‹ Traité de la pneumonieChapitre 119 sur 157 · AGE · texte numérisé non relu

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chiffres. Toutefois, malgré cette anomalie, je n’en persiste pas moins à penser que la pneumonie est une maladie dont la gravité va toujours et à peu près uniformément croissant au-dessus de trente ans. Après soixante-dix ans, elle est le plus souvent mortelle; cependant elle peut avoir une heureuse issue chez des vieillards de l’âge le plus avancé. On a vu, en effet, la pneumonie guérir chez des personnes qui comptaient plus de quatre-vingts ans , mais ce sont là des faits très-exceptionnels, qui peuvent bien nous empêcher de désespérer tout à fait lorsque nous sommes en présence de cas analogues, mais qui sont insuffisants néanmoins pour nous inspirer une grande confiance.

Hourmann et M. Dechambre, qui n’ont pas donné de statistique dans leurs travaux, se contentent de dire qu’à l’hospice de la Salpêtrière la terminaison delà pneumonie par la mort est d’une fréquence vraiment effrayante (1) ; c’est ce qui m’a été également affirmé par Dalmas, ancien médecin de cet établissement, qui a essayé de toutes les méthodes, usé de toutes les formules, sans arriver à des résultats meilleurs. Pour se faire une idée de la grande mortalité que la pneumonie produit chaque année dans nos deux hospices de vieillards, Bicêtre et la Salpêtrière, il me suffira de dire que sur 129 pneumonies traitées dans ces deux établissements par Prus, chez des sujets ayant de soixante à quatrevingt-dix ans, 77, c’est-à-dire les trois cinquièmes environ, se sont terminées par la mort (2). Les relevés que Chomel donnait chaque année dans les comptes rendus de sa clinique, ceux que j’ai obtenus de l’analyse des faits consignés dans l’ouvrage de Leroux (3), confirment pleinement tout ce que je viens de dire sur l’influence des âges. Ces résultats semblent être les mêmes dans tous les pays, pour les faits qu’on observe dans les hôpitaux comme pour ceux de la pratique privée ; c’est ainsi que sur soixante-trois pneumo-

(1) Archives générales de médecine, 2° série, t. XII, p. 186.

(2) Recherches sur les maladies de la vieillesse ( Mémoires de l'Acad. do méd. Paris, 1840, t. VIII, p. 13).

(3) L’analyse des faits consignés dans le Cours sur les généralités de la médecine, par J. J. Leroux, t. VI, donne :

De 13 à 30 ans, 182 malades, dont 17 morts.

Total des malades.

Total. 85 morts.

PRONOSTIC

nies, qui, en 1837, se sont terminées d’une manière funeste à Genève et dans sa banlieue,

7 ont été observéees chez des sujets âgés de moins d’un an.

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Ainsi, plus de la moitié des individus dépassaient cinquante ans, tandis que la longue période de dix à quarante ans ne comptait que cinq décès, moins d’un douzième (1). On verra plus tard combien la connaissance de l’influence de l’âge nous sera utile pour apprécier certains succès thérapeutiques.

En résumé, l’âge seul des malades est un élément important pour établir le pronostic de la pneumonie. Legendre n’attribuait pourtant à l’âge qu’une influence indirecte (2). Ce regrettable observateur disait que si la pneumonie était plus souvent fatale aux deux extrêmes de la vie, c’était parce que, à ces deux époques, les pneumonies franches seraient rares, tandis qu’on observerait surtout alors la forme catarrhale ou la broncho-pneumonie; l’âge n’influerait donc, d’après lui, sur le pronostic de l’affection que par l’action qu’il exercerait lui-même sur la nature de la pneumonie. Tout en reconnaissant sans peine l’influence de l’âge sur la forme anatomique, il n’est pas possible pourtant, en ne comparant entre elles que les pneumonies lobaires, franches, primitives, de douter que la mortalité ne soit pas très-différente suivant l’époque de la vie à laquelle les individus sont parvenus. Pour peu qu’on ait observé avec soin pendant quelques années, on trouvera en effet très-aisément qu’il n’est pas indifférent d’avoir une pneumonie lobaire franche pour l’enfance avant deux ou trois ans ou bien au delà de cet âge. Quelle différence aussi n’y a-t-il pas pour la mortalité si l’on étudie la pneumonie chez des sujets encore jeunes, si l’on compare, par exemple, des individus de dix-huit à trente ans à ceux compris entre quarante et cinquante! Combien

(1) Marc D’Espine, Annales d’hyg. et demcd. lèg., 1840, t. XXIII, p. 50,

(2) Archives générales de médecine, année 1859, p° de septembre.

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