‹ Traité de la physiognomie humaineChapitre 52 sur 92 · TYPE CARRÉ COURT · texte numérisé non relu

TYPE CARRÉ COURT

Saturne, Mercure et \ Mars (fi g. 13). — Des ; traits prononcés aux contours anguleux; un front presque perpendiculaire, convexe en son sommet, bien développé en hauteur et en largeur, découvert, surtout aux côtés, et traversé par des plis sinueux; les temporaux prononcés ; un pli profond et vertical s’étendant du bas du front à la racine du nez; l’arcade sourcilière saillante et anguleuse; des sourcils noirs, froncés, longs et touffus, sous lesquels s’enfoncent des yeux verdâtres d’un éclat phosphorescent, et dont l’iris est marqué çà •' et là de points safranés; le regard d’une fixité perçante et troublante; la paupière supérieure très mince, l’inférieure un peu gonflée, mais non relâchée, et fortement bistrée à sa naissance; un nez courbé à bosse nasale prononcée; l’épine nasale large et très arrêtée ; le bout du nez ferme et anguleux; les ailes du nez cartilagineuses; des narines un peu échancrées et médiocrement dilatées ; une bouche petite, close, fermement dessinée, aux coins modérément abaissés; des lèvres minces, sèches, fermes et carrées, d’un rouge pâle ; la lèvre inférieure un peu en retraite; le muscle canin très prononcé; des pommettes prononcées; les joues assez creuses; un menton maigre, assez large, saillant en avant et anguleux; le teint d’une pâleur un peu verdâtre, mais qui s’anime passagèrement dans l’action ; des cheveux plats et

noirs; la tète droite et fermement posée sur des épaules d’une carrure moyenne ; le dos légèrement voûté ; la voix d’une sonorité basse; la parole mesurée et tranchante, avec certains mouvements d’impatience et de vivacité contenus; la démarche grave et absorbée, le pas ferme et sûr, tantôt, assez vite, tantôt ralenti, avec des temps d’arrêt où, l’œil fixé en terre, on semble discuter avec soi-même : cette physionomie indique un homme d’unenature taciturne, renfermée et impénétrable ; qui a des passions concentrées, sombres et farouches, un caractère inflexible et plein d’énergie, une volonté inébranlable, une opiniâtreté invincible, une persévérance à toute épreuve ; astucieux et prudent, il ne fait rien à la légère et il prend ses précautions avant d’agir. Soupçonneux et défiant, il poursuit en secret et en silence les projets qu’il médite. Profondément haineux et vindicatif, il exerce sa vengeance avec cruauté. Son impitoyabilité et son implacabilité le rendent terrible et redoutable. Sa colère gronde sourdement avant de se manifester ; mais quand elle éclate, elle est effrayante et inhumaine. C’est un sombre rêveur, sans cesse surexcité par le fanatisme politique, obsédé par une ambition dévorante et cachée. Il recherche les lieux ombragés et solitaires, et là, seul, il s’abandonne à ses sombres rêveries. C’est un organisateur de sociétés secrètes, un conjurateur audacieux <rt redoutable, habile à former les complots ténébreux; ombrageux à l’excès, il épie ses complices en silence, prêt à les frapper impitoyablement, au moindre soupçon de trahison. Despote et tyrannique, il prétend tout plier sous sa volonté de fer, brisant sans pitié ceux qui osent lui résister. Républicain fougueux, austère et incorruptible, il ne transige jamais avec ses principes. Révolutionnaire ardent, il a la haine des rois, et il brave et combat audacieusement leur autorité, s’efforçant de saper leur pouvoir par la parole, par les écrits, par la force et la violence. Doué d’une énergie terrible et redoutable, d’un courage intrépide et indomptable, il affronte les plus grands périls et ne recule

pas môme devant la mort. Exalté par la passion, fanatise par l’enthousiasme révolutionnaire, il devient cruel et inhumain; et pour assurer le triomphe de sa cause, il ne recule pas devant l’emploi des moyens les plus terribles et les plus sanguinaires. Rien ne peut ébranler sa redoutable volonté, ni faire fléchir son caractère de fer. Doué de prudence, il ne livre point au hasard l’exécution de ses projets; mais il attend patiemment et en silence le temps propice pour les réaliser. Fier et dédaigneux avec ses ennemis, il méprise et défie leur puissance ; et il affronte sans sourciller la menace de la prison et de l’échafaud, sacrifiant volontiers et par avance sa vie pour la défense et le triomphe de sa cause.

