CAUSES PUÉ DISPOSANTES. — PROFESSIONS
Toulon, et pourquoi la maladie sévit plus souvent aussi à bord des navires qui croisent dans la Méditerranée.
Les relevés statistiques publiés en Angleterre par le docteur Wilson, par ordre du gouvernement, prouvent aussi que dans la marine royale d’Angleterre, la pneumonie, disons plutôt pour être plus exact, les affections très-aiguës de poitrine sont assez rares, surtout si on les compare à ce que nous observerons bientôt pour la population civile et pour l’armée. Wilson dit que l’inflammation des poumons serait représentée annuellement dans le résultat général par les chiffres suivants : 28 malades , 0,6 réformés et 1 mort sur 1000 marins, chiffre peu considérable sous le rapport du nombre d’hommes atteints, et très-favorable sous celui de la mortalité qui ne se serait élevée qu’à 1 mort sur 28 malades. Mais c’est là précisément ce qui doit faire élever quelques doutes sur la valeur des documents, car il est permis de se demander si dans les rapports nombreux qui ont été dépouillés, des pleurésies, des bronchites très-aiguës même n’ont pas figuré sur le compte de ls pneumonie. Quoi qu’il en soit, en suivant le marin anglais dans sa vie errante, on le voit payer à la pneumonie un tribut plus ou moins large, d’après les mers sur lesquelles il navigue, c’est-à-dire suivant les climats; c'est ce que nous exposerons bientôt. Mais la proportion varie selon que le marin vit sur les côtes ou qu’il gagne la haute mer. Ainsi le matelot qui est employé d’une manière permanente dans les ports de l’Angleterre sérail atteint, d’après Wilson, dans la proportion de 35,1 pour 1U00; tandis que pour celui qui ne fait en quelque sorte que toucher à terre, qui n’y séjourne que peu de temps, le chiffre s'abaisserait à 29,9.
Nous ne possédons encore aucun renseignement pour pouvoir apprécier quelle est la fréquence de la pneumonie dans les armées de terre des principales puissances européennes. L’Angleterre seule possède quelques documents. Nous en avons fait connaître précédemment plusieurs, nous en citerons quelques autres en parlant des climats.
En résumé, il faut convenir que, considérées d’une manière générale, les professions de l’homme qui exigent de grands efforts musculaires, celles qui sont exercées en plein vent et qui exposent les ouvriers aux intempéries de l’air, comptent deux fois et demie plus de pneumoniques que les états sédentaires, exercés pour la plupart dans des lieux clos ou à l’abri des vicissitudes atmosphériques. Cependant, on a vu, par ce qui précède, combien il est difficile de résoudre les questions qui se rattachent à l’influence des professions, et l’on a pu se convaincre aussi qu’il n’y a pas un
ÉTIOLOGIE.
rapport constant entre la fréquence des vicissitudes atmosphériques auxquelles certains états exposent et le nombre des pneumonies qu’on observe dans plusieurs classes d’ouvriers.
Parmi les professions que les femmes exercent, y en a-t-il quelques-unes qu’on doive regarder comme prédisposant plus que •d’autres à la pneumonie? Faut -il croire, par exemple, avec J. Frank, que la maladie sévit surtout chez les blanchisseuses et chez les cuisinières, dont les occupations les exposent à des changements de température et à de fréquents refroidissements? Mes observations ne confirmeraient point l’opinion émise par J. Frank, puisqu’il résulte de l’analyse des faits, que les professions de cuisinière et de blanchisseuse réunies n’auraient pas fourni le quart des pneumonies que j’ai observées chez les femmes reçues à l’hôpital.
Pour apprécier d’une manière plus complète l’influence des professions chez la femme, j’ai établi deux catégories. Dans la première, j’ai placé toutes les professions sédentaires exercées à l’abri des intempéries de l’air; j’ai rangé dans la deuxième toutes celles qui sont faites en plein air, ou celles qui exposent d’une manière quelconque les personnes qui les exercent à l’humidité, aux refroidissements, aux changements brusques de température (1). Or, sur 68 cas de pneumonies observées chez les femmes, 33 appartiennent à la première catégorie, et 35 à la deuxième. Ce résultat pourrait faire croire que les professions diverses exercées par les femmes n’ont aucune influence sur le développement des pneumonies. Cependant, une pareille conclusion ne serait point exacte. On sait, en effet, qu’à Paris il y a bien plus de femmes qui se livrent aux professions sédentaires qu’aux professions actives, et si l’on trouve un nombre à peu près égal de pneumonies dans ces deux catégories, il faut en conclure que, comme nous l’avons déjà vu chez l’homme, les professions actives prédisposent bien plus aux inflammations des poumons que celles qui sont sédentaires. Il faut se rappeler d’ailleurs que, d’après les recherches des docteurs Munaret et Ruef, dans les pays où les femmes partagent tout à fait avec les hommes les travaux agrestes, la proportion des pneumonies devient à peu près égale dans les deux sexes, et qu’il paraît en être de même dans les prisons.
