DES PASSIONS
Les passions procèdent ou du corps ou de l’esprit.
Les vices sont des maladies, soit physiques, soit morales.
Toute passion est engendrée par faiblesse ou par excès.
L’irritabilité ou l’inertie de certains organes provoque ou annule certaines passions.
Les tendances ou inclinations sont les germes des passions, les habitudes en sont les suites.
Il y a une très grande différence entre les tendances et les passions, de même qu’entre le désir et la jouissance. Les passions sont les inclinations mises à effet.
Les passions laissent sur le visage des traces ineffaçables de leur passage. Ces marques constituent le témoignage humiliant de notre faiblesse.
La perfection ne consiste pas à n’avoir point de passions. Cette manière d’être résulte d’un état de passivité et d’inertie morale, ou d’atonie physique. Ceux qui sont ainsi faits ont l’esprit stérile.
Chaque passion fait vibrer une fibre particulière, et porte dans l’organisme un fluide qui lui est propre. De là l’empire si prodigieux du moral sur le physique.
Les passions fortement surexcitées font faire de grandes choses; mais ces choses sont le plus souvent contraires à la justice et à la raison. C’est dans le calme de faîne que siège le bon sens; la raison seule procède avec sagesse.
Les passions ont sur l’organisme une influence si prodigieuse, qu’elles peuvent, selon la cause déterminante, rendre la vie, ou donner la mort.
Les femmes, à raison de leur impressionnabilité nerveuse et
de leur sensibilité naturelle, ont les passions plus vives que les hommes. Aussi, dans ce qui regarde les choses affectives, on les trouve capables de vertus héroïques. C’est ainsi que, sous l’empire de l’amour maternel, vertu inconnue à l’homme, la femme est susceptible d’accomplir des prodiges. Et l’amour conjugal peut l’élever à la hauteur des héros antiques.
D’une tendresse multiple, ingénieuse et féconde, la femme, par la puissance du cœur, revêt tour à tour mille aspects délicieux et féeriques.
Tantôt ange gardien et protecteur de l’enfance, la mère, s’oubliant elle-même, dit adieu aux joies, aux plaisirs, afin de mieux tisser de bonheur et d’amour les jours de l’enfant bien-aimé.
Là, c’est la compagne fidèle qui veut s’élever et s’instruire pour parler la langue adorée de l’époux que Dieu lui donna. Ici, c’est une faible femme qui est ami consolateur. Elle s’arme du courage de l’homme pour fortifier et soutenir celui dont la tâche est trop lourde.
Et le vieillard, qui lui sourit? Qui saura, si ce n’est sa fille, illuminer son crépuscule d’un suave reflet d’amour?
La femme, ailleurs, nous apparaît garde-malade et médecin. Elle est devin pour ceux qu’elle aime, connaît le remède efficace et le mot qui fait tant de bien. Pour ceux que le ciel lui confie, prodigue de tendresse et d’amour, d’attentions, de soins délicats, elle verse le baume en leur âme, en veillant à leur doux chevet. Connaissant la cause du mal, c’est elle qui soigne et qui guérit. L’homme de l’art peut se tromper, et la science faire fausse route. Mais pour l’épouse dévouée qui sait lire tout au fond de l’âme, la maladie n’a point de mystère insondable. Et c’est le plus souvent dans la douleur morale qu’elle déchiffre d’un œil lucide le secret inconnu à tous des souffrances et des maux physiques.
Et la mère? qui mieux qu’elle saurait deviner l’être chéri qu’elle a porté dons ses entrailles et nourri de son propre lait; dont elle a tant de fois pressenti les désirs, et compris
les besoins? Ah! là, près d’un berceau, la mère est plus forte que le médecin, plus savante que lui ! La vraie mère est inspirée, c’est elle qui sauve son enfant.
Dans la famille, le rôle de la femme est considérable. L’homme est toujours, et partout, ce que la mère le fait.
Les premiers enseignements ont une immense portée. Et l’on peut dire avec vérité que les idées qui laissent les traces les plus profondes dans le cerveau d’un enfant sont celles qu’il a reçues de sa mère.
Par sa grâce et par sa beauté, la femme est le rêve de l’homme. Par les vertus douces et sublimes que Dieu a placées dans son cœur, elle est sa joie et son soutien.
C’est la femme qui dilate Pâme, qui fait la paix dans la maison et le bonheur dans la famille.
