‹ Traité de la pellagre et des pseudo-pellagresChapitre 21 sur 68 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Pathologie comparée. — La pellagre existe-t-elle chez les animaux ? — Observations sur l'espèce ovine. — Observations sur l'espèce bovine dans le Lauraguais et les Landes. — Observations sur les chevaux, dans le Béarn, dans les Asturies et au Mexique. — Expériences de M. Balardini, de M. Elia, de MM. Lussana et Frua concernant l'action du verderame sur différents animaux.

La pellagre existe-t-elle chez les animaux? Les faits qui ont porté le premier observateur de la pellagre landaise à répondre affirmativement à cette question et à placer pour ainsi dire dans l'espèce ovine l'origine de cette maladie, ne sont pas de nature à être discutés sérieusement. A vrai dire, l'opinion du docteur Hameau sur ce point était une pure hypothèse qui renouvelait une erreur anciennement commise par Titius et surabondamment réfutée. Cherchant la cause de la maladie nouvelle qu'il observait autour de lui, l'honorable médecin de la Teste de Buch avait fait quelques remarques qui avaient pris à ses yeux une importance exagérée : il constatait que ni les cultivateurs de la Teste, ni les vignerons de Mestras, qui en étaient exempts, n'avaient de troupeaux de brebis, tandis que les malades du Teich et des communes voisines étaient tous des bergers ou des cultivateurs qui se vêtissaient de peaux de brebis qu'on ne lavait jamais, ou des personnes ayant avec ces malades des relations intimes. Cette remarque le conduisit à croire que la maladie était contagieuse. Il voulut alors s'informer s'il n'y aurait pas une maladie pareille chez les brebis : « J'ai su d'un berger, dit-il, que quelquefois, dans l'été, quelques brebis mouraient d'une forte diarrhée avec des rougeurs dans l'intérieur des cuisses. »

Le docteur Bonnet, qui fut un des premiers à démêler les traits de la pellagre dans les observations de M. Hameau, apprécia sainement la portée de l'opinion du médecin de la Teste sur l'origine et la nature contagieuse de la maladie : « On n'est nullement en droit, disait-il, de tirer des conclusions d'une donnée aussi vague et aussi peu positive que l'assertion d'un berger qui dit : « que quelquefois,

dans l'été, des brebis meurent d'une diarrhée accompagnée de rougeurs. »

M. Roussilhe de Gastelnaudary, peut-être sous l'influence de l'assertion de M. Hameau (sans partager d'ailleurs l'erreur de ce dernier relative à la contagion), crut observer des faits analogues, tendant à prouver, selon lui, la possibilité de l'existence de la pellagre chez les animaux de Fespèce bovine. Dans son second mémoire, il dit, sans hésiter, qu'il a observé, en 1845, 24 cas de pellagre chez l'homme et trois chez les bœufs. Voici ces trois faits :

I. — « Le 24 mai 1845, je vis une vache appartenant au nommé Blaché, propriétaire des Bruegous, commune de Saint-Papoul. Il y a 6 ans qu'il en a fait l'acquisition. Elle a le poil roux ardent. Tous les ans, au printemps, la peau devient le siège d'une inflammation presque générale: les poils tombent et laissent le cuir dénudé d'épiderme. Il y a des crevasses et des espèces d'élevures, principalement sur la croupe et sur les jambes de devant. Quoique tout le corps paraisse malade, ces parties sont principalement atteintes. Cette vache est maigre, elle offre moins de résistance au travail que l'autre. Elle a vêlé; on a été obligé de vendre le veau à cause de la faiblesse de la mère.

II. — Le 29 mai i845, un bœuf, du nommé Maneville,, propriétaire à Sauri, commune de Cumier, était atteint de pellagre. Cet animal avait été toujours bien portant; on a observé depuis quelque temps qu'il maigrissait beaucoup. Le 10 mai, il a été atteint d'une inflammation érysipélateuse du cuir avec chute des poils, desquamation de l'épidémie, croûtes et gerçures, siégeant principalement sur la croupe et au train postérieur qui était dégarni de poils.

III. — Une vache, du nommé Marsal, propriétaire à Agroux, âgée de 10 ans, est depuis quelques années faible, et tous les ans, au mois de mai, elle est atteinte d'une affection érysipélateuse avec chute des poils, gerçures et squames sur la face dorsale et le train postérieur.

Ces observations, comme on le voit, n'ont pas beaucoup plus de valeur que le fait indiqué par M. Hameau. En 1856, un vétérinaire du Midi, M. Dupont, crut trouver dans une maladie du chat l'analogue de la pellagre humaine ; il vit cette maladie débuter par la tristesse, l'altération du timbre de la voix, l'air égaré de l'animal, en même temps que des taches, sous forme de points noirs, se produisaient d'abord aux oreilles, puis sur tout le corps, entraînant la chute du poil, un état squammeux de la peau, qui finissait par s'altérer à la tête. L'animal devenait sourd, aveugle, chancelant ; la diarrhée survenait et enfin la mort après quelques jours d'assoupissement et d'immobilité.