(1) Dans la première catégorie, j’ai placé les couturières, les modistes, les demoiselles de comptoir, les femmes de chambre, les brodeuses, etc. ; dans la seconde, sont comprises les cuisinières, domestiques pour tout faire, repasseuses, blanchisseuses, journalières, les marchandes à la halle, les marchandes ambujantes, etc,
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En résumé, nous voyons encore f|ue, considérées d’une manière générale, les professions rudes qui exigent de grands efforts ou qui exposent les femmes aux intempéries, prédisposent plus aux pneumonies que les professions sédentaires. Cependant, de mêfne que chez l’homme, on ne saurait en préciser aucune spécialement qu’on put considérer comme ayant une action plus directe que les autres, et tout ce qu’on a dit à ce sujet est loin d’être démontré.
§ 8. — Climats (1).
La pneumonie règne sous toutes les latitudes, mais sa fréquence n’est pas la même en tous pays. Il en est dans lesquels elle figure au premier rang des maladies aiguës les plus communes et les plus meurtrières : telles sont les régions tempérées; il en est d’autres, par contre, dans lesquelles la pneumonie est rare, parfois môme presque inconnue : tels sont les pays à température extrême, ceux des régions polaires , comme beaucoup de ceux qui sont sous l’équateur.
Dans les premières, où le thermomètre ne monte au-dessus de 0 que pendant quelques jours de l’année, où il s’abaisse souvent au-dessous de — 50, les maladies de poitrine sont rares et ne se montrent guère que lorsque la température s’élève et que l’humidité apparaît, c’est ce que prouvent les nombreux voyages d’exploration entrepris, depuis quelques années, dans cette direction, par les Anglais et par les Américains. Citons, avec M. J. Rochard, la dernière expédition anglaise envoyée à la recherche du passage du N. O et composée de 300 hommes d’équipage. Pendant trois ans, ces marins ont séjourné sous les latitudes les plus élevées qu’on ait pu atteindre; leur thermomètre s’est abaissé à — 54 degrés, ils ont voyagé des mois entiers sur la glace, traînant à force de bras les chariots chargés de leurs provisions ; ils couchaient sous de
(1) Pour ce chapitre , je dois un très-grand nombre de renseignements à M. le docteur Jules Rochard, premier chirurgien en chef de la marine au port de Lorient, je lui en exprime ici toute ma gratitude. Quelques-uns m’ont été fournis par un autre médecin non moins distingué d’un corps qui en compte un si grand nombre, M. Leroy de Méricourt, du port de Brest. Il a eu la bonté de m’envoyer en outre l’extrait d’un grand travail , publié par le docteur Hirsch (de Leipzig), dans son Handbuch cler historisch-geographisch Pathologie. Mais j’ai eu le regret de n’avoir pu utiliser ce document, attendu que plusieurs renseignements concernant même l’Allemagne m’ont paru inexacts. Je crains que l’auteur n’ait trop facilement accepté des statistiques qui n’auraient pas toute l’authenticité désirable.
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petites tentes, sur la glace, dont ils n’étaient séparés que par une couverture de laine cousue en forme de sac, et laissaient, le matin, l’empreinte de leur corps dans la glace fondue à leur contact. Or, au milieu de conditions en apparence si défavorables, on n’a compté que quelques bronchites légères, mais pas un seul ca§ de pneumonie.
En se rapprochant un peu de nous, nous voyons les pneumonies apparaître, mais elles sont pourtant encore peu communes; c’est ainsi qu’elles sont des plus rares en Islande (1). C’est à peine, en effet, si le nombre des décès dus à cette maladie atteindrait le chiffre de 1,3 pour 100 (Boudin) (2).