L’homme semble la pensée de Dieu et la femme en paraît l’amour.
Dans l’ordre social et politique, la femme exerce une influence occulte dont les effets sont prodigieux. Comme les druidesses de l’ancienne Gaule qui pouvaient, à leur bon vouloir, faire le calme et la tempête, les femmes ont le pouvoir fatal d'exalter les passions politiques de l’homme ou d’apaiser, suivant leur gré, ces terribles et dangereuses passions. Non moins habiles à armer l’homme du poignard, qu’à faire tomber de ses mains l’arme vengeresse, elles peuvent exciter chez lui la haine et la fureur, aussi bien qu’elles savent dans des jours meilleurs lui imposer la clémence et le pardon.
C’est sous l’empire de la femme que l’homme devient un séditieux et un révolté. C’est elle encore qui le transforme en un citoyen paisible et soumis aux lois sociales.
Suivant ses passions et son éducation, tantôt source du mal, tantôt source du bien, c’est la femme qui inspire à l’homme le crime ou la vertu.
Les passions sont comme autant de tyrans qui torturent le
corps, troublent l’esprit et asservissent lame. Toute passion est essentiellement égoïste et injuste, parce qu’elle n’agit qu'en vue cl’une jouissance personnelle. Elle ne laisse ni repos ni trêve au sujet qu’elle assiège ; et lorsqu’elle est parvenue au but de ses désirs, elle ne laisse après elle qu’amertume et regrets.
Tout homme qui compose avec ses passions est à moitié vaincu.
Les passions sont comme des toniques irritants qui impriment une énergie factice et une activité fébrile en la fibre sensitive ; mais elles usent vite le moral.
Les passions corporelles se calment et disparaissent avec l’àge; la caducité les étouffe.
Ceux qui appellent au secours de leurs passions languissantes le feu de leur imagination sont d’autant plus coupables qu’ils associent leur âme aux débauches de l’esprit et du corps.
Les passions qui procèdent de l’esprit, et qui sont allumées parle feu de l’imagination, sont plus véhémentes et plus dangereuses que celles qui sont engendrées par l’irritation des organes corporels. Celles qui naissent de la constitution physique laissent subsister l’empire de la raison et font naître des regrets, même pendant la jouissance. Mais celles qui procèdent de l’esprit causent des désirs insatiables, paralysent la raison, et ne laissent que peu d’espoir de retour au bien.
Si le feu et la démence de l’imagination viennent se joindre à l’irritation physique, à moins d’une grâce divine toute particulière, le crime est à craindre pour l’accomplissement des désirs.
Aucun âge n’est à l’abri des passions qui naissent de l'imagination. Le vieillard, comme le jeune homme, lorsqu’il s’y abandonne, se flétri t et s’éteint sous leur souffle impur et brûlant. Plus la résistance du corps et l’inertie des organes se refusent à accomplir des actes de débauche, plus l’ima-
gination sc raidit et s’enflamme jusqu’à ce qu’enfin le corps succombe sous les excès produits par la corruption de l’esprit.
La vraie sagesse consiste dans la modération qui constitue l’équilibre entre le physique et le moral. L’homme raisonnable est celui qui sait se commander, et qui vit calme au milieu de ses passions qu’il domine. Tout excès est une chute qui souvent en entraîne une autre dont il est fort difficile de se relever.
Subir l’esclavage de ses passions est le pire de tous les esclavages. Cependant les hommes sont si insensés qu'ils appellent liberté la possibilité d’accomplir leurs désirs coupables et de laisser un libre cours à leurs mauvaises inclinations.
Pourquoi parler si haut de liberté individuelle, quand tous nous subissons le joug de nos passions? Nous voulons vivre libres, et, hélas! ne sommes-nous pas esclaves de nos infirmités physiques et morales, et même, ce qui est pire, serviteurs dévoués de nos vices ?
Si l’homme sage s’affranchit en partie de ses passions par la lutte, combien cette lutte de tous les instants, qui use son organisation, ne le fait-elle pas souvent soupirer après la mort, ce terme désiré de l’homme sage et vertueux?
Les principaux organes du corps sont les centres desquels émanent les désirs qui engendrent les passions.
Du cerveau procèdent l’orgueil, l’ambition, l’inspiration, l’enthousiasme : clavier intellectuel, qui met en jeu tout ce qui est du ressort de l’esprit.