Il exerce sur les foules un pouvoir fascinateur. Il a le don d’enflammer les courages. D’un geste, d’un mot, il déchaîne ou il apaise l’ouragan populaire. S’il est favorisé par les circonstances, il jouera un rôle mémorable et terrible sur la scène du monde. Chef suprême de parti, il sera élevé au pouvoir. Idole de la multitude, il se verra, par elle, acclamé dictateur. La société, frappée d’épouvante et de stupéfaction, se courbera en silence sous son pouvoir cruel et tyrannique ; les plus courageux et les plus audacieux trembleront devant lui ; toutes les bouches seront muettes devant son système de terreur et de proscription. Mais sa formidable et despotique puissance excitera la jalousie et la haine de ceux mêmes de son parti ; ils conspireront sa perte, et le poignard d’un assassin terminera sa tragique existence.

Mars et la Terre (fig. 14). — Un crâne plat au sommet, très saillant en la partie occipitale; des traits ramassés; un front musculeux, plus large que haut, traversé par des plis tortueux, et qui du haut se rétrécit et se renverse ; les temporaux larges et proéminents, des sourcils froncés et tourmentés, au poil dur et hérissé ; des yeux étirés et roussàtres ; la conjonctive jaunâtre et injectée de sang près du larmier; la paupière supérieure très mince; le regard oblique, dur et

Fig. 14

bestial, un nez fort et qui s’avance tout d’un trait, court, large et carré en son extrémité; les côtés du nez larges et saillants; des narines très dilatées, les ailes du nez carrées ; une bouche close et grinçante ombragée par une grande et épaisse moustache d’un rouge foncé, et dont les coins se relèvent en crochet; des lèvres peu épaisses, très carrées, rugueuses et d’un rouge sombre ; -un menton court, large et carré ; des joues musculeuses ; la mâchoire inférieure très large et vigoureusement charpentée ; le teint d’un rouge aduste; la peau terne, rude et tendue ; les oreilles cartilagineuses et éloignées de la tète ; des cheveux plantés en forme de hure, d’un rouge foncé, parfois d’un noir de suie, gros, durs et très épais ; un cou de taureau avec de très grosses veines; une carrure énorme ; la poitrine large et bombée ; des mains courtes et excessivement larges; la respiration forte et bruyante ; la voix forte et dure, d’une résonance métallique ; une allure massive, le pas grand, lourd et assuré; l’habitude de marcher les poings fermés, avec un air insolent et provocant, en murmurant des menaces, des blasphèmes et des injures, bousculant et renversant tous les obstacles : une semblable physionomie dénote un homme qui a des passions furieuses, farouches, brutales et indomptables ; un entêtement invincible et sans raison ; une méchanceté d’autant plus redoutable qu’elle est tenace et déterminée. Son cœur de granit est fermé à la pitié. Son excessive dureté et son impitoyabilité farouche le rendent terrible et implacable dans l’accomplissement du mal. Conduit et dominé par les plus mauvais instincts, sa volonté aveugle et bestiale ne connaît point