Le même vétérinaire a signalé (1) en 1860, sous le nom de Pica

(1) Journal des vétérinaires du Midi, 1860.

pellagreux de l'espèce bovine, des phénomènes qu'on observe surtout parmi les animaux landais et dont voici le tableau sommaire : amaigrissement lent et progressif avec perte de l'appétit et des forces ; la peau devient peu à peu sèche, rigide, le poil se hérisse, il perd son lustre ; la sueur prend une odeur fétide sui generis. La muqueuse buccale est chaude et rouge. Plus tard la peau se ride profondément et le poil tombe à l'encolure ; le sommet des plis cutanés devient squammeux. Le goût se déprave ; l'animal avale de la laine, du sable, du bois ; la bouche devient aphtheuse ; les étuis épidermiques des papilles tombent; les papilles s'affaissent et la surface de la langue devient lisse, sèche et brûlante ; l'œil est cave, la physionomie hébétée, la locomotion pénible, la défécation rare et difficile. Enfin, il s'allume une fièvre continue et l'animal devient en proie à une surexcitation furieuse: il frappe delà tête les objets qui l'entourent; l'œil est injecté, dilaté. A ces accès succède une prostration croissante et la mort arrive au bout de dix à douze jours de cet état aigu.

Cette maladie qui se rencontre, dit-on, surtout parmi les animaux qui paissent dans les pâturages, reposant sur un sous-sol d'alios, est attribuée, par M. Dupont, à l'alimentation insuffisante par un fourrage de mauvaise qualité et en même temps à l'insolation excessive et à l'insalubrité des étables. D'autres vétérinaires, M. Peyri, M. Allez, de Préchac, l'attribuent à l'alimentation avec la paille de millade (panicum italicum) et à l'ingestion d'eaux aliotiques.

Ces vétérinaires y voient, comme M. Dupont, une pellagre de l'espèce bovine qui, de même que la pellagre humaine, guérirait surtout par le retour à une meilleure alimentation. Ils ont constaté que la maladie est inconnue dans les cantons arrosés et fertilisés par des eaux vives.

M. le docteur Hillairet, examinant ces faits, concluait, de même que M. Bouchard, qu'ils doivent être rapprochés de la pellagre humaine, malgré les différences dans les symptômes. «Même endémicité, dit-il, mêmes causes tirées de l'insolation, de l'alimentation^ de la misère ; même coïncidence de certaines lésions anatomiques ; même prophylaxie, même traitement par une alimentation plus substantielle et le changement de pays. » Mais, avant de se prononcer et d'admettre ainsi que ces faits constituent de vrais pendants de la pellagre, pour l'espèce bovine, il est nécessaire que de nouvelles et plus nombreuses observations aient permis de mieux apprécier la valeur de ces rapprochements.

J'ai recueilli, en 1847, dans le Béarn, des indices de faits non moins intéressants sur l'espèce chevaline. Voici en quels termes je les indiquais dans mon Rapport, adressé à l'Académie de médecine, le 31 octobre 1848:

« Avant de quitter Pau, je dois mentionner des observations faites sur les animaux domestiques nourris avec du maïs et qui, dans la suite peut-être, seront rattachés à l'histoire de la pellagre.

« Je m'entretenais un jour de cette maladie avec M. Manescau, maire de Pau, homme d'une instruction choisie ; tandis que je lui retraçais un tableau des accidents nerveux, des vertiges en particulier, il m'interrompît pour me raconter les faits suivants : Il y à quelques années, M. Manescau père, maître de poste, qui récoltait dans ses terres de grandes quantités de maïs, crut faire une économie considérable en substituant ce grain à l'avoine dans la nourriture de ses chevaux de poste. Ce nouveau régime commencé à la fin de l'automne, après la récolte du maïs, ne parut d'abord produire aucun mauvais effet. Au printemps suivant un certain nombre d'animaux furent pris de vertiges et chez plusieurs les désordres arrivèrent à ce point qu'il se déclarait une espèce de folie, en sorte qu'il fallait les abattre. Dans l'espace de cinq années M. Manescau perdit environ soixante chevaux.

« On fit de grands efforts pour trouver la cause de ces terribles accidents; on la cherchait dans tout ce qui entourait les chevaux et la cinquième année seulement on songea au maïs. M. Manescau y renonça complètement et revint à l'avoine. Depuis cette époque les accidents ne se sont plus renouvelés et on n'a plus observé un seul cas de vertige.

«J'ai su que les chevaux malades avaient été examinés et traités par M. Houzis, vétérinaire du Haras royal de Pau ; à ma prière M. Manescau a obtenu de ce dernier une note sur la maladie qu'il avait observée. Elle confirme pleinement le récit de M. Manescau.

« Depuis la communication des faits que je viens de rapporter, j'ai eu soin de m'enquérir auprès des vétérinaires des effets que produit sur les chevaux l'alimentation avec le maïs. M. Lacourey, vétérinaire à Aramitz, et quelques autres m'ont dit avoir remarqué que les chevaux nourris avec du maïs étaient sujets à la congestion cérébrale, surtout à l'affaiblissement et à la perte de la vue, effets de cette congestion. Il y a là un fait et une hypothèse : la congestion et la cécité sont le fait ; l'hypothèse c'est d'admettre que ces effets sont dus aux mouvements et aux efforts masticateurs qu'exige le broie-

ment d'un grain aussi dur que le maïs. L'effet de ces efforts serait de gêner la circulation et par suite de produire la congestion.

«Plusieurs médecins des pays basques qui donnent à leurs chevaux du bon foin et du bon maïs au lieu d'avoine, n'ont observé aucun effet fâcheux de ce régime. Us pensent que lorsque ces animaux ne travaillent pas trop le maïs contribue beaucoup à les engraisser.

