DE LA
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La pneumonie est l’inflammation du parenchyme ou du tissu propre du poumon. Cette maladie a reçu plusieurs autres dénominations. Le mot péripneumonie , dont Hippocrate et Arétée se sont servis, a été préféré par la généralité des médecins ; mais de nos jours, quelques personnes, cherchant à en restreindre le sens, ont proposé de réserver cette expression aux cas seulement où l’inflammation n’envahit que la superficie de l’organe, tandis que le mot pneumonie signifierait que la phlegmasie s’est propagée plus profondément. Une pareille distinction ne saurait être admise, car, ainsi que Laennec l’observe, elle n’est point en rapport avec le sens dans lequel Hippocrate et tous les njédecins depuis lui ont pris le mot péripneumonie (1).
L’expression pulmonia inusitée de nos jours n’a été que trèsrarement employée. Beaucoup de médecins, surtout dans le siècle dernier, appelaient souvent la pneumonie fièvre pneumonique ou péri pneumonique . Fréd. Hoffmann et Huxham entre autres se servaient de cette locution. Ces médecins ont voulu dire que l’appareil fébrile était le phénomène principal ou du moins primitif, et que ce notait queconsécutivement que le mouvement inflammatoire s’était porté vers les poumons. A l’exemple de Bosquillon, on a souvent défi) La particule erapl dans le mot TVcp'.rrvs'ju.&vi'a , ne signifie pas autour , mais indique seulement importance , comme dans cette expression eu ttsoi t£v Aqzu.su.wx, pour dire Agamemnon (Laennec, Auscull., t. I, p. h 87). Requin dit aussi : « La proposition -s pl n’a pas ici son sens spécial de pourtour et de périphérie, mais seulement une valeur banale, de nature explétive, ou si l’on veut augmentative, comme qui dirait la maladie pulmonaire par excellence. » {Éléments de palhohgie médicale, t. II, p. 124.)
CniSOLLE.
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signé la pneumonie sous le nom de fluxion de poitrine, expression vague qu’on pourrait appliquer aussi bien à la pneumonie qu’à plusieurs au 1res maladies aiguës. Aujourd’hui les mots fluxion de poitrine usités encore chez le vulgaire n’ont plus cours dans lelangage scientiiique. Beaucoup d’auteurs ayant remarqué que la phlegmasie du parenchyme pulmonaire était presque toujours accompagnée de celle des plèvres; d’autres, admettant que la pneumonie ne pouvait exister sans un certain degré de pleurésie, ont proposé de désigner la maladie par les mots de pleuro-pneumonie ou pleuro-péripneumonie. Mais, d’après la remarque de Chomel (1), comme dans la plupart des cas l’inflammation de la plèvre qui accompagne la pneumonie ne détermine pas ou à peine d’épanchement ; comme aussi la pleurésie est généralement très-bornée, elle ne constitue qu’une affection secondaire et à peu près de nulle importance, ayant la même marche, les mêmes limites que la pneumonie, et ne formant avec elle qu’une seule et même maladie, il faut réserver les mots pleuro-pneumonie pour exprimer les cas où la pleurésie, occupant une large surface, s’accompagne d’un épanchement notable, et constitue alors une véritable complication.
On trouve souvent dans les ouvrages publiés surtout dans les deux derniers siècles les mots de peripneumonia vera, expressions synonymes de pneumonie franche ou légitime. On avait par opposition une peripneumonia notha, spuria, ou péripneumonie bâtarde , catarrhale , ou péripneumonie fausse , expressions qui s’appliquaient souvent à des maladies fort différentes, par exemple à diverses formes du catarrhe pulmonaire, surtout chez les vieillards. On n'a conservé de ces dénominations que celle de péripneumonie ou pneumonie catarrhale , souvent nommée encore broncho-pneumonie ; ces expressions désignent, en effet, une forme spéciale de la maladie ayant des caractères anatomiques complexes. Aussi lui consacrerons-nous un article spécial.
