DE LA DEUXIÈME ÉDITION
Je public aujourd'hui la deuxième édition d’un livre qui, en 1841, a reçu de mes confrères un accueil des plus bienveillants et qui fut honoré des plus illustres suffrages (1). f,es témoignages furent pour mes débuts un puissant stimulant, aussi je tiens avant tout à exprimer ma gratitude à ceux qui voulurent bien encourager mes premiers efforts.
Revoir mon ouvrage avec le plus grand soin et avec celte disposition d’esprit que la Bruyère recommande (2), le refaire en très-grande partie, combler des lacunes qu’on y remarquait, telle est la lâche que je me suis imposée afin de pouvoir espéreç qu’on accordera à ce nouveau travail la même faveur qu’à son aîné. J’ai respecté, dans celte deuxième édition, le
(1) En 1841, l’Académie des sciences accordai cet ouvrage une récompense de 2000 francs, et en 1844 l’Académie de médecine lui décerna le prix triennal fondé par Itard, en laveur du meilleur livre de médecine pratique.
(2) «Tout écrivain doit se mettre à la place de ses lecteurs, et examiner son propre ouvrage comme quelque chose qui lui est nouveau, qu’il lit pour la première fois, où il n’a nulle part et que l’auteur aurait soumis à sa critique, et se persuader ensuite qu’on n’est pas entendu seulement à cause que l’on s'entend soi-même, mais parce qu’on est en effet intelligible. » ( Les Caractères, chap 1, Ouvrages de l'esprit.)
VIII AVANT-PROPOS de la deuxième édition.
plan primitif de mon ouvrage. Ayant fait l’histoire de la pneumonie d’après l’analyse rigoureuse de 373 observations particulières (1), croyant être resté fidèle àce précepte de Zimmermann, qui veut qu’on dise ce qu’on a vu et comment on l’a vu (2), je n’ai pu modifier aucun des résultats que j’indiquais, puisqu’ils étaient l’expression exacte de ce que j’avais observé. Cependant, chemin faisant, j’ai rencontré des opinions nouvelles qui ont surgi, des doctrines qui se sont produites et qui, par conséquent, ont dù être discutées et jugées. Autant que je l’ai pu, j’ai tenté de le faire avec les observations recueillies il y a vingt-cinq ans ; c’était de la sorte donner peut-être à mes appréciations un caractère d’impartialité plus complète. Pour les problèmes que les faits antérieurs étaient impuissants à résoudre, je possédais en réserve près de 300 observations nouvelles, recueillies pour la plupart avec le môme soin que les premières, et qui m’ont permis de répondre à des questions passées autrefois sous silence ou incomplètement étudiées. J’ai bien souvent regretté de ne pas en posséder davantage encore, je n’eusse pas laissé à l’avenir et à d’autres peut-être l’honneur de trancher certaines difficultés, d'apprécier, déjuger surtout certaines médications.
On voit qu’ aujourd’hui , comme autrefois, je n’appartiens pas à l’école de ces superbes qui méprisent les faits et qui trouvent d’ailleurs que la science en est encombrée. Cette exubérance est imaginaire, elle n’existera jamais pour ceux qui ne se payent pas de mots, mais qui cherchent cà savoir les choses; pour ceux qui, amis, mais amis éclairés de l’induction, condition essentielle de progrès, veulent cependant que dans les sciences, et dans la médecine en particulier, la réalité des
(1) Ces 373 observations sc divisent en deux groupes : 304 sont des exemples de pneumonies primitives ; 69 appartiennent à des pneumonies secondaires.
(2) Traite de l’expérience, chap. ni, t. 1. Paris, 1774, p. 247.