DE LA SCIENCE NÉCESSAIRE AU PREDICATEUR
* Dans tous les temps il y a eu des orateurs trop empressés de pa-
* raître, qui se sont étudiés à bien parler avant d'avoir appris ce qu'il
* Pastoral de Limoges, t. II, I" part., tit. m, c. a. — Traité des Étudet, par Roilin.
20 i THAITÉ UE LA PUÉDICATIUN.
* f lut dire. Platon s'en plaint dans le dialogue de Socrate avec Piièdre,
* et dans celui deGorgias contre les rhéteurs ; Cicéron émet la même
* plainte, fondée sur celte raison solide qu'on ne parle jamais bien
* que de ce qu'on sait bien. Mais ce qui est vrai pour l'éloquence
* profane l'est bien davantage pour l'éloquence sacrée ; et ce serait à
* un jeune prêtre une grande faute, autant qu'un grand malheur, de
* se lancer dans la carrière de la chaire avant d'avoir acquis un fond
* suffisant de science. 11 faut se remplir avant de se répandre, dit
* saint Bernard : infunde ut effundas. Si, pressé de se produire, on
* veut verser au dehors lorsqu'on n'est encore qu'à demi plein, on
* perd son propre talent : Qiiod tiium est perdis, si priiisquàm infun-
* daris tu totus, semiplenus festines effundi ^ Saint Grégoire^ compare
* les prédicateurs qui se lancent ainsi avant le temps aux petits des
* oiseaux qui, voulant prendre leur vol trop haut avant d'avoir les
* ailes assez fortes pour les soutenir dans l'espace, tombent à terre
* ot se tuent. C'est là, en effet, l'image de ce qui leur arrive : leurs
* discours sont vides ; il y a beaucoup de mots et peu d'instruction,
* des phrases vagues, des lieux communs, des raisons superficielles,
* même souvent fausses, et point de vue d'ensemble, point de fonds
* solide. On reconnaît en les entendant que, dépourvus de doctrine,
* embarrassés de leur indigence, ils se sont tourmentés pour trouver
* que dire, bien différents de l'orateur instruit qui ne parle que
* parce qu'il est rempli de vérités, lesquelles se débordent de son
* âme soulagée de les répandre, et sortent en accents véhéments
* par un effet naturel de leur plénitude. Oh ! que les saints Pères
* étaient loin de partager ce grand empressement de paraître ! Saint
* Grégoire de Nazianze, saint Basile, saint Chrysostome, avant de
* commencer à prêcher, se tinrent renfermés pendant plusieurs an-
* néos dans la retraite, uniquement occupés à la méditation et à Té-
* tilde; et quand Yalére, évêque d'Hippone, voulut charger saint
* Augustin du ministère delà prédication, ce grand homme, elTrayé
* d'une fonction qui demande tant de lumières, et ne trouvant ni dans '' SOS talents naturels ni dans le fonds de science qu'il possédait
* déjà un motif de se rassurer, demanda avec les plus vives instances ' le temps de s'y préparer par l'étude, la prière et les larmes : « Si
* « vous ne voulez pas, disait-il à Valère', me donner le temps d'ac-
* « quérir ce que je vois qui me manque, vous voulez donc que je
* Serin. XI, in cant. '2. — - De Cur. pastor., lib. 111, e. xxv. — * l'jiist. \\i, ad Val.
* « périsse? Valèro, !riO!i clier père, où est votre charité?... Hélas!
* « qu'aurai-je à répondre au Seigneur quand il me jugera? Lui
* « dirai-je qu'étant déjà engagé dans les emplois ecclésiastiques, il
* « ne m'a plus été possible de m'instruire de ce qui m'était néces- *« saire pour m'en bien acquitter? » Et remarquons que quand
* saint Augustin parlait ainsi, il avait déjà fait plusieurs savants ou-
* vrages pour ia défense de la religion : déjà il avait écrit ses beaux
* livres de V Ordre, de ï Immortalité de l'âme, du Libre Arbitre, du
* Maître, de la Vraie Religion, etc., etc.. 11 avait donc ce qu'il fal-
* lait et plus qu'il ne fallait; mais ce grand homme avait une si
* haute idée du ministère de la parole, il pensait qu'une étude si
* profonde et si loiigue devait en précéder l'exercice, qu'il regardait
* comme rien tout ce qu'il avait fait. A cet exemple, le jeune prêtre,
* au SOI tir du séminaire, doit étudier longtemps avant de s'établir
* prédicateur. Qu'il fasse les instructions qui sont dans l'ordre de ses
* devoirs indispensables, à la bonne heure; mais qu'il attende, pour
* se lancer plus avant, que ses provisions de science soientfaites. Alors
* il éprouvera la vérité de ces oracles de l'Esprit-Saint: Si la nuée est
* remplie, elle répandra sur la terre une pluie précieuse: Si repletx
* fuerint mîtes, imbrem fundent super terram^. L'homme instruit
* fera de grands biens par sa doclrine ; sa science sera une source
* de vie pour ceux qui auront le bonheur de l'entendre : Eruditus in
* verbo reperiet bona^... Fans vitx eruditio possidentis^ . Pour mieux
* développer encore notre pensée à ce sujet, nous traiterons, dans
* un premier paragraphe, des sciences profanes que le prédicateur
* doit posséder, et dans un second, des sciences sacrées nécessaires
* à son ministère.
Des sciences profanes que le prédicateur doit posséder.
i" Le prédicateur doit, avant tout, bien posséder la langue dans laquelle il prêche, c'est-à-dire connaître le sens précis que les auditeurs attachent à chaque mot, construire ses phrases d'une manière correcte , donner à sa pensée la tournure convenable, et savoir la présenter sous ses différentes faces pour mieux la faire ressortir. Rien ne nuirait plus au succès do la prédication, surtout dans le temps où nous sommes, que les fautes de français. Ce serait assez quelquefois d'un terme impropre, d'une phrase louche, d'un tour
* Ecclcs., XI, 3. — 2 Pi-ov., XVI, 20. — = l'rov., xvi, 22.
206 TRAITÉ DE LA l'IlÉDICATIOW.
irrégulior pour prévenir contre le prédicateur, lui ôter créance, et lui valoir l'épithèto d'ignorant. C'est ce qu'a dit très-bien Boileau :
Surtout qu'en vos écrits la langue réiérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée .
En vain vous me frappez d'un son mélodieux,
Si le terme est impropre ou le tour vicieux.
Won esprit n'admet point un pompeux barbarisme,
Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.
Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain
Or, pour arriver à la connaissance parfaite de sa langue, il faut en étudier soigneusement les principes, lire les bons auteurs qui en traitent, ne jamais laisser passer un doute ou une diflicullé dans ses lectures ou ses compositions sans l'éclaircir, et ne point s'étayer d'une autorité en opposition avec les règles, parce qu'il est peu d'auteurs auxquels, dans le cours d'un long ouvrage, il ne soit échappé quelques irrégularités.
2° Le prédicateur doit connaître les préceptes de la rhétorique et les règles de la saine littérature^ conserver toujours présente dans son esprit une idée générale des lieux communs où l'invention puise ses ressources, de la disposition et de ses différentes parties, de l'éloculion et des figures qui donnent au discours grâce ou énergie. 11 y aura toujours profit pour lui à repasser de loin en loin ces matières, surtout s'il y ajoute la lecture de nos bons auteurs en faisant à leurs écrits l'application des règles. L'étude des humanités rend le goût plus fin et plus exquis, ouvre l'esprit, apprend à sentir et à bien rendre ce qu'on sent. D'ailleurs, comme nous l'avons fait observer dés le commencement dô ce traité, les règles de la rhétorique et les principes de la saine littérature doivent diriger toute bonne prédication.
