TYPE CONOÏDE FRANC
Mars et Jupiter (fig. 46). — Une physionomie aux traits grossiers et ramassés ; un front large, assez court et épais, au contour raide et serré, traversé par de grosses rides ; les temporaux proéminents et veineux ; des sourcils roussàtres, durs, dressés, arqués et fortement relevés, très éloignés F un de l’autre à leur racine; de gros yeux ronds et saillants, roux et ardents ; la conjonctive injectée de sang près du larmier; le regard arrogant ; un nez court, carrément dessiné, très large à sa base, et dont le bout est énergiquement retroussé; des narines charnues, fermes et évasées; une bouche un peu en avant, grossièrement dessinée ; de grosses lèvres, fermement arrondies, très rouges, rugueuses; la lèvre inférieure
plus forte, et débordant celle du haut; de larges joues, grosses et fermes; la partie inférieure du visage en avant; le teint très coloré ; des cheveux rouge foncé, gros, durs, dressés, plantés en forme de hure; un cou de taureau; une large carrure d’épaules : ces traits indiquent un homme trapu, qui a un gros ventre, les reins cambrés, et qui porte sa tête en arrière. Sa démarche est très assurée ; il est bien campé sur ses jambes, et marche du talon. Quand il prend place dans une voiture publique, il marche sur les pieds des gens sans y prendre garde et ne s’en excuse pas. Sa voix est giosse et joyeuse. En parlant, il rit et tousse fréquemment et bruyamment.
Il possède un caractère actif, entreprenant et audacieux, des formes rudes, cassantes et brutales ; une volonté absolue et despotique; une franchise brusque et insolente. A chaque parole, il lâche un gros juron. C’est un grand jureur du nom de Dieu. C’est aussi un ordurier qui aime singulièrement les discours licencieux et les écrits obscènes. Il est bourru, hâbleur, fanfaron et vantard ; de plus il est agressif, querelleur et très prompt à frapper ; dans le combat, il a le courage, l’acharnement et la cruauté du dogue. Sa colère est rapide, violente, tapageuse, dévastatrice et inhumaine. Il est infatué de lui-même, plein de vanité, et d’une prétention ridicule, trouvant toujours moyen de se vanter, de faire montre de sa personne, et de se rendre important. Par son aplomb et son sans-gêne effronté, il en impose aux autres. Il se mêle à toutes les conversations, rit et cause bruyamment. C’est un boute-en-train qui met tout le monde en gaieté par les boutades de son esprit burlesque, par ses gouailleries et par ses chansons grivoises et bachiques. Il se pose en esprit fort, et entraîné par sa verve inépuisable, il vous poursuit de son infatigable et incohérente loquacité, discourant sur tout, tranchant d’un ton autoritaire sur les choses qu’il ignore.
C’est un joueur passionné et heureux, un faiseur de gros paris. Il est égoïste et très intéressé; mais il fait volontiers
des prodigalités pour la satisfaction de ses appétits sensuels et de ses caprices insensés. Si parfois il se montre généreux, c’est par pure ostentation.
Il a l’esprit très pratique et l’intelligence des affaires commerciales. C'est un bon négociant, actif et entreprenant, qui possède le flair et le maniement des affaires. Il affecte de la rondeur et de la loyauté, mais au fond c’est un finaud qui, à l’occasion, ne se fait pas scrupule de tromper son monde.
Il est très gourmand, fait des excès de table et de boisson, mais comme il supporte bien le vin, il s’enivre rarement. Tout absorbé dans la sensualité, il ne vit, ne sent et ne jouit que par les sens, cependant il est plus libertin en paroles qu’en actes, ses organes étant impuissants à satisfaire ses désirs lubriques.
Il a la prétention ridicule de se croire une forte tête en politique. Dans les cafés, dans les cabarets, ou dans les banquets, il se complaît à pérorer et à déclamer sur la politique. Il est très ambitieux et ses plus grands soucis sont causés par sa soif des honneurs et des décorations.
Cet homme est menacé d’être tué dans une rixe, ou de périr dans quelque catastrophe; mais certainement il mourra de mort violente.
Jupiter et la Lune (fig. 47). — Des traits moyens doucement exprimés; un front régulièrement et doucement voûté; les temporaux unis; la peau unie sans être tendue; des sourcils blonds finement dessinés; des yeux bleus, clairs, humides, fendus en amande, la conjonctive d’un blanc légèrement bleuâtre ; le regard ouvert et placide; un nez doucement courbé et bien dessiné, finement arrondi du bout; des narines arquées et bien dilatées ; une bouche doucement fermée, dessinée avec souplesse, et à demi souriante ; des lèvres fortes sans excès, souples, arrondies, lisses et bien colorées; un menton droit, bien charnu, à fossette prononcée; des joues fermes, et grasses sans excès ; la peau fine et douce ; le
teint fleuri ; les cheveux fins et châtain clair ; le col assez court et gras; la poitrine large; la voix d’une sonorité douce, et d’un timbre sympathique; la démarche grave et lente : ces signes indiquent un homme d’un caractère calme, égal,
régulier, doux, bienveillant, pacifique, sensible et humain. Bien qu’il soit très intéressé, s’il est témoin de la misère d’autrui, il s’empressera de la soulager.
