‹ Traité de la physiognomie humaineChapitre 46 sur 92 · TYPE MALHEUREUX DE JUPITER · texte numérisé non relu

TYPE MALHEUREUX DE JUPITER

Les mauvais jupitériens ont de gros yeux vifs à fleur de tète, d'un bleu faïence, ou d’un gris clair tirant sur l’acier; des paupières larges, en forme de coque de noix ; un regard sensuel, éveillé et malin ; le nez court, charnu, large et arrondi en son extrémité, et souvent enluminé. Leur bouche est grande et sensuelle, avec de fortes lèvres, dont l’inférieure est un peu en avant sur celle d’en haut. Ils ont les joues très grasses; le menton long, gras, épais, fossu et le plus souvent double ; le teint blanc, mêlé de rouge et souvent couperosé. Ils sont chauves, perdent leurs cheveux de bonne heure ; sont ventrus, gras et fréquemment affectés d’obésité.

Les mauvais jupitériens sont sensuels, amateurs déplaisirs et de voluptés. Us parlent très haut, avec entrain et facilité, et plus qu’ils ne pensent. Ils ont l’esprit d a-propos, assaisonnent leurs discours de facéties, de plaisanteries

1res lestes et parfois g’ravelcuses, et ils rient bruyamment. Ils sont méprisants, pleins d’eux-mômes, orgueilleux et poseurs. Ils ont la cupidité de l’argent; mais, pour satisfaire leurs goûts et leurs plaisirs, ils sont prodigues et dépensiers. Ils ne font le bien que par caprice et ostentation. Ce sont des amateurs de bons mots et de calembours. Ils aiment le taste, se plaisent dans les théâtres, où ils se mettent en vue avec des femmes galantes. Ils sont amis des fêtes, des festins et des banquets, où ils se plaisent à porter des toasts. Comme ils sont très gourmands et grands buveurs, ils recherchent les mets délicats et les vins fins des grands crus. Ils ne gardent point la foi conjugale, la violent cyniquement et en riant, et délaissent leurs femmes pour courir à des aventures galantes. Ils sont très libertins et impudiques, et n’aiment guère leurs enfants. Leurs amis sont surtout des amis de plaisirs. Ce sont des courtisans habiles et souples, mais plats. Ils sont très ambitieux d’honneurs et ont une soif ardente de richesses. Ils se plaisent dans le tourbillon des affaires, y sont habiles, rusés et très chanceux. Leur réussite en toutes choses surpasse souvent leurs espérances. Vantards à l’excès, ils promettent beaucoup plus qu’ils ne tiennent. Ils sont lâches devant les périls, et poltrons devant les provocations en duel, ce qui les rend un sujet de mépris; mais ils ne s’en soucient pas. Ils sont irréligieux par respect humain, par vanité et pour le plaisir de poser ; mais, par peur de l’au delà, trembleurs devant la mort, plusieurs font appeler un prêtre à leurs derniers moments. Quelques-uns, gros financiers et riches banquiers, pour satisfaire leur intérêt rapace, font, au gré de leur caprice, la hausse et la baisse sur les fonds publics, sans se soucier des malheureux qui sont victimes de leur agiotage éhonté. On en voit d’autres, grands commerçants et grands capitalistes, réduisant à la misère et à la faim, par une odieuse exploitation, tous les malheureux qui dépendent d’eux.

Et cependant, malgré leur indignité, tous ces personnages

sont rayonnants de prospérité, et leur poitrine est chargée d'insignes honorifiques.

Il est encore, dans ce camp, des magistrats indignes, cupides et corrompus, qui prostituent la justice pour s’élever aux honneurs et aux dignités; plats et rampants, ils renient leurs opinions, oubliant leurs serments de fidélité pour servir l’idole du jour ; prêts sans cesse à la trahir pour un nouveau dieu.

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