5" Le prédicateur doit posséder parfaitement cette partie de la logifjue^ qui apprend à discerner le vrai du faux, le certain de l'incertain, l'évident du probable, à se faire des idées nettes des choses, à les exposer avec clarté et méthode, à raisonner juste, pousser ses raisonnements jusqu'au bout et tirer ensuite ses conclusions. Il n'y a de bon orateur, dit l'abbé d'Olivel*, que celui qui est bon logicien; a'voir de la rhéioriqne, c'est quelquefois un titre au blâme et même à
1 Voyez le 1'. Albert, 1" part., c. xv. — '^ Préface de la traduction dos Philippiijues de Démosthènes.
la raillerie : avoir de la logique, c'est toujours un sujet d'éloges. Un des défauts les plus ordinaires à ceux qui parlent en public, c'est de manquer de logique. La plupart ne sont que des rhéteurs qui pérorent et ne raisonnent pas ou raisonnent mal ; et pour comprendre combien ce défaut est grave, il suffit de se rappeler que l'art de bien dire se compose de deux parties : la première a pour objet d'examiner qu'est-ce qu'on veut prouver, et si on le prouve par des arguments clairs, solides, concluants : c'est le fait de la logique ; la seconde consiste à mettre ces preuves dans l'ordre qui peut faire le plus d'impression, et à les exposer de la manière la plus capable de frapper : c'est le fait de l'éloquence. Or il est évident que si la première partie manque, le discours pèche par sa base. Aussi Cicéron disait-il ^ qu'il était redevable de son mérite oratoire à la philosophie beaucoup plus qu'à la rhétorique : Faieor me oratorem, si modo sim, non ex officinis rhetorum, sed ex academ,ix spatiis extitisse ; et il déplorait le divorce qui s'était introduit de son temps entre ces deux sciences, c'est-à-dire entre la pensée et la parole, entre l'esprit et la langue*. Il n'est donc pas permis au prédicateur de n'être qu'orateur, il faut qu'il soit beaucoup plus logicien : la logique lui fait trouver des preuves solides, et l'éloquence les fait valoir : comme logicien, il parle à la raison et convainc; comme orateur, il parle à l'imagination et au cœur, peint et persuade, et ainsi tout l'homme est gagné. Donc le prédicateur doit bien posséder et même repasser de temps en temps la partie de la logique qui regarde la définition, la division le raisonnement et la méthode. Il lira avec utilité sur ces matières plusieurs chapitres des Leçons de philosophie de M. Laromiguière.
4" Il doit connaître le monde, la manière dont on y pense, dont on y parle, dont on y vit ; autrement il ressemblerait au médecin qui ne connaît pas le malade qu'il a à traiter. Il doit surtout connaître le cœur humain, parce que c'est là que se trouve la racine et comme le foyer du mal qu'il a à guérir. Il arrivera à cette connaissance en observant les hommes et surtout en étudiant son propre cœur. On demandait un jour à Massillon oii il avait pris, lui qui vivait dans la solitude, des peintures si vraies d'un monde qu'il ne fréquentait pas : Dans mon propre cœur, répondit-il.
5° S'il n'est pas nécessaire, il serait au moins utile au prédicateur de connaître l'histoire et les auteurs profanes. Il en pourrait
* Orot., c. m. — * III, de Orat., n. CO etseq
îiC8 TRAITÉ l'E LA PUÉDICAIION.
tirer dos maximes et des traits propres à confondre les chrôliens d'aujourd'hui qui pensent ou agissent moins sagement que nos pères, que tant d'honuTies vertueux, dans des positions où la vertu leur était bien plus difficile. Souvent même il pourrait les confondre par les exemples et les maximes des païens, qui ne se permettaient pas ce que font certains chrétiens, et qui avaient sur bien des points une morale meilleure, comme on pourrait le prouver, entre aulres, par Kpietèle et Sénèque, lesquels ont des sentences d'une vérité et d'une justesse remarquables. A cet avantage s'en joint un autre, c'est qu'il trouverait les plus beaux modèles d'éloquence dans Gicéron et Démosthènes parmi les anciens ; dajis le recueil des principaux chefs-d'œuvre de l'éloquence française parmi les modermes. — Toutefois il faut observer : 1° qu'il faut être sobre de citations d'auteurs profanes ; les prodiguer, ce serait ôter au discours sacré sa couleur propre, sa teinte évangélique; 2° qu'il faut se garder de présenter comme estimable ce qui n'est que le fait de l'orgueil, de la vanité ou de quelque autre sentiment peu conforme à l'Évangile comme les vertus païennes; 5° qu'il n'est pas permis de parler en chaire des personaiages de la Fable, ni de proposer pour modèles les exemples des vertus païennes que la religion n'a point sanctifiées; 4° que le prédicateur ne doit donner qu'un temps médiocre à la lecture des auteurs païens : l'Écriture, les Pères et les auteurs chrétiens doivent toujours faire sa principale étude : saint Jérôme se reprocha vivement de s'être attaché à l'étude de Cicéron jusqu'à négliger celle des saintes Écritures; 5° qu'on ne doit pas étudier les auteurs païens par amour pour la belle littérature; cette fin n'est pas assez élevée pour une âme sacerdotale : on doit les étudier uniquement en vue de se former au ministère de la parole ; et en cherchant à imiter leur éloquence, il faut avoir soin de l'adapter au genre de la chaire chréitienne.
Des sciences sacrées nécessaires au prédicateur.
Le prédicateur doit connaître : 1'' l'Kcriture sainte et la manière ue s'en servir; 2" les Pères ; 5° l'histoire ecclésiastique; i' la théologie; 5" la science de la vie spirili.ielle.
SECTION l''^ L« l'étude de rÉcrilure sainte et de la manière de s'en servir •.
1° De l étude de V Écriture sainte.
L'Écrilure sainte est le fond sur lequel doU travailler tout prédicateur ; et sa parole ne doit être que comme le développement de ce divin livre. Car, qu'est-ce que la prédication, sinon la parole de Dieu expliquée? Pjsedica verbiim, disait l'Apôtre à Timothée. Ambassadeur de Dieu vers les hommes, le prédicateur doit recevoir de Dieu même la parole qu'il est chargé de leur porter; envoyé du ciel, il doit en parler le langage. Or, cette parole de Dieu, ce langage du ciel ne se puisent que dans rÉcrilure sainte ; et ce n'est qu'autant qu'on tire de cette source sacrée tout le fond de sa prédication qu'on a, droit de dire comme saint Paul : hi me loquitnr Christus... Posuit in nobis verbum reconcilia tionis... Deo exhortante per nos.
Les paroles de l'homme sont des paroles mortes incapables de produire des fruits pour la vie éternelle ; mais la parole de Dieu, pleine de vie, porte en elle une vertu qui touche et persuade; c'est, pour parler avec l'Esprit-Saint, un feu qui échauffe les ^plus, irokh, un marteau qui brise les âmes dures comme la pierre, un glaive qui atteint jusqu aux parties du cœur les plus intimes; el l'expérience démontre qu'il y a une grâce spéciale attachée aux paroles de l'Ecriture, que les vérités liées à quelques passages des livres saints, dont le prédicateur a approfondi le sens ou fait sentir l'énergie, sont ce qui produit le plus d'impression et ce qu'on retient le mieux.
