‹ Traité de la physiognomie humaineChapitre 14 sur 92 · TEMPÉRAMENT BILIEUX · texte numérisé non relu

TEMPÉRAMENT BILIEUX

Physique. — Les bilieux sont généralement plus petits que les sanguins; la couleur de leur visage est jaunâtre, safranée ou olivâtre; ils ont les yeux creux, noirs, fauves ou verdâtres, perçants et très expressifs; le regard passionné; les traits fortement accentués ; le bout du nez aigu et énergique ; les narines ouvertes ; les lèvres ordinairement minces; les cheveux bruns, noirs ou roux; quelquefois rouges, durs, rudes, et fortement implantés; la complexion du corps grêle et sèche; souvent même la maigreur est extrême; la poitrine est sèche, assez large et peu épaisse; les muscles sont fortement dessinés; les articulations apparentes; la peau, chaude au toucher, est rude et velue; les veines sont grandes; les mouvements du cœur concentrés; le pouls grand et prompt; la circulation excessivement active.

Dans le tempérament bilieux, les fibres ont un excès de ton, le cœur est petit, les vaisseaux étroits, et cependant les forces motrices étant très grandes, la circulation est très rapide ; le pouls est vif et dur; il y a beaucoup de chaleur â la peau; le sang et les humeurs sont exaltés, et dans un bouillonnement continuel.

Les bilieux ont la voix rude et aiguë, les sens fins, l’appétit fort, la digestion active; leur urine est safranée et peu

abondante; ils transpirent difficilement; ils sont sujets à la constipation, et leurs déjections sont comme brûlées.

Moral. — Ils ont l’esprit vif et subtil; le jugement plus brillant que solide; l’imagination vive et très exaltée; la volonté forte, tenace et absolue; leur caractère, fortement trempé, est fier, chevaleresque et d’une grande énergie; ils sont doués d’une initiative impétueuse, d’une activité dévorante, d'une hardiesse excessive, de persévérance, d’un esprit de décision subite et arrêtée. Audacieux et violents, leurs moyens d’action sont rapides et foudroyants. Ils sont entreprenants, agressifs, querelleurs, batailleurs, et toujours prêts à braver les périls et la mort; ils ne connaissent point d’obstacles, et s’efforcent de vaincre ceux qu’on leur oppose. Ils sont très courageux et même téméraires ; travailleurs, d’une extrême activité, et durs à la fatigue; fiers, hautains, méprisants, voulant dominer partout. Grands parleurs, leur langage est exalté, imagé; ils tiennent beaucoup à leurs opinions, et cherchent à imposer leurs idées. Ils prennent plaisir à se vanter de leurs exploits; sont excessivement ambitieux, haineux, vindicatifs; chez eux la colère est terrible, tapageuse, et dégénère facilement en fureur. Lascifs et voluptueux, ils sont violemment entraînés aux plaisirs de l’amour; aiment avec excès, mais tyranniquement; leurs passions sont excessivement vives, ardentes, fougueuses, et fort exaltées. Ils sont tout à la fois avares et prodigues, défiants, jaloux, et tourmentés par le désir de la gloire, insubordonnés, résistants, séditieux; on les voit toujours prêts à lever. l’étendard de la rébellion; ils sont sujets à des accès de tristesse et de profonde mélancolie. Ils sont susceptibles d’héroïsme et de dévouement. On les voit souvent chercher la fortune et la gloire dans des entreprises aventureuses, téméraires, lointaines et périlleuses.

Les bilieux ne fournissent pas habituellement une longue carrière, mais ils la remplissent avec beaucoup de courage et d’activité; ils savent opposer une âme ferme à l’adversité. Ils

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supportent aisément la veille, et dorment peu. Leur sommeil est léger, inquiet, et agité par des rêves fatigants. Dans leurs songes, ils voient souvent du feu ; assistent à des batailles ; sont en lutte avec des animaux féroces ou poursuivis par eux. S’ils rêvent d’incendie, il est rare que pour eux la journée se passe sans quelque querelle; s’ils rêvent d’orage avec chute île la foudre, c’est ordinairement le prélude de troubles dans leur santé.

Dans ce tempérament, les évacuations sont rares et irrégulières ; la bouche est amère, et le gosier sec. Les maladies qui s’y rattachent sont la fièvre tierce et la fièvre bilieuse, les . dartres sèches, les inflammations des viscères, les obstructions du foie, les calculs biliaires et stercoraires, la jaunisse, l’hypocondrie, le vertige, l’encéphalite, la méningite, l’épilepsie, le tétanos; diverses monomanies, et souvent même la folie; la colique bilieuse et le choléra-morbus.

Régime. — Ce tempérament supporte très difficilement le jeûne; la chaleur de l’air lui est fort contraire; le vin, les liqueurs spiritueuses, les aliments échauffants, les veilles, les passions vives de l’âme, les émotions violentes lui sont très nuisibles. Ce qui lui' convient, ce sont les purgatifs doux, les bains, les laxatifs, les boissons rafraîchissantes, le régime doux, végétal, lacté, les fruits.

Pendant l’été les bilieux doivent humecter davantage leur corps; garder une grande réserve dans leur conduite; se modérer dans les exercices violents ; user sobrement de l’acte vénérien. •

En hiver, ils peuvent vivre plus indifféremment à la température douce et légèrement humide ; le vent d’ouest convient à leur constitution.

Lorsque les bilieux travaillent de corps et se fatiguent par l’exercice corporel, il n’est pas d’aliments mucilagineux qu’ils ne puissent digérer. Le pain le plus dur, le moins fermenté, se digère facilement dans leur estomac, et y fait assez de résistance pour que l’estomac puisse s’en contenter ;

la nourriture, au contraire, qui serait trop légère, se digérerait trop promptement, et ne suffirait pas à satisfaire la grande activité de cet organe.

Les bilieux qui ne fatiguent que médiocrement peuvent se nourrir de pain bien fermenté, de peu de viande; les légumes et le riz leur sont favorables ; ils doivent faire usage de boissons abondantes; boire peu de vin, et s’abstenir des liqueurs spiritueuses, qui leur sont fort contraires, parce que leurs fibres trop tendues ont besoin d 'être relâchées. Les viandes blanches, celles des jeunes animaux, les fruits bien mûrs et onctueux, leur conviennent parfaitement; ce sont les meilleurs aliments dont ils puissent se nourrir.

Le séjour dans les pays tropicaux leur est funeste. Ils doivent s’abstenir des acides, des salaisons, des viandes mari' nées ou faisandées ; user sagement des choses épicées. Les ferrugineux et les médicaments iodés ont un fâcheux effet sur leur constitution. Pour eux, il est nécessaire de faire fréquemment usage des bains simples ; les bains sulfureux leur sont fort dangereux. L’exercice journalier leur est utile; mais ils doivent éviter les longues courses, ou les promenades au soleil ; l’ombre et la fraîcheur des bois leur conviennent parfaitement. Ils doivent rechercher les distractions douces et honnêtes; mais fuir avec soin tout ce qui peut exalter leur imagination et surexciter leurs passions, qui ont, au contraire, un grand besoin d’être modérées.

Ce tempérament était appelé chaud et sec par les anciens.

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