Mais à mesure que nous touchons vers le 60e degré latitude N. , la pneumonie augmente de fréquence, elle est assez commune à Saint- Pétersbourg , d’après le témoignage de M. Dubois (d’Amiens) (3). M. J. Rochard m’a transmis quelques renseignements établissant qu’en 185k les troupes russes abritées derrière les canons de Cronstad, et l’escadre française qui lit l’expédition de Bornarsund, souffrirent beaucoup de la pneumonie; on estime, en effet, que celle-ci est entrée pour un peu plus de (3 pour 100 dans le chiffre des décès, grossis cependant par une épidémie de choléra qui enleva 113 hommes (k). La pneumonie sévit non moins énergiquement en Suède (5) ainsi qu’en Danemark (6). Nous n’avons aucun renseignement précis sur ce qui a lieu pour une grande partie de l’Allemagne. Despine signale notamment les documents bavarois et prussiens comme n’ayant aucune valeur (7). Dans le compte rendu officiel de l’hô-
(1) L’Islande sous le rapport médical (Paul Gaymard, Voyage de la Recherche, Paris, 1852).
(2) Trois cents pêcheurs travaillant pendant toute la saison de la pêche, c’està-dire pendant six à sept mois, n’ont fourni aucun cas de pneumonie. (Renseignement fourni par M. Leroy de Méricourt.)
(3) Thèse inaugurale, 1828.
(4) Fabre, Rapport de fin de campagne.
(5) Sur 1G20 malades admis en 1841 à l’hôpital des Séraphins, à Stockholm, on compte 11G cas de pneumonie. Ils ont fourni 7,3 pour 100 de la mortalité totale. (Magnus lluss, Gaz. méd. de 1843.)
(6) D’après un relevé des tables de mortalité, dressées pour la ville de Copenhague, par le collège de santé, de 1840 à 1844, on voit que sur 3250 décès on a compté 205 pneumonies G, 3 pour 100. (Gaymard, Voyage de la Recherche.)
(7) Cette opinion, exprimée par un homme si compétent, dans son Essai de statistique mortuaire , p. 150, ne me donne guère confiance, je l’avoue, aux chiffres indiqués par M. Hirsch, dans son Manuel de pathologie historique et geo-
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pital général de Vienne (Autriche) on trouve que A50 pneumonies, ayant donné lieu à 116 décès, ont été reçues en 1860 dans ce grand établissement où le chiffre total des admissions fut de 21,557 individus ayant fourni une mortalité de 11,7 pour 100, et, en défalquant les phthisiques, une mortalité de 8 pour 100. Mais on ne saurait conclure rigoureusement de ces chiffres, pour établir la fréquence de la maladie et son degré de léthalité pour le reste de la population viennoise, si différente à tous égards de celle qui vient réclamer les secours de la charité publique.
La pneumonie exerce des ravages dans toute l’Angleterre; c’est à Londres et dans les grands centres manufacturiers qu’elle a son maximum de fréquence; cette maladie figure dans la mortalité générale du pays suivant la proportion de 5 à 7 pour 100 (2). D’après Marc Despine, de 1SÙ7 à 1850, les chiffres léthifères varieraient pour l’Angleterre, selon l’année, entre h, 7 pour 100 minimum et 5,5 pour 100 maximum (3).
Ici, pas plus que pour d’autres pays, je ne veux être garant de l’exactitude absolue de tous les documents publiés. Néanmoins, le docteur W. Farr a apporté un tel soin pour écarter autant que possible les causes d’erreur, qu’on peut accepter les chiffres qu’il donne avec une certaine confiance; s’ils n’expriment pas des proportions absolument vraies, elles sont du moins très-approximatives: ils prouvent que l’Angleterre est féconde en pneumonie. C’est à Londres que cette maladie paraît avoir son maximum de fréquence, c’est dans cette métropole du moins qu’elle est la plus meurtrière, puisqu’elle entrerait pour un quinzième dans la mortalité générale, et pour un treizième, en ne tenant compte que des morts produites par des maladies exclusivement médicales.
Après Londres, on voit la pneumonie sévir spécialement à Manchester, à Birmingham, à Leeds et dans le Northumberland. Il est d’ailleurs impossible d’expliquer le plus ou moins de fréquence de
graphique. Cet auteur établit que la mortalité par pneumonie et pleurésie aurait été sur 1000 habitants de :