Enfin, quelques modernes, àl’exempled’Alibert, ont préféré à tous les mots celui de pneumonite qui, en effet, est formé conformément à la loi générale de nomenclature des inflammations. Mais celle expression n’a pas prévalu. Dans le cours de cet ouvrage j’emploierai indifféremment les mots de pneumonie et de péripneumonie.
La péripneumonie a été signalée de toute antiquité, mais elle fut confondue pendant de longs siècles, elle le fut presque jusqu’à nos jours, avec la pleurésie. On comprend qu’il ne pouvait guère en être autrement à une époque où l’anatomie pathologique n’existait
(1) Dictionnaire de médecine en. 30 volumes, art. Pneumonie.
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point, où l’anatomie normale elle-même, du moins l’anatomie des tissus, était dans une sorte d’enfance, et lorsque les médecins n’avaient pas encore en leur puissance ces méthodes d’exploration qui ont donné aux écoles modernes une si grande et si incontestable supériorité sur celles de tous les âges antérieurs.
La distinction entre la pneumonie et la pleurésie a pourtant été établie même par Hippocrate; un passage très-explicite des Coaques le démontre (1). Cependant cette distinction était en quelque sorte tout intuitive, et il est évident que les deux affections étaient confondues par les médecins grecs. Lorsqu’on voit, en effet, dans le même livre du père de la médecine, les crachats jaunes, noirs , verdâtres , être signalés dans la pleurésie; lorsqu’on remarque cetle multitude de signes fâcheux attribués à la pleurésie, sa terminaison si souvent funeste en peu de jours, on ne saurait méconnaître qu’Hippocrate ne distinguait pas dans la pratique la pneumonie de la pleurésie. 11 en fut de même de Galien, plus explicite peut-être, mais s’évertuant à vouloir distinguer l’inllammation de la plèvre costale d’avec celle des muscles intercostaux ; il assignait, d’ailleurs, à la pleurésie des crachats colorés et une marche rapide, qui n’appartiennent guère qu’à la pneumonie (2). Combien est supérieure la description de Cælius Aurelianus, la moins défectueuse peut-être de toutes celles que l’antiquité nous a léguées (3).
Si l’on suit la tradition depuis cette époque jusqu’à la lin du dernier siècle, ou voit que la pneumonie et la pleurésie sont, à l’exemple de Cælius Aurelianus, érigées en espèces distinctes par le plus grand nombre. Les médecins s’efforcaient de les distinguer pendant la vie, sans y parvenir le plus souvent. Si quelques-uns, comme Lieulaud, paraissent avoir connu la valeur des crachats rouillés, et les ont regardés comme appartenant exclusivement à la pneumonie (à), combien d'autres qui, plus nombreux, ont, avec Lazare Rivière, signalé la même expectoration, aussi bien dans l’inflammation des plèvres que dans celle du parenchyme pulmonaire (5). Mais à quoi bon multiplier les citations, puisqu’il résulte des témoignages écrits des médecins qui ont le plus illustré la fin du dernier siècle
(1) « Parmi les péripneumonies, celles qui succèdent à la pleurésie sont moins dangereuses que celles qui s’établissent tout d’abord. » (Hippocrate, Œuvres, édit. Littré, t. V, p. 671.)
(2) Des lieux alfeclés , t. II, p. 630 et 639 ; traduction du docteur Daremberg.
(3) Aculorum morborum, lib. ni, t. I. Lausannæ, 1774.
(i) Précis de la médecine pratique, 4° édit., t. I, p. 349. Paris, 1770.
(5) La pratique de médecine, t. I, p. 543 et 567. Lyon, 1690.