Mais le cerveau prend part à toutes les opérations des différents organes; d’où résulte l’empire prodigieux de l’imagination sur toutes les passions.
Le cœur est le centre de la sensibilité, de l’impressionnabilité et des émotions : clavier sensitif qui exécute ce qui se produit dans l’imagination, et met à effet les sensations qui en sont la suite. Cet organe est le foyer des passions affee-
tives, de l’amour, de la joie, de l’espérance et des douces illusions. 11 est aussi le mobile de l’expansivité.
Le cerveau produit les images, et le cœur engendre les sensations. Par suite de cela ce dernier organe est le solliciteur de toute sensation.
Le foie est le siège des passions convulsives et irascibles. Il produit la colère, la haine, la jalousie, la vengeance et le meurtre : c’est le clavier des luttes et des orages.
L’estomac est le foyer des passions animales, du sensualisme grossier. Clavier à la fois animal et conservatif, il est le centre des appétits brutaux et de l’égoïsme.
Les organes sexuels ont une importance considérable. Ils forment un centre tout à la fois sacré et animal. Animal, quant aux sensations physiques; sacré, relativement au but, qui est la propagation des espèces, la continuation non interrompue de la chaîne des êtres. Aussi malheur à ceux qui souillent leur corps par la débauche et les obscénités, et qui usent de fraude dans l’acte conjugal, car leur race portera le poids de leurs crimes! Boucs émissaires de progéniteurs indignes et corrompus, leurs descendants traîneront une existence malheureuse dans un corps chétif et malsain.
De la puissance ou de l’impuissance des organes générateurs découlent une foule de phénomènes physiques et moraux.
Les maladies et les altérations qui surviennent dans les divers organes modifient le moral et impriment à la constitution des tendances contraires à son organisation primitive.
Les anomalies individuelles produisent de fâcheux effets au physique comme au moral. Elles font un caractère incomplet, une intelligence avortée, et dans laquelle le bon sens lait souvent défaut. Mais la pire des anomalies est celle qui introduit dans le sujet un caractère, des passions et des idées contraires au sexe individuel. Ainsi, quand un homme par sa forme physique se rapproche de celle de la femme, il a tous les défauts de celle-ci et aucune de ses qualités. La
plus malheureuse anomalie est celle qui se rencontre chez la femme, lorsqu’elle emprunte quelque chose de la nature de l’homme. Car elle résume un mélange monstrueux au physique comme au moral.
Les vertus mâles sont l’apanage de l’homme. La virilité, l'énergie d’action, le courage, la fermeté et la domination sont de son ressort. Il règne sur la nature parla force morale et par la ténacité.
L’homme sans courage, sans énergie morale, est un être déchu.
L’homme règne par l’intelligence et le génie; la femme, par la grâce, la douceur et la séduction.
La foi, l’innocence et la candeur sont les vertus de l’enfance. La grâce, l’idéal, la gentillesse, constituent le principal charme du jeune âge. Les traits anguleux et arrêtés sont, chez l’enfant, l’opposé de la beauté. Quand on remarque chez un enfant des contours arrêtés et anguleux, un regard fixe et sec, des coins de bouche tendant à s’affaisser, ce sont autant de signes funestes qui dénotent un caractère de fer, une opiniâtreté invincible, un cœur très méchant et une âme qui recèle le germe d’une multitude de vices. Et si avec cela se rencontrent les yeux louches, la bouche grande ou de travers, il y a lieu de désespérer du bien dans cet enfant, qui a certainement un penchant marqué pour le vice.
Chaque passion imprime à l’homme un cachet spécial dont voici quelques caractères : la jalousie et l’envie sont la phtisie de l’âme. Le cœur de l’envieux ne connaît ni joie ni repos, non plus que le cœur du jaloux. C’est pourquoi les envieux et les jaloux ont le regard inquiet et mélancolique. Mais ce regard est plus animé chez le jaloux que chez l’envieux.
Les avares ont le regard sec, défiant et inquiet. Le cœur de l’avare est desséché par une crainte continuelle et paralysé par l’égoïsme.