d’obstacle à la satisfaction de ses passions brutales; il emploie volontiers la force et la violence pour assouvir ses détestables désirs, renversant et frappant sans pitié tout ce qui lui fait obstacle. Profondément haineux et vindicatif, il nourrit longtemps sa vengeance, et il la satisfait avec une sombre férocité. L’explosion de sa colère est terrible, effroyable et cruelle; elle atteint parfois l’intensité de la plus violente fureur; alors, comme un taureau furieux, il hurle, rugit, écume, frappe et tue. Despote et tyran brutal, il n’aspire qu’à briser ceux qui osent lui résister. Il est insolent, grossier, blasphémateur, provocateur, agressif, querelleur etba tailleur. Glorieux de sa force herculéenne, il aime à en faire étalage publiquement dans des scènes de pugilat, en y battant les plus célèbres champions ; et il prend un singulier plaisir à provoquer et à terrasser les hercules de foire. Sans conscience et sans remords, cet impie forcené ne craint ni Dieu ni les hommes. C’est un être indomptable, un insubordonné, un révolté, qui résiste à toute domination, qui vit en lutte et en discorde avec tout le monde ; qui insulte et frappe ses supérieurs, voire même son père; enfin, qui brave audacieusement les lois, et qui, entraîné par sa nature séditieuse, se met en révolte ouverte contre toute autorité sociale. Sans cesse surexcité par une ambition inepte et insensée et par une insatiable soif des richesses, il déploie une activité prodigieuse pour les satisfaire ; tous les moyens lui sont bons, pourvu qu’il arrive à ses fins. Sans cœur et sans conscience, le crime ne lui fait ni obstacle ni horreur, s’il doit lui assurer le succès. Doué d’une énergie terrible et redoutable, d’un courage aveugle, brutal et féroce, plein d’audace et de témérité, il affronte avec rage les périls et la mort. Exalté par la passion, fanatisé par ses opinions politiques, il devient affreusement sanguinaire. Malheur donc à quiconque est son ennemi, ou le persécute pour ses opinions ! celui-ci, fùt-il même le chef de l’État, n 'échappera pas aux coups de sa farouche et implacable vengeance : car lorsque cet homme a résolu un

assassinat politique, il l’accomplit sûrement et avec une sauvage énergie. Son existence sera turbulente, troublée et agitée; elle sera traversée par d’étranges péripéties, et pleine d’aventures terribles et sinistres. Des événements tragiques et de nombreux périls mettront souvent sa vie en danger. Sa mort sera violente et prématurée.

Si ce n’était son indiscipline, sa mauvaise tête et son excessive insubordination, il réaliserait un excellent homme de mer, autant par ses aptitudes que par sa nature. Sa terrible énergie, son courage indomptable, la vive impétuosité de son attaque et sa fureur guerrière le rendraient la terreur et l’épouvante des ennemis. Cependant, malgré tous ses grands défauts de nature, il pourra acquérir de hauts grades dans la carrière maritime, et s’y rendre célèbre par des actions éclatantes et mémorables d’audace et de courage.

Mais malheur à la société, si cet homme vit dans une époque de troubles et de révolution ! car entraîné par sa fatale ambition, il se jettera dans l’arène politique avec rage; il s’y signalera par les doctrines les plus subversives et les plus exécrables, comme aussi par son excessive audace et par sa cruelle énergie. Tribun énergumène de club et de carrefour, il dominera les masses par sa farouche et brutale éloquence. Idole de lajalèbe, il savourera sa puissance avec orgueil ; les plus forcenés démagogues trembleront devant lui. Enfin ce révolutionnaire audacieux, redoutable et affreusement sanguinaire jouera un rôle terrible et odieux sur la scène du monde. Gomme un fléau dévastateur, il sèmera sur ses pas la terreur, l'épouvante et la mort.

Mars et la Lune (fig. 15). — Un type carré très court, avec un crâne carré, large et aplati au sommet; un front beaucoup plus large que haut, le frontal aplati, les protubérances temporales larges, très saillantes et sillonnées de grosses veines; des sourcils roussâtres horizontaux, abaissés, larges, mal dessinés, durs, dressés et conjoints;

Fig. i5.

des yeux glauques enfoncés; un regard qui ne s’abaisse jamais et qui a une fixité bestiale; un nez court et plat, très

large à sa base, carré en son extrémité; une grande bouche serrée et grinçante, des lèvres assez grosses, mal bordées, rugueuses, d’un rouge foncé; un menton court, carré, plat et rentré; des joues larges et musculeuses, les pommettes anguleuses; des mâchoires larges et d’un contour anguleux; le facial perpendiculaire ; le visage marqué par de larges taches couleur de rouille; la peau dure et tendue ; les cheveux gros et durs, d’un blond tirant sur le rouge ; le cou très court, large et musclé : cet individu est un abruti plein de vices et de méchanceté, ayant des passions bestiales et féroces, un entêtement stupide et invincible. Ce n’est qu’en employant la force brutale qu’on parvient à dominer cette nature ingrate et sauvage, réfractaire à toute action moralisatrice. Chez cet homme, les instincts vils, grossiers et matériels sont exclusivement développés. Il est gourmand et vorace, ivrogne, lâche et excessivement paresseux. Il ne fréquente que les mauvais lieux ; habitué fidèle des maisons de tolérance, pour satisfaire ses appétits vicieux, cet être profondément immoral et dégradé se fait souteneur de filles prostituées, vivant de leur honteux métier. Passionnément aimé et redouté par elles, il les frappe et il les tient en esclavage. Amant méchant, brutal et infidèle, il maltraite impitoyablement ses maîtresses, après avoir assouvi ses passions bestiales. Il paraît sur les places publiques et dans les foires, se plaisant à y faire montre de sa force herculéenne et à émerveiller les badauds par ses tours de force. Il a le goût du sang ; aussi le voit-on souvent occupé dans les boucheries