Mais comme il aime à jouir en paix de sa béatitude intérieure, il désire qu’on ne trouble pas son esprit, en excitant la sensibilité de son cœur par le récit des malheurs des autres. C’est un époux excellent, entièrement dévoué à sa famille. Il aime passionnément ses enfants. Bien que familier avec eux, et s’associant volontiers à leurs jeux, il conserve sa dignité et son autorité de chef de famille, ne souffrant pas impunément qu’on y porte atteinte. Il tient singulièrement à son intérieur et à ses habitudes. Sa gaieté est douce et constante. Il fredonne souvent. Cependant les contrariétés l’impressionnent très vivement. Il est facilement abattu par les chagrins, principalement par les soucis domestiques, et par les peines de cœur. Il a beaucoup de bon sens. Son jugement est sain; sa bonhomie s’allie à beaucoup de finesse et à une certaine ruse. Il parle d'abondance et très agréablement. Son esprit est incisif et moqueur. Il plaisante finement et agréablement, et évite de blesser personne. Il est prudent, prévoyant, ne fait rien sans avoir réfléchi; mais son indécision habituelle nuit à son activité. Sa franchise, quoique sincère, est cependant réservée ; sa probité et sa loyauté sont excessives. Fidèle et exact à sa
Fig-- 4;-
parole, il ne l’engage pas légèrement; sa nature tranquille et conciliante lui fait sacrifier ses intérêts plutôt que de subir les inquiétudes et les soucis d’un procès. Il a beaucoup de respect humain. C’est un homme d’ordre et essentiellement conservateur, qui déteste le changement, qui a horreur des révolutions et du sang répandu. Il est doué de calme, de sang-froid et de courage réfléchi . Sa persévérance est calme et modérée; il fait tout avec régularité et ponctualité; ses passions sont douces et expansives ; chez lui la conscience et le sentiment du devoir, joints au désir de conserver l’estime et la considération publiques, font qu’il se modère en toutes choses, et qu’il s’applique soigneusement à éviter les fautes. Son opiniâtreté est raisonnable ; mais, quand il croit avoir raison, il demeure inébranlable dans ses opinions. Il est incapable de colère ; c’est à peine s’il est susceptible d’une légère vivacité. La jalousie, l’envie et la haine lui sont inconnues. Il pardonne vite les offenses et les oublie volontiers. Strict observateur des lois, il se soumet entièrement à l’autorité établie. Amant platonique de la liberté, il l’aime en idée ; mais en fait, il la redoute, à cause de ses excès ; aussi dans l’application, préfère-t-il de beaucoup le principe monarchique au principe démocratique. Il est religieux par le cœur, et douteur par l’esprit ; mais en public, il défend vivement le principe religieux, qu’il considère comme indispensable à la sanction et à la sauvegarde de la morale et à la conservation de l’ordre social. Son amitié est sincère et durable. Il est très courtois et très empressé auprès des femmes ; mais sa galanterie ne dépasse jamais les bornes d’une sage et honnête réserve. Les foules tumultueuses lui sont antipathiques; mais il est fort sociable, recherche avec soin la bonne compagnie, et se plaît extrêmement dans les réunions intimes où règne une franche et douce gaieté. Il aime la table, mais se garde des excès, car c’est un sage épicurien qui a la tempérance pour règle. Au jeu, il fait volontiers sa partie, mais il ne s’y passionne pas. La pêche est de son goût,
TRAITft l)E LA PHYSIONOMIE HUMAINE. 19
aussi bien que les plaisirs de la villégiature et du jardinage.
11 est très sensible aux égards, aux prévenances, aux témoignages d’estime et de considération. Il est fort vaniteux, aussi ambitionne-t-il les places d’honneur, les présidences et les décorations. Il y a chez lui l’étoffe d’un légiste et d’un juriste. C’est aussi un bon administrateur, un financier fort habile dans la pratique des affaires ; enfin, il possède de remarquables aptitudes diplomatiques. Cet homme est singulièrement chanceux; la fortune lui sourit; elle favorise constamment ses projets et ses désirs; aussi parviendra-t-il sans luttes, ni grands efforts, à une haute situation, et il mourra doucement au milieu des siens, comblé d’honneurs et de richesses.