L’ambition prend naissance de la combinaison et du mé-
lange de l’orgueil, de l'envie et de l’égoïsme. Jamais la tendresse de cœur ne s’allie à l’ambition. Tous les grands ambitieux ont le cœur dur. Les ambitieux ont généralement le visage pâle et souvent olivâtre, les yeux secs, le regard fixe et envieux. Leur bouche aux lèvres minces, aux coins surbaissés, se prête difficilement au sourire, et dans l’expression crispée de leur physionomie on distingue un fond d’amertume et d’inquiétude qui se trahit même dans l'ivresse de leurs succès.
Bien que les passions aient un caractère général, elles sont modifiées par la constitution individuelle, et elles se traduisent diversement selon le sujet sur lequel elles agissent. Ainsi, par exemple, la colère subira des variations de genre et d’intensité. Ce qui sera impatience dans un individu sera irritabilité dans un autre. Tel individu sera seulement colérique, tandis que chez tel autre la colère sera poussée jusqu’au paroxysme de la fureur. La nature typique introduit encore dans ces signes des nuances variées. Le type carré aura généralement une colère concentrée, mais durable; le type rond, une colère bruyante, expansive, furieuse quelquefois. Le type triangulaire sera sujet à des accès de colère convulsive dont l’intensité tiendra de l’épilepsie; tandis que le type ovale sera seulement impatient et irritable.
DE l’âme
La croyance à l’existence et à l'immortalité de l’âme est aussi ancienne que le monde. Chez les peuples les plus barbares, comme chez les plus civilisés, on trouve la tradition du dogme de l’existence et de l’immortalité de l’âme. Altérée plus ou moins par les systèmes philosophiques, cette tradition a été constamment enseignée comme base fondamentale des croyances religieuses, chez les Égyptiens, les Juifs, les
Chaldéens, les Perses, les Assyriens, les Scythes, les Parthes, les Numides; chez les Indiens et les Chinois; chez les Grecs et les Romains; chez les Gaulois, les Germains, et enfin chez toutes les peuplades de l’Amérique. C’est qu’en effet, le dogme de l’immortalité de lame a pour conséquence l’adoption d’une religion quelconque.
L'âme a toujours été le sujet des plus profondes méditations philosophiques. Aucune question n’a plus passionné et plus divisé les savants et les philosophes que celle de l’existence et de la nature de lame. Combien n’a-t-on pas imaginé de systèmes, soit pour expliquer sa nature et son mode d’action, soit pour nier son existence.
C’est en vain que la science, aidée du scalpel et du microscope, explore les profondeurs de l’organisme pour y surprendre l’âme, ce mystérieux principe de la vie, cette puissance merveilleuse de l’être, une dans son essence, multiple dans ses opérations, agent actif et indivisible, insaisissable et incompréhensible, qui échappe à toutes les investigations scientifiques, et dont l’origine et la substance seront à jamais cachées aux recherches des physiologistes matérialistes.
Les plus antiques traditions reconnaissent deux principes dans l’homme : l’un tiré de la terre, l’autre du ciel.
Les Égyptiens furent les premiers qui établirent en principe le dogme de l’immortalité de l’âme. Ils transmirent ce dogme aux Grecs et aux autres peuples.
La plupart des philosophes grecs eurent les prêtres d’Égypte pour précepteurs; ils furent admis dans les sanctuaires des temples égyptiens, et initiés aux choses les plus secrètes, concernant les sciences et la religion. C’est donc aux Égyptiens que les écoles grecques sont redevables de la plupart de leurs dogmes de morale et de leurs doctrines philosophiques.
La doctrine de la substance enseignée par Socrate, Platon et Aristote triompha dans toute l’antiquité et jusqu au xvn° siècle, où s’opéra une réaction passionnée contre la philoso-
phie de Platon et d’Aristote. C’est alors que Descartes et Gassendi relevèrent l’ancien atomisme grec.
Le cartésianisme, en renversant la doctrine de la substance, ouvrit la porte au matérialisme et à l’athéisme. Le coup était porté; la philosophie devenait révolutionnaire; elle entrait en lice pour saper les croyances religieuses; elle se proclamait athée. Les plus audacieux disciples de la nouvelle école émirent des doctrines franchement matérialistes.
Cette vile doctrine s’est propagée jusqu’à nous, envahissant la philosophie, la physiologie, la littérature, les beaux-arts; et, ce qui est bien autrement grave, c’est quelle a envahi jusqu’à l’enseignement et jusqu’à l'éducation de la jeunesse; car aujourd’hui l’Université est athée et matérialiste; nos écoles sont en pleine profession et en pleine pratique d’athéisme; jamais rien de semblable ne se vit chez aucun peuple.
