‹ Traité de la pneumonieChapitre 36 sur 157 · PNEUMONIES CONSÉCUTIVES A LA BHONCUITE · texte numérisé non relu

PNEUMONIES CONSÉCUTIVES A LA BHONCUITE

mouvement fébrile notable; elle fut en un mot assez intense pour qu’on puisse peut-être, avec quelque apparence de raison, attribuer l’inflammation pulmonaire à l’extension de celle qui occupait déjà la muqueuse des bronches. Mais si l’on réfléchit que, chez les quarante-huit malades qui restent, la bronchite était très-légère, qu’elle ne s’accompagnait d’aucun trouble appréciable vers les fonctions, que la pneumonie s’est déclarée brusquement, sans que la bronchite ait paru augmenter d’intensité, il sera alors fort douteux que chez ces malades l’inflammation du poumon soit survenue par suite de l’extension de la phlegmasie qui occupait primitivement les bronches. Cette extension n’est peut-être pas aussi aisée qu’on pourrait le croire tout d’abord. M. le professeur Ch. Robin a fait remarquer, en effet (1), qu’il y a entre les bronches et le parenchyme pulmonaire, tant dans la profondeur qu’à la surface des conduits aériens, une différence de composition anatomique ou de texture aussi grande que celle qui sépare un conduit excréteur glandulaire du tissu de cette glande; et ce qui expliquerait plus encore, d’après lui, la rareté de l’extension de l’inflammation des bronches aux poumons, ce serait le siège dans des capillaires d’ordre différent; dans les réseaux des artères d’origine aortique, pour la bronchite ; dans ceux de l’artère pulmonaire, pour la pneumonie. Quoi qu’il en soit, en restant sur le terrain peut-être plus précis de l’observation clinique, nous dirons que, si la bronchite, et une bronchite généralement bénigne, précède assez fréquemment la pneumonie, il est permis de supposer que l’inflammation catarrhale des bronches ne joue pas le rôle d’une cause occasionnelle active; elle constitue plutôt une sorte de prédisposition dénotant un état de l’organisme, qui sera plus aisément influencé par les causes ordinaires des inflammations pulmonaires. Dans tous les cas, les faits précédents nous avertissent de ne jamais négliger une bronchite, quelque bénigne qu’elle soit, attendu qu’elle n’est parfois que le prélude d’une pneumonie qui se prépare. Chez les quatre cinquièmes des malades dont la pneumonie fut ainsi consécutive au catarrhe pulmonaire, la maladie survint sans le concours d’aucune cause occasionnelle appréciable; chez un cinquième seulement, l’inflammation du parenchyme pulmonaire se déclara brusquement à la suite de l’impression du froid.

Ce que je dis des adultes s’applique aux autres âges. Chez les enfants, la pneumonie est peut-être même plus fréquemment encore

(1) Gazelle médicale de Paris , année 1859, p. 2/1 (Noie sur les causes de l'indépendance de la bronchite par rapport à la pneumonie ).

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que chez l’adulte précédée d’une bronchite plus ou moins intense. Celle-ci précède nécessairement toujours la forme lobulaire. Enfin, Hourmann et M. Dechambre ont regardé également, la bronchite chronique, ainsi qu’un état de bronchorrhée habituelle, comme constituant chez les vieillards une prédisposition très-active à la pneumonie (1).

ARTICLE V

CAUSES DE LA PNEUMONIE CHRONIQUE

Nous verrons que la pneumonie, comme la plupart des autres phlegmasies, peut être chronique d’emblée, ou se développer après des accidents aigus. Ce dernier cas paraît être le plus commun, non que la pneumonie chronique succède toujours à une forme trèsaiguë de la maladie, mais je veux établir seulement que, dans la grande majorité des cas, il existe avant l’état chronique une période d’acuité plus ou moins bien accusée; parfois la pneumonie chronique succède immédiatement à une pneumonie aiguë dont les allures et la marche avaient été très-franches.

