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superstition vont de pair. La société les importune; ils la fuient pour se renfermer volontairement clans la solitude, où leur imagination s’exalte et s’enflamme jusqu’au délire. Ils ont l'habitude de converser avec eux-mêmes. Les douceurs de l’espérance leur sont inconnues; ils voient tout au pire et sous les plus sombres couleurs ; désespérant de tout, et faisant fort peu de cas de la vie. Ils ont de la rudesse et de l’austérité dans les mœurs; leur imagination est forte, ardente, exaltée et constante. La prévoyance et la circonspection leur sont habituelles ; ils roulent perpétuellement mille projets dans leur esprit; mais ils n’agissent qu’après une longue et mûre réflexion. Leur esprit, concentré et méditatif, est susceptible de profondes pensées; chez eux les idées sont fortes et tenaces, les conceptions vastes; leur mémoire n’est pas ordinairement facile, mais solide et tenace; elle retient pour toujours les choses apprises. Ils ont l’esprit chercheur, investigateur, et singulièrement systématique. Leur nature les rend propres aux grandes entreprises, et principalement aux travaux qui exigent de la patience, de la ténacité, une longue assiduité, une étude profonde et soutenue; aussi sont-ils optes à acquérir une profonde érudition.
Chez eux l’avarice peut être poussée jusqu’aux dernières limites. Jaloux et envieux, ils souffrent cruellement quand leurs œuvres sont inappréciées ou leur mérite personnel méconnu. Ils parlent peu, craignant de dissiper leurs pensées. L’amertume et la taciturnité de leur esprit les rendent misanthropes, et les conduisent souvent au suicide.
C’est dans ce tempérament que l’on trouve les penseurs et les philosophes les plus profonds, les grands inventeurs, ces grands génies victimes de leur nature hypocondriaque, et si souvent exaspérés par l’injustice et la méchanceté des hommes. C’est encore dans cette constitution que l’on rencontre les fanatiques les plus exaltés et les conspirateurs les plus redoutables.
Les personnes trop concentrées et trop sédentaires, les
gens de lettres et les artistes principalement, dont la vie est remplie de déceptions, sont sujettes à contracter certaines formes de ce tempérament. L’avarice, la misère, les longues abstinences et les privations y prédisposent aussi.
Ceux qui ont ce tempérament sont aptes aux maladies et affections suivantes : la goutte noueuse et le tophus goutteux, l’hypocondrie délirante, le spleen, la monomanie du suicide, la périostite, les caries, la transformation osseuse des cartilages, la cataracte, la pierre dans la vessie, l’obstruction des viscères abdominaux, les squirrhes, la fièvre quarte, l’ictère noir, le vomito-negro, le scorbut, la gangrène sèche, les ulcères chroniques, la lèpre. Dans cette constitution, les plaies se cicatrisent lentement et difficilement.
Quand les mélancoliques voient en songe des éruptions volcaniques accompagnées d’une fumée noire et épaisse, des tremblements de terre, ou bien des charniers dont les exhalaisons infectes les incommodent, c’est généralement l’indice de perturbation dans leur santé.
Régime. — Le régime de ce tempérament consiste à donner de la souplesse aux fibres trop tendues, à humecter les viscères qui tendent à se dessécher, et à introduire dans l’économie assez de liquide pour qu’il puisse pénétrer entre les molécules du sang trop rapprochées, et les désagréger; enfin à tâcher de rendre de la fluidité aux humeurs qui tendent aux concrétions.
Les mélancoliques doivent s’abstenir des légumes et des végétaux farineux et glutineux; des salaisons et des aliments grossiers et de difficile digestion; n’user des mets épicés qu’avec modération; ajouter quelquefois à leurs aliments la cannelle et le clou de girolle, mais en petite quantité; ils no doivent jamais manger sans boire. Les vins tartreux leur sont très nuisibles, et les fruits verts pernicieux. Ils devront s abstenir des liqueurs alcooliques; prendre de la distraction, éviter la solitude, se promener le plus souvent au soleil, ne pas prolonger leurs veilles et dormir longtemps.
Le pain bien fermenté, la soupe, les viandes tirées des animaux qui ne vivent que d’herbes, et la jeune volaille, doivent être la base de leur nourriture; les herbes potagères fraîches doivent en faire l’assaisonnement; les épinards et la chicorée cuite, le pourpier et le cresson leur conviennent parfaitement. Les vins non capiteux, le vin blanc léger, la petite bière, les décoctions de houblon, la camomille, sont tout à fait appropriés à leur tempérament. Les aromates légers, comme la mélisse, l’hysope, le mélilot, l’angélique, l’anis, sont les meilleures boissons dont ils puissent faire usage. Les bains chauds prolongés leur conviennent; les promenades à cheval ou en voiture également. Ils doivent éloigner de leur esprit toute occasion de tristesse et de chagrin; fréquenter le monde, rechercher les sociétés où régnent la paix, l’expansivité et la gaieté; ne pas se livrer à des méditations prolongées, et surtout ne pas s’abandonner à la concentration de leurs chagrins. La musique a beaucoup d’influence sur leur organisation; les mélodies douces et gaies ont pour effet sur eux de dissiper la tristesse de leurs pensées, et de calmer leur irritabilité intérieure. Il est bon qu’ils varient leurs occupations, et que ceux qui travaillent de l’esprit se livrent de temps à autre à un travail manuel qui ne soit pas fatigant.
Ils doivent choisir un climat où l’air soit tempéré, et le ciel pur et serein. Les températures chaudes et humides leur, conviennnent, comme les vents sud, sud-ouest et ouest; les vents nord et nord-est leur sont nuisibles; lorsque ces vents soufflent en hiver par une biseglaciale avec un ciel brumeux, ils augmentent considérablement la tristesse de ceux qui ont ce tempérament. On voit alors ces derniers affectés de spleen et fort enclins au suicide. Le séjour dans les pays où régnent d’épais brouillards a sur eux une influence pernicieuse.