Le système matérialiste moderne se nomme sociologisme. C’est le philosophe Auguste Comte, chef et fondateur de l’école positiviste, qui a imaginé ce mot et le système qu’il représente. Le système sociologique a pour fondement ce principe, à savoir que les êtres ne tiennent leur activité que des circonstances dans lesquelles ils sont placés, des conditions extérieures de la société où ils vivent; ce qui est la négation d’un principe actif intérieur, c’est-à-dire de lame.
Ainsi les matérialistes ne voient dans l’homme qu’un être purement matériel, une machine organique, uniquement destinée à satisfaire ses instincts et ses besoins, et dont les phénomènes intellectuels sont le résultat d’une matière nerveuse. Pour eux, c’est le système nerveux qui perçoit, sent, raisonne, veut et prévoit.
S’il est affligeant et honteux pour la dignité humaine de voir des savants, des philosophes et une partie de la société professer le matérialisme, combien n'est-il pas beau et consolant pour l’humanité de voir les plus grands hommes, à quelque siècle, à quelque pays qu’ils appartiennent, se
faire les défenseurs de l’existence de lame et de son immortalité !
Il est déplorable de penser que des hommes qui, par leur science et leurs lumières, avaient la mission d’éclairer les peuples, de relever la dignité humaine, ont avili l’humanité et causé la décomposition sociale par l’enseignement et la propagation de leur doctrine démoralisatrice. Mais en agissant ainsi, ils ont assumé sur eux une terrible responsabilité morale. En propageant dans les masses leurs doctrines matérialistes, le peuple a pris au sérieux les sacrilèges et audacieuses affirmations du nouveau Credo scientifique, et conséquemment il est devenu matérialiste et athée, parce que ces doctrines flattaient ses passions, ses mauvais instincts, leur laissaient une entière liberté, et sanctionnaient la satisfaction de ses appétits matériels et grossiers. Aussi qu’est-il arrivé dansla sociétédepuisquele matérialisme, troublantla raison et bouleversant les consciences, a arraché du cœur de l’homme les sublimes espérances de la foi et ses immortelles aspirations? Tout ce qu’il y a de plus pur, de plus vénérable et et de plus saint au cœur de l’homme a été audacieusement attaqué par la nouvelle doctrine : Dieu, la religion, la famille, l’autorité paternelle, le lien conjugal, et la dignité maternelle elle-même. L’égoïsme, l’individualisme est devenu le fond de la société moderne. Chacun n’a plus pensé qu’à soi et n’a plus vécu que pour soi, ne recherchant exclusivement que la satisfaction de ses appétits grossiers et matériels. Hélas! l’histoire effroyable et lamentable de la sociétéactuelle nous montre ce que c’est qu’un peuple matérialiste et athée. Malheureusement, la perversité morale n’a pas atteint scs dernières limites. La pestilence qui ravage lésâmes n’a pas encore produit tous ses terribles effets. Cet affranchissement de toute croyance religieuse et de toute autorité, que l’on se complaît à appeler le progrès, n’a pas dit son dernier mot. Dans une société où Dieu est méconnu et insulté, la conscience pervertie et la morale foulée aux pieds, la force
brutale remplace le droit et la justice. Alors le pouvoir appartient au plus fort, au plus méchant et au plus astucieux. Rien de stable ne peut être fondé, l’anarchie est partout, et le peuple, dans l’emportement de ses mobiles et frénétiques passions, brise aujourd’hui l’idole qu’il adorait hier.
L’idée d’un principe spirituel allié au principe matériel et formant l’unité, le moi individuel, est innée dans tous les hommes. Le simple bon sens suffit pour admettre ce principe immatériel, puisque chaque homme possède en soi la manifestation de cette voix intérieure qui lui révèle la présence d’un principe spirituel, d’un agent actif, qui perçoit, sent, raisonne, compare, discerne, prévoit, veut et dirige formellement les actes de la volition. La différence qui existe entre lame et le corps est tellement évidente pour tous qu’il semble inutile d’entrer dans des digressions à ce sujet. Laissons aux sophistes le soin de controversée sur cette indéniable vérité. Le bon sens, la raison et la sagesse n’ont point à se mêler de ces stériles et éternelles disputes philosophiques, qui ne font qu’obscurcir et embrouiller la question.
