TYPE CONOÏDE ALLONGÉ
Saturne, Mars et Mercure (fig. 49). — Un crâne d’une courbure allongée ; des traits fortement accusés ; des contours énergiques, anguleux et tourmentés ; un grand front, osseux, d’une courbure vigoureuse et hardie, fortement penché en arrière ; l’arcade sourcilière très saillante et très anguleuse ; des tempes osseuses et protubérantes ; le sourcilier vigoureusement accusé et tourmenté ; des sourcils abaissés et crispés, durs, très épais, longs et tombant sur des yeux très enfoncés, verts et flamboyants , énergiquement dessinés ; des paupières supérieures rentrées sous l’orbite ; les inférieures gonflées et veineuses, ayant une teinte violacée; le regard étrangement hardi et agressif; un grand nez, saillant, très énergiquement arqué, dont le bout se recourbe en formant la pointe ; les ailes du nez fortement accusées ; des narines longues et larges, énergiquement arquées ; une bouche arquée, au contour sec et arrêté, fortement abaissée des coins ; des lèvres plates, sèches, minces, et carrément dessinées ; un menton carré, osseux, qui s’avance; des pommettes saillantes et anguleuses ; des joues maigres et très fermes ; le canin et le zygomatique très prononcés ; des mâchoires carrément dessinées, assez fortes et osseuses ; l’oreille plate et cartilagineuse; le teint très coloré et brûlé; des cheveux
bruns bien plantés, durs, secs, en mèches, et rejetés en arrière ; la voix forte et retentissante; la démarche saccadée; le pas grand, vite, assuré et bruyant : ces traits révèlent un homme d’une nature bouillante et impétueuse; qui en marchant heurte et bouscule les gens sans s'en apercevoir; qui est emporté par une activité prodigieuse et turbulente que rien ne peut modérer; qui est avide d’émotions, et qui aime passionnément la vie active, bruyante, agitée et militante ; qui est toujours affairé, toujours pressé, toujours par voies et par chemins ; courant la ville, pour s’informer des nouvelles du jour; fréquentant assidûment les lieux d’affaires, la bourse, les banques et les tribunaux. Il a l’esprit continuellement occupé de projets nouveaux, conduisant mille affaires à la fois ; ayant toujours plusieurs procès en train; enfin, ne prenant ni plaisir, ni repos ; gagnant des sommes énormes, et malgré cela, se trouvant presque toujours à court d’argent, à cause de la multitude de ses entreprises ; mais étant plein de ressources, pour se tirer d’embarras. Il est tout à la fois organisateur, administrateur et exploiteur. En fait d’affaires, il ne doute de rien, et se lance hardiment dans les entreprises les plus colossales, les plus difficiles et les plus téméraires. Il a la passion de l’argent ; mais il n’accumule pas, et parfois il dépense avec une prodigalité insensée. Il est très ambitieux d’honneurs et de dignités, il aspire surtout à la députation; aussi, en temps d’élections politiques, on le voit déployant une activité dévorante ; plein d’audace et d’initiative, il organise des comités, excitant le zèle des uns, relevant le courage des autres, et entraînant les irrésolus. Il discute chaleureusement dans les foules, dans les cafés, pérore dans les réunions, y arborant et y défendant courageusement son drapeau politique, et y posant hardiment sa candidature. Les échecs qu’il éprouve ne le rebutent jamais; et à force d’énergie, de zèle, d’intrigues et de persévérance, il parvient au but de ses désirs.
C’est un homme courageux et résolu qui expose bravement
sa vie pour défendre ses opinions politiques ; et quand la ville est troublée par l’émeute, on le voit toujours au premier rang, pour la défense de ses doctrines et de son parti.
Il a l’esprit porté aux grandes affaires financières, industrielles et commerciales; par ses entreprises, et par de grands coups de fortune, il réalisera des bénéfices énormes, mais il n’amassera rien ; car telle est sa destinée ; acquérir des richesses, des dignités et des honneurs, sans pouvoir les conserver.
Sa vie est menacée d’être souvent mise en péril par des accidents de voiture ; par des accidents sur les voies ferrées, et par des tentatives de meurtre sur sa personne. Enfin, il n’échappera que bien difficilement à une mort violente et tragique.