«Quelques mois plus tard, m'étant entretenu de ce sujet avec un des médecins instruits d'Oviedo, Don Telesforo Polo, ce médecin m'assura que les maladies cutanées, accompagnées de vertiges, étaient fréquentes chez les chevaux asturiens. Il m'avait promis de me transmettre de plus amples renseignements que je n'ai pas reçus. »

M. Ismaël Salas a repris ce sujet dans sa thèse intéressante sur la Pellagre. Après avoir cité mes notes prises à Pau et qui furent publiées en 1848 dans la Revue médicale; après avoir rappelé les renseignements que j'avais donnés en 1845, d'après Acosta et d'autres voyageurs qui racontent qu'en Amérique les chevaux auxquels on donne du maïs sans précaution courent risque d'enfler, M. Salas s'exprime ainsi : « On sait au nord du Mexique, où l'on nourrit les chevaux avec le maïs, qu'il ne faut pas leur en donner la même quantité en hiver que pendant les chaleurs ; enfin à l'entrée du printemps on est dans l'habitude de diminuer leur ration ordinaire de maïs et de la remplacer par le son, si l'on ne veut pas que les chevaux soient affectés d'une maladie spéciale que l'on désigne dans le pays en disant que le cheval est enmaïsado.

« Voici en quoi consiste cette maladie, d'après notre observation propre et d'après les renseignements qui nous ont été fournis par beaucoup de personnes de ce pays, étrangères à l'art de guérir et par conséquent n'ayant aucune idée préconçue sur cette question. Les premiers symptômes que présentent les chevaux affectés de cette maladie s'observent au commencement des chaleurs et consistent dans une paresse inaccoutumée et une tristesse bizarre facile à remarquer, même chez ces animaux qui se séparent volontiers de tous les autres et restent presque toujours isolés et couchés ; ils deviennent inaptes à la marche, trébuchant à chaque pas et tombant souvent. On remarque en eux une inflammation de la muqueuse buccale qui est immédiatement suivie de diarrhée intarissable et plus abondante de jour en jour. Dès ce moment, la maladie est confirmée, et le cheval est voué à une mort certaine ; il ne se relève plus et présente un état d'abattement et de relâchement remarquable de tous les muscles, interrompu par des agitations et des contractions spas-

modiques. L'animal maigrit rapidement et finit par succomber au bout d'un temps variable, suivant les progrès de la diarrhée et du marasme.

« Il serait peut-être téméraire d'affirmer que la maladie que nous venons de décrire est la pellagre ; mais ce que l'on peut assurer, ce qui est un fait vulgaire et connu de tout le monde au nord du Mexique, c'est que cette maladie est due à l'usage immodéré du maïs pendant les chaleurs; or, nous avons dit ailleurs, que la dessiccation de cette céréale par le soleil n'étant pas toujours suffisante, il se trouve, dans les années pluvieuses surtout, une certaine quantité de maïs gâté à la fin de chaque hiver, et que c'est ce maïs que l'on réserve pour la nourriture des chevaux, qui commencent à le manger au printemps, pour être attaqués, un peu plus tard, d'une maladie analogue à la pellagre par sa cause et ses symptômes, et qu'on pourrait considérer, à bon droit, comme identique avec celle-ci.

« On n'argumentera pas, dans ce cas non plus, de l'insuffisance de l'alimentation ; car, en outre du maïs altéré, on donne aux chevaux de l'avoine et du son à discrétion, de manière que c'est bien à un véritable empoisonnement par le verdet qu'ils succombent.

a Le verdet est par conséquent un véritable poison pour l'homme comme pour les animaux, en Europe comme en Amérique. »

Il serait à désirer que l'expédition française au Mexique fournît aux intelligents médecins qui ont accompagné notre armée, l'occasion de vérifier ces faits est d'en achever l'étude.

En Italie la question de savoir si la pellagre existe chez les animaux s'est présentée à l'esprit des observateurs depuis Bunira. On a fait peu d'efforts pour la résoudre. M. Baladini a rapporté le fait suivant, d'après Giuseppe Bonetti de Caznago : « Un chien de chasse était nourri tous les jours de bouillie de maïs, à laquelle on ajoutait quelques restes de la table de ses maîtres : on vit à l'âge d'un anse développer sur son dos et jusqu'à l'extrémité de la queue un érythème mordicant, avec déchirure de l'épiderme produite par l'action de se gratter, et suintement d'une humeur épaisse qui formait des croûtes, lesquelles, en tombant, entraînaient la chute des poils. Le siège de cette affection variait, et lorsque les croûtes étaient tombées sur un point, elles se reformaient sur un autre.

« On essaya inutilement diverses médications contre cette maladie; mais enfin, d'après le conseil des personnes du pays, qui avaient observé des faits semblables, on cessa de nourrir ce chien avec du maïs.

« Pendant quelque temps on ne lui donna que des bouillies d'orge

etde froment, auxquelles on ajoutait des raves et des pommes déterre. Bientôt on vit le prurit diminuer, le suintement diminuer lui-môme et bientôt après la desquamation. Les poils revinrent ensuite et l'animal parut entièrement guéri; en outre, il n'avait plus cet appétit dévorant qu'on avait remarqué pendant tout le temps de sa maladie. Plus tard, on reprit l'usage de la polenta de maïs et l'on vit reparaître les mêmes altérations cutanées et les mêmes symptômes morbides qui ont été décrits plus baut, et une nouvelle interruption de ce régime rétablit de nouveau la santé de l'animal. »

J'arrive à quelques expériences de M. Balardini : outre les essais faits sur lui-même, sur son fils et sur un de ses amis, ce zélé médecin a voulu examiner sur des animaux l'influence du maïs affecté de verderame.