L’âme, principe actif et radical de l’être, et qui en constitue l’immutabilité, diffère essentiellement du corps, agent passif sujet à la mutabilité. De l’union qui se forme entre la substance spirituelle et la substance corporelle résulte l’individualisation de l’être. Mais cette liaison constitue dans l’homme deux natures essentiellement distinctes, dont les principes hétérogènes ne peuvent jamais se confondre.
Dès lors, lame, en s’unissant au corps, conserve intacte sa distinction de nature et son indépendance absolue. Son union avec le corps n est pas pour elle une condition d’existence, landis que le corps n existe formellement que par son union avec 1 âme, et qu’elle-même détermine la forme du corps.
1 rincipe animateur, elle subsiste par elle-même, aussi peutelle s affranchir du corps, ce qui n’est certainement pas possible au corps, qui, comme nous l’avons dit, n’existe que par son union avec elle.
Lame est l’unité absolue qui constitue l'individu, l’indivisibilité, l’indestructibilité de sa personnalité, l’essence même de son être; tandis que le corps n’est qu’une unité relative, un composé dont l’ensemble organique constitue l’individualité matérielle. L’àme, en vertu de son origine et de sa nature toute particulière, survit à la destruction du corps terrestre, parce que, le corps n’étant pour rien dans son mode d’existence, elle subsiste par elle-même et par conséquent sans lui. Aussi l’âme, revêtue de la substance corporelle, dissimulée et comme voilée sous la scorie terrestre, s’en dépouille à son profit.
Quand nous disons que l’âme subsiste sans le corps terrestre, nous n’entendons pas qu’elle puisse subsister sans une forme corporelle. S’il en était ainsi, ce serait lui attribuer les qualités de l’ubiquité qui n’appartiennent qu’à Dieu seul. Lorsque nous disons l’âme spirituelle, nous comprenons une spiritualité relative à la matérialité du corps terrestre. Car tout être créé est réalisé dans une forme corporelle, qui est l’expression caractéristique et distinctive de son individu, la limite d’extension de son énergie vitale, limite qu’il ne peut franchir sans perdre sa personnalité, sans être absorbé par l’infini, et par conséquent sans cesser d’exister.
Des philosophes et des savants ont imaginé de loger l'âme dans un lieu déterminé de l’organisme, d’où elle donne l’impulsion à toute la machine. Les uns ont placé son siège dans le cœur, les autres dans l’encéphale, dans la moelle allongée, d’autres dans le corps calleux. Descartes la plaçait dans la glande pinéale.
La localisation de l’âme est inadmissible parce qu’elle l'avale l’âme au rôle d’organe central, ou qu’elle en fait une sorte d’archée locale, et aussi parce que cette localisation de l’âme est incompatible avec la nature essentiellement active et expansive de l’âme, qui, par son mode d’être et par scs facultés, est absolument indépendante des organes corporels. En conséquence, elle 11e peut subir la sujétion du corps ma-
lériel au point cl’ôtre circonscrite et comme emprisonnée dans la limite d’un organe quelconque ; et, en vertu cle sa nature subtile et rayonnante, elle est présente dans toutes les parties du corps, qu’elle pénètre et enveloppe en tous sens.
L’âme n’est pas plus localisée sur un point du corps que la main du musicien ne demeure fixée sur une seule corde ou sur une seule touche de l’instrument sur lequel il joue ; mais selon l’effet musical et le sentiment qu’il veut produire, il transporte librement sa main sur ‘les diverses cordes ou octaves qui composent l’instrument. Lame agit avec la même liberté sur l’instrument corporel. Car l’ensemble organique du corps humain est composé de telle façon qu’il forme un admirable clavier passionnel qui résonne à toutes les notes de l’âme humaine. Clavier merveilleusement expressif, dont les centres, le céphalique, le thoracique et l’abdominal, constituent la triade harmonique; de sorte que, selon le sentiment qu’elle veut manifester, l’âme agit sur le centre passionnel propre à effectuera passion ou l’impression qu’elle éprouve.