On a dit avec quelque apparence de raison qu’on devait surtout redouter de voir la pneumonie aiguë passer à l’état chronique lorsqu’on a opposé à la première un traitement irrationnel ou insuffisant. Il en est ainsi dans quelques cas. Le premier exemple de pneumonie chronique que j’ai vu, fut observé chez un individu qui ne se fit pas soigner, et qui but, pendant toute la durée de l’état aigu, une grande quantité devin chaud. L’année dernière (1863), j’ai observé, avec mon ami le docteur Empis, chez une vieille dame, le passage à la chronicité d’une pneumonie très-aiguë, qui, sauf quelques vésicatoires, fut forcément traitée par l’expectation, à cause de l’indocilité de la malade. Toutefois une médication un peu active eût été formellement contre-indiquée par l’état constitutionnel, et c’est à cette circonstance, plutôt encore qu’à' l’absence de tout traitement énergique, qu’il faut attribuer la lenteur avec laquelle la résolution se fit. Ce qui prouve que l’intervention de tel ou tel traitement, s’il a une influence incontestable sur l’issue favorable ou fatale de la maladie, n’en exerce pas une aussi puissante qu’on pourrait le supposer pour décider le passage à l’état chronique; c’est; précisément ce que nous voyons aujourd’hui, c’est-àdire la rareté non moins grande de la pneumonie chronique qu’elle l’était autrefois , à une époque pourtant, où tant de personnes

(1) Archives, 3° série, t. XII, p. 28.

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vantent et pratiquent des médications très-anodines, et même l’expectation.

L’état constitutionnel des sujets me paraît donc avoir, plutôt que le traitement, une influence sur le passage de la pneumonie aiguë à la chronicité. C’est ainsi que les quatre malades chez lesquels j’ai pu suivre la filiation des symptômes, avaient tous une constitution débile; il en fut de même dans l’observation que mon regrettable collègue et ami Requin m’avait donnée lorsque je publiai la première édition de ce livre. Cependant, tout en faisant la part de l’état constitutionnel, n’en exagérons point l’importance. Son influence, d’ailleurs, n’est pas encore mise hors de doute, tandis que nous verrons que le plus ou moins de force de la constitution influe puissamment sur la terminaison heureuse ou fatale. Ce que je dis de l’état constitutionnel s’applique à la débilité acquise, qu’elle soit la suite d’une maladie spontanée, d’une intoxication ou de conditions hygiéniques mauvaises.

A différentes époques et dans divers pays, on a fait jouer aux cachexies un certain rôle dans la production des pneumonies chroniques. Le docteur Libermann a prétendu, par exemple (1), qu’en Chine il n’était pas rare de trouver chez les fumeurs d’opium un état de congestion des poumons, et plus tard une pneumonie chronique, affectant surtout le lobe inférieur. Il aurait observé cette affection sur une trentaine d’individus; aussi n’hésite-t-il pas à regarder la pneumonie chronique comme un des accidents sérieux produits par l’usage de l'opium. Sans contester une pareille influence, on ne saurait, à cet égard, partager toutes les convictions de l’auteur, car il ne cite aucune autopsie, et la symptomatologie même est si incomplètement faite, qu’on ne peut rien en conclure.

On a dit aussi que, chez les ivrognes de profession, on observait parfois des indurations chroniques des poumons, consécutives à des pneumonies antérieures, dont la résolution s’était faite lentement et avait été incomplète. C’est Magnus Huss (2) qui a émis cette opinion; mais si le fait est vrai en Suède, on ne l’a guère encore constaté en France.

On a attribué la même influence à la cachexie palustre. Le professeur Heschl, cité par M. Charcot dans sa thèse, dit que la pneumonie chronique, rare à Vienne, se montrerait fréquemment à Cracovie, où elle atteindrait presque exclusivement des individus affaiblis par de nombreuses atteintes de fièvres d’accès, souvent

(1) Les fumeurs d’opium en Chine, p. 50. In-8, Paris, 1862.

(2) Alcoolismus chronicus. Stockholm, 1852, p. 18.

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infiltrés et présentant l’intumescence de la rate et du foie, si commune en pareil cas. Ce ne sont là encore que des assertions. Nulle part, en effet, on ne trouve la preuve que la pneumonie chronique soit plus fréquente dans ces conditions; caries faits annoncés n’ont été vérifiés, ni chez nous, ni ailleurs, que je sache, et, quelque grande que soit mon estime pour les observateurs dont j’ai invoqué le témoignage, je ne puis m’empêdier de douter lorsque je ne trouve ni détails symptomatologiques, ni surtout des détails anatomiques précis pour savoir si l’on n’a pas considéré comme appartenant à la pneumonie chronique cette multitude de lésions qui en sont fort distinctes, et que l’on confond néanmoins tous les jours avec l’induration d’origine inflammatoire.