Mais si la sainte Écriture, fondue dans le discours sacré, est si utile à l'auditeur, elle est encore plus précieuse au prédicateur. Car, comme le dit l'Apôtre, elle peut servir à toutes les fins de la prédication, soit à enseigner le dogme ou expliquer les mystères, soit à développer la morale ou attaquer les vices: Omnis scriptara divinitùs inspivata, utilis est ad docendum, ad arguendum, adcorripiendum, ad erudiendum injustitiâ, ut perfectus sit liomo Dei, ad oniiu' opus boniim instructus ^ ; et saint Augustin assure que le prédicalouiexcelle plus ou moins dans le miin'stère de la parole, selon q^î'ii c<\
' Voyez le Guide de ceux qui annoncent la parole de Dieu, p IGO, ir2, 2Gi et suiv — - 11 Tim., m, 16 ei 17.
plus ou moins habile dans la science des Écritures: Sapienter dicit tautà magis vel miniis. qiiantb in scriptiiris sanctis magis minùsve proft'cit '. C'est qu'en effet la parole de Dieu communique aa discours de l'orateur évangélique une autorité et une force que ne sauraient lui donner tous les raisonnements humains. Comme l'homme porte naturellement dans son cœur, avec l'idée de la Divinité, un fonds de vénération pour elle, le style consacré des saints livres répand sur le discours une majesté touchante qui inspire la vertu, qui commande la soumission et le respect d'autant plus efficacement qu'il s'y môle un charme de piété qui fait aimer la vérité qu'on prêche. L'onction de l'Esprit-Saint, dont l'Écriture est pleine, embaume la parole ; et l'amour de Dieu, le dévouement à son service, la charité envers le prochain, l'oubli de soi-même, tous les sentiments tendres et généreux s'en exhalent comme un doux parfum. Car, a dit un auteur trop célèbre en parlant de nos divins Hvres, jamais la vertu n'a parlé un si doux langage ; jamais la plus parfaite sagesse ne s'est exprimée avec tant de grandeur et de simplicité. On ne peut lire ces pages sacrées sans se sentir meilleur; elles portent dans l'âme l'amour de leur auteur, la volonté d'accomplir ses préceptes; et l'on reconnaît le prédicateur qui s'en est pénétré à l'onction sainte qui coule doucement de ses lèvres. Quelque matière qu'il ait à traiter, il y trouve, pour embellir son sujet, des traits de vertu touchants et pleins d'intérêt. Ce sont les plus beaux exemples de piété, dans David, Josaphat et autres saints personnages ; de tendresse paternelle, d'amour filial, d'affection de famille, dans Joseph, Ruth et Tobie; de résignation parmi les épreuves, dans Job, Jérémie et les Machabées ; de conduite noble et généreuse, dans la manière d'agir d'Abraham envers Lot, de Joseph envers ses frères, de David envers Saùl ; d'une vie simple et laborieuse parmi les richesses, dans les patriarches.
Ajoutez à tous ces avantages les beautés oratoires les plus magnifiques, qui y sont semées à chaque page comme les étoiles au Inmament, et qui ne demandent qu'à venir enrichir la parole du prédicateur. Tantôt c'est le sublime des idées et la magnificence des images, comme dans ces peintures de la majesté de Dieu que nous oui laissées Moïse et Job, Isaïe et Barruch; tantôt c'est le palhéti()ue et le véhément, comme dans ces vives renioiulrances que les prophètes ac'ros^ient aux rois et aux peuples ; ici c'est le tendre, le doux et l'in-
• Oc Dnct. christ., l.b IV, v.
sinuant, comme dans les exhortations de Moïse aux Israélites avant sa mort, ou l'épître de saint Paul à Philémon ; là c'est la simplicité du goût antique jointe à la grandeur des pensées, comme dans la Genèse, dans l'Évangile, et surtout dans les discours de Jésus-Christ rapportés par saint Jean, où presque tout est sensiblement divin. Tous ces organes du Saint-Esprit laissent au-dessous d'eux, à une distance incommensurable, les orateurs et les poètes profanes, et sont pour le prédicateur un trésor inépuisable de beautés Ultéraires, à l'aide desquelles il peut facilement donner à son discours vie et chaleur, mouvement et force.
Aussi voyons-nous que les saints Pères ont tous regardé l'Écriture sainte comme la source principale où le prédicateur doit puiser ses pensées*; et eux-mêmes en ont fait le sujet continuel et presque unique de leurs études. Il ne se passait pas de semaine que saint Chrysostome ne lût les quatorze épîlres de saint Paul ; et saint Bernard était si plein de toute l'Écriture sainte, qu'il n'a presque pas une phrase où il ne s'en trouve quelque passage. Ce divin Uvre était le fonds où ces grands hommes prenaient toutes leurs instructions ; ils en développaient les histoires, ils en tiraient des sens pieux; ils en expliquaient les difficultés ; ils en apphquaient à la vie chrétienne les divins enseignements ; et s'ils voulaient parler d'un vice ou d'une vertu, c'était là qu'ils puisaient les motifs d'éviter l'un et de pratiquer l'autre. Là aussi ont puisé nos grands orateurs ; Bourdaloue y trouve ses preuves, Bossuet ses comparaisons, ses exemples, ses images, ses traits sublimes ; Massillon en tire également des beautés merveilleuses, quoique ses citations soient plutôt des allusions heureuses, quelquefois même dans un sens opposé au texte, que de véritables développements du texte lui-même. C'est donc une vérité incontestable que l'Écriture sainte a été la mine féconde qu'ont creusée sans relâche tous les maîtres de la chaire. Dans les prophètes ils ont pris l'énergie et le pathétique de leurs discours; dans les livres historiques les traits édifiants et les allusions ingénieuses; dans les psaumes les sentiments de la piété la plus affective ; dans les Uvres sapieiiliaux des règles de conduite ; dans les évangiles et surtout dans saint Matthieu, les préceptes moraux et les conseils de perfection; dans saint Paul tout le fond de la religion. — Mais pour tirer de l'Kcriture sainte ces fruils précieux, il est des règles qui apprennent à s'en servir: nous allons les exposer.
t Yoyez-cn la preuve dans Ballinshen , Prxparatio ad locos communes.
2° De la manière de se servir de l'Écriture sainte dans la prédication*.
1" Il faut, au jugement de saint Augustin, que le prédicateur ait lu et connaisse l'Écriture sainte tout entière : Totas legerit notasque habuerit, elsi non intellectu, tamen lectione* ^ parce que le livre qu'on aurait cru le moins utile au sujet qu'on traite contient quelquefois les plus riches aperçus sur la matière ; et il faut de plus qu'il la relise continuellement, parce qu'elle est comme ces mines inépuisables dans lesquelles on trouve toujours de nouvelles richesses, à mesure qu'on creuse, ou comme ces tableaux exquis dans lesquels on découvre toujours des beautés nouvelles, à mesure qu'on les étudie davantage.