« Le 30 octobre 1844, dit-il, je renfermai deux poulets âgés d'environ trois mois, pesant ensemble 4 livres (poids italien), dans une cage placée dans une chambre au rez-de-chaussée, à la température de 12° Réaumur, et je leur fis donner en abondance du maïs gâté. Ils se mirent à le becqueter ; mais bientôt on les vit rejeter la plupart des grains après les avoir en partie broyés. Plus tard, ils semblèrent éprouver du malaise, et le soir, ils se montrèrent tristes, avec la crête pendante; ils buvaient souvent et se couchaient volontiers. Le lendemain, ils témoignèrent de la répugnance à manger; ils étaient tristes et chancelants sur leurs jambes.

« On continua pendant quatre jours le même mode d'alimentation, jusqu'à ce que, voyant leur dégoût marqué pour le grain entier, on substituât le grain moulu et délayé dans Peau. Mais cette pâte ne réveilla point l'appétit malgré la précaution que j'eus de corriger son amertume à l'aide d'un peu de sucre. C'est pourquoi je revins au grain entier, que je mis en usage jusqu'au soir du 8 novembre.

« Pendant ce temps, on remarqua que les excréments des poulets étaient plus mous que de coutume et quelques-uns liquides. Ils présentaient tous une teinte verte et se couvraient très-vite d'une moisissure blanche très- adhérente.

« Tandis que je faisais ces expériences sur ces deux poulets, j'ai renfermé également, le 30 octobre, dans une autre chambre, deux poulets du poids de 4 livres 4 onces, qui furent nourris jusqu'au 8 novembre avec du maïs sain et de belle qualité, que je leur donnai comme aux deux autres poulets, tantôt entier, tantôt broyé et délayé.

« Le 8 novembre, dixième jour de l'expérience, je trouvai que les deux poulets nourris avec le maïs altéré par le verderame avaient perdu de leur poids, tandis que les deux que j'avais nourris avec le bon maïs avaient gagné 6 onces.

« A partir de ce jour, je continuai l'alimentation des deux premiers poulets avec du maïs gâté auquel j'associai un quart environ de grain sain, et je continuai à nourrir les deux autres avec du grain parfaitement sain, tantôt entier, tantôt réduit en pâle; l'expérience fut poussée jus-

qu'au 28 novembre, c'est-à-dire pendant 28 jours. A cette époque, la première paire de poulets n'avait gagné que 4 onces en poids, quoique ces animaux fussent tous deux au moment de la croissance; l'autre paire avait gagné une livre entière. Les premiers avaient perdu leur vivacité, paraissaient mal affermis sur leurs jambes ; ils demeuraient taciturnes, leurs plumes étaient tombées en plusieurs endroits et leurs crêtes étaient d'un rouge moins vif; ceux de la seconde paire, au contraire, étaient alertes, chantaient avec force, et quoiqu'ils ne fussent pas aussi gras quesion les avait nourris avec plusieurs espèces de grains mêlés, ils jouissaient cependant d'une bonne santé.

« Le 28 novembre, j'eus l'idée de changer le traitement de mes poulets; de substituer du grain de maïs sain, soit entier, soit en pâte, à la nourriture ordinaire de la paire qui avait été amaigrie par l'usage du maïs affecté de verderame, et d'assujettir à ce dernier aliment les deux poulets que j'avais bien nourris jusque-là.

« Sous l'influence de ce changement de régime, les premiers reprirent de la vigueur et de l'embonpoint, et, au bout de 12 jours seulement, leur poids s'était élevé de 4 livres 4 onces à 5 livres 2 onces, tandis que les deux derniers maigrirent à leur tour, devinrent tristes et tremblants ; on les voyait boire souvent, et, après avoir traîné quelque temps, l'un d'eux mourut le douzième jour, et l'autre parut avoir perdu toutes ses forces. Les ayant mis alors tous deux ensemble dans une balance, je trouvai qu'ils pesaient à peine 5 livres, au lieu de 5 livres 4 onces qu'ils pesaient auparavant.

« Tandis que je faisais ces expériences, quatre autres poulets, placés dans la même chambre et dans une cage séparée, étaient nourris avec des aliments variés, c'est-à-dire avec des grains de maïs sain, de la farine de maïs en pâte, un peu d'herbage et du grain de froment ; et ils prospérèrent si bien que, du 30 octobre au 10 décembre, leur poids s'éleva de 4 livres 6 onces à plus de 6 livres.

« Le 5 janvier 1845, je repris mes expériences en assujettissant deux poulets du poids de 6 livres 3 onces à l'alimentation avec de la bouillie préparée avec la farine de maïs affecté de verderame, assaisonnée de peu de sel et que je fis à peine bouillir, précisément comme on fait la polenta ordinaire chez les paysans; cette bouillie était avalée par les poulets avec moins de répugnance que le grain gâté dans son intégrité.