au dépeçage de la viande ; plus souvent encore on le voit dans les abattoirs, remplissant l’office d’abatteur.

Il n’est pas d’actions si viles, si infâmes, si atroces qu’elles soient, que ce gredin ne soit prêt à faire, pourvu qu’elles lui rapportent de l’argent. C’est un voleur endurci et redoutable, qui, supris dans son larcin, ne reculerait pas devant le meurtre pour se soustraire à la justice.

La Terre et Saturne (fig. 16).

— Le type carré court, avec un crâne aux contours accusés et tourmentés; des traits anguleux et très forts ; un front osseux, perpendiculaire, au contour droit ; l’arcade sourcilière anguleuse ; le muscle sourcilier saillant et très accusé ; des tempes larges, osseuses et modérément saillantes; dessourcils horizontaux, abaissés, tourmentés et crispés; des yeux enfoncés, fauves et carrément dessinés ; la conjonctive jaunâtre ; le regard fixe, rude et morne; un nez assez court, gros, courbé en sa partie supérieure, ferme, très carré et très saillant en son extrémité : des narines épaisses et anguleuses, larges, échancrées et très ouvertes ; une bouche close et serrée, très arquée, avec des coins abaissés ; des lèvres minces, anguleuses, sèches et fendillées, d’un rouge violacé, la lèvre inférieure fortement en arrière ; un grand et large menton très carré, saillant et anguleux à sa base ; des pommettes saillantes et anguleuses ; des joues creuses, aux muscles très accusés ; des mâchoires larges et prononcées; le teint bistré; la peau dure, épaisse et tendue ; des cheveux d’un noir de suie, gros et gras ; la tête droite et ferme, tendue en avant ; le col court, large, musclé; le cartilage thyroïde saillant; de larges épaules

Fig. iG.

carrées; le dos très voûté; la démarche calme, ferme et assurée; des pieds grands et larges, un peu en dehors; le pas grand et lent; l’habitude, en marchant, de plier les genoux et de frapper les talons l’un contre l’autre; le regard fixé vers la terre et l’habitude de converser avec soi-même : cela dénote un caractère taciturne, une imagination sombre et ardente. Il réfléchit beaucoup, médite constamment et parle fort peu. Personne n’est le confident de ses pensées, il concentre tout en lui-même et dévore en silence ses noirs chagrins. Il vit dans de continuelles appréhensions; son âme est attristée par des pensées amères, lugubres et désespérantes. L’idée du suicide l’obsède et le poursuit sans cesse. Ses passions sont profondes, silencieuses, sombres et farouches, terribles et impitoyables dans leur explosion. Il est jaloux, envieux, soupçonneux, excessivement défiant, haineux et vindicatif. Sa haine est éternelle, implacable et cruelle. Il est prudent, discret, rusé et dissimulé; très laborieux, dur à la fatigue ; patient et persévérant dans ses projets, dans ses travaux et dans ses entreprises. Si pénible que soit son devoir, il l’accomplit strictement, mais en murmurant et en maudissant son sort. Il est excessivement sobre et supporte aisément les privations. Il est ami de l’épargne, se plaît à amasser, et a l’habitude de cacher son argent. L’instinct de la propreté lui manque, aussi ne prend-il aucun soin de sa personne.

Il a fort peu d’amis, mais ceux qu’il possède, il les conserve fort longtemps. La rudesse et la brusquerie de son caractère lui suscitent beaucoup d’inimitiés. Il est aveuglément dévoué à la cause qu’il sert, lui sacrifiant volontiers sa vie. En religion comme en politique, c’est un fanatique farouche, dangereux et redoutable.