2° 11 faut lire la Bible avec un sentiment profond de religion, comme une lettre envoyée du ciel, écrite par le Saint-Esprit luimême : Qtiid est Scriptura sacra, nisi epistola omnipotentis Dei ad creatîiravi suam^l d\^<.\e, par conséquent, d'être étudiée avec une vivacité de foi et d'amour qui en grave les passages dans l'esprit, de manière qu'ils se représentent d'eux-mêmes à la pensée lorsqu'on en aura besoin. Il faut s'en rendre le langage familier, en employer le plus souvent possible les expressions, mais surtout la méditer, en priant Dieu de nous en donner l'intelligence. Sans l'esprit d'oraison, on n'en retire que peu de fruit pour soi et pour les autres * ; on y puise des lumières qui brillent, mais sans échauffer, qui font admirer le talent, mais sans convertir les cœurs. L'homme d'oraison, au contraire, qui la mtdite, qui se l'approprie, y puise un feu divin qui ècliauffe et embrase ; il s'élève au-dessus de l'homme par l'expression comme par la pensée, ou plutôt l'homme disparait en lui, et on ne voit plus que Dieu seul dont il emprunte le langage: Périt in eis quodam modo mens kumana et fit divina. Aussi Dieu dit-il à Ézéchicl : Comcde volnmen istnd, et vadens loquere filiis Israël'; sur quoi saint Jèi ôine fait ce beau commentaire : Dévorez ce livre par une lecture assidue, digérez-le par lu méditation, faites-le passer en voire substance; auîreiuv'nt n'allez pas prêcher mon peuple: Nisi arutè cumederimits volnmen, docere non pvssumus^.
0° Il faut interpréter l'Ilcritiire selon la doctrine de l'iv-liso et d-.'S
* Le 1*. .Mbort, 11° part., c. xxiv. — Pustoral do Liinoj;cs, t. II, II» part., lit. i, e. 1,1, g§3 el 4. — ^ De Oo^t cliiijt., lib. Il, viii, — s S. Gi-og. Mag:ii.. lil). IV. pp. M. ad Tliooi! — * I e Giii'le de ceux qui aniioiicent la p.irol.: de Dieu, p. 2^k — ' III, I. — ** lu l'./.i cil.
Pères ^ ; ce sont les autorités qui en fixent le véritable sens. Cependant, comme l'Écriture est un fonds qui rapporte sans cesse, il n'est pas défendu de donner de nouveaux sens, pourvu qu'ils soient fondés sur la lettre, conformes à la piété et à l'analogie de la foi. On n'exclut que les sens forcés, évidemment contraires au sens naturel: citer ainsi l'Écriture sainte, ce serait la travestir et la défigurer ; ce serait la traiter, dit saint François de Sales, comme le carillon des cloches, à qui l'on fait signifier tout ce que l'on veut.
4° Si l'on veut prouver, il ne faut employer que des passages dont le sens littéral établisse la thèse en question ; c'est le seul sens qui fasse preuve. Si l'on veut expliquer ou développer, on peut employer des passages qui ne reviennent au sujet que dans le sens mystique, mais cependant avec précaution, et autant que possible, d'après l'autorité de quelque Père qui ait donné ce sens, à moins qu'on ne s'en serve seulement comme de point de comparaison. Tous les sermons de Massillon sont pleins de beautés oratoires tirées de ce sens mystique.
5° 11 ne faut pas citer un grand nombre de textes, ou des textes trop longs : cela ennuie l'auditeur et dessèche le discours. 11 n'en faut que peu et de bien choisis, qui soient courts, clairs, frappants, faciles à retenir, bien appropriés au sujet, cilés à propos et non pas pour prouver des choses évidentes.
6* 11 faut très-peu ou point de citations latines, quand on parle à des auditeurs qui ne les comprennent pas ; et lors même qu'ils les comprennent, il faut toujours, avant de les citer, les traduire en français, en les dépouillant, autant que possible, de la construction latine, pour leur donner une même couleur avec le reste du discours et faire passer dans notre langue leur grâce et leur beauté.
7° Il faut rarement citer le livre, le chapitre et le verset : il suffit de dire en général : Comme dit VÉcrUure^ comme dit saint Paul, etc..
8" 11 faut expliquer le texte, le développer et l'appliquer au sujet. Tantôt on en commente chaque mot pour en faire valoir la force et l'énergie ; tantôt, au lieu d'interpréter les mots, on s'attache au sens, et on le fait ressortir, soit par les anlécèdents et les conséquents, soit par le motif, l'occasion et les circonstanceb *, soit par le respect et la
* Voyez s. François de Borgia, de Ratione concionandi, dans le Guide de ceux qui annoncent la parole de Dieu, p. 181-'2G4. — * Voyez dans l'oraison funèbre de Henriette d'Angleterre, comment Bossuet commente le passage de David* Kcce tnciiiiiral'ihs posuisti dit'S meos. et plus ln«. un mot «'e S;i|nmon.
soumission dus à la parole de Dieu, soit enfin par d'autres passages de l'Écriture ou l'interprétation des Pères.
9° Les Pères, les grands prédicateurs, Bossuet surtout dans ses Elévations, et Massillon dans tous ses sermons, ont fait un heureux usage des allusions aux choses de l'Ancien Testament, comme à l'arche de Noé, à la servitude d'Egypte, à l'Agneau pascal, au passage d^ la mer Rouge, à la colonne de feu, à la manne, à l'eau du rocher, au serpent d'airain, au voyage dans le désert. Ces allusions plaisent beaucoup aux auditeurs et relèvent le discours. Qui n'aimerait, par exemple, cette application de l'Écriture à la persévérance dans la prière, par Massillon ?
Vous avez prié, et vous en êtes demeurés là, comme ce roi d'Israël, après qu'il eût frappé trois fois la terre d'un javelot ; mais que ne poursuiviezvous, comme répondit le prophète Elisée à ce prince imprudent? Si vous eussiez frappé cinq fois, c'en était fait de rAssyrie, et vous auriez remporté une victoire entière sur vos ennemis. Dieu avait marqué le moment de sa grâce à une nouvelle demande; vous vous êtes découragés lorsque vous étiez sur le point de recueillir le fruit de vos peines ; Si percussisses qninquies. Encore un peu de persévérance, vous obteniez ce que vous demandiez; encore un coup frappé à la porte, on vous l'eût ouverte'.
Qui n'aimerait encore cette belle allusion du pécheur qui retombe à l'idole de Dagon qui se renverse et chaque fois se mutile davantage*, et cette autre allusion de la Providence affligeant ceux qu'elle aime, à Joseph sentant renouveler toute sa tendresse lors même qu'il parlait plus durement à ses frères^?
On lit aussi dans l'abbé Poule cette allusion louchante à la manne du désert :
Tout ce que les Israélites ramassaient de la manne, au delà de leurs besoins de chaque jour, s'altérait et se consumait. Moïse en fit remplir une urne qu'il plaça dans l'arche, et celte manne y fut inaltérable. Il en est de môme des biens de la terre : tout ce que vous en gardez au delà du nécessaire et des bienséances de votre état se corrompt et vous corrompt vous-mêmes. Cachez ces richesses supcrtlues tlans les arches vivantes de Jésus-Christ, qui sont les pauvres; elles y deviendront incorruptibles*
10° On peut, pour se procurer des citations, se servir de la Con-
* Fermon de Massillon sur la Prière (Can'^ine), jeiuli delà première semaine. — - Idem sur la Uecliule, il* part. — ^ Idem sur les AlUicUoiis (Avonl), vers la fin de la T" port. — * Sermon sur l'Aumône.
cordance ou du Thésaurus biblicus ; mais il vaut mieux les puiser à la source.