« Je pesai ces animaux après 14 jours de ce régime, c'est-à-dire le 19 janvier, et je les trouvai réduits à 5 livres 10 onces, d'où il résulte qu'ils avaient perdu 5 onces de leur poids. Je les repesai après 14 autres jours du même traitement, c'est-à-dire le 2 février, et je les trouvai réduits à 4 livres 1 once, en sorte que, dans l'espace de 28 jours, ils avaient perdu 2 livres 2 onces, étaient réduits au dernier degré de l'affaiblissement et paraissaient au moment de succomber. »

D'autres expériences ont été faites depuis celte époque. MM. Lussana et Frua ont rapporté, en 1856, celles que le docteur Elia avait faites sur des gallinacés qu'il avait nourris avec du maïs verderame. En peu de temps ces -volailles étaient devenues hérissées, affaissées et tristes. Si on les prenait par les pattes pour les examiner, pour

peu qu'on leur tînt la tête pendante, leur cou se relâchait et elles mouraient. On trouvait leur peau d'un aspect lisse et reluisante et donnant une poussière furfuracée. Celles qui survécurent furent parfaitement guéries par le changement de nourriture.

MM. Lussana et Frua ont institué à leur tour des expériences sur des animaux plus voisins de l'espèce humaine. Us prirent pour point de départ cette proposition que MM. Quaglino etManzolini avaient, après Panizza et de Kramer, cherché à démontrer, à savoir : « que les substances introduites immédiatement dans le torrent de la circulation, donnent lieu à des phénomènes identiques à ceux qu'elles sont aptes à produire quand elles sont prises autrement, avec cette diû°érencei qu'elles agissent avec beaucoup plus de rapidité et d'énergie. »

Cette condition, les difficultés quelquefois insurmontables qu'ils trouvaient à faire accepter le mais verderamé aux animaux; la facilité avec laquelle ceux-ci, dans certains cas, s'en débarrassaient par le vomissement, décidèrent les deux médecins lombards à se servir de la poudre de maïs verderamé délayée dans l'eau pure et à l'introduire par l'injection dans les veines. Voici leurs expériences :

lre expérience. — 18 juin 1854. Sur un chien de taille médiocre, robuste, vif et jeune. La veine fémorale droite étant mise à découvert et incisée, on introduisit un petit tube par lequel on injecta une demi-once d'eau qui tenait en suspension un scrupule de poudre très-fine de maïs verderamé. On pensa que la moitié environ était parvenue dans le torrent de la circulation, le reste étant demeuré à l'état solide dans le petit tube et ayant fait obstacle à toute injection ultérieure.

Après l'opération, l'animal n'offrit aucune altération notable, et parut seulement avoir perdu sa vivacité.

Plus tard (H heures du matin), on le voit couché triste, abattu. Excité à se lever, il soulève la tête, regarde et retombe sans obéir, comme auparavant, à l'appel. On lui offre du pain, il le refuse, il refuse de boire ; il avait eu auparavant (à 8 heures du matin) un vomissement de matière pultacée, qui paraissait n'être autre chose que du pain en partie chymifié. A 4 heures du soir, le chien est trouvé tournant autour de la chambre ; il obéit à l'appel ; il mange, quoique sans voracité, un peu de viande et refuse le pain. Il est encore un peu triste. La chaleur de l'oreille est à 32° Réaumur.

Le 19 juin, l'animal est bien revenu, il mange, il boit; il est vif.

Le 20, on découvre la veine jugulaire et on y injecte un scrupule de la susdite poussière bien porphyrisée, suspendue dans l'eau. L'animal est pris aussitôt de contractions tétaniques qui cessèrent bientôt donnant lieu ensuite à un relâchement général et, environ une minute après, à la mort.

On ouvrit immédiatement le cadavre ; on put apercevoir à travers les

parois du vaisseau quelques bulles d'air qui avaient été introduites avec le mélange. En ouvrant la veine, on y vit le sang coagulé, le cruor séparé du sérum. On trouva la même chose dans les veines sous-clavières et dans le cœur droit ; dans le cœur gauche, le sang n'était coagulé qu'en partie. Dans les veines mésaraïques et dans la veine-cave ascendante, il était entièrement fluide.

La muqueuse gastro-intestinale était à l'état normal, excepté dans la première partie du duodénum, où elle était un peu rouge. Le foie était énormément injecté de sang fluide. Dans le cerveau, on ne trouva ni congestion, ni lésions apparentes. Le sang y était fluide plusieurs heures après la mort

2e expérience. — 26 juin. Chien robuste, de grosseur médiocre. On injecta un scrupule de la poudre susdite, suspendue dans l'eau, parla veine fémorale. L'injection réussit bien, seulement il semble qu'il soit entré dans le vaisseau à la fin de l'opération quelques petites bulles d'air. Avant l'opération, la pupille était très-dilatée.

A peine l'injection finie, l'animal éprouva des convulsions désordonnées. La pupille devient très-contractée. Aux premières convulsions violentes succèdent de légères secousses, comme des tremblements ; le chien étant délié, on vit qu'il avait perdu toute sa force musculaire. 11 fit quelques pas en chancelant avec une débilité plus particulièrement marquée aux membres postérieurs, puis il tomba. Sa respiration était difficile; il s'écoulait de sa bouche une écume teinte légèrement de sang. La prostration musculaire s'accrut de plus en plus ; les jambes de derrière devinrent presque complètement paralytiques, tellement qu'il se levait à peine ; il tombait après deux ou trois pas, traînant les extrémités postérieures sur lesquelles il retombait.