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et môme lo commencement de celui-ci, que la pneumonie et la pleurésie étaient considérées, encore à cette époque, comme une maladie unique, ne différant entre elles, disait Sydenham, que par l’étendue (1), ne présentant, suivant Cullen, aucun signe distinctif, n’offrant aucune variété considérable dans les symptômes, ne donnant lieu à aucune indication curative différente (2). Les observations de Valsalva et de Morgagni (3) , celles de Huxham (à) tendaient bien à prouver le contraire, mais elles n’étaient pas assez précises, et elles furent impuissantes à modifier l’opinion commune. Nous voyons, en effet, Jean-Pierre Frank, en 1792, et dans les diverses éditions de son ouvrage, brisant avec une tradition qui semblait pourtant bien établie, ne plus consacrer un article distinct à la pleurésie et à la pneumonie; il soutenait qu’aucune différence tranchée ne séparait ces maladies, qui pouvaient et devaient être étudiées sous le nom de péripneumonie (5). En France même, nous trouvons Portai, il y a soixante ans à peine , disant encore que la pleurésie n’était qu’une modification de la pneumonie, et que ces deux maladies, ayant un siège unique, ne devaient pas être distinguées l’une de l’autre (6), opinion d’autant plus étrange que notre immortel Bichat avait prouvé déjà depuis plusieurs années (7) que chaque tissu pouvait être isolément affecté dans un organe.
Les médecins, jusqu’à Bichat, ne croyaient guère à la pleurésie que lorsqu’ils trouvaient des fausses membranes sur la plèvre costale; pour eux la pleurésie était l’inflammation de la plèvre qui tapisse la face interne des côtes, et la plupart y ajoutaient aussi, chose étrange! l’inflammation des muscles intercostaux. Aussi, lorsque, à l’ouverture de cadavres d’individus ayant succombé à une pleurésie, ils trouvaient le poumon recouvert de fausses mem- • branes épaisses, revenu sur lui-même, et présentant cette coloration rougeâtre, celte espèce de carnification si commune lorsque son tissu a été longtemps et énergiquement comprimé, on ne voyait là ! qu’une péripneumonie, et non une pleurésie; car, pour eux, la
(1) Médecine pratique, t. I, p. 405, édit, de Baumes. Montpellier, 1816.
(2) Éléments de médecine pratique, 1. 1, p. 244, trad. de Bosquillon. Paris, 1774.
(3) Epistol. XX et XXI.
(41 Essai sur les fièvres, p. 217. Paris, 1778.
(5) Traité de médecine pratique, édit, de Coudareau, t. I, p. 157.
(0) Anatomie médicale, t. V, p. 23. Paris, 1804.
(7) Traité des membranes. Paris, 1800, et plus tard, Anatomie générale. paris, 1801. — Nouvelle édition. Paris, 1831.
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plèvre était la membrane qui tapisse les côtes, et l’on ne pensait pas que le feuillet viscéral, qui est si ténu, fût assez distinct du poumon pour pouvoir devenir le siège d’un travail pathologique, à l’exclusion des tissus subjacents. C’est ce qui explique encore pourquoi la pleurésie, qui est si commune, et qui a dû l’être en tout temps, était généralement regardée comme une maladie des plus rares, si rare que Lieutaud affirmait ne pas l’avoir vue plus de deux fois, après l’ouverture d’un grand nombre de cadavres (1). On pensait aussi très-généralement que la pleurésie ne tuait point, et qu’elle ne pouvait être mortelle que par l’inflammation concomitante du poumon, opinion à laquelle Morgagni s’était franchement rallié (2).
Si les immortels travaux de Bichat sur l’anatomie générale permirent de constituer en quelque sorte l’anatomie pathologique à peine ébauchée de la pneumonie et de la pleurésie, l’histoire symptomatique restait aussi obscure et presque aussi confuse qu’autrefois. La belle découverte d’Avenbrugger, agrandie encore par Corvisart, avait été impuissante, elle devait l’être, en effet; mais nous arrivons à l’année 1819. Laennec vient de publier son Traité d'auscultation médiate , cet impérissable monument, le plus grand que la médecine ait encore vu dans ce siècle. Laennec en peu d’années, et presque sous les étreintes d’une maladie implacable, créa une science toute nouvelle, et agrandit de la manière la plus imprévue le champ de l’observation clinique en dotant le médecin d’un sens en quelque sorte nouveau. L’oreille appliquée sur la poitrine, lui fait entendre des bruits divers, ce sont des signes correspondant à des lésions déterminées, il trouve aussi pour les exprimer des mots, souvent pittoresques, toujours exacts, réalisant un prodige presque inconnu dans l’histoire de l’esprit humain, une science toute nouvelle, improvisée en quelque sorte et néanmoins sortant parfaite des mains de celui qui l’a créé.
