit voir des figures de plusieurs sortes , soit pour la complexion, soit pour la taille, soit pour les carnations, soit pour les atliludes. Qu il y ait des figures grhsses et pleines d'embonpoint; qu'il Y en ait d'autres qui soient maigres et sveltes ; qu'il y en ait de grandes et de courtes , de fortes, de robustes et de fiiibles, de gaies, de tristes et de mélancoliques ; que quelques-unes aient des cheveux crépus , que d'autres les aient plus mois et plus unis ; qu'aux uns le poil soit long, et aux antres court ; que ks mouvemens prompts et vifs de (juelques figures contrastent
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avec les moin emens doux et lents de quelrpies autres ; eiifiti il faut qu'il y ait de la variété dans la forme , dans la couleur, dans les plis des draperies , et généralement dans tout ce qui pi ut entrer dans la composition dune histoire.
Observation pour les chapitres xciii et xcir.
Le Poussin j peintre aussi philosophe qu'éloqun t dans ses productions , et qui a possédé à un si hont degré les plus nobles parties de la Peinture (i) , a singulièrement observé cette variété que donnent les différences d'âge , de proportion et de physionomie^ Dans une lettre qu'il adresse à Stella , au sujet du tableau de la manne qui décore aujourd'hui le Muséum ^
(i) Raphacl Mengs ir*est pas de cet avîs ; vciici Comment iJ eu parle : « Parmi le faraud nombre ( de Peintres ) qui se rendirent en Italie, le Poussin fut celui qui se proposa d'imiler en tout le ^oùt antique, auquel il aurait A'erilablemcnt atteint, s'il n'eût pas rencoutre des obstacles dans les mceurs et le costume de son siècle. L'habitude de peindre à l'huiie des tatlcaux de cLevalel: l'empêcha d'airrandir son style et de faire des ouvrages aussi bien raisonne's que Ceux des premiers Peintres d'Italie : mais en ne considérant ses productions que comme des ébauches ou des esquisses , on peut les regarder conune excellens ». ( lettres sur l'origine , les pi'o~ grès et la décndcnce drs arts qui tiennent au dessin. )
La nation française doit une réparation éclatante à la mémoire du Poussin, d'une pareille injustice, en lui élevant uit monument digne de sa gloire et digne d'elle , et en proposant en concours un prix digne- de sa munificence à celui qui fera le meilhMir éloge du plus grand homme qui a paru depuis llaphacl d'Urbin.
DE LA PETNTUKE. 97
îl fait connaiLre le fj-iiit qu'il avait recueilli d-^s piéceptcs de Léonard de Vinci , et la inuiiière dont il s'explique à cet égard, est un passape piétieux pour l'instrurtion. « J'ai trouvé, dii-il (i), une certaine distribution et cei laines attitudes natuiell-s qui font voir, dans le j)tu. f juif, la misère et la faim où ii était jéduit, et aussi ia joie et l'alléj^iesse où il se tiouve , l'admiration dont il est louihé , le respict pour 5on lejiislateur , avec un mélange de femmes, d'enfans et d'hommes d'âj^e et de tempérament unfc-* rens ; clioses , comme je ciois , qui ne dejJairont pas à ceux qui les sauront bien lire. 5>