De suite après l'injection, l'animal avait éprouvé des efforts de vomissement ; puis, au bout de quelques minutes, un véritable vomissement avec expulsion d'une matière pultacée; puis il eut des efforts qui se répétèrent plusieurs fois avec une grande violence, puis des selles involontaires. L'évacuation de l'urine eut lieu aussi pendant les efforts de l'animal.

Au bout d'un quart d'heure, la paralysie était complète ; au bout de 20 minutes,, il mourut sans convulsions ; les mouvements respiratoires devenaient de plus en plus rares et plus incomplets. — A l'autopsie faite 4 heures après la mort, on trouva quelques petites bulles d'air dans les veines iliaque, cave-ascendante, et au cœur. On trouva une grande congestion veineuse; le sang n'était pas coagulé comme dans le cas précédent, mais fluide et noirâtre ; le poumon, énormément congestionné ; le foie normal, la vésicule vide : il y avait au moment de l'autopsie une rigidité cadavérique très-marquée.

3e expérience. — 7 juillet. Chien jeune, petit et vif. On injecta par la veine fémorale un demi-scrupule de la matière indiquée. A peine l'opération était-elle terminée que l'animal éprouva une convulsion clonique générale qui fut suivie d'un relâchement de tout le système musculaire avec selles involontaires et une minute après la mort.

A l'autopsie, on trouva à peine trois coagulums sanguins dans le système circulatoire, un dans la veine-cave ascendante, deux dans le ventricule droit du cœur. Le sang avait du reste ses caractères normaux. Au pou-

mon, on vit quelques ecchymoses; lout le reste à l'état normal. Aucune trace de bulles d'air dans le système veineux.

4e expérience. — \o juillet. Chien jeune, plutôt petit, mais vif. On injecta par la veine fémorale o grains de poudre en suspension dans un véhicule aqueux. — Pas d'accidents dans l'opération : il parut entrer cependant une petite bulle d'air, mais ce fut un accident de bien peu d'importance. A peine l'injection était-elle achevée, l'animal perdit sa vigueur et sa vivacité, et n'éprouva aucune convulsion comme dans les cas précédents; délié et laissé libre, il chancelait sur ses jambes, faisait quelques pas incertains et tombait bientôt à terre. Les extrémités postérieures étaient les premières à faiblir, et elles restaient pliées sous lui, quand il cherchait à se tenir debout. Si on l'invitait à se lever, il tournait la tête, mais continuait à rester étendu. Mis sur ses quatre pattes, il y restait quelques minutes en chancelant, faisait quelques pas pour tomber ensuite en pliant d'abord les membres postérieurs. Son aspect était triste; on lui approcha delà nourriture et de l'eau, il lécha un peu de celle-ci.

A 0 heures du soir, même état sauf un peu plus de fermeté dans l'allure. On trouva de la matière pultacée qu'il avait vomie mêlée à des morceaux de pain et des traces de déjections alvines semi-liquides. A 11 heures du soir, on ne trouvait plus de différence dans l'état des quatre membres. Il avait encore eu plusieurs efforts de vomissement et sept ou huit selles, d'une cuillerée environ chacune de matières, comme les précédentes. La respiration était plus libre.

Le 16 au matin, l'animal se montra avec un peu de gaieté ; il marcha mieux que la veille, quoique lentement. Claudication du côté de l'opération. Il mange et boit : plus d'évacuation depuis hier.

Le 17, amélioration ; mais l'animal n'a pas repris sa gaieté et ne s'amuse pas comme auparavant.

Le 18, on pratique une seconde injection, mais seulement de 2 1/2 grains.

L'animal devient triste, et, au bout d'une heure, il vomit. Aucun autre phénomène.

Le 19, on injecta par les jugulaires 5 grains de la substance indiquée. Tristesse; mouvements gênés et lents ; refus des aliments pendant environ 8 heures. Pas de vomissement ni de diarrhée.

Le 21, l'animal était parfaitement guéri et s'amusait dans la chambre. On injecta par l'autre jugulaire encore 5 grains du mélange. Cette injection, comme la précédente, fut faite avec des tubes très tins, presque capillaires et effilés de manière à pouvoir être introduits dans la veine, sans incision de celle-ci et sans ligature consécutive.

A peine l'opération terminée, l'animal offrit un relâchement notable des masses musculaires. La respiration devint pénible, les urines se mirent à couler. Une minute après, le corps était entièrement paralysé ; la respiration s'embarrassa : l'animal mourut tranquillement. On ne découvrit absolument aucune convulsion.

On ouvrit le corps tandis que le cœur battait encore : le sang fut trouvé partout fluide sans trace de coagulum. Sur le poumon, des taches ecchymotiques évidemment de formation récente. Ce viscère et ceux de la cavité abdominale étaient congestionnés. On trouva sur divers points de la muqueuse intestinale des ulcérations rondes de l'étendue d'un pois.

La 5e expérience est relative à un jeune corbeau sur lequel on ne put pas pratiquer d'injection à cause du calibre trop petit des veines. On introduisit le mélange à la dose de dix grains par l'anus; mais l'animal le rejeta presque aussitôt. Le lendemain, on renouvela l'opération avec les mêmes résultats. On le nourrit deux jours avec de la viande de l'un des chiens sacrifiés; il mangeait d'abord avec avidité, mais ensuite il refusa cette viande, quoiqu'il se montrât affamé.