Aucun de ces centres n’est la résidence particulière de l'âme, qui, n’étant sujette à aucune localisation, rayonne dans tout le corps, qu’elle illumine et vivifie. L’âme, étant indivisible, est présente dans toutes les parties du corps, et elle est tout entière dans chacune de ses manifestations, sous une modalité différente. Selon le sentiment, le désir ou le besoin qu’elle veut manifester, elle agit tantôt sur le clavier intellectuel, tantôt sur le clavier sensitif, tantôt sur le clavier instinctif.
En s’observant attentivement soi-même, et il n’est certainement pas besoin d’èlre philosophe pour cela, on demeure fermement convaincu que l’on possède en soi deux natures essentiellement distinctes : l’une spirituelle, l’autre matérielle; natures qui, tout en formant par leur association l’unité individuelle, diffèrent par leurs aspirations, par leurs désirs, par leurs besoins, par leurs jouissances, et enfin par traité de la physionomie humaine. 3
leur mode d’être. L’association de ces deux natures si dissemblables forme un singulier contraste individuel, que chacun de nous est à même d’expérimenter par ses luttes intérieures ; conséquences fatales des tendances contradictoires des deux natures qui constituent notre étrange individualité.
En effet, quoi de plus étonnant que cette alliance de l’esprit à l’animalité; que cet être double qui constitue la merveilleuse personnalité humaine ? Le Créateur pouvait-il réaliser une conception. plus prodigieuse que l’union de l’àme au corps matériel, qui établit une double vie dans l’homme, l’une spirituelle, l’autre matérielle? Mais cette association ne pouvait être que temporaire, à cause même des natures dissemblables et contraires qui la composaient ; l’âme étant d’origine céleste et le corps d’origine terrestre, leur union toute passagère devait nécessairement se dissoudre. L’àme jouissant du privilège de l’immortalité, le corps d’une vie périssable, le terme final de leur union était marqué par la destruction du corps terrestre.
Cette liaison de l’âme avec le corps matériel n’est pas une cause de félicité pour elle, tout au contraire. Le séjour de l’âme dans cette fragile demeure terrestre n’altère certainement pas sa nature, mais il la contrarie; les limites corporelles l’enserrent et compriment sa puissance d’expansivité. Elle est comme gênée et repliée sur elle-même dans cette étroite prison corporelle. De là ces tristesses intérieures, ces impatiences, ces irritations, ce trouble mystérieux et intime qui nous inquiète, nous agite, et qui souvent nous inspire le désir de la mort. Ah ! c’est que nous sentons instinctivement que cette existence terrestre, fragile et infortunée, n’est qu’une étape dans l’accomplissement de notre immortelle destinée; etqu’après notre séjour d’épreuve dans cette sombre vallée de larmes ctde deuil, purifiés et dépouillés de la scorie terrestre, nous jouirons dons un monde supérieur, ineffable, d’une éternelle félicité!
Tandis que le corps terrestre, subjugué par les exigences
de la vie animale, ne cherche que la satisfaction de ses grossiers instincts, ne vit que de sensations exclusivement matérielles, et n’apprécie rien au delà de la portée des sens; l’àme, ravie, et comme suspendue sur la limite corporelle, contemple les horizons successifs, immenses et sans bornes des cieux; et dans leur immensité elle perçoit l’infini, ce principe de toutes choses, sans commencement et sans fin. Puissance formidable, mystérieuse et incompréhensible, qui se révèle à nous par la raison ; que nous ne pouvons apercevoir, mais dont nous concevons l’existence nécessaire et dont l’idée se présente sans cesse à nous, parce qu’elle est partout autour de nous : dans l’immensité des cieux; dans la succession du temps; dans la division atomique et moléculaire; enfin, dans toute la création. Cet inconnu mystérieux et gigantesque nous cause un vague et secret effroi, parce que nous craignons d’être absorbés par cette immensité qui nous enveloppe, et dont la suprême grandeur confond notre raison. Nous sentons la nécessité de cet infini, mais nous ne pouvons ni le saisir ni le définir, parce que notre esprit, embarrassé par la matière, est gêné dans ses opérations; de sorte que les élans de notre âme vers cet inconnu nébuleux qui l'attire sont sans cesse entravés et refoulés par les instincts grossiers du corps, qui la retient captive dans le cercle étroit et matériel des exigences de la vie terrestre.