La Terre, Mars et Jupiter (fig. 48). — Des traits ramassés, aux contours fermes ; un front assez court, à bosse frontale proéminente, et resserrée ; le sourcilier épais et crispé; les temporaux larges, éminents et veineux; des sourcils droits, arqués à leur queue ; au poil dur et dressé; de petits yeux ronds et saillants, fauves, brillants et pleins de feu, le regard sec et assuré ; un nez droit un peu plat, à épine large, et au bout carrément dessiné ; une bouche froncée et resserrée ; des lèvres assez fortes, surtout l’inférieure, qui affecte la forme de bourrelet ; la moustache en brosse ; le menton saillant et énergiquement dessiné; les joues larges, fermes et très charnues; des cheveux courts, plats, gros, bruns, ou îou-
geàtres, dont la disposition forme une double échancrure au sommet du front ; le teint jaunâtre ; le cou très couit, les oreilles ourlées, rouges et éloignées de la tète ; la tête raide et enfoncée dans de larges épaules ; la démarche raide et empesée ; le pas petit et vite ; la voix sèche, la respiration forte et bruyante : cette physionomie indique un homme d’un caractère tranchant et arrêté ; d’une opiniâtreté raisonnée ; d’une volonté absolue, brusque et inflexible ; d’une résolution froide et inébranlable, faisant tout avec raison, calcul, précision et méthode. Il est très prudent, défiant, rusé, habile à dissimuler sa pensée ; expert en intrigues politiques ; fin et adroit en ces sortes d’affaires, et par conséquent bon diplomate. Doué d’une énergie froide et réfléchie, d’une initiative prudente et calculée, il ne cherche pas la lutte, mais quand elle se présente, il l’accepte sans crainte ni faiblesse. Il est persévérant dans ses entreprises, et marche droit à son but, sans bruit, avec prudence et patience. Il est très personnel, enclin à l’orgueil, ferme dans ses opinions, et ne prend conseil que de lui-même.
Il supporte péniblement la domination des autres, mais il impose la sienne. C’est un despote dans sa famille; dans son intérieur, tout est réglé comme dans une caserne ; et si l’on s’écarte tant soit peu du règlement qu’il a tracé, c’est une occasion de dures réprimandes et de querelles sans fin. Esclave de son devoir, strict observateur des lois et des coutumes, son fanatisme de l’ordre, de la règle et de la discipline le fait tyranniser ceux qui lui sont soumis ou qui dépendent de lui. Sa vie est réglée et compassée; il ne s’écarte jamais ni de ses habitudes, ni du plan de conduite qu’il s’est tracé.
Celui qui le trompe ou l’offense ne trouve jamais grâce devant lui; haineux, vindicatif, enclin à se faire justice luimême, sa colère concentrée est formidable dans ses effets.
Son cœur est froid, sec et insensible ; il est très attaché à son intérêt ; défiant et soupçonneux, il ne commet à personne
le soin de ses allaires pécuniaires. Il tient essentiellement à ses droits, à son autorité, et ne souffre pas qu’on y porte atteinte. Ce n’est pas un homme processif, mais lorsqu’il est engagé dans un procès, il plaide avec opiniâtreté, et poursuit impitoyablement son adversaire. Il n’est ni peureux, ni fanfaron; son courage est ferme et prudent; il Conserve son sangfroid devant le péril.
Il a beauconp d’ordre et d’économie; ses comptes sont tenus avec un soin méticuleux. Il n’aime pas à prêter, et lorsque la nécessité ou son amour-propre l’y oblige, il le fait à regret et de mauvaise humeur. Son esprit est sec, froid, positif, raisonneur et logique; son imagination est fertile en systèmes d’économie politique. On ne trouve chez lui ni élans du cœur, ni élans de l’esprit, ni poésie, ni art; il sacrifie tout au réel; toute son intelligence se porte aux choses solides, substantielles et positives ; en conséquence, il est apte aux sciences exactes. Sa nature sceptique lui fait rejeter tout ce que sa raison ne peut comprendre, tout ce qui ne tombe pas sous les sens; aussi est-il matérialiste, et d'une incrédulité aveugle et fatale. Il est très sensuel ; autant il est froid par le cœur, autant il est ardent par les sens. Le mariage est pour lui une affaire de raison ou d’intérêt. Pourtant il tient la foi conjugale, mais c’est un époux égoïste et despote, qui est sans tolérance pour les défauts de sa femme, sans pardon pour ses fautes, et qui la tuerait de sang-froid, si elle manquait à la foi conjugale. Son intérieur est malheureux, troublé par des chagrins et des malheurs domestiques. Il n’est point chanceux, et n’arrive qu’à force de lutte et de peine. Pourtant il sera largement pourvu d’honneurs et de dignités, et décoré de plusieurs ordres. On trouvera cet homme occupant les premières places dans les administrations de l’État ; particulièrement dans les ambassades, dans les chancelleries ou dans les consulats.