On renouvela une troisième injection qu'il rejeta comme les précédentes ; il l'expulsa avec quelques traces de sang. 11 fut plus triste que les jours précédents, mais tout paraît s'être borné là.

MM. Lussana et Frua, pour varier leur manière d'opérer, firent préparer par le professeur Polli un extrait aqueux de verderame. De l'analyse de 251 grammes de maïs verderame, ils retirèrent trois extraits, lesquels, évaporés à siccité, laissèrent un poids de :

1° Extrait alcoolique 12 grammes.

2° Extrait éthéré (éther aqueux) 2 —

3° Extrait aqueux 7 —

6e expérience. — . Sur un chien fort et très-robuste, on injecta dans la veine fémorale 8 grains d'extrait aqueux mêlé à 3/4 d'once d'eau avec une légère addition de gomme arabique. L'animal ne parut pas s'apercevoir de l'opération ; délié et mis à terre, il ne marchait pas et il avait de la tendance à se coucher. Trois heures après, il était encore étendu sur le pavé et n'avait été vu ni mangeant, ni marchant, ni sur ses pieds. Peu après, il vomit un liquide comme du blanc d'œuf avec quelques stries de sang rouge ; puis il fut pris d'efforts de vomissement et rendit encore un demi-verre ,de la même matière.

Le lendemain, il restait encore étendu, mais il n'eut pas d'autres vomissements : il n'avait pas uriné, ni eu d'évacuations alvines.

Le 25 juillet (surlendemain), on lui injecta 10 grains de la poudre indiquée dans l'autre veine fémorale. Pendant l'opération, l'animal rendit une énorme quantité d'urine; il devint plus triste, se montra plus affaibli, vomit des matières albumineuses comme il avait fait précédemment. Le 26 juillet, on injecta 15 grains de poudre dans la jugulaire. Il resta plus abattu et plus triste.

Le 27, il était dans le même état, buvant de temps en temps, mais sans manger. Il rendit pour la deuxième fois depuis le 23 une très-grande quantité d'urine.

Ce jour-là (le 27), on injecta encore 15 grains d'extrait dans l'autre jugulaire avec 15 grains de poudre. Il n'y eut aucune convulsion. L'animal était de plus en plus abattu et triste, mais il passa d'une chambre à l'autre sans chanceler. Une demi-heure après, il urina abondamment, puis il se coucha dans un coin, et deux heures après, il fut trouvé mort dans la position où il s'était mis.

A l'autopsie (4 heures après la mort), on trouva le sang veineux en partie fluide et en partie coagulé dans le cœur. Le sang artériel avait formé des polypes volumineux, un petit nombre de caillots mous dans les troncs veineux. Les poumons injectés présentaient des taches ecchymotiques, les unes plus anciennes (jaunes), les autres récentes (rouges). Le reste de

la description donnée par MM. Lussana et Frua paraît sans importance.

Le 4 août 1854, on fit une 7e expérience sur un petit chien jeune. On introduisit dans la jugulaire un petit tube, comme il est dit ci-dessus, et on injecta 5 grains de poudre en mélange avec l'eau. 11 paraît qu'il entra un peu d'air pendant l'opération. L'animal abandonné à lui-môme parut avoir perdu toutes ses forces, la respiration devint difficile, embarrassée, et l'animal expira au bout de 2 minutes, sans convulsions.

On trouva quelques bulles d'air dans le cœur droit; le sang fluide; pas d'ecchymoses au poumon.

8e expérience. — Le 18 août, on opéra sur un petit chien jeune, trèsvif et bien nourri. On introduisit un tube piquant dans la veine fémorale et on y injecta 5 grains de poudre mêlée à l'eau. L'animal devint triste, vomit au bout d'une heure des aliments à demi chymifiés. La respiration, qui était devenue d'abord fréquente, se ralentit ensuite, et l'animal revint presque à son état naturel. Le 19, on découvrit la veine fémorale du côté opposé, on y pratiqua péniblement une nouvelle injection et l'animal ne parut pas s'en apercevoir sauf qu'il resta plongé dans la tristesse. Le lendemain, on le trouva mort. — A l'autopsie, on trouva aux poumons les mêmes taches ecchymotiques qu'on avait rencontrées chez les précédents animaux; des caillots fibrineux au cœur et des caillots dans les principales veines.

On trouva dans l'abdomen des traces de péritonite suppurée à laquelle les auteurs italiens attribuent la mort et qui étaient le résultat d'un accident de l'opération.

9e expérience. — Le 7 septembre, on opéra sur un chien fort et très-robuste. On introduisit un petit tube fin dans la veine fémorale; on y injecta un demi-scrupule de poudre très-fine de verderame mêlé à un peu de fécule et à quelques pellicules de son, dans environ 1 once d'eau. L'injection se fit facilement. L'animal n'eut pas d'accidents immédiats; il devint triste et irascible. Il n'avait pas une vraie paralysie, mais ses mouvements étaient lents et faibles. Au bout d'une heure, il eut un vomissement muco-albumineux. tl refusa de manger.

Le 9 juillet, toujours triste, abattu, accroupi. 11 n'aboyait pas comme auparavant; il mangea quelque chose et urina très-copieusement.

Le il, l'état était le même. On ne put pas réussir à lui faire manger de la polenta dans laquelle on avait mis de l'extrait alcoolique de maïs verderame.