De l'étude des Pères * .
Les Pères sont par excellence les grands maîtres de la chaire. Initiés par une merveilleuse expérience à la connaissance du cœur humain et de ses penchants, parfaitement instruits de toutes les hienséances pour parler en puhlic, génies élevés, pleins de grandes vues et de nobles sentiments, esprits délicats, d'une politesse exquise dans l'expression comme dans la pensée, ils offrent au prédicateur dans leurs écrits des modèles sûrs. Les Pères grecs sont admirables en tout; les Pères latins ont, il est vrai, payé tribut au goût de leur siècle ; mais à côté des défauts de style qui tiennent à leur époque, ils ont des beautés inimitables. Quelle élévation de sentiments et de pensées dans Terlullien ! quelle manière noble et louchante, quel ton véliément et sublime dans saint Cyprien! quelle force de raisonnement et quel talent de persuasion, quelle noblesse d'idées et queltact exquis, quel langage tendre, affectueux et insinuant dans saînt Augustin ! quelle énergie, quelle expression mâle et grande dans saint Jérôme ! Saint Ambroise excelle par une force de persuasion inimitable et par la tendresse du sentiment quand le sujet y prête; saint Léon est grand et élevé ; saint Grégoire plein de dignité et d'onction ; saint Bernard plein de dignité et de force. Voilà donc d'immenses richesses, et elles sont toutes à nous : ce sont les écrits de nos Pères; c'est par conséquent notre héritage ; nous pouvons y prendre la doctrine, les raisonnements, les preuves, les tours même. Nous serons louables de préférer les pensées de ces grands hommes aux noires ; ce fonds étranger deviendra notre propre bien par l'usage que nous en ferons. Or, un prédicateur, pour peu qu'il ait le talent de la parole, se trouvant au miheu de ces richesses immenses dont il lui est permis de prendre tout ce qu'il lui plaît, peut-il manquer de parler d'une manière intéressante, instructive et solide, grande, noble, et majestueuse? Bourdaloue a tiré des Pères ses principaux raisonnements, et puisé en eux cette connaissance profonde de la religion qui fait le
' Voyez le Traité des Études de RoUin, t. II. — De la Lecture des Pères, par Dargonne, lY» partie, c. xv. — Essai sur l'éloquence de la chaire, par Maury, n" 10. — Discours préliminaire sur les Homélies de S. Chrysost., par l'abbé Autrer.
iiit'iilo ilominant de ses discours. Bossuct die conlinuellcmenl Ter tiillicn t't saint Augustin ; et c'est de ces doux Pères qu'il emprunte SOS pensées les plus sublimes, ses raisonnements les plus convaincanlt;,'^les descriptions et les comparaisons les plus frappantes. On peut en voir un exem{)Ie dans le magnifique exorde de son sermon pour le dimanche des Rameaux sur Ihonneur du monde, dans un autre sermon du même jour sur la nécessité des souffrances, et ailleurs. Massillon, quoique beaucoup moins riche en ce genre que Bourdaloue et Bossuet, y a puisé cependant de grandes beautés. On peut voir entre autres le parti qu'il lire de saint Augustin vers îa lin du sermon sur la confession ^ et d'un autre du même Père dans le sermon sur le mauvais riche, vers la fin du premier point. — Si l'on objecte que les Pères n'ont pas d'ordre et de méthode dans louis discours, nous répondrons qu'ils se proposaient un but tout différent du nôtre; nous, nous prenons un sujet, nous l'envisageons sous ses différentes faces, nous encadrons ces aperçus dans un plan régulier, et en formons pour ainsi dire un traité. Les saints Pères ava enl une autre marche ; ils prenaient beaucoup moins de matières et ne cherchaient pas comme nous à épuiser leur sujet ; il leur suffisait de dire ce qu'ils jugeaient utile au bien des auditeurs, ou propre ù produire l'intérêt et les sentiments qu'ils voulaient inspirer, et lis supprimaient tout le reste. Conformément à ce principe, plusieurs de leurs écrits oratoires sont moins des discours réguliers que des avis ou des entretiens paternels adressés à leur peuple, des explications de l'Écriture sainte dans lesquelles ils font entrer, selon les circonstances des temps et des lieux, toutes les instructions, réprimand. s ou exhortations qui intéressent le salut des âmes confiées à leur sollicitude.
Quant à la manière de se servir des Pères', nous observerons, 1' que, la plupart des prédicateurs ne pouvant consacrer que peu de temps à celte étude, il vaut mieux se borner aux écrits oratoires, ot entre ceux-ci, aux meilleurs, c'est-à-dire à saint Chrysostome, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, parmi les Grecs; saint .\ugustin et saint Bernard, parmi les Latins. Bollin pense que si l'on posséibiit bien seulement les honiclios do saint Chiysostome et les sermons de saint Augustin bur l'Ancien ot le Nouveau Testament, avec quel([ues
* Grand Carôinc, veiidrcJi do la première semaine. — • Voyez lo P. Albert^ II* part., c. XXVI et xxvii. — Le Guide de ceux qui annoncent la pai'ole de Dieu^ p. '255 et siiiv.
QUALITÉS DU TRÉDICATEUR 217
autres petits traités de ce dernier Père, on aurait le fonds le plus riche pour tous les genres de prédication. Les homélies de saint Chrysostome et de saint Basile, traduites par l'abbé Auger, pourraient suffire à plusieurs; d'autres pourraient lire la Bibhothèque des Pères, par M. Guillon. Nous observerons, 2° que les citations qu'on fait des Pères doivent être courtes, vives et énergiques : longues, elles ennuieraient et ne feraient pas d'impression. Elles doivent aussi être peu nombreuses en chaque sermon ; autrement on n'aurait pas le loisir de les paraphraser de manière à en faire ressortir l'énergie; et l'auditeur, écrasé par le grand nombre, n'en retiendrait peut-être aucune. Enfin elles doivent être choisies avec discrétion ; il est bien des choses que les Pères n'auraient pas dites de la même manière s'ils avaient, écrit de nos jours : c'est donc au prédicateur à faire la part des circonstances où ils écrivaient. 3° 11 ne faut pas citer toujours le même Père ; l'auditeur aime la variété : du reste, quel que soit celui dont en eniprunte les paroles, il est bon d'en relever l'autorité. Ainsi Bossuet, citant saint Augustin, l'appelle, pour faire ressortir le poids de son témoignage, la plus grande lumière de l'Église au v° siècle, V oracle de V Église d'Afrique, alors une des plus savantes du monde. 4° Enfin, on trouvera beaucoup de citations utiles dans le Thésaurus Patrum ; mais le mieux est toujours d'aller aux sources.
De l'étude de l'hiitoire ecclésiastique.
