CAUSES PRÉDISPOSANTES. — PNEUMONIES ANTÉRIEURES
dont le thorax est déformé, sont plus sujets à la pneumonie que ceux dont la poitrine est régulièrement conformée. E. Home (1) regarde aussi la même affection comme étant plus commune chez les personnes dont la poitrine est étroite. 11 semblait, en effet, trèsrationnel de supposer que des poumons sans cesse comprimés dans un thorax trop étroit et empêchés dans leur expansion, dussent s’enflammer d’autant plus facilement, que chez la plupart des bossus ces organes sont le siège habituel d’une stase sanguine plus ou moins considérable. Cependant l’observation clinique ne confirme point les présomptions que l’on pouvait avoir d’après l’examen anatomique des thorax rachitiques. Sur vingt-huit bossus de vingt à soixante-quinze ans, dont la plupart avaient dépassé trente-cinq ans, et sur les antécédents desquels j’ai pu me procurer des renseignements positifs, j’ai constaté qu’aucun d’eux n’avait éprouvé antérieurement des symptômes de pneumonie; et cependant chez tous, les poumons étaient gênés dans leur action; il y avait une dyspnée habituelle; la plupart étaient affectés de bronchite chronique et d’emphysème pulmonaire; enfin, chez un quart, la figure et les extrémités des membres offraient une couleur bleuâtre habituelle, et plusieurs fois leur vie avait été mise en péril par suite d’accidents asphyxiques. Je tiens aussi de M. Bouvier que la pneumonie est une maladie qu’on peut considérer comme rare chez les bossus. On doit donc conclure que l’opinion de Quarin n’a aucun fondement. Je ne prétends parler que des pneumonies primitives; il n’en est pas de même des pneumonies secondaires, qui, par contre, semblent plus fréquentes chez les bossus. C’est ainsi que sur 2â rachitiques morts de maladies diverses, 16, ou les deux tiers, présentèrent des traces de pneumonie, et chez la moitié, cette phlegmasie devait être considérée comme la cause de la mort.
§ 5. — Pneumonies antérieures.
Il est des maladies qui récidivent fréquemment , aussi une première attaque constitue-t-elle alors une véritable prédisposition pour être atteint de nouveau ; tel est le rhumatisme articulaire, telles sont les affections érysipélateuses, et, en particulier, l’érysipèle de la face, etc. J’ai dû rechercher s’il en était de même pour la pneumonie. J’ai interrogé les malades avec soin sur leurs antécédents; j’ai surtout insisté auprès d’eux pour savoir si, à une époque quelconque de leur vie passée, ils avaient été frappés de pneumonie. Lorsque leur réponse était affirmative, je ne m’en tenais point à
(1) Prinçipia médecin ., p. 130.
ÉTIOLOGIE.
cette première déclaration; mais avant d’enregistrer le fait comme exact, il fallait que les malades pussent m’indiquer les principaux symptômes qui pouvaient caractériser l’affection ; j’insistais surtout sur la douleur de côté, sur la lièvre, les crachats, la durée de la maladie et le traitement par lequel on l’avait combattue. S’il m’était impossible de vérifier, pour ainsi dire, par moi-même l’exactitude du diagnostic, je considérais le fait comme non avenu.
En procédant avec ces précautions, voici ce que j’ai appris. Sur 175 malades interrogés comme il vient d’être dit, j’en ai trouvé 54 qui avaient éprouvé à une époque déjà plus ou moins éloignée plusieurs des symptômes d’une pneumonie suffisamment caractérisée. Les récidives ont eu lieu en proportion à peu près égale dans l’un et l’autre sexe. Le nombre des récidives a varié, pour chaque individu, de 1 à 8. Les femmes, au moment où je les observais, n’avaient été affectées qu’une seule fois de pneumonie, à l’exception pourtant de deux qui comptaient jusqu’à cinq récidives. Chez un tiers des hommes, au contraire, la pneumonie sè reproduisait déjà pour la troisième, quatrième, cinquième, septième ou huitième fois. Les récidives, moins nombreuses chez la femme que chez l’homme, sont à peu près en rapport avec le nombre moins grand des pneumonies chez les premières. La plupart des récidives ont eu lieu de 30 à 60 ans; en divisant cet espace en trois périodes de dix années chacune, c’est celle de 40 à 50 ans qui en a le moins présenté; les autres en ont offert un nombre à peu près égal. La distance entre chaque récidive a varié entre un mois et vingt ans ; dans la plupart des cas, elle a été de trois à cinq ans. On peut dire qu’en général les intervalles furent d’autant plus courts que les récidives devenaient plus fréquentes. Cependant, chez plusieurs malades, les premières pneumonies se sont succédé à quelques mois ou à un an de distance, tandis qu’il y avait parfois un intervalle de cinq, six ou sept ans, et plus encore, entre la dernière attaque et celle que j’observais. Les faits qui précèdent, démontrent qu’un individu est d’autant plus prédisposé à la pneumonie qu’il en a antérieurement déjà éprouvé un plus grand nombre d’atteintes. 11 est des personnes chez lesquelles cette disposition se reproduit un nombre de fois considérable pendant la vie. Chomel (1) a soigné un malade qui était affecté de pneumonie pour la dixième fois. J. P. Frank (2) a vu un sujet chez lequel l’inflammation pulmonaire se reproduisait pour la onzième fois ; et Rush parle d’un Allemand,
(1) Dictionnaire de médecine, vol. XVII, p. 214.
(2) Interprelationes clinicæ. Obs. selec. Tubinguc, 1812, p. 96.