Le 13, son état étant à peu près le même, on injecta par l'autre veine fémorale 20 grains environ de l'extrait aqueux de maïs altéré préalablement dissous dans deux tiers d'once d'eau. Aussitôt la respiration devint difficile et, une heure après, l'animal mourut avec de labave à la bouche, sans vomissement. L'autopsie fut faite. Seize heures après la mort, on trouva des hépatisations pulmonaires et les ecchymoses déjà indiquées.

10e expérience. — MM. Lussana et Frua opérèrent cette fois sur un oiseau de proie (falco buteo) jeune, et dont les ailes étendues mesuraient lm,50. On lui fit avaler de 8 à 9 grains d'extrait éthéré de maïs verderame. Peu de minutes après, il eut des efforts de vomissements très-violents, la respiration haletante. 11 rejeta quelques cuillerées d'un liquide coloré par l'extrait injecté. On ne put pas constater nettement les effets sur les

facultés locomotrices, attendu que l'animal avait eu une aile et une cuisse rompues précédemment.

Le lendemain, l'oiseau semblait entièrement remis.

Telles sont les expériences que l'on trouve rapportées, avec des détails que j'ai abrégés, dans l'ouvrage de MM. Lussana et Frua. On a pu remarquer qu'elles sont loin d'être irréprochables au point de vue expérimental ; mais ce sont encore les seules qui aient été faites avec quelque suite sur des animaux assez voisins de l'homme.

Voici les conclusions que les auteurs italiens croient pouvoir en tirer relativement à l'action délétère du Sporisorium maïdis. Ils reconnaissent que la plupart des accidents constatés s'observent après l'introduction de substances hétérogènes quelconques dans le torrent de la circulation. Ces accidents sont :

1° L'anxiété de la respiration;

2° Les plaques ecchymotiques du poumon, qui s'observent après l'injection dans les veines de substances même innocentes par ellesmêmes ;

3° Le vomissement;

4° L'engorgement hépatique ;

5° La vascularisation et les indices dephlegmasie intestinale;

6° L'émission d'une grande quantité d'urine.

Après avoir cherché à prouver la complète innocuité de l'introduction de l'air dans les veines et l'insignifiance de ce fait dans les expériences indiquées, MM. Lussana et Frua concluent en ces termes :

ce 1° La coagulation du sang fut observée cinq fois sur huit injections. Elle est l'effet de l'action chimique de la poudre mycétoïde verderamique sur le sang lui-même, comme cela arrive dans les injections ferrugineuses et, dans des conditions plus analogues encore, avec le seigle ergoté.

« 2° Une sombre apathie, une mélancolie profonde, une insensibilité taciturne s'est manifestée chez tous les chiens opérés. Si l'on excepte les convulsions cloniques des numéros 1, 2, 3, tous les animaux, aussitôt après l'opération, se sont abandonnés à une apathie sombre et, sans un seul gémissement, sans une plainte, sont arrivés jusqu'à une mort calme et tranquille. C'est une chose singulière que la tranquillité triste des animaux, sous l'influence de cette substance, si on compare surtout ces expériences avec les expériences si nombreuses de Quaglino etManzolini, où presque toujours et sous l'influence des substances les plus diverses, nous voyons des inquiétudes, des malaises et de l'agitation suivre l'injection.

3° Lorsque l'action sur l'organisme fut puissante (1-2-3), il se développa des convulsions cloniques, lesquelles, quoique manifestant le plus haut degré de cette action surle système nerveux, ont toujours été passagères et rapides et ont fait place à un état de paralysie musculaire complète.

4° Le plus haut degré d'action dynamique de la substance ingérée amène aussi promptement la paralysie cardiaque (2e injection de un scrupule dans les 1-3-4 et 7e expériences) et bientôt la mort.

5° L'action paralysante, plus ou moins forte et constante sur le système musculaire et spécialement sur les membres postérieurs. La musculature entière arrive à un état de vrai relâchement, souvent de complète paralysie. Ce phénomène est constant et caractéristique de l'action du sponsor ium maïdis sur l'organisme animal.

« 6° Si la pupille éprouve quelques effets de l'action du sporisorium maïdis, c'est celui du resserrement, à peu près comme on le voit quelquefois par l'action des Renonculacêes. Ce resserrement se manifeste seulement en compagnie des premières convulsions cloniques ; il est passager comme ces convulsions et inconstant comme elles.

On n'observa pas d'effet sur la calorification animale.

« Paralysie musculaire, quelquefois précédée de convulsions irrégulières ; torpeur apathique, voilà, continuent MM. Lussana et Frua, les deux effets principaux de l'action physiologique du sporisorium du maïs. »

« Une dégénérescence parasitaire d'une autre céréale (l'ergot du seigle) devait naturellement appeler notre attention sur les effets qu'elle pouvait produire sur l'économie comparés à ceux du sporisorium du maïs.

« Gomme propriétés communes de l'une et de l'autre substance nous avons trouvé : 1° La vertu coagulante qu'elles déploient à un degré moyen surle sang; 2° les convulsions; 3° les irritations gastro -intestinales. — Mais ensuite les effets de l'ergot de seigle diffèrent hautement de ceux du sporisorium du maïs. Voici ce qui ressort de la comparaison faite à cet égard entre le résultat de nos expériences et celui des expériences faites par Quaglino et Manzolini par l'injection des préparations de seigle ergoté dans les veines :

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