BUE BELLECOUR
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AVANT-PROPOS
Depuis quelques années, il s'est établi dans la plupart des séminaires un cours spécial pour former les prêtres au sublime ministère de la prédication. On a compris qu'il y aurait lacune dans l'éducation cléricale, si, en même temps qu'on enseigne aux jeunes lévites les sciences ecclésiastiques, on ne leur apprenait à en dispenser aux peuples les riches trésors du haut de la chaire sacrée. Qu'est-ce, en effet, qu'un docteur qui ne sait pas paître son troupeau, un guide qui connaît le chemin, mais ne sait pas le montrer? Qu'est-ce qu'un minisire de l'Évangile qui n'est pas capable d'en développer les sublimes enseignements, qui n'a dans ses discours ni l'ordre ni la clarté nécessaires pour instruire, ni l'art et la grâce pour plaire, ni l'onction pour toucher, et qui, par la manière basse et ravalée dont il expose les divins oracles, leur ôte toute leur force et toute leur majesté? C'est un ouvrier inutile dans le champ de l'Église, ses prédications stériles laissent les peuples dans l'ignorance, ne convertissent personne, et n'ont d'autre effet que d'inspirer pour la parole sainte de l'éloignement et du dégoût. L'expérience ne l'apprend que trop.
De là naît un autre mal, la déconsidération du sacerdoce.
Ti ■ AYANT-PROPOS.
Nous vivons dans un siècle où les vues de la foi ne suffisent plus pour concilier au prêtre l'estime et la vénération dont son ministère a besoin d'être entouré pour être utile. Il faut qu'il force par son mérite le respect des peuples : et ce mérite, quel est-il? Nous n'hésitons pas à le dire, c'est en première ligne le talent de la chaire. Si un pasteur des âmes fait des instructions claires et solides ; si l'onction de ses discours en égale la pureté et la grâce ; si sa parole vive, pénétrante, captive et entraîne tout son auditoire, l'estime publique lui est assurée : mais s'il fait mal son prône, si ses discours, sans clarté comme sans chaleur, sans solidité comme sans onction, ennuient ses auditeurs, il sera déconsidéré dans sa paroisse autant que peu utile. Quelques esprits trop faciles à prévenir ont pris pour thermomètre de la considération réservée au prêtre son plus ou moins d'habileté dans les sciences modernes que l'engouement de la nouveauté a mises à la mode; c'est une erreur. Quelque belles et intéressantes que puissent être ces sciences par elles-mêmes, quel que soit l'éclat glorieux à la religion qu'elles réfléchissent sur le prêtre de mérite qui s'y applique, il n'en est pas moins certain que, si celui-là même qui les ignore remplit dignement le grand ministère de la prédication, aucun homme de sens ne songera à lui demander compte de ce qu'il ne sait pas et de ce qu'il n'est pas tenu de savoir, pas plus qu'on n'exige d'un médecin habile dans son art qu'il soit bon astronome, ou d'un avocat savant dans la science des lois qu'il soit bon chimiste. Si au contraire il prêche mal, possédât-il d'ailleurs toutes les sciences du jour, il pourra siéger avec honneur dans une académie ; mais comme pasteur il ne sera pas estimé : les peuples comprennent très-bien que, si ce n'est pas une honte au prêtre d'ignorer les choses étrangères à son élat, c'en est une de ne
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pas être habile dans la fonction principale de son ministère, qui est la prédication.
C'est donc une belle et heureuse ins-titution que l'étabhssement d'une chaire d'éloquence sacrée dans les grands séminaires : toutefois celte œuvre ne peut obtenir un plein succès qu'autant qu'on aura à mettre entre les mains des jeunes lévites un livre contenant les règles de l'art auquel on veut les former : sans cela il y aura, d'une part, grande fatigue pour le professeur obligé de faire beaucoup de recherches et de parler longtemps, et, de l'autre, peu d'utilité pour les auditeurs, qui auront bientôt oublié ce qui n'aura fait qu'eflleurer leurs oreilles; tandis qu'aidé d'un livre, l'élève médite à loisir les bonnes règles de la prédication, en saisit l'esprit et la portée, en enrichit sa mémoire et son goût, en rend compte en classe et en confère avec son professeur, dont la tâche alors est aussi facile que profitable. Placé plus tard dans le ministère, le jeune prêtre n'est point réduit à des réminiscences vagues et confuses; il reprend en main son Traité de la prédication, rafraîchit dans sa mémoire le souvenir des vrais principes, et s'attache ensuite à mettre d'accord dans ses compositions la pratique et la théorie.