L'étude de l'histoire ecclésiastique est utile à tous : on y apprend à mieux connaître la rehgion, son esprit, son influence sur le bonheur des sociétés et des particuliers, sa hiérarchie et sa discipline : l'expérience des siècles forme à la connaissance des hommes; et une notion exacte des faits révèle le faux des objections que les ennemis de la religion ont voulu en tirer en les dénaturant. Mais cette étude, si utile à tous, l'est plus spécialement encore au prédicateur : il y trouve dans la marche des événements les traits visibles de la Providence de Dieu sur son Église ; dans les mœurs et la discipline des temps anciens, des leçons pour nos temps modernes, partout des rapprochements et des preuves à l'appui de ses assertion? N'en retirât-il d'autres fruits qne de pouvoir enrichir ses discours des faits édifiants dont se composent les vies des saints et qui sont comme rÉ\a!igileen pratique, cela seul lui serait un avantage inapprécia-
Si8 TRAITÉ DE LA PRÉDICATION,
ble, et donnerait le plus grand intérêt à ses prédications*. Caria curiosité naturelle de riioinme pour connaître les affaires d'autrui fait qu'on écoute toujours un récit avec plaisir; cela réveille rattention dans ceux qui étaient distraits, la délasse et la soulage dans ceux qui écoutaient. Puis, les faits font mieux comprendre les doctrines ; c'est l'argument le plus frappant, le plus à la portée delà multitude; il semble que la chose se passe sous nos yeux, tout le monde voit et comprend. C'est même un excellent moyen, soit de faire entendre certaines vérités délicates et d'avertir ceux qu'on n'oserait reprendre, soit de décider les auditeurs à mettre l'instruction en pratique : les faits, en leur démontrant possible, facile même, ce qu'ils disaient impraticable, réfutent tous leurs prétextes, et laissent la lâcheté sans excuse. Ces récits ont encore l'avantage d'être la partie de l'instruction qu'on retient le mieux, et souvent même la seule chose qu'on retienne ; la doctrine rattachée à des faits sensibles se grave plus profondément dans l'esprit et dans le cœur. Enfin, comme les faits d'autrui émeuvent naturellement, ils ouvrent la porte du cœur ; le prédicateur y entre, et déduit de son récit avec succès des exhortations ou des avis, des promesses ou des menaces, selon les circonstances : c'est comme le corollaire tiré d'un principe.
Mais, pour que les histoires produisent ces heureux effets, il est certaines règles à observer. 1° Il n'en faut point citer qui ne soient certainement vraies. Des histoires apocryphes déconsidéreraient la religion et feraient peser sur le clergé le reproche de crédulité et d'ignorance. On doit même être très-réservé par rapport aux visions, aux extases et aux faits, peut-être vrais en eux-mêmes, mais qui prêteraient aux railleries et aux sarcasmes des hommes du jour. 2° Il n'en faut pas être prodigue; un trop grand nombre fatiguoiait les auditeurs et les détournerait du sujet principal. C'est assez, dans une instruction, d'un ou de deux exemples bien choisis et cités à propos. 5° 11 faut proposer ces exemples avec une grande clarté et d'une manière facile à retenir. 4" Il faut retrancher de son récit toutes les circonstances qui ne font rien au sujet, et faire ressortir toutes celles qui sont propres au but qu'on se propose, en s'attachant à être assez court pour n'ennuyer pas, et assez long pour que l'exemple pénètre : on doit y éviter les dialogues entre les personnages dont on parle, à moins qu'ils ne soient fondés sur une très-
* Fénelon, de l'Éducation des fiUos, c. vi. — Préface du Catéch. liist. de Fleury. — Le P. Albert, II» part., c. xxix.
grande probabilité, courts, saillants et sans trivialité. 5° Après le récit, il faut en faire l'application aux auditeurs d'une m£»nière vive, et leur montrer qu'ils doivent imiter le trait proposé.
De l'étude de la théologie.
La science de la théologie est le fondement essentiel de toute bonne prédication : car, 1" le prédicateur enseignant la vérité aux hommes de la part de Dieu, doit non-seulement ne point errer, mais être sûr qu'il n'erre pas et qu'il expose la doctrine évangélique dans toute sa pureté. Or, sans un fonds solide de science théologique, le prédicateur errera ou hésitera en beaucoup de choses ; en matière de dogme, il confondra ce qui est de foi et ce qui ne l'est pas ; il ne sera ni exact dans l'exposé de la doctrine, ni sohde dans les preuves, et par là ébranlera la foi des auditeurs ou les jettera dans l'erreur : en matière de morale, il confondra le conseil avec le précepte, ce qui est de perfection avec ce qui est d'obUgation, ce qu'on peut tolérer avec ce qu'on doit interdire, et, faussant la conscience des auditeurs, ou il les tranquillisera mal à propos par des décisions relâchées, ou il les rebutera par une morale exagérée. 2" Sans science Ihéologique, il ne saura pas lui-même ce qu'il y a à dire sur chaque sujet; il n'aura rien de précis dans l'esprit, rien de clair dans la pensée; et au défaut d'une instruction soUde, il se livrera à des écarts d'imagination, se jettera dans des généralités qui ne laisseront aucune idée nette dans l'esprit des auditeurs, et dira des choses peu utiles, aussi impropres à éclairer l'intelligence qu'à convertir le cœur. Il n'y a que l'homme solidement instruit qui puisse faire un discours clair et nourri de doctrine : il faut savoir les choses à fond pour les enseigner avec netteté et précision.
Le prédicateur doit donc étudier la théologie, et l'étudier tous les jours ; car ce n'est qu'à cette condition qu'on la sait. Mais il faut ici observer deux choses : la première, c'est dérégler ses études; la curiosité qui court sans ordre d'un sujet à un autre, qui effleure tout sans rien approfondir, n'amasse que confusion et ne recueille que des connaissances superficielles sans enchaînement et sans suite. Saint François de Sales, pour prévenir cet écueil, s'attache à la Somme de saint Thomas, qu'il vénérait comme le plus grand des
* Voyez Pastoral de Limoges, t. II, I'" part., lit. m, c. ii. § 2.
22) TRAITE DE L\ rRÈDICATION.
doctouis et le plus profond dos théologiens; il l'étudia, le médila, l'approfondit avec une infatigable persévérance, il s'en rendit les principes si familiers, qu'il en faisait dans toutes les circonstances une application aussi facile que juste. De là cette exactitude et celte sagesse de doctrine si remarquables dans tous ses écrits. — La seconde chose à observer, c'est (^'éviter dans ses instructions un vain étalage d'érudition et de science, et tout ce qui élèverait le discours au-dessus de la portée du commun des auditeurs, comme seraient les abstractions métaphysiques. Le prédicateur qui entend l'éloquence prend plus de soin d'être intelligible que de paraître docte. 11 n'exclut pas la science, mais il en cache ce qui embarrasserait l'intelligence des fidèles, et n'en montre que ce qu'il peut mettre à leur portée. Alors l'ignorant comprend, le savant s'édifie, et tous sont contents.
