CONCLUSION GÉNÉRALE SUR LE TRAITEMENT DE LA PNEUMONIE
D’après les nombreux détails dans lesquels je viens d’entrer, le lecteur a pu se convaincre que le traitement de la pneumonie doit varier suivant une foule de circonstances; qu’il n’y a aucune méthode qui soit indistinctement applicable à tous les cas, et qu’on ne peut déterminer d’avance ni le choix du remède, ni surtout les limites dans lesquelles on doit l'employer. Nous nous sommes convaincu que, quoique l’altération matérielle qui constitue la pneumonie anatomiquement, lut presque toujours identiquement la même, cependant la physionomie extérieure ou symptomatique de la maladie pouvait être très-différente, et devenir secondairement la source d’indications positives auxquelles un médecin habile devait se bâter d’obéir. Nous avons prouvé que quelquefois, surtout sous l’inlluence de certaines constitutions médicales ou dans les temps d’épidémies, l’homme de l’art devait moins se préoccuper de la nature inflammatoire de la maladie, qui semblerait réclamer l’emploi des antiphlogistiques, que de certains phénomènes sympathiques du côté des organes digestifs, ou du côté du système nerveux. Ceux-ci, en effet, peuvent imprimer à la maladie un cachet particulier, je dirais presque volontiers une autre nature; ils réclament impérieusement une médication spéciale, et ce n’est qu’en combattant cet élément nouveau, qu’on pourrait croire accessoire, mais qui prédomine alors, qu’on parvient à conduire la maladie vers une heureuse solution. C’est ce que nous, avons remarqué en particulier pour les pneumonies bilieuses, ainsi que pour les pneumonies typhoïdes ; preuve nouvelle de la nécessité qu’il y a, en médecine pratique, de ne pas considérer comme identiques, et de traiter toujours par les mêmes moyens, des maladies dans lesquelles les seules altérations visibles sont des lésions semblables au point de vue anatomique. C’est l’état général qui doit être la source des indications principales, et c’est d’après cette considération surtout que peut être déterminée l’opportunité des remèdes.
J’ai exposé dans quelles pneumonies et dans quelles limites on pouvait adopter l’expectation, érigée dans ces derniers temps en méthode presque exclusive; j’ai étudié la valeur des documents principaux qu’on a produits et qui ont été acceptés un peu légère-
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ment, même dans notre pays. Je crois qu’aujourd’hui, comme il y a vingt-cinq ans, la saignée et les préparations antimoniales sont les agents thérapeutiques qui conviennent encore au plus grand nombre des pneumonies que nous observons dans ce pays. Nous avons déterminé les cas où ces moyens n’étaient pas applicables, et ceux où l’un d’eux devait être employé à l’exclusion de l’autre. Mais, en général, nous avons reconnu que les succès les plus nombreux avaient été obtenus lorsqu’on avait su combiner à propos les deux méthodes. Nous avons dit qu’il fallait saigner quelquefois très-largement, afin de faire perdre au pouls sa dureté et sa résistance, et que c’était alors seulement qu’on devait recourir à l’émétique à haute dose. On voit, en définitive, que si nous avons adopté plus spécialement certaines méthodes, nous n’en avons exclu aucune; nous avons saigné peu ou beaucoup, nous avons tiré à quelques malades plus de U kilogrammes de sang, tandis que d’autres en ont à peine perdu 187 grammes; chez quelques-uns même nous nous sommes abstenu tout à fait d’émissions sanguines. Nous avons fait observer que les cas qui nécessitent des saignées peu copieuses, ou pour lesquels même ces moyens semblent être contre-indiqués, sont plus nombreux aujourd’hui qu’autrefois; la constitution médicale est moins inflammatoire qu’il y a vingt ans; aussi la thérapeutique des phlegmasies a dû être considérablement modifiée. La quantité d’émétique donnée à nos malades, le temps pendant lequel on a administré ce médicament héroïque, ont non moins varié que les saignées qui furent faites. Enfin, il est des cas dans lesquels nous avons renoncé à la fois aux saignées et aux contre-stimulants pour insister sur les évacuants, sur les anlipériodiques, sur les toniques, sur les excitants, lorsque des indications spéciales nous en faisaient un devoir. En un mot, nous avons suivi une méthode rationnelle, c’est-à-dire que nous nous sommes efforcé de modifier le traitement selon la forme et la période de la maladie, et que nous avons fait la part des exigences qui provenaient des conditions individuelles, et de celles qui dépendaient des constitutions médicales.
