‹ Traité de la peintureChapitre 100 sur 298 · CHAPITRE XCV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCV

Comment il faut étudier les mouçemens du corps liumain»

Avant que cîe s'appliqtUT à Télude do l'expression des moiiyeineiis de" ifioiuine , il faut avoir une connaissance générale de tous les membres du corps et de sis joinlures en ioules les jiHsilions où ils peuvent èlre, puis esquissci" légèrement daiis l'occasion l'acLion d-^^s j)ersonnes, sans qu'ils si.chent que vous les considén^z; par>'e que s' Is s'en apv rcevaiont , ils :« rdraienl la force el le caraciére nalîjn.'l de l'ex-^ pression avec laquelle ils se portaient à l'action ;

(i) Felibicn,*

rfi TRAITÉ

comme lorsque deux hommes colères et emportés conteslent ensemble , chacun prétendant avoir raison , on les voit remuer avec furie les sourcils , faire des gestes des bras , et de grands mouvemens de toutes les parties du corps , selon l'intenlion qu'ils ont., et l'impression de la passion qui les agite ; ce qu'il serait impossible de représenter par un modèle auquel on voudrait faire exprimer les effets d'une véritable colère ou de quelqu autre passion, comme de douleur, d'admiration, de crainlo, de joie et de quelqu'aulre passion que ce soit. Vous aurez, soin de porter toujours sur vous vos tablettes, afin d'y esquisser légi'èement ces expressions , et en même temps aussi , prenez gai-de à ce que font ceux qui se trouvent présens dans ces occasions , et qui sont spectateurs de ce qui s'y passe , et par ce moyen vous apprendrez à composer les histoires. Et quand vos tablettes seront toutes remplies de ces sortes de dessin, conservez-les bien et les gardez , pour vous en servir «lans l'occasion. Un* bon Peintre doit soigneusement ol)server deux ch(;^es qui sont de gnuiue inq)(>rtance dans sa profession ; l'une est le juste contour de sa figure , et l'autre lexpressioii vive cle ce quïl lui faut représenter.

CHAPmiE XGYI.

De quelle sorte il faut ciiuUer la composition des histoires , et y travailler.

La premicre él ucle ues compoitions dhisloires doit commencer pru' mettre ensemble quelques ligures légèrement esquissées ; mais ii faut anpa^ l'avant les savoir bien dessiner de tous le^s cotés, avec les raccourcissenicns et les exlensions do chaque membre ; après on entreprendra de faire un groupe de deux ligures qui coml^attent ensemble avec Uïie hardiesse é aie , et il faudra dessiner ces d, ux figures en Jittérentes attitudes; ensuite , on [>ourra représenter un autre combat d'iui homme généreux avec un homme lâche et timide. En toutes ces compositions , il faut s'étudier soiirneusemeiit à la recîierche des accii'ens et des passions qui peuvent donner de l'expression, et enrichir le sujet qu'on traite.

CÎÏAPÎTRE XCVIL

De la variété nécessaire flans les histoires.

Dans les compositions d'histoires, un Peintre doit s'étudier à faire paraître son génie par raboildîiuce. et la v'ariélé de se^ inventions, et fuir la répétition d'une même chose qu il ait déjà

ioo TRAITÉ

faite , afin que la nouv^eaiité et rabondance atlîreiit et donnent du plaisir à ceux qui considèrent son ouvrage. J'estime donc que dans une histoire il est nécessaire quelquefois , selon le sujet , d'y mêler des hommes , différens dans l'air , dans Tage, dans lesliabils, agroupés ensemble pêlemêle avec des femmes et des enfans , des chiens , des chevaux , des bàtimens , des campagnes et des collines , et qu'on puisse remarquer la qualité et la bonne grâce tllni prince ou d'une personne de qualité , et la distinguer d'avec lepeuple. Il ne faudra pas aussi mêler dans un même groupe ceux qui sont tristes et mélancoliques avec ceux qui sont gais et qui rient volontiers , parce que les humeurs enjouées cberchent toujours ceux qui aiment à rire , comme le* autres cherchent aussi leurs sembktbles.

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