D’autres ont regardé comme favorisant le développement de la pneumonie chronique les maladies du cœur, celles surtout qui, comme les altérations valvulaires, apportent la gêne la plus considérable à la circulation pulmonaire. Il n’en est rien ; les sujets qui meurent par suite d’une affection cardiaque présentent souvent dans les poumons des stases sanguines, des noyaux apoplectiques, dans lesquels le sang peut avoir subi diverses transformations. Suivant le plus ou moins d’ancienneté de la maladie, on trouve plus souvent aussi que dans le cours des autres maladies, cette lésion que nous avons décrite sous le nom de carnification (page 39), qu’on a souvent confondue avec la pneumonie chronique, mais qui s’en distingue tout à fait, ainsi que nous l’avons établi.

Ce que nous avons dit précédemment (p. 81) en traitant de l’anatomie pathologique, démontre que la pneumonie chronique peut être provoquée par la pénétration de corps étrangers dans les poumons. Nous avons cité en particulier la profession de mouleur en cuivre, celle d’aiguiseur dans les grandes manufactures d’armes comme celle de Châtellerault. Nous avons dit que des corps plus volumineux, comme des fragments osseux, arrêtés dans une bronche, pouvaient amener dans le poumon correspondant des lésions diverses, des indurations, des foyers purulents, des ulcérations caractérisant un travail inflammatoire à marche chronique.

L’infection vénérienne est-elle capable de produire des lésions caractérisant une forme distincte de pneumonie chronique ? C’est une question que j’ai posée (p. 80), sans pouvoir encore la résoudre, non que je conteste à la syphilis la puissance de produire dans les poumons des lésions spéciales, mais on ne sait pas encore d’une manière précise à quels caractères on peut les distinguer. Leur étiquette, s’il m’était permis de parler ainsi, n’est pas parfaitement lisible. Lorsqu’on les constate sur les cadavres, on se fonde bien

CAUSES DE LA PNEUMONIE CHRONIQUE

moins, pour leur assigner une origine, sur leurs caractères propres, que sur l’absence de certaines lésions concomitantes, sur l’absence de tubercules, par exemple, et sur l’existence vers d’autres organes d’accidents syphilitiques incontestables. D’après les faits observés jusqu’à ce jour, les manifestations que la syphilis produit vers la poitrine ont plutôt de l’analogie avec la phthisie tuberculeuse qu’avec la pneumonie chronique. Cependant, il n’y a rien d’impossible qu’à une période moins avancée de leur évolution, lorsqu’il y a eu compression par tumeur ou induration des tissus, on ne constate la plupart des symptômes de la pneumonie chronique ; mais c’est là un point de diagnostic différentiel que nous discuterons ailleurs. Pour se convaincre combien sont vagues les renseignements fournis par les auteurs, on n’a qu’à consulter la savante thèse de M. le docteur Lagneau fils, dans laquelle ce médecin a réuni avec soin tous les faits invoqués pour prouver l’intluence de la syphilis sur les organes pulmonaires. Or, c’est à peine si deux des observations pourraient établir la possibilité d’une pneumonie chronique. Toutefois, quelque facile qu’on soit sur les preuves, il n’est pas possible d’être bien édifié, ni sur la lésion pulmonaire qui existait, ni sur la cause qui avait pu la provoquer (1). Ces faits me semblent, par conséquent, dépourvus de toute valeur.

Les cas de pneumonie chronique légitime ne sont pas assez nombreux aujourd’hui pour qu’on puisse apprécier très-exactement l’influence exercée par l’âge et par le sexe. Il semble pourtant résulter des faits connus jusqu’à ce jour que la pneumonie chronique, très-rare à tout âge, l’est plus encore aux deux extrêmes de la vie; c’est surtout chez les adultes qu’on a rencontré la plupart des exemples. Relativement au degré de prédominance de la maladie au côté droit, dans le lobe inférieur plutôt que dans le supérieur, quant au plus ou moins de rareté de la pneumonie double, nous ne pouvons rien affirmer de très-précis. Il a paru jusqu’à présent que ce que nous avons dit de la fréquence plus grande de la maladie à droite et dans le lobe inférieur s’applique aussi bien à la pneumonie aiguë qu’à la pneumonie chronique.

(1) Thèse de Paris, année 1851, n° 138, observ. xxxix et xliv.

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