En suivant les règles que nous avons exposées, nous avons vu que, sur les 30û malades atteints de pneumonie primitive dont les observations ont été analysées dans ce livre et qui avaient en moyenne trente-huit ans, ù3 ont succombé; ce qui donne une mortalité un peu moindre d’un septième. Toutefois je dois rappeler que pour apprécier à sa juste valeur l’efficacité du traitement qui fut suivi, il faudrait retrancher du total les 11 malades qui ont guéri par les émollients seuls, et peut-être même les 13 qui
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ayant été Saignés, n’avaient eu qu’une de ces pneumonies bénignes qui, cédant aisément à toute espèce de médication, ne peuvent par conséquent prouver l’efficacité d’aucune d’elles. Cette défalcation faite élèverait la mortalité à plus d’un septième dans le premier cas, à un sur six et demi dans le second ; résultat qu’il ne faut pas juger uniquement d’après le chiffre brut, mais on doit tenir compte des conditions plus ou moins fâcheuses dans lesquelles se trouvaient nos malades. Si l’on considère, en effet, le grand nombre de pneumonies graves que nous avons eues en partage, le nombre relativement considérable de femmes et d’individus âgés, on reconnaîtra que la proportion des décès n’a pas été excessive.
Je prie le lecteur de remarquer que le chiffre que je viens de donner exprime le résultat obtenu d’après la réunion de tous les faits indistinctement ; mais on sait que beaucoup de nos malades ont été traités d’après des méthodes que je conseille de ne pas suivre du moins habituellement. C’est ainsi que kk ont pris le tartre stibié sans saignées préalables; chez 30, on administra l’émétique après avoir épuisé la possibilité de saigner, ce qui est extrêmement désavantageux ; chez 17 on donna l’oxyde blanc d’antimoine dont l’efficacité est fort contestable. Il n’y eut réellement que 80 malades chez lesquels on ait suivi la méthode que je crois la meilleure, celle qu’on peut employer le plus souvent avec avantage; elle consiste à saigner plus ou moins largement, de manière à faire tomber la dureté et la résistance du pouls, puis à donner l’émétique avant d’avoir épuisé tout à fait la possibilité de saigner. Je veux que l’on combine les saignées générales et les saignées locales, car celles-ci enlèvent plus rapidement que les premières la douleur de côté. Les malades chez lesquels on a suivi ce mode de traitement n’ont donné qu’une mortalité d’un huitième ; résultat très-favorable. C’est donc avec confiance que je conseille cette médication, toutes les fois que les conditions individuelles ou de constitution médicale le permettront. Mais, je le répète encore, il ne saurait y avoir pour la pneumonie de médication exclusive; j’admets seulement que le traitement par les saignées et par l’émétique est celui qui convient au plus grand nombre des cas. Les règles que j’ai recommandées de suivre ont d’ailleurs reçu depuis mon premier travail une consécration nouvelle. Ayant tenu une note exacte des pneumonies au nombre de 269, que j’ai traitées moimême, de 18â2 à 1850, d’après les principes que je cherche à faire prévaloir, j’ai obtenu la guérison des sept huitièmes, bien que l’âge moyen dépassât un peu quarante ans. Je terminerai donc ces nouvelles études , comme je l’avais fait déjà la pre-
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mière fois, en disant, avec Sydenham, qué le traitement que je conseille est celui que je voudrais me voir appliquer si j’étais atteint actuellement de la maladie dont je viens de tracer l’histoire.