‹ Traité de la pneumonieChapitre 5 sur 157 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

L’examen cadavérique des individus qui succombent à la pneumonie nous offre à étudier des altérations diverses, non-seulement dans le parenchyme pulmonaire, mais encore dans plusieurs autres organes.

J’étudierai successivement les caractères anatomiques que l’inflammation des poumons présente à ses différents degrés, et suivant ses terminaisons. Je rechercherai ensuite les lésions des autres viscères qui peuvent être consécutives h la pneumonie, puis j’exposerai les altérations qui caractérisent l’état chronique. Enfin, je déterminerai si les [caractères anatomiques de l’inflammation pulmonaire diffèrent entre eux, suivant que la maladie a été primitive ou secondaire.

Du côté des poumons, les altérations varient suivant plusieurs circonstances que je tâcherai d’apprécier plus tard, mais surtout d’après la période à laquelle la phlegmasie est parvenue. Depuis Laeimec, les anatomo-pathologistes ont admis trois degrés dans l’inflammation du parenchyme pulmonaire : ce sont : 1° l'engouement; 2° Y hépatisation rouge ; 3° Y hépatisation grise. J’adopte cette division, car on ne saurait en trouver une qui fût plus vraie.

ARTICLE PREMIER

§ 1er. — Premier degré, ou engouement.

Lorsque la pneumonie n’a pas dépassé le premier degré ou la période d’engouement, le poumon présente extérieurement une couleur violacée, livide ou lie de vin; il est plus pesant; pressé, il

8 ANATOMIE PATHOLOGIQUE

crépite à peine ; on sent qu’il a perdu presque toute son élasticité, qu’il est devenu plus résistant et plus compacte. Si on le comprime avec les doigts, il en conserve souvent l’impression comme le ferait un tissu œdématié. Lorsqu’on divise cette portion de poumon, il s’échappe aussitôt de la surface des incisions une grande quantité d’un liquide séreux, rougeâtre, trouble et spumeux. La texture de l’organe n’est pas alors profondément altérée ; il est facile, en effet, de reconnaître encore l’état spongieux du tissu ; mais celui-ci offre une coloration rouge ou livide plus ou moins foncée ; sa consistance est diminuée, on le déchire plus facilement qu’on ne peut le faire à l’état normal, il se laisse aisément pénétrer par la pression des doigts.

La friabilité de tissu avait été donnée comme un caractère pouvant différencier l’engouement inflammatoire de celui qui, purement passif ou mécanique, se forme dans les parties déclives des poumons pendant l’agonie ou bien après la mort. Mais de nombreuses observations ont démontré que la friabilité du tissu pulmonaire pouvait exister indépendamment de tout travail phlegmasique, et que souvent elle était le résultat d’une accumulation toute passive des liquides. On a prétendu que, dans les cas où le tissu pulmonaire n’était qu’engoué, il suffisait de le laver, de le malaxer sous un filet d’eau, et de le priver par expression de tous les liquides qu’il contient, pour lui rendre sa couleur et sa consistance normales ; tandis qu’en opérant de la môme manière sur une portion de poumon atteint d’engouement inflammatoire, on parviendrait tout au plus à diminuer la coloration morbide, sans faire perdre au tissu sa friabilité. Il n’en est rien; des recherches plus précises ayant établi que cette altération de consistance pouvait persister lorsqu’il n’existait qu’un engouement mécanique. On comprend, en effet, que les tissus baignés, macérés par un liquide pendant vingt-quatre ou trente-six heures, puissent perdre définitivement leur cohésion normale. Je pense donc avec M. Bouillaud (1) qu’il est des circonstances où il est difficile et même impossible de déterminer, d’après la simple inspection cadavérique, si l’engouement qu’on observe est inflammatoire ou simplement mécanique. Dans les cas où les lésions anatomiques sont insuffisantes, il faut, pour résoudre le problème, s’éclairer par l’étude des symptômes observés pendant la vie.

Dans cette première période de la maladie, le tissu pulmonaire est encore perméable, du moins en partie, aussi lorsqu’on le met dans

(1) Dictionnaire de mc'd. et de chirur. pratiques. Paris, 1835, art. Pneumonie.

Page 1