Il a un courage intrépide et obstiné. C’est un excellent homme de mer qui joint la science au courage ; qui envisage avec sang-froid les plus grands périls et qui méprise la mort. Cet homme porte avec lui une influence fatidique et

mortifère. La fatalité semble s’acharner sur lui, sur les siens et sur tous ceux qui l’approchent. En effet, il est éprouvé par de grandes afflictions : la mort frappe successivement tous ceux qu’il aime ; sa femme et ses enfants lui sont ravis par une fin soudaine et prématurée ; ses amis, ses protecteurs lui sont aussi enlevés par la mort; et lui, accablé de chagrins, il survit à tous. Il est autant victime du sort que de l’injustice et de l’ingratitude des hommes : ses talents et ses services sont méconnus. L’avancement qu’il a mérité, les décorations qu’il a obtenues au péril de sa vie, il en est injustement frustré. Il n’est pas moins malheureux dans ses affaires : ce qu’il gagne d’un côté, il le perd de l’autre. La fortune qu’il aura amassée avec peine et labeur lui sera soudainement ravie par quelque catastrophe; de sorte qu’il n’aura jamais de repos, et que, même dans sa vieillesse, il sera contraint de travailler péniblement pour vivre.

La Terre, Mars et la Lune (fig. 17).

— Le type carré très court, avec un crâne bas et très rétréci au sommet, un front bas et osseux, plat, traversé par des rides en arc dont les extrémités se dirigent vers les cheveux, très renversé en arrière, et déprimé au sommet ; des sourcils arqués, obliques, longs, durs et hérissés, froncés et abaissés à leur tète et relevés à leur queue; de gros yeux ronds, saillants, troubles et glauques, ayant çà et là des points couleur de sang

sur l’iris ; la conjonctive jaune et injectée de sang; ces yeux cl’une fixité farouche et bestiale jetant par instants un éclat de fauve ; un nez court et écrasé, très carré, et relevé à son extrémité, de manière à laisser voir l’intérieur des narines ; une bouche grande, horizontale, éloignée du nez, saillante, serrée et grinçante, ayant les coins creusés et plissés ; de très grosses lèvres plates, carrées, plissées et mal bordées ; des pommettes osseuses et très saillantes ; de très larges mâchoires anguleuses ; un grand menton, large, carré, osseux et en avant; la partie inférieure du visage en avant, et beaucoup plus grande que les autres parties ; le teint tanné, la face maculée de plaques rouges disséminées çà et là ; le ris canin ; de grandes oreilles cartilagineuses, anguleuses et éloignées de la tète; des cheveux d’un noir sale et roussàtre, gros et durs ; la tête tendue en avant, et enfoncée dans de très larges épaules carrées ; des bras excessivement longs; des mains énormément larges, difformes et très velues; la voix rude et creuse, et accompagnée d’un sourd grondement : cette physionomie décèle un individu profondément vicieux et malfaisant, d’une méchanceté bestiale et féroce ; n’ayant que des inclinations perverses, des passions brutales et atroces; un être qui croupit dans le vice et dans la plus hideuse dépravation.

Ce misérable, conduit par ses affreux instincts, éprouve une jouissance satanique dans l’accomplissement des plus lâches et des plus détestables forfaits. Cet être cynique et dégradé ne vit que pour la satisfaction de ses appétits brutaux ; brûlant d’une insatiable lubricité, il ne recule pas devant le crime pour la satisfaire. Violateur infâme et sacrilège, il pousse la scélératesse jusqu’à assouvir son horrible et bestiale passion sur le corps inanimé de sa victime ; et ce monstre exécrable, inaccessible aux remords, ose rassasier sa faim vorace et faire une orgie après son épouvantable forfait.

