‹ Traité de la pneumonieChapitre 24 sur 157 · DÉSIGNATION DES TROUPES · texte numérisé non relu

DÉSIGNATION DES TROUPES

Nombre de pneumonies par chaque 1000 hommes de troupes.

Iles Saint-Christophe et Tortola . . .

Idem

Soldats blancs

Id. noirs et pionniers. . .

Id. blancs

Antigoa et Montserrat

Idem

La Dominique

Id. noirs et pionniers. . .

Id. blancs

Idem

Id. noirs et pionniers. . .

Id. blancs

Sainte Lucie

Idem

La Barbade

Id. noirs et pionniers. . .

Id. blancs

Idem

Id. noirs et pionniers. . .

Id. blancs

Ile de Bahamas

Idem

Id. noirs et pionniers. . .

Id. blancs ....

La Jamaïque

Idem

Id. noirs et pionniers...

Id. blancs

Ile Saint-Vincent

Idem

Id. noirs et pionniers...

Id. blancs

Ile Grenade ...

Idem

Id. noirs et pionniers. . .

Id. blancs . . .

Ile Tobago

Idem

Id.. noirs et pionniers. . .

Id. blancs . . .

Trinidad

Idem

Id. noirs et pionniers . . .

Id. blancs . .

Guyane anglaise

Idem

Id, noirs et pionniers. . .

Id. blancs . .

Iles du Vent

Idem

Id. noirs et pionniers. . .

(1) Slatislical report on the Sickness, mortalily and invaliding among the roops in tlie West Indies , p. 4.

ÉTIOLOGIE.

On voit, en parcourant le tableau qui précède, que pour chaque colonie en particulier, et cela à part une petite exception, la pneumonie est beaucoup plus fréquente parmi les soldats noirs que parmi les blancs. N’y aurait-il ici qu’une influence de race? La chose n’est pas probable. Tout en faisant une très-large part à cette cause, je crois qu’il est impossible de méconnaître aussi l’action que doivent exercer sur ces deux classes d’individus des conditions hygiéniques différentes, de même que nous avons vu tantôt des soldats d’une même nation, ne différant entre eux que par leurs grades, présenter pour la pneumonie une aptitude différente, et qui était en rapport avec les conditions plus ou moins fâcheuses auxquelles ils étaient exposés.

Je ferai remarquer que les résultats uniformes et à peu près constants qui ont été obtenus sur la même question pendant une longue série d’années, par des médecins nombreux exerçant dans des lieux fort différents, déposent en faveur des documents dont je me suis servi pour éclairer la question que je viens de traiter.

Tout porte à croire qu’il doit y avoir de grandes différences suivant les pays, si dissemblables entre eux sous le rapport de l’aisance, sous le rapport du plus ou moins de misère qui y règne. Despine dit que, pour le canton de Genève, l’immunité de la classe aisée était peu considérable. Le chiffre des décès de celle-ci par pneumonie serait, en effet, de 5,5 pour 100, tandis que l’ensemble des décès du canton ne s’élèverait guère qu’à 6 pour 100.

§ 7. — Professions.

Si l’on s’en rapporte au témoignage des auteurs, il y a un certain nombre de professions dans l’un et l’autre sexe qui exposent plus spécialement les individus qui les exercent à contracter des inflammations pulmonaires. Ainsi, d’après Stoll (1), les pneumonies affecteraient fréquemment les individus qui exercent des professions sédentaires, et surtout les tailleurs d’habits, qui, ayant habituellement, pendant leur travail, le corps courbé et la tête penchée en avant, doivent, suivant cet auteur, éprouver fréquemment une congestion ou une pléthore locale des poumons, qui rend ces organes plus susceptibles à s’enflammer. J. Frank, après avoir, avec juste raison, combattu l’assertion de Stoll, signale les boulangers, les verriers, les forgerons, les cochers, les courriers, les

(1) Médecine pratique, t. I, p. 134, édition de Mahon.

CAUSES PRÉDISPOSANTES. — PROFESSIONS. 113

portefaix, comme étant plus fréquemment que d’autres atteints de pneumonie, probablement par suite des changements brusques de température auxquels ils sont exposés. Cependant Thackrah (1) a cité plusieurs états exigeant un séjour dans des chambres chauffées à 110 ou 130° Farenh. ; et néanmoins, bien que s’exposant fréquemment à l’air extérieur, les ouvriers dont je parle ne seraient pas souvent atteints de pneumonie.

Ceci n’a rien qui doive nous surprendre. La température élevée de ces espèces d’étuves dans lesquelles vivent les individus, leur permet de résister beaucoup mieux à l’impression du froid, pourvu pourtant que cette action soit brusque, qu’elle ne se prolonge pas et que la réaction s’opère énergiquement; c’est ce qui fait aussi que la pneumonie est comparativement rare chez les boulangers qui quittent leurs fournils pour s’exposer nus pendant de courts instants à l’air extérieur, tandis qu’elle est beaucoup plus commune chez les commissionnaires stationnant immobiles au coin de nos rues (2).