C’est à dater de cette glorieuse époque que l’histoire de la pneumonie fut faite, car ce fut alors qu’on put non-seulement la distinguer sûrement des autres maladies de poitrine, mais suivre la marche, l’évolution des lésions qui la caractérisent, avec autant de certitude et de précision qu’on le ferait pour une maladie des téguments.
L’impulsion une fois donnée, les travaux se multiplièrent de toutes parts. La pneumonie, presque exclusivement étudiée d’abord chez
(1) Précisde la médecine pratique^ 4° édit., p. 347.
(2) Lettre XXI, § 37.
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l’adulte et chez le vieillard, le fut bientôt chez les enfants, et ce n’est que justice de dire ici que la plus large part dans les progrès obtenus revient surtout aux médecins français et presque exclusivement aux médecins sortis de l’école de Paris.
Je ne veux en ce moment nommer personne, mais dans le cours de cet ouvrage j’aurai souvent l’occasion de citer les travaux de mes devanciers et ceux d’un grand nombre de mes contemporains pour les louer souvent, pour les critiquer quelquefois, pour ajouter de temps en temps quelques faits nouveaux ou quelque développement et une précision plus grande aux descriptions qu’ils nous ont données.
On verra, en parcourant cet écrit, que la pneumonie n’est pas une , que c’est une affection pouvant affecter des formes diverses et souvent fort complexes ; c’est là une vérité qu’il est bon de signaler tout d’abord. Mais il est une division capitale que j’avais faite dans la première édition, que je maintiens dans celle-ci : car elle domine en quelque sorte toute l’histoire de la pneumonie, c’est la distinction de la pneumonie suivant qu’elle est primitive ou secondaire *
La pneumonie primitive est celle qui frappe un individu brusquement dans la plénitude de la santé. La pneumonie est dite, par contre, secondaire , consécutive , symptomatique , lorsqu’elle se développe dans le cours d’un état morbide antérieur plus ou moins grave, qui a joué le rôle de cause excitante ou tout au moins de cause prédisposante, et qui imprime d’ailleurs à la maladie intercurrente des modifications telles, que la physionomie en est complètement changée, transformée presque; de là découlent des règles nouvelles pour le diagnostic, le pronostic et le traitement.
Ces pneumonies furent à peine signalées par les auteurs du dernier siècle. Laennec, sous le titre de pneumonies latentes ou symptomatiques, leur a consacré quelques pages bien insuffisantes ; ce n’est que plus tard que des travaux furent entrepris, surtout par les médecins voués spécialement à l’étude des maladies de l’enfance. On peut dire pourtant qu’avant 1841 il n’existait pas encore une histoire de la pneumonie secondaire. C’est elle que j’ai tenté d’esquisser dans la première édition de ce livre, et pour que cette étude fût plus fructueuse encore, je n’ai cessé de mettre la pneumonie secondaire en opposition avec la pneumonie primitive, les comparant ainsi l’une à l’autre dans les lésions qui les caractérisent, dans les causes qui les provoquent, dans les symptômes qui peuvent les faire reconnaître, dans la marche qu’elles suivent, dans leurs terminaisons, leur pronostic et leur traitement ; c’est le môme ordre que je suivrai aujourd’hui.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — DEGRÉS
Je vais commencer l’histoire de la pneumonie par l’étude des lésions qui la caractérisent dans les poumons, et par celles que la maladie provoque dans d’autres organes. On saisira de la sorte beaucoup mieux l’importance de quelques symptômes et l’on en expliquera plus aisément le mécanisme.