De la science de la vie spirituelle.
fout prcdirnteur ayant pour mission de retirer les pécheurs du vice et de les former à la vertu, d'affermir les faibles et de perfectionner les justes, doit par cela même connaître les règles par lesquelles l'âme se détache du péché, se façonne aux vertus et s'élève à la perfection ; c'est-à-dire qu'il doit connaître la science de la vie spirituelle, puisqu'elle n'est autre chose que la science de ces règles. Fleuryse plaint* qu'il est des prêtres qui ne connaissent pas le corps de la doctrine chrétienne et la suite des desseins de Dieu sur nous, dont, par conséquent, la dévotion ne peut être que superficielle, parce qu'elle n'est pas fondée sur des principes soHdes. Il serait donc trèsutile au prédicateur de s'être fait à lui-même un abrégé de l'explication des choses nécessaires à la foi et à la vie parfaite. Rodriguez, dans son admirable ouvrage rf^î la Perfection chrétieniie ; Grenade, dans toutes ses œuvres ; le P. Saint-Jure, dans son beau livre de la Connaissance et de l'Amour de Jésus-Clirist, lui •ffreiit, sous ce rapport, une mine inépuisable. Il pourra lire aussi très-utilement tous nos ouvrages ascétiques, comme l'Iniitalion, le Combat spirituel, les l'ondements de la vie spirituelle par le P. Surin; les œuvres de saint François de Sales, la llelraite du P. Judde, et nos auteurs d'instructions religieuses, comme Lambert, Guillef, Couturier, et le Catéchisme du concile do Trente. Toutefois ces livres ne le rendront
* Préface tlii Catéciiisii.e liistoriiiiic
habile dans celte science qu'autant qu'il les étudiera : \° dans un esprit d'oraison, parce que la méditation en apprend plus que tous les livres sur Jésus-Christ et nos mystères; 2° dans un esprit de pratique, parce que la science des saints est une science expérinientale dans laquelle la pratique des choses ou la propre e.Np'M'ience rend plus savant que l'élude et la spéculalion.
* Ici finit tout ce que nous avions à dire touchant l'idée qu'il faut
* se faire du ministère delà prédication : maintenant il ne sera peut- *être pas sans intérêt de voir comment saint Paul, ce grand modèle
* du prédicateur, a rempli admirablement cette idée. Ce sera une
* confirmation de tout ce que nous avons dit, et par conséquent une
* digne conclusion de cette première partie.
* Nous ne nous arrêterons pas à prouver combien parfaitement
* saint Paul a connu l'excellence et la nécessité de la prédication :
* ceci ressort assez des développements donnés dans les deux pre-
* miers chapitres. 11 a en outre traité toutes les matières de la pré-
* dication d'une manière adaptée à la dignité de son apostolat, à la
* portée, aux besoins et aux dispositions de ceux auxquels il s'adres-
* sait. Le moindre souvenir de ses Épitres prouve ces assertions.
* Comme il développe magnifiquement tous les points de la doctrine !
* Comme il sait prendre toutes les formes et tous les tours pour se
* proportionner à ses auditeurs ! Quelle adresse dans son discours à
* l'Arèoprige ! Quelle noblesse et quels ménagements dans son apo-
* logie devant Félix et Agrippa ! Quelle tendresse et quelle onction
* dans son épître à Philémon ! mais surtout comme il a su donner à *sa prédication les trois caractères qui font le grand orateur! lia
* su convaincre par la force des raisonnements, docere; plaire par la
* vivacité des tours et l'agrément des images, delectare; émouvoir
* les pa:;sions par les mouvements pathétiques elles grandes figures,
* moverc. 1° Il a su convaincre, docere. A Damas il confond les Juifs ;
* à Jérusalem il terrasse les Grecs par la puissance de sa parole, lei-
* icment que, ne pouvant souffrir la honte d'être vaincu-, ils cher-
* chcnt à le faire mourir; à Athènes il convainc, par un seul de ses
* discours, un sénateur de l'Aréopage, qui se convertit avec toute sa
* famille ; dans toutes les villes il discute avec les Juifs, les paÏL'US,
* les (jjicuriens, les stoïciens, et partout il sf fait admirer; les Lycao-
* niens môme le prennent pour Mercure à cause de son éloquence.
* Dans ses Épîtres, vous le voyez partout poursuivant la thèse qu'il a
* entreprise, démontrant invinciblement tout ce qu'il avance, et em-
* portant par la force du raisonnement toute dilTiculté qui tombe
* sous sa main. Avec quelle adresse dans ses épîtres aux Romains et
* aux Galates il fait valoir contre eux les témoignages de l'Ancien
* Testament! Comme il presse ses adversaires! comme il les en-
* traîne à son but sans leur laisser aucune issue par laquelle ils puis-
* sent échapper à la force de sa dialectique! Quelle abondance de
* preuves dans sa première épître aux Corinthiens, pour démontrer
* le dogme de notre résurrection future, et dans la seconde avec
* quelle force, quel talent d'insinuation il fait l'apologie, tant de sa
* personne que de son ministère, et pousse ses adversaires jusque
* dans leurs derniers retranchements ! Et qui n'admirerait surtout la
* puissance de logique qu'il déploie dans son incomparable épître
* aux Hébreux? Comme il prouve par des raisons invincibles la supé-
* riorité de Jésus-Christ sur les anges, sur Moïse et sur tous les
* prêtres de l'ancienne loi, puisant tous ses arguments dans la théo-
* logie même des Juifs, qui ainsi ne pouvaient les récuser sans aban-
* donner leurs propres principes! Aussi saint Augusiin, si capable
* d'en juger, professe-t-il que saint Paul était un excellent dialecticien,
* et que jamais personne n'a raisonné avec plus de force. — 2° Saint
* Paul a su plaire par la vivacité des tours et l'agrément des images,
* delectare. Sans doute, son style n'est pas sans défaut, il n'a pas
* toute la pureté attique, souvent même son éloculion a quelque
* chose de rude, et ses constructions sont embarrassées et irrégu-
* hères ; mais toujours son expression est juste, vive, touchante et
* quelquefois hardie, grande et sublime. Quelle beauté de diction,
* dans le douzième chapitre de l'épître aux Romains, que Grotius
* trouve tout entier du genre d'Isocrate ! dans le onzième chapitre
* de la seconde épître aux Corinthiens, où saint Augustin admire à
* juste titre une éloquence toute divine et une vivacité de tours mer-
* veilleuse ! dans l'épître aux Hébreux, où la pureté et la magnilî-
* cence du style le disputent à l'excellence des malièies et à la su-
* bUniitô du sujet! Partout sa parole s'embellit des figures les plus
* propres à animer le discours, l'inlerrogation, rixilnmalion, l'anti-
* thèse, la comparaison, l'énuméralion, la gradation et (piolquefois
* môme l'ironie : tout s'anime et prend vie sous son pinceau ; dans
* son langage, la doctrine élémentaire est le lait des enfants, la doc-
* Irine plus parfaite le pain des forts ; la parole de Dieu est un glaive
■* à deux tranchants qui pénétre jusqu'aux moelles de l'âme ; la foi
* est un bouclier qui repousse les traits enflammés de l'ennemi ; l'es- 'pérance est une ancre arrêtée dans le ciel ; la charité est une cui-
* fasse qui couvre tout entier le soldat de Jésus-Christ; les démons
* sont une armée d'ennemis invisibles qui planent au-dessus de nous
* dans les airs ; les fidèles sont un champ que Dieu cultive, un édi-
* fîce qu'il bâtit, un corps dont les membres, étroitement unis entre
* eux, sont vivifiés et mus par le même chef; les bons sont les
* azymes, les méchants sont le levain qui fait aigrir toute la pâte ;
* les Gentils sont des hosties vivantes que l'Apôtre immole par le
* glaive de la parole et consacre à Jésus-Christ ; lui-même est une
* libation qui va bientôt se répandre, une victime qui va être im-
* molée sur la prédication de la foi, un athlète qui court dans l'a-
* rêne; il va saisir la couronne qui l'attend au bout de la carrière.