Jupiter et Saturne (fig. 50). — Des traits forts, largement prononcés ; un front dont la bosse frontale est modérément prononcée, et qui est charnu par le bas; des temporaux charnus et peu en saillie ; des sourcils bruns très fournis, très arqués à leur queue, et qui s’étendent jusque sur les tem-
. Fig. 5o.
pes; des yeux
gris, clairs, pleins de vivacité; la conjonctive d’un blanc net ; la patte d’oie très marquée ; le regard éveillé et
malin; des paupières larges et épaisses, la supérieure double; un gros nez charnu, dont le bout est large, saillant et carré; des narines largement ouvertes; une grande bouche, mollement close, largement dessinée, aux coins fouillés et relevés ; de grosses lèvres, moelleusement arrondies et bien colorées; un menton large, gras, mais qui n’est point relâché, et qui se double ; la fossette bien marquée ; des joues grasses, le teint vermeil ; des cheveux châtains, grisonnant tôt, disposés en houppes ; le cou enfoncé dans de très larges épaules ; le torse très grand ; un gros ventre ; les membres inférieurs courts ; de grands et larges pieds : ces traits indiquent un homme d’une allure prétentieuse. Il marche la tête levée; son pas est court, assez vite et bruyant ; sa voix est grosse et joyeuse; sa respiration est forte et bruyante. En parlant il se frotte les mains l’une contre l’autre. En vaquant aux soins de sa toilette, il fredonne toujours.
Son caractère est égal, agréable, jovial et facile à vivre. Il se complaît dans l’optimisme ; homme du monde, et de bon ton, il tient essentiellement à l’observance des formes et des convenances. Il tient aussi à la considération. Il est aimable, courtois, et fort galant avec les femmes. Il aime qu’on s’occupe de lui et qu’on devance ses désirs ; il est fort sensible aux prévenances; il tient beaucoup aux caresses et aux flatteries ; en les employant à son égard habilement et à propos, on obtient tout de lui. Heureux de rayonner, il désire que partout la place d’honneur lui soit réservée. Sa colère est prompte et bruyante, mais passagère ; il est sans rancune et il oublie vite les motifs de son mécontentement. Quand il commande, il veut être obéi promptement et sans réplique.
Il a l’esprit très fin, facétieux ; il raille avec finesse, convenance et bon goût. Sa conversation est intéressante, aimable et pleine de charme; on ne s’ennuie jamais dans sa société ; sa tête bien meublée et son esprit inventif lui per-
mettent toujours de trouver à placer quelque mot d’à-propos, ou quelque histoire de circonstance.
Il aime beaucoup les entants, les gâte volontiers et se plaît à leur conter des fables et des historiettes.
Mais sa bonhomie cache un homme fin et rusé, et un très habile diplomate, qui absorbe les autres au profit de ses intérêts et de son ambition.
Il est plein de respect pour la religion, il en aime les pompes et les cérémonies ; mais c’est un douteur et ses convictions religieuses sont peu profondes ; de plus il est plein de respect humain.
C’est un homme très positif, qui se soucie beaucoup moins des idées que de la pratique ; qui a beaucoup d’ordre dans toutes ses affaires ; qui possède à un haut degré l’instinct de la spéculation, le tact et la science des affaires financières ; qui a l’esprit fécond pour organiser ; qui est fort habile à trouver des combinaisons nouvelles; et qui, étant plein d’expérience et de ressources, n’est jamais à court de moyens pour se tirer d’embarras. Toute son intelligence se porte aux choses qui sont matériellement profitables, et qui peuvent procurer la fortune et les jouissances matérielles. Il est égoïste, excessivement intéressé, et même enclin à l’avarice; mais il est aussi plein d’orgueil et d’ostentation, de sorte qu’il aime à briller en affichant son luxe et sa somptuosité, et aussi en faisant des largesses qu’il déplore en secret. Il aime beaucoup les plaisirs de la table; c’est un fin gourmet et un aimable convive. Mais tout en ne refusant rien à ses sens, il s’observe, et a trop le respect de lui-même pour tomber dans des excès.