La Terre, Mercure et Jupiter (fig. 18). — Une très laide physionomie, qui a de la ressemblance avec celle du singe : des traits grossiers et très irréguliers ; un front uniformément courbé et penché en arrière, traversé dans toute sa largeur par des rides curvilignes ; des sourcils mobiles et éloignés des yeux, touffus, en broussaille, au poil long et dur ; de grands yeux ronds protubérants, pétillants, démesurément ouverts, et d’un gris cendré; la paupière supérieure en forme de coque de noix; l’inférieure épaisse et plissée ; la patte d’oie très prononcée ; un regard étrange et mobile ; un nez très court, large et aplati au milieu, s’élargissant à sa base, et dont le bout gros et arrondi est excessivement relevé ; des narines très ouvertes ; une grande bouche difforme et en avant, dont les coins se relèvent en forme de virgule ; des lèvres très fortes ei- molles; la lèvre inférieure énormément grosse, arrondie et débordant de beaucoup la supérieure; un menton large et charnu, qui recule un peu ; des joues charnues, la peau épaisse, le teint jaunâtre avec un peu de rougeur aux pommettes ; des cheveux gros et secs, châtains avec des mèches claires et d’autres foncées : un tel homme porte la tète en arrière, le cou enfoncé dans les épaules; il a un long torse, un gros ventre et de petites jambes; sa démarche est trottinante et irrégulière; il a l’air toujours affairé et pressé ; sa voix est nasillarde, sa parole vive, goguenarde et un peu bégayante ; en parlant, il lui arrive souvent malgré lui de lancer sa salive à la figure de ceux avec lesquels il converse.

Cet homme, d’apparence vulgaire et grotesque, est rusé et malin ; il est actif, remuant et trafiquant par nature; il a le flair des affaires, est habile à les engager et à les mener avec ménagement au profit de son intérêt. Il fait montre de bonhomie et de rondeur, pourtant il est très retors ; il est ingénieux pour arriver à ses fins et habile à profiter de ses avantages; jamais il n’est à court d’expédients pour se tirer d’embarras. Son vil amour du gain fait qu’il n’est ni scrupuleux ni délicat sur les moyens de réussir; aussi pratiquera-t-il très volontiers un vilain commerce, ou se mêlera-t-il de quelque laide affaire pourvu que sa cupidité soit satisfaite ; mais il saura bien prendre ses précautions pour sauver les apparences et se mettre hors d’atteinte. Malgré son amour de l’argent, il a par ostentation des heures de générosité. Il aime la table et s’y livre avec excès quand il a fait une heureuse affaire ; il se montre alors un joyeux convive. Il a le vin gai, et sans se faire prier il entonne des chansons bachiques et grivoises, et prend plaisir à débiter des contes graveleux. Il a le cynisme et la lubricité du satyre.

Pour se créer une existence, cet homme est plein de ressources et fertile en expédients. On le voit exerçant des professions équivoques, ayant des rapports avec des gens suspects, des liaisons interlopes et des relations dans le demi-monde. D’une condition infime, on le voit s’élever à une riche situation et faire figure dans le monde des affaires.

Tantôt on le verra brocanteur, achetant les vieux habits, les vieux bouquins, les vieux meubles et les vieilles ferrailles ; d’autres fois il pratiquera le recel avec prudence et précaution, non pas seulement par crainte des démêlés avec la justice, mais aussi parce qu’il tient à conserver un certain prestige d’honnêteté aux yeux du public. Par sa fausse bonhomie et son apparence de générosité, il se fait une réputation dans ce monde de vauriens qu’il exploite avec adresse.

Pour gagner la confiance de ces derniers, et obtenir à

son profit le secret de leurs délits, ce rusé patelin leur donne paternellement des conseils, et les aide volontiers de sa bourse quand ils sont dans le besoin.

On le voit encore autour des théâtres, vendant des contremarques et des lorgnettes ; ou bien il se met chef de claque. D’autres fois, parcourant le quartier des écoles, il vend des cannes aux étudiants, et prête directement ou par entremise à gros intérêts à ceux qui ont besoin d’argent pour leurs plaisirs.

Dans d’autres cas, plus riche, il établit un cabinet d’affaires ; reprend les affaires perdues, les fonds de commerce en déconfiture, les créances désespérées; prête à usure, et s’occupe d’affaires matrimoniales.

Enfin, à son apogée, on le voit fonder des maisons de banque, de change et de crédit. Il acquiert de la considération et une grande fortune en exploitant très habilement ceux avec lesquels il est en rapport. Et quand il tombe en déconfiture, il s’en tire adroitement et à son avantage, et n’est jamais embarrassé pour se relever et remonter promptement.

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