Il faut donc un livre ; et ce livre doit contenir des règles sûres, propres à préserver les jeunes gens du mauvais goût, à leur apprendre la vraie manière de prêcher selon l'esprit de l'Évangile : ce livre doit traiter tous les genres de prédication, puisqu'il s'agit de former la jeunesse cléricale à tous ces genres : ce livre, enfin, doit être écrit dans un style et une forme qui tiennent le milieu entre la sécheresse d'une composition didactique peu agréable au lecteur, et l'abondance d'un ouvrage oratoire ou académique que les élèves ne pourraient quedifUcilement analyser, apprendre et retenir : car ici il y a deux
VIII AVAINT-rROrOS.
classes de personnes à satisfaire, le lecteur qui veut toujours trouver son plaisir dans ce qu'il lit, et l'élève qui, ayant à rendre compte en classe de ce livre comme d'une leçon de théologie, devra y démêler sans peine les divisions, subdivisions et moyens de preuve.
Telle est l'idée que je me suis faite d'un livre vraiment utile poui' les cours de prédication établis dans les séminaires. J'en ai cherché longtemps un de ce genre parmi les nombreux ouvrages écrits sur ces matières; mes recherches ont été vaines. Force donc a été à moi de me mettre à l'œuvre. Ai-je atteint le but que je me suis proposé? Il ne m'appartient pas d'en juger; d'autres prononceront.
Dans ce travail, je me suis attaché à ne rien omettre d'utile, soit sur les principes généraux, soit sur chaque genre de prédication, parce que j'ai pensé qu'un grand nombre de lecteurs, ou n'auraient pas les livres auxquels je les renverrais, ou n'en combineraient pas les enseignements de manière à former un ensemble ; et, par ces motifs, j'ai estimé chose bonne et importante de faire un livre qui pût à lui seul tenir lieu de tous les autres sur la matière.
Toutefois, je dois le dire ici, ces préceptes serviront peu si on ne les enseigne pratiquement aux élèves ; et voici les exercices qui nous semblent les plus utiles à cet effet.
1" On peut faire débiter aux jeunes gens des instructions ou parties d'instructions composées pendant les vacances, et leur faire remarquer en quoi pèche soit le discours, soit le débit. Il serait même bon de prendre l'avis des élèves ; cela les fait mieux écouter, leur apprend à apprécier un discours, et souvent ils font des observations sages qui échapperaient au professeur.
T On peut, la veille ou T avant-veille de la classe, indiquer
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5 un OU deux élèves un trait historique à lire dans Godescard, ou même dans l'Évangile ou l'Ancien Testament; ils s'en pénètrent sans l'apprendre par cœur, et s'exercent à le débiter sans se reprendre, en articulant bien tous les mots et dun ton naturel.
5" 11 sera très-utile de les exercer à donner dos avis au peuple et à annoncer les fêtes : on leur fera lire, pour les avis, la Méthode de Besançon, tome III, page 104, et pour les annonces des fêtes, le Rituel, s'il les contient, ou quelque autre ouvrage.
4° On peut leur faire apprendre par cœur et débiter tantôt quelque morceau oratoire, comme ceux qui se trouvent pages 419 et suivantes de cet ouvrage, lanlôl quelque formule dont la prononciation exige successivement les divers tons de la narration, de l'interrogation, de la prière, etc. comme le chapitre xiii de saint Jean jusqu'au j. 18 ; le chapitre xi de la 1'* aux Corinlh., depuis le y. 20 jusqu'à la fin.
5° Il sera encore très-utile de leur faire faire le catéchisme selon la Méthode pratique de catécliisme de monseigneur Devie, évêque de Belley, qu'on leur aura fait étudier d'avance.
Tels sont les cinq exercices par lesquels on peut former les éJèves et donner de l'intérêt à la classe.
Si, aux principes développés dans cet ouvrage, quelques-uns voulaient joindre des études plus étendues ou plus approfondies, nous donnerons ici en leur faveur la liste des auteurs principaux à consulter sur la matière.