L’ardent désir que nous avons de la perpétuité de notre être est le fait même du sentiment de notre immortalité, qui, étant inné en nous, se révèle dans nos plus vives aspirations, et nous domine si puissamment que nous éprouvons quelque peine à nous persuader que celte vie terrestre, si malheureuse qu’elle soit, doive avoir un terme. Aussi, quel effort ne faut-il pas faire sur soi-même pour envisager la mort avec calme, pour la subir avec une entière résignation. Ah ! c’est que la mort est pour l’homme la plus poignante et la plus humiliante déception. Elle ruine ses projets, ses rêves d’avenir et ses plus douces illusions. Elle brise ses plus
chères et ses plus tendres affections en le séparant impitoyablement de ceux qu’il aime.... Enfin, elle ébranle sa foi dans la perpétuité de son être. Nous la haïssons parce qu’elle nous semble en contradiction avec nos aspirations vers l’infini et nous paraît une insulte à notre immortalité. Mais si nous ne nous laissions pas tromper par les apparences hideuses et repoussantes qu’elle revêt, au lieu de nous apparaître enveloppée des nuées ténébreuses du sépulcre, nous la verrions entourée de 1 auréole lumineuse de la vie. Alors nous comprendrions que loin d’être noire ennemie, elle est notre libératrice, parce qu’en nous délivrant des liens de ce corps périssable, elle nous ouvre la porte de l’immortalité.
DES MODIFICATIONS PIIYSIONOMIQUES
Les plus notables modifications que peut subir la physionomie, soit dans un sens favorable, soit dans un sens défavorable, reconnaissent pour causes les vertus, les passions et les vices. En effet, sous l’empire d’une pratique constante de la sagesse et de la vertu, la figure humaine revêt le cachet du calme, du repos et de la sérénité, et acquiert une expression de béatitude et de parfaite harmonie qui constitue un genre de beauté tout particulier. Au contraire, sous 1’influence des passions et des vices, la physionomie se crispe, se contracte et s’altère; les traits troublés dans leur harmonie prennent et conservent certains tics expressifs qui, aux yeux de l’observateur profond et sagace, indiquent le trouble de faine et les perturbations morbides qui ravagent le moral.
Mais ces changements sont partiels et non radicaux ; la physionomie se trouve modifiée dans quelques parties, sans que l’ensemble, c’est-à-dire le type, en soit altéré; aucune influence n’ayant lepouvoirde changer le typepriinogénilifde l’individu. Unesemblable transformation ne pourrait s’obtenir
que par une reconstruction de la charpente osseuse de la face, La forme typique éprouve, il est vrai, d’importantes modifications, voire même une complète transformation, en se transmettant de famille en famille par la voie de générations successives; mais c'est là l’œuvre du temps et dos siècles et non pas celle de transitions subites; la nature a coutume d’opérer régulièrement et par degrés, je dirai même qu’elle opère mathématiquement, par voie d’analogie, et non point par caprice. Ainsi un type carré pourra bien, après des évolutions ou des transmissions séculaires, se transformer en ovale; c’est pourquoi tel moule corporel ou type de famille ne se trouve que très lentement modifié, et jamais entièrement transformé au point d’être méconnaissable ; si ce n’est après des croisements de races successifs et à la suite de longs siècles. La nature est profondément géomètre; toutes ses opérations sont fondées sur la géométrie et sur les nombres; dans toutes ses créations, elle opère géométriquement et mathématiquement; jamais elle ne compose un type dont toutes les parties ne soient en parfait accord.
La face humaine contient en elle toutes les figures géométriques; celui qui observe très attentivement et qui sait lire le langage de la nature les découvre sans trop de peine. Le type facial détermine la forme du corps; si le type est carré, tout sera carré; s’il est rond, tout sera rond, et ainsi de suite; car tout trouble dans l’harmonie générale constitue du désordre et de la difformité engendrés par une cause anormale et perturbatrice.
L’homme peut agir librement dans la sphère d’activité individuelle où s’exécutent les évolutions de ses facultés intellectuelles, de ses sensations, de scs vertus et de ses passions; mais il ne peut franchir les limites de sa sphère sans se fausser, sans cesser d’être lui-même; aussi tous les changements qui arrivent à son corps sont-ils analogues à la nature de son individualité et au caractère particulier qui lui est échu, de sorte qu’il ne peut changer qu’à sa ma-
nière: chez lui, 'tout a un caractère original qui forme le cachet de son individualité, et qui sert à établir un signe distinctif entre lui et un autre.