Chomel dit que, de toutes les professions, ce sont celles qui exposent le plus aux intempéries de l’air, telles que celles de charpentier, de domestique et surtout de maçon, qui, sur le nombre d’environ 230 individus, ont fourni le plus de pneumoniques. Ayant noté la profession qu’avaient exercée 212 hommes atteints de pneumonie, j’ai trouvé parmi eux UU maçons, 23 journaliers et 19 boulangers; les autres états comptaient un nombre d’individus beaucoup moins considérable. En conclurons-nous que les trois professions dont je parle, et surtout que celle de maçon, prédisposent plus spécialement à la pneumonie? Je n’oserais l’affirmer, car nous n’avons pas tous les éléments nécessaires pour résoudre cet important problème. Pour le faire, il faudrait, en effet, connaître exactement le nombre d’individus que l’on compte à Paris dans chaque profession; mais, même en possédant cette donnée, il serait encore difficile d’éclairei* suffisamment la question, puisqu’on ignorerait encore quel est le chiffre comparatif des individus qui, devenant malades, se font traiter chez eux et ceux qui viennent réclamer les secours de la charité publique. Il est, en effet, plusieurs étals, tels que ceux de cuisinier, de conducteur, de charretier, de chargeur, de charpentier, etc., etc,, qu’on regarde comme prédisposant à la pneumonie; cependant si l’on consulte les statistiques faites dans les hôpitaux, on trouve qu’il n’y a pas eu un bien grand nombre

(1) The effecls of arts, (rades and profess, London, 1832, p. 137.

(2) Auscultation, t. I, p. 546, 4e édition.

ÉTIOLOGIE.

d’individus appartenant à chacune de ces professions. Cela ne prouve pas pourtant que les métiers dont je parle ne prédisposent pas à la pneumonie; mais les individus qui les exercent ayant pour la plupart une très-petite aisance, beaucoup pouvant user des ressources que leur donnent plusieurs associations de secours mutuels, préfèrent se soigner chez eux. Les conditions ne sont plus les mêmes pour les maçons : ceux-ci, pour la plupart, n’habitent Paris que passagèrement ; ils y sont sans famille, logent dans des garnis, ont des ressources plus bornées ; aussi se font-ils presque toujours transporter dans les hôpitaux aussitôt que la maladie les frappe. Le nombre de leurs admissions n’indique donc pas nécessairement que l’état qu’ils font soit une cause prédisposante de pneumonie; du moins leur profession n’est peut-être pas une cause aussi active qu’elle le paraîtrait tout d’abord. Ce que je dis des maçons s’applique au moins autant aux domestiques de l’un et de l'autre sexe qui semblent payer à Paris le plus large tribut à la pneumonie (1) ; mais avant de conclure à une prédisposition spéciale, il faudrait supputer exactement le nombre d’individus vivant à l’état de domesticité, et tenir compte aussi des conditions toutes spéciales de la vie parisienne qui font que les domestiques, logés presque tous dans des cabinets étroits, ne peuvent que difficilement être traités à domicile, et sont contraints de recourir à l’assistance publique, pour peu qu’ils soient gravement malades.

Il est quelques autres professions que les auteurs ont signalées comme exposant fréquemment aux inflammations pulmonaires. Cadet Gassicourt (2) et Mérat (3) ont prétendu, par exemple, que les ouvriers employés dans les manufactures de tabac étaient sujets aux affections aiguës et chroniques de poitrine, assertion qui a été réfutée victorieusement par d’Arcet et par Parent-Duchâtelet (4). Ce dernier a également prouvé, contre l’opinion de Baumes, que le séjour prolongé de l’homme dans les souterrains, au milieu des vapeurs infectes, fétides ou enivrantes, n’enflammait pas plus souvent la poitrine que le ferait l’exercice de toute autre profession. Ramazzini et plus tard Pâtissier (5), en s’occupant de ceux

(1) Sur les 1264 pneumonies reçues en 1861 dans les hôpitaux généraux de Paris, on compte 482 domestiques, dont 313 hommes et 169 femmes.

(2) Mémoires de la Société médicale d’émulation, t. VIII, p. 160.

(3) Dictionnaire des sciences médicales, arl. Tabac.

(4) Annales d'hygiène publique, 1829, t. II, p. 558.

(5) Traité des maladies des artisans et de celles qui résultent des diverses professions. Paris, 1822, p. 261.

