TYPE MALHEUREUX DE SATURNE
Les mauvais saturniens ont parfois la tête assez longue, de forme triangulaire ou en approchant; le front osseux et saillant, élargi aux tempes, et traversé par des plis tourmentés, des sourcils noirs, longs, épais et joints, tombant sur de petits yeux noirâtres, qui dardent un regard perçant et en dessous; un nez long, saillant et pointu, qui a quelque chose du furet; une grande bouche serrée, dont les lèvres crispées et rentrées apparaissent à peine; le menton assez long, osseux et saillant, et assez large dans sa partie inférieure; les joues creuses et les pommettes saillantes. Leur tèint est plombé, et parfois olivâtre; leurs cheveux, noirs, durs et souvent graisseux. Ils sont maigres et osseux; détaillé élevée, pour la plupart; ils ont le dos très voûté. Ils marchent lentement, tantôt la tête tendue en avant, jetant un regard sombre et inquiet ; tantôt la tète baissée, les yeux fixés vers la terre. En marchant, ils ploient les genoux, et heurtent leurs talons l’un contre l’autre. Ils ont la vue faible, et sont fréquemment atteints de myopie. Leurs dents sont parfois doubles: quelques-uns en ont môme une double rangée.
Leur corps exhale souvent une mauvaise odeur, qui a quelque ressemblance avec celle du bouc. Ils sont variqueux ; leurs jambes deviennent faibles et sont souvent affectées d’ulcères. Ils sont sales sur eux-mêmes et dans leur intérieur. Quelques-uns affectent dans leur mise un débraillé cynique. On trouve parmi eux beaucoup de boiteux et surtout de bossus.
Au moral, ils sont taciturnes, tristes et grondeurs. Leur âme est sans cesse agitée par l’inquiétude, la crainte, le soupçon, la défiance et l’envie. Ils sont pleins d’astuce, fourbes, hypocrites et trompeurs. Ils épient patiemment les autres, leur tendent des embûches, et, avec une ruse consommée, les surprennent et les trompent. Ils ont une affreuse soif de l’or et sont d’une avarice ardente, inquiète, basse et inhumaine. Ce sont des usuriers cruels et barbares. Le célibat est de leur goût, et ils le gardent volontiers. Chez eux, l’amour de la famille est à peu près nul, tandis que celui de la propriété existe à un très haut degré. Contradicteurs et sophistes, astucieux dans leurs paroles et dans leurs raisonnements, ils cherchent toujours à surprendre leurs adversaires. Leur haine est éternelle; ils nourrissent en secret leur vengeance et la satisfont avec une froide cruauté. Ils fuient la lumière du soleil, se plaisent dans les pensées lugubres, les lieux sombres et ténébreux, tels que les grottes, les mines. Bien qu’ils appréhendent fortement la mort, ils se plaisent cependant aux cérémonies funèbres et aux visites dans les cimetières. Ils sont tout à la fois superstitieux et incrédules. Pour se convaincre des choses, la vue et l’ouïe ne leur suffisent pas; il leur faut encore le témoignage du toucher. Quand ils sont renfermés chez eux, tourmentés par l’inquiétude, la défiance et la peur, ils vont et viennent dans leur intérieur; sondant les murailles, examinant sous les meubles, visitant tous les recoins de leur maison, retournant dix fois à leur porte pour s’assurer quelle est bien fermée et qu’ils sont en sûreté. La nuit est pour eux sans repos; ils
tremblent au moindre bruit, se réveillent en sursaut, le visage inondé de sueur, en proie à des terreurs subites. Ils ont pour habitude de cacher leur argent dans les endroits les plus secrets de leur demeure; mais, tourmentés par leur avarice inquiète, soupçonneuse et vigilante, ils vont à la dérobée là où est enfoui leur trésor, pour le contempler d’un regard avide, et se complaisent à le compter et à le recompter sans cesse. Il n’est pas d’actions mauvaises, perfides et criminelles, qu’ils ne soient prêts à commettre, pour satisfaire leur soif ardente de l’or. Ils savent avec une rare adresse s’insinuer dans les familles, dans les réunions du monde, dans les sociétés politiques, dans les administrations privées et publiques, et jusque dans les affaires de l’État, pour y surprendre les choses les plus secrètes, afin d’en tirer profit; et, poussés par leur infâme cupidité, ils vendent et trahissent ceux dont ils ont surpris les secrets, lors même qu’ils seraient leurs parents et leurs amis.
Parmi eux, il en est qui ont des facultés naturelles pour découvrir certaines choses cachées sous la terre, comme des sources ou des trésors ; d’autres sont aptes à découvrir des filons métalliques. Souvent ils s’enrichissent par la découverte ou l’exploitation de ces choses.
Ils ont un rayonnement corporel naturellement malfaisant, qui agit sur ceux qui les approchent, ce qui, par conséquent, rend leur contact très dangereux.