CAUSES PRÉDISPOSANTES. — CONDITIONS SOCIALES
habitant Philadelphie, qui en aurait subi vingt-huit attaques consécutives (1).
Non-seulement la pneumonie a delà tendance à sévir de nouveau sur un individu qu’elle a affecté une première fois; mais, ce qu’il y a de remarquable, c’est que dans les récidives qui ont lieu, l'inflammation occupe de préférence le poumon primitivement atteint. J’ai pu , chez 35 malades , préciser , je crois , assez exactement le côté de la poitrine que les pneumonies avaient occupé dans les attaques antérieures. Pour l’établir, j’avais égard au siège de la douleur et aux traces qu’avaient laissées sur tel ou tel point du thorax les sangsues, les ventouses ou les vésicatoires qu’on avait employés généralement dans le traitement de ces phlegmasies. Ainsi, sur les 35 malades dont je parle, 25 fois la pneumonie sévissait toujours sur le même poumon ; chez les 10 autres, l’inflammation changea de côté dans les récidives qui eurent lieu. La pneumonie a récidivé a gauche plus souvent qu’à droite, et cela dans la proportion de 16 à 9, différence plus considérable encore que ces chiffres ne l’indiquent, si l’on se rappelle la prédominance des pneumonies droites sur les pneumonies gauches. Ce résultat me porterait donc à croire que les récidives sont plus communes pour celles-ci que pour les phlegmasies qui occupent le poumon droit. Mais je n’établis cela que comme une présomption ; pour qu'il y eût démonstration à ce sujet, je voudrais posséder un nombre de faits beaucoup plus considérable.
N’ayant pas observé les malades dans leurs premières attaques de pneumonie, je ne puis décider si le siège occupé par la pldegmasie a rendu les récidives plus ou moins fréquentes. M. Briquet (2) pense que celles-ci sont plus communes après les pneumonies du sommet qu’après celles qui ont envahi les autres portions du viscère. C’est ainsi que sur 18 cas de pneumonie du lobe supérieur, il s’est trouvé 5 sujets qui ont eu des récidives, tandis qu’il ne s’en est présenté que il sur 64 cas de pneumonie de la base. Je crains que M. Briquet n’ait ici fait erreur, et n’ait confondu la récidive d’une maladie avec la simple rechute ; il serait en effet très-extraordinaire qu’un aussi grand nombre de malades que ce médecin aurait guéris d’une première pneumonie, fussent revenus dans le même service poui les récidives qu ils auraient éprouvées plus ou moins longtemps après. Cest précisément parce que les malades qu’on a guéris une première fois nous reviennent rarement pour les récidives qu’ils éprouvent une ou plusieurs années plus tard, qu’il est
(1) Cyclop. ofpracl. med., t. III, p. 406.
(2) Archives gén. de médecine, 3e série, t. VII, p. 481.
110 ÉTIOLOGIE.
à peu près impossible dedéterminer d’après la pratiquedes hôpitaux, si le siège que la pneumonie a occupé dans une première attaque exerce quelque influence sur le nombre des récidives et sur la rapidité avec laquelle elles s’effectuent.
§ 6. — Conditions sociales.
. La pneumonie est une maladie qui, chaque année, fait périr un grand nombre d’individus appartenant à toutes les conditions sociales. La science ne possède encore aucun renseignement un peu précis pour pouvoir comparer le degré de fréquence de la maladie dans la classe aisée et chez les individus pauvres. Il est probable, cependant, que, comme la plupart des maladies auxquelles l’espèce humaine est sujette, la pneumonie doit se montrer plus fréquemment dans la classe indigente et produire aussi chez elle une plus grande mortalité.
Mais, à défaut de preuves directes qui nous manquent, je puis invoquer à l’appui de l’opinion que je viens d’émettre, les résultats obtenus par les médecins anglais sur les officiers et les soldats de leur nation qui servent dans les colonies de la Méditerranée et de l’Amérique. En comparant la fréquence de la pneumonie chez l’officier et chez le soldat, on trouve que chez les premiers la maladie est deux ou trois fois moins fréquente que chez les seconds. Si, en effet, la proportion des pneumonies ou des maladies aiguës graves de poitrine, observées dans les stations de la Méditerranée, varie de 32 à l\ 2 par chaque 1000 hommes de troupes, elle n’est que de \k 1/10 chez le même nombre d’officiers. Les observations faites dans le Canada ont donné le même résultat, puisque si, pour 1000 soldats, on observe ki pneumonies dans le haut et le bas Canada, un nombre égal d’officiers n’en fournit pour les deux provinces que 10 6/10.
Une si grande différence s’explique très-naturellement par les conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvent les deux classes d’individus que nous comparons. Le soldat, qui peut représenter ici la classe pauvre de la société, fait les travaux les plus rudes; il est davantage exposé aux intempéries de l’air; sa nourriture est plus grossière, c’est lui que les privations de toute sorte atteignent le plus souvent, et la discipline ne l’empêche pas de se livrer à tous les excès et surtout à l’ivrognerie. L’officier, au contraire, mieux nourri, mieux logé, mieux vêtu et généralement plus sobre, doit à cep circonstances plus favorables d’être affecté moins souvent de pneumonie. Les soldats sont frappés en d’autant plus grand nombre et la maladie sévit chez eux avec d’autant plus de rigueur que les