‹ Traité de la pneumonieChapitre 118 sur 157 · AGE · texte numérisé non relu

AGE

grand nombre de circonstances, que les personnes qui, vouées aux études cliniques, ont pu apprécier toutes ces difficultés, nous sauront gré d’avoir réuni fous les éléments sur lesquels on pourra fonder le pronostic de la pneumonie. Ce sera ensuite à la sagacité du praticien à discerner dans chaque cas en particulier, les circonstances qui doivent prédominer dans le jugement qu’il faut porter sur l’issue probable de l’affection. La science du pronostic est peutêtre la partie de la pathologie qui olfre le plus de vague et d’incertitude ; elle est en effet, surtout pour la pneumonie, presque entièrement basée sur quelques aphorismes qui ont traversé la série des âges, protégés par le respect qu’on a toujours eu pour les vieilles traditions. Loin d’accepter ces sortes d 'adages comme des vérités démontrées, je les ai considérés comme des assertions que j’ai voulu soumettre à.la critique et dont j’ai cherché à apprécier la valeur, en les étudiant à l’aide de la méthode rigoureuse qui nous a servi jusqu’à présent à résoudre toutes les questions qui se sont présentées.

La considération de l’âge des sujets est un des principaux éléments sur lesquels repose le pronostic de la pneumonie. Suivant cette affection dans les différents âges de la vie, depuis la naissance jusqu’à la plus extrême vieillesse, et en n’ayant égard qu’aux cas de pneumonies primitives , voici ce qu’on observe. Dans la première enfance et chez les nouveau-nés en particulier, la pneumonie est une affection excessivement grave ; si même on se fondait exclusivement sur les résultats obtenus à l’hospice des Enfants trouvés de Paris, on pourrait dire que chez les sujets de cet âge la pneumonie est une maladie presque nécessairement mortelle , puisque tous les petits malades vus par Valleix ont succombé; un seul de ceux que M. Vernois a observés a guéri. Cependant, hâlonsmous de dire qu’on ne doit pas attribuer à la pneumonie seulement une mortalité aussi effrayante. Les conditions fâcheuses dans lesquelles se trouvent ces malheureux enfants, qui font que les pueumonies dont ils sont atteints peuvent être considérées plutôt comme secondaires que comme primitives, les complications nombreuses qu’elles présentent et l'insuffisance des soins, expliquent ces douloureux résultats. La pneumonie est certainement moins meurtrière chez les nouveau-nés qui sont traités dans la pratique particulière.

Nous ne possédons aucun relevé sur le mode de terminaison le plus fréquent de la pneumonie chez les enfants, depuis l’âge de

§ 1er. — Age.

PRONOSTIC

cinq ou six mois jusqu’à trois nns. Ayant tenu note de treize pneumonies lobaires observées à cette période de l’existence, j’ai constaté une mortalité de 9 sur 13. Je veux bien croire que ce ne soit point dans cette énorme proportion que succombent les jeunes sujets, cependant j’ai peine à admettre que la pneumonie soit jamais à cet âge une affection presque sans danger, comme quelques personnes essayent de le faire admettre aujourd’hui. Plus tard et au delà de quatre ou cinq ans, la pneumonie devient une affection presque bénigne , ne se terminant que très-exceptionnellement d’une manière funeste. C’est ainsi que sur quarante enfants, âgés de six à douze ans, observés par MM. Rufz et Gerhard, un seul a succombé; M. Barthez, dans une communication qu’il a faite à l’Académie de médecine, dit aussi que sur 212 enfants, âgés de deux à quinze ans, qui furent atteints de pneumonie primitive, 2 seulement succombèrent (1). Ce peu de gravité de la pneumonie se remarque également entre seize et trente ans, puisque sur 116 individus de cet âge, 8 seulement succombèrent : la mortalité s’est donc élevée à peine à un quatorzième chez les sujets de cette période. Il n’en est plus ainsi dans les âges suivants. Il est constant que la pneumonie fait proportionnellement d’autant plus de victimes qu’elle atteint des personnes plus âgées. C’est ainsi que la mortalité chez les individus compris entre trente et quarante ans a été un peu au-dessous d’un septième, tandis qu’elle s’est élevée au sixième chez ceux de quarante à cinquante; elle a été d’un cinquième chez les sujets compris entre cinquante et soixante; de soixante à soixante-dix la mortalité n’a pas, il est vrai, atteint le sixième; mais au-dessus de soixante-dix ans les huit dixièmes des sujets ont succombé.

On pourrait donc établir, d’après ce qui précède, que la mortalité est en général d’autant plus grande, et que le pronostic doit être par conséquent d’autant plus fâcheux, que les individus sont arrivés à une période plus avancée de la vie. Une seule exception a existé pour les sujets de soixante à soixante-dix ans, dont la mortalité a été moindre que chez ceux compris entre quarante et soixante. Si je n’avais consulté que les faits recueillis dans les années 1835, 1836, 1837 et 1839, j’aurais fixé à un cinquième le chiffre de la mortalité chez les sujets parvenus à cet âge ; mais des résultats plus heureux obtenus pendant un an dans le service qui m’était confié, et qui ont tenu soit au traitement employé, soit peut-être plus encore à la constitution régnante, ont modifié les

(1) Bulletin de l’Académie de médecine, 8 aVril 1862, t. XXVII, p. 676.

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