Il est essentiellement autoritaire, conservateur et monarchiste, et il observe rigoureusement les lois et les coutumes. C’est un homme pacifique, sans courage martial. Trembleur et poltron, il se cache aux heures de trouble et de danger. La peur le rend impitoyable et féroce dans la répression. C’est un économiste fort distingué, administrateur habile, qui pos-
sède à fond la science et le maniement des affaires. Il est singulièrement heureux dans tout ce qu’il entreprend, tout lui réussit et lui vient à souhait. Quand bien même il serait né dans la pauvreté, il acquerra une immense fortune, et sera comblé d’honneurs, de dignités et de décorations. Cet homme se trouvera partout aux premières places dans les choses de l’État : président des sociétés de crédit ou d’assurances, gouverneur de banque, et souvent même ministre. On le trouve aussi dans l’état ecclésiastique. Quoiqu’il n’ait pas l’étoffe d’un apôtre, il remplira ses fonctions sacerdotales d’une manière irréprochable, lors même qu’il n’aurait pas la foi. Il ne s’insurgera jamais contre l’autorité ecclésiastique, ni contre le pouvoir établi ; au contraire il les flattera. Par sa chance, par son habileté et par ses intrigues, il obtiendra l’épiscopat et d’autres dignités sacerdotales. Bon vivant, il réalisera l’évêque courtisan. Il aura bien des vertus morales, mais il ne connaîtra pas les vertus évangéliques.
Mercure et Mars. — Un visage maigre, aux traits anguleux ; un front allongé et osseux , vigoureusement arqué , à bosse frontale éminente, fortement incliné en arrière; les tempes osseuses et saillantes ; l’arcade sourcilière anguleuse ; des sourcils abaissés et crispés, qui ombragent des yeux fauves et chatoyants d’où sortent des éclairs; un grand nez saillant, énergiquement courbé, effilé en son extrémité ; les ailes du nez sèchement dessinées; des narines larges et frémissantes ; une bouche serrée, énergiquement dessinée, dont les coins sont abaissés; des lèvres sèches et minces; un menton saillant et anguleux ; des joues maigres et tendues ; le teint jaunâtre ; les cheveux bruns et plats ; la voix cuivrée : ces traits dénotent un homme de parole et d’action, plein de fougue et d’audace, qui ne croit rien impossible. Son courage et sa volonté de fer lui font tout braver et lui font affronter les périls avec intrépidité. Entraîné par son enthousiasme et par l’exaltation de ses sentiments, il peut
accomplir des actes d’héroïsme ; mais aussi, sa témérité l’expose à de grands malheurs. Autant il est dévoué à ses amis, autant il est nuisible à ses ennemis. Il est irritable, prompt à la colère, agressif, querelleur, tenace dans la dispute. Il a soif d’indépendance, et préfère la pauvreté avec la liberté à l’abondance avec l’esclavage. Il a la passion du bruit, du mouvement et de l’agitation ; du goût pour les exercices de force et d’adresse, surtout pour l’escrime et la gymnastique.
Son besoin d’émotion et de lutte lui fait aimer à se trouver dans les foules tumultueuses et séditieuses. Son ardente ambition, sa soif de popularité lui font rechercher les assemblées, les réunions et les clubs, où il se fait remarquer par sa passion et par la violence de sa parole. Par son talent de tribun, il exerce un grand empire sur le peuple, et il a le don de remuer les masses. Grand agitateur, révolutionnaire de doctrines et de société, il excelle dans l’art de renverser les choses établies ; mais il est incapable de réédifier. Sa parole et son style sont saisissants, hardis, imagés et colorés ; improvisateur étonnant, il manque d’ordre dans ses discours et dans ses écrits, où parfois le sublime et le vulgaire, la raison et la démence, se trouvent étrangement confondus. Son impérieux besoin de parler le fait déclamer même dans la solitude; et sous l’empire de son exaltation, il lui semble être en présence d’un nombreux auditoire. Il est plein d’orgueil et ne se reconnaît pas d’égal ; pourtant il souffre d’envie et de jalousie. Il n’entreprend rien vainement; et il emploie volontiers la force et la violence pour assurer le triomphe de ses doctrines ; mais aussi, s’il le faut, plein de courage et d’enthousiasme, il subira le supplice de la mort pour sa cause, et parla, dans son parti, il acquerra l’auréole du martyre.
C’est aussi un grand patriote, qui déploie un courage héroïque et infatigable dans les plus fâcheuses circonstances, et qui ne désespère jamais. Un seul homme de cette espèce vaut tout un peuple. Si la patrie est envahie par l’étranger,
un le voit partout à la fois, organisant la défense, enflammant les cœurs du feu sacré de la patrie, relevant et stimulant les courages, et préparant la victoire. Dans une autre direction de vie, on le verra, embrasé d’un saint zèle apostolique, aller prêcher les infidèles, faisant à Dieu le sacrifice de sa vie, et aspirant à la palme du martyre.