CAUSES PRÉDISPOSANTES. — PROFESSIONS. 115

qui ont habituellement les jambes dans l’eau, leur attribuent spécialement toutes les maladies qu’on dit dépendre de la suppression de la transpiration, et parmi lesquelles figurent les pneumonies et les pleurésies. Mais le laborieux Parent a encore prouvé que ces opinions étaient au moins exagérées, et qu’elles avaient été émises par les auteurs sur la loi d’une vieille théorie, qui veut que toutes les affections de poitrine reconnaissent pour cause la suppression de la transpiration. Or, comme le froid, l’humidité, et surtout l’immersion dans l’eau, sont réputées les causes les plus actives de cette suppression, on aurait pu en conclure à priori qu’aucune classe ne serait plus gravement et plus fréquemment affectée de pneumonie, de rhumatisme, etc., que les débardeurs. Cependant, sur 670 hommes exerçant cette profession, et qui tous turent interrogés par Parent, un seul avait eu une fluxion de poitrine, et tous les témoignages se sont réunis pour démontrer combien -étaient rares chez eux les maladies attribuées vaguement au refroidissement (catarrhes, pneumonies, rhumatismes) (1). Thackrah dit aussi (2) que les briquetiers, exposés aux intempéries et travaillant les pieds nus dans un gâchis humide, seraient assez rarement affectés de pneumonie. Ce médecin, ayant interrogé 32 ouvriers, n’en trouva aucun qui eût offert dans ses antécédents quelque symptôme de pneumonie, quoique dans ce nombre il y en eût plusieurs de fort âgés. Mais il est presque inutile de faire remarquer que pour pouvoir apprécier rigoureusement l'influence de la profession il serait indispensable que l’observation portât sur des faits beaucoup plus nombreux. •

11 est plus certain que les ouvriers vivant au milieu d’une atmosphère chargée de particules minérales ne sont pas plus souvent affectés de pneumonie aiguë; mes observations, du moins, semblent le prouver. Cependant nous avons vu, et nous dirons encore plus tard, que, chez certains ouvriers vivant dans une atmosphère de poussière de. charbon; ou chez ceux qui, travaillant aux meules dans les manufactures d’armes, respirent un air chargé de particules de grès et de molécules métalliques, on voit plus souvent que chez des ouvriers livrés à d’autres professions se développer dans les poumons des indurations spéciales, caractérisant une des formes de la pneumonie chronique.

Puisque les hommes livrés aux travaux rudes, exposés sur tout à l’intempérie des saisons et aux changements brusques de tem-

(1) Hygiène pulligue, t. II, p. 607.

(2) The Effecls of arls , tradgs and profess. London, 1837, p. 14.

ETIOLOGIE.

pératurc sont affectés de pneumonie en plus grand nombre, il semblerait naturel de supposer que celte maladie dût sévir d’une manière exceptionnelle chez les marins. 11 n’en est rien pourtant.

C’est ce que j’avais déjà établi dans ma première édition, en m’appuyant de quelques témoignages, sans doute insuffisants; je citais surtout la relation d’un voyage aux Indes orientales de John Clarck (1), celles de Lesson (2) et Eydoux (3) autour du monde, qui, durant une navigation des plus pénibles, pendant trois ou quatre ans, passant d’une latitude à une autre et malgré les causes les plus puissantes de refroidissement, ne comptèrent pourtant aucune pneumonie à bord. J’ai en ce moment des témoignages bien plus nombreux en faveur de l’opinion que j’avais émise. M. Leroy de Méricourt, médecin en chef de la marine au port de Brest, ayant eu l’extrême obligeance de dépouiller pour moi soixante-cinq rapports de campagnes faites par des navires de tous bords dans les diverses parties du monde, j’ai constaté qu’un effectif de 2â000 marins n’avait fourni que 175 cas de pneumonie (Zi). En recherchant dans quelles circonstances les pneumonies se sont développées à bord, on voit qu’un grand nombre, la plupart peut-être, car j’en ai compté près de 100 sur les 175, survinrent lorsque les navires étaient sur rade ou peu après avoir quitté le port, lorsque souvent ils étaient encore en vue des côtes. La pneumonie est beaucoup plus rare, quelle que soit la latitude, lorsque les navires sont en pleine mer; plusieurs causes concourent peutêtre à ce résultat. Le service des hommes sur rade, celui des équipages sur les vaisseaux est en général plus pénible que le service des bâtiments à la mer, du moins eu temps ordinaire. 11 faut tenir compte aussi de la constance relative de la température qui règne au large, car, à latitude égale, le froid se fait sentir moins vivement sur mer que sur terre où les accidents de terrain concentrent et accélèrent les vents : c’est ce qui explique pourquoi la pneumonie, ainsique |e l’ai établi plus haut, est une affection commune dans les hôpitaux maritimes du littoral, à Cherbourg, à Brest comme à

(1) Observ. on Ihc discascs lohtch prevail in long voyages to thaï coun tries t London, tliird ed., 1809.

(2) Voyage autour du monde sur la corvette la Coquilie. Paris, 1829.

(3) Journal hebdomadaire , année 1830.

(4) Ces hommes sont restés sur les côtes ou en cours de navigation pendant un temps qui n’a jamais été moindre de trois mois et s’est élevé souvent à trois et quatre ans ; la durée totale du service pour ces navires a été de 1329 mois.

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