* Sa prédication est un grand édifice dont Jésus-Christ est le fonde- *menl; et sur ce fondement les uns élèvent l'or, l'argent et les
* pierres précieuses, les autres le bois, la paille et un foin aride ; *mais un feu vengeur en fera le discernement. L'Église est une
* colonne ferme, un fondement inébranlable, un palais magnifique
* où se trouvent des vases d'honneur avec des vases d'ignominie,
* et qui porte écrite sur sa base la céleste devise qui assure l'immuable
* stabilité. Et que dire de la belle comparaison des membres du
* corps humain, que nous hsons au chapitre XII^ de la première
* épître aux Corinthiens? Un Romain célèbre l'avait déjà employée,
* mais combien l'Apôtre la présente d'une manière plus vive, plus
* énergique et plus pittoresque ! — Ainsi saint Paul a su plaire et
* intéresser, delectare ; il n'a pas moins excellé dans le talent d'émou-
* voir, movere. Les figures les plus vives et les plus pathétiques
* viennent, sans être recherchées, tantôt élever son discours jus-
* qu'au sublime, tantôt le rendre touchant jusqu'à amollir les cœurs
* les plus durs. Quoi de plus achevé et de plus vrai, au jugement de
* Grotius lui-même, que la vive description de la corruption des
* Gentils, nu chapitre 1" de l'épître aux Romains ! Quoi de plus animé
* et de plus pittoresque que le tableau qu'il trace de l'homme asservi
* aujoug de la concupiscence, approuvant le bien qu'il ne fait pas, et
* faisant le mal qu'il condamne ! Avec quelle splendeur d'images il
* décrit le grand miracle de notre résurrection future et de la trans-
* formation des corps glorieux, l'apparition subite de Jésus-Christ
* descendant des cieux environné de ses anges et d'un tourbillon de
* flammes, tous les bommes ressuscites et allant à sa rencontre au
22i TRAITÉ DE LA PREDICATION.
* milieu des airs ! Il n'est pas moins touchant lorsqu'il trace le ta
* bleau de ses propres souffrances, de ses travaux, de ses dangers, de
* ses morts multipliées, de ses infirmités, de ses tentations, de ses
* révélations, de ses extases; et quel parallèle plus magnifique
* que celui qu'il nous a fait du ministère ancien et du ministère ' nouveau, lo premier changeant comme la figure qui passe, le
* second immuable comme la vérité qui demeure ; d'un côté Moïse
* ébloui des splendeurs divines, obligé de voiler son visage et lais-
* saut le voile sur les yeux des Juifs incrédules ; de l'autre, les apôtres
* contemplant à face découverte cet abîme de clartés, et comme
* transfoimés dans la splendeur de Tessence divine! Quel autre pa-
* ralléle non moins saisissant d'intérêt entre la Jérusalem terrestre et
* la Jérusalem céleste ! D'un côté, une montagne toute en feu, une
* nuée ténébreuse, l'obscurité et le bruit de la tempête, des foudres
* et des tonnerres, une voix si terrible qu'elle effraye les Israélites et
* glace Moïse d'épouvante ; de l'autre, la montagne de Sion, la cité
* du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, une troupe innombrable
* d'anges, l'Éghse des premiers-nés dont les noms sont écrits dans *les cieux. Dieu le rémunérateur des justes, Jésus le médiateur du
* Nouveau Testament, dont le sang crie plus haut que celui d'Abel.
* Que dire enfin de la magnifique description de la foi des justes de
* l'Ancien Testament, des qualités glorieuses de Jésus-Christ et des
* splendeurs incomparables de son sacerdoce ! C'est ainsi que saint
* Paul éblouit et surprend l'imagination par la grandeur des figures ;
* et il n'est pas moins habile à subjuguer et entraîner les cœurs par
* la vivacité des mouvements : tantôt il se livre à tous les transports
* d'une sainte indignation ; tantôt il fait entendre les accents tou-
* chants d'un père, d'une mère, d'un ami tendre. Il pénètre jusqu'au
* cœur et vous montre palpitantes les entrailles de sa charité. Dé-
* mosthènes a-t-il rien de plus véhément que ses réprimandes aux
* Juifs qui n'observaient pas la loi qu'ils connaissaient (ch. II de l'É-
* pilre aux nomains), et aux fidèles qui portaient leur procès au tri-
* buual des païens (ch. VI de la première aux Corinthiens)? El d'un
* autre côté, ces Juifs qu'il rèpriniamle avec tant de véhémence,
* comme il les aime ! Il les aime jusqu'à vouloir être anathème pour
* eux. Ces Corinthiens qu'il vient de consiu^er si fortement, il les
* porte tous dans sou cœur. « Notre bouche s'ouvre pour vous, ôCo-
* rinthiens ! leur écrit il, notre cœur se dilate de tendresse, vous
* n'êtes point à Téiroit au fond de nos entrailles, dilate/ donc aussi
* vos cœurs pour nous recevoir. Quand vous aurioz dix ni. Ile mnîli es,
* VOUS n'avez qu'un seul Père, et c'est moi qui vous oi engendrés en
* Jé^us-Christ. Je ne cherche pas vos biens, mais vos âmes, et je suis
* (oui prêt à sacrifier tout ce que je possède et à m'inmioler moi-
* même pour votre salut.» Ailleurs, il touche, il attendrit pard'au- *tres accents de charité, où se révèle l'âme la plus aimante, un *cœur plus que paternel, l'affection d'une nourrice qui réchautîe ses
* nourrissons dans son sein, d'une mère qui enfante avec douleur
* les fruits de sa tendresse. Il est donc vrai que saint Paul a eu le
* talent de pénétrer et d'émouvoir, comme nous avons vu qu'il avait *eu celui de plaire et de convaincre, docere^ delectare, movere.
* Qu'il ait su donner aussi à sa prédication ce caractère d'unilé,
* essentiel à toute bonne composition, c'est une chose dont son
* grand talent et les discours qui nous restent de lui au livre des Actes ne nous permettent pas de douter : d'où nous pouvons conclure que sa prédication a eu toutes les qualités que nous avons
* décrites. Il ne nous sera pas plus difficile de démontrer qu'il a eu
* lui-même toutes les qualités d'un parfait prédicateur.
* 1° Il a eu la mission légitime ; c'est Jésus-Christ lui-même qui *l'a envoyé, comme il le dit en tête de presque toutes ses épîtres :
* Vauhis apostohis Jesu Christi, et comme il l'établit dans l'épître
* aux Galates et dans la seconde aux Corinthiens. C'est d'ailleurs un
* fait prouvé surabondamment par les prodiges qui suivaient ses pas,
* par les effusions miraculeuses du Saint-Esprit descendant à sa voix
* sur les fidèles, par cette multitude de conversions qu'il appelait
* lui-même une apologie de son apostolat écrite de la main du Dieu
* vivant, et mille fois plus convaincante que celle qui est tracée pnr
* une encre corruptible.
* Et cette mission, il la tenait, non, comme les autres apôtres, de
* Jésus-Christ vivant sur la terre, mais de Jésus-Christ ressuscité et
* régnant au plus haut des cieux, qui l'a instruit de sa propre bou-
* che, de sorte que s'il était allé à Jérusalem voir Pierre, ce n'était
* point pour recevoir ses instructions, mais pour saluer en sa per-
* sonne le chef de tout l'apostolat et se mettre en harmonie avec
* celui auquel tout devait être subordