TYPE HEUREUX DE SATURNE
Les saturniens du type heureux ont la tête modérément longue et carrée ; le crâne bien voûté, développé en hauteur et en largeur, éminent au sommet ; le front carré, osseux, élargi des côtés en la partie supérieure, se plissant habituellement dans la réflexion ; l’arcade sourcilière saillante ; les sourcils droits, noirs et épais, ombrageant les paupières ; les yeux noirs ou d’un noir verdâtre, vifs et pénétrants, la conjonctive jaunâtre ; la paupière inférieure large et épaisse. Leur vue est faible. Leur regard est sévère, concentré, méditatif et très perçant, quand il se fixe ou dans l’animation du discours.
Le nez, grand, osseux, saillant et courbé, s’amincit du bout; les narines, longues, épaisses et cartilagineuses, sont modérément ouvertes ; la bouche, de moyenne grandeur et d’un contour peu flexible, est fermée, serrée, et s’abaisse aux coins; les lèvres sont. minces, nettement dessinées, à peu près égales ; le menton, anguleux et saillant, est assez large et médiocrement grand ; les pommettes sont osseuses et accentuées ; la mâchoire inférieure, forte sans excès, est d un contour ferme et anguleux ; le teint très pâle et souvent d’une pâleur citrine ; les cheveux noirs, durs et épais; le cou long, maigre, musclé et veineux; le cartilage thyroïde très saillant; les épaules hautes et modérément larges; la
poitrine velue et médiocrement large; le dos voûté et, malgré cela, les reins lermes et droits; les bras osseux, avec des muscles peu développés, mais très prononcés.
Ils sont maigres, ont de gros os, les cartilages solides, les articulations fortes et épaisses, les veines grosses et saillantes. Leur peau est d’un brun jaune, ferme, sèche, froide et velue. Ils sont généralement de haute stature. Leur voix est basse, grave, résonnante, avec un accent de tristesse. Leur démarche est lente et imposante. Ils marchent la tète inclinée en avant, les yeux fixés vers la terre, se parlant à eux-mêmes et paraissant absorbés dans des pensées profondes et amères.
Quand ils honorent les rois, leur maintien est grave, digne et sévère ; s’inclinant souvent avec respect, ils leur rendent hommage à voix basse.
Lorsqu’ils implorent la majesté divine, ce n’est qu’avec un profond sentiment de crainte et de respect ; faisant des génuflexions très répétées, se frappant religieusement la poitrine, en se prosternant la face contre la terre, que souvent même ils frappent de leur front.
Au moral, ils sont graves, austères, esclaves du devoir et mélancoliques. Ils parlent peu, comme s’ils craignaient de dissiper leur pensée. Ils pèsent sur leurs mots et s’expriment parfois sentencieusement. Très concentrés, ils refoulent en eux-mêmes leurs impressions , leurs sentiments et leurs chagrins; gardent un silence invincible sur les projets qu’ils méditent, et que nul ne peut pénétrer. Ce sont des politiques et des diplomates consommés, qui, par leur savoir, leur prudence, leur expérience et leur persévérance, triomphent des plus grandes difficultés et ont l’art de conduire à bonne fin les affaires les plus scabreuses et les plus épineuses. Ils ne sont jamais à court pour se tirer d’embarras, et saisissent habilement les fautes de leurs adversaires, pour les tourner à leur avantage. Ils ont reçu du ciel les dons de sagesse, de prudence et de conseil. Leur esprit est
vif et pénétrant, leur intelligence vaste et profonde. A la fois réfléchis, prudents et prévoyants, ils excellent à conseiller. Leur mémoire est étonnante et durable. Ils sont tenaces dans leurs opinions, persévérants dans leurs projets et dans la poursuite des choses. Ils conduisent leurs affaires avec une merveilleuse habileté, parce qu’ils n’entreprennent rien qu’après de longues et mûres réflexions, qu'après avoir considéré attentivement les avantages et les inconvénients, les incidents heureux ou malheureux qui pourraient en résulter. Très avares de promesses, ils tiennent scrupuleusement celles qu’ils ont faites, et sont liés par leur parole. Ils sont inébranlables dans leurs résolutions, une fois qu’ils les ont prises. L’amour de l’indépendance règne chez eux au plus haut degré ; mais la raison et la volonté dont ils sont largement dotés les rendent capables de se soumettre aux règles les plus austères et aux disciplines les plus rigoureuses. Asservis à leurs habitudes, ils s’efforcent de ne point s’en écarter. Amis de la solitude et du silence, ils vivent seuls, se suffisent à eux-mêmes, et fuient le fracas du monde qu’ils méprisent. Ils aiment à se vêtir d’habits sombres, surtout noirs.
Hommes méditatifs , penseurs profonds , chercheurs infatigables, très patients au travail, leur esprit n’est jamais en repos; il est constamment occupé de la solution des plus graves problèmes, des questions les plus ardues et les plus transcendantes. Ils sont surtout absorbés dans l’étude de l’essence divine et de l’immortalité de l’âme. Ces questions qui les inquiètent, les tourmentent et les obsèdent, ont un très grand charme pour eux. Ils pensent très souvent à la mort, et cependant ils la craignent beaucoup. Ce sont de puissants raisonneurs, de grands logiciens, qui excellent dans la controverse; ils procèdent rigoureusement en toutes choses, et ne s’en tiennent pas aux apparences. Ils sont religieux par nature, ruais surtout par raison et par besoin ; cependant leur âme est constamment troublée par le doute,
doute qui les rend très malheureux, qui les plonge souvent dans une noire et amère désespérance, et qui, parfois, les incite au suicide. On ne les voit jamais rire, et ils gardent tout leur sérieux à la vue des choses les plus désopilantes. S’ils ont un chagrin, ils le dévorent dans un morne silence, et quelque grande que soit leur affliction, ils ne la montrent guère au dehors. Ils aiment à se promener et à méditer seuls dans les lieux agrestes et solitaires, principalement dans les forêts obscures. Ils ont le goût du grand, du sombre et du mystérieux dans les édifices.
Animés de lardent désir de fonder des œuvres durables qui puissent passer à la postérité et de perpétuer leur nom dans les constructions, ils les veulent très solidement bâties, de façon qu’elles puissent durer et résister aux injures du temps.
Méthodistes et classificateurs, portés aux systèmes, les saturniens peuvent tomber parfois dans les utopies.
Ils sont laborieux, patients au travail et capables de supporter un labeur assidu et excessif. On trouve parmi eux des savants érudits, des antiquaires et des collectionneurs. Leur vive curiosité de pénétrer les voiles qui cachent à l’homme le mystérieux inconnu et de découvrir la cause et la raison des choses, les porte avec ardeur à l’étude et à la pratique des sciences occultes.
Ils sont enclins à la défiance et au soupçon et sujets à de singulières bizarreries de goûts et de caractère. Ils sont peu sensibles à la volupté et ne sont guère aptes à l’amour.
Ils accordent difficilement leur amitié; mais quand ils aiment, leur affection est profonde, constante et dévouée. Ils conservent toujours au fond d’eux-mêmes le souvenir des offenses et ne les pardonnent que très rarement et très difficilement. Ils sont sobres et vivent de peu. Ils sont enclins au fatalisme. En religion, ils sont austères, rigides, et se livrent à l’ascétisme et aux mortifications les plus dures. Plus ambitieux d’honneurs et de dignités que de gloire et de
renommée, ils aspirent secrètement au règne et s’efforcent d’y parvenir. Ce sont, du reste, de très grands politiques, qui ont le don de gouverner avec une profonde sagesse et avec une puissante autorité, et qui ont une habileté consommée dans le maniement des affaires de l’État. On trouve parmi eux les plus grands philosophes, dont certains, par leurs grandes découvertes et par leurs systèmes ingénieux, étonnent le monde; d’autres, fondateurs de sectes religieuses, transforment les croyances et dominent les hommes par leurs doctrines. Il est encore dans leurs rangs des fondateurs d’ordres religieux qui, par leur puissante organisation, s’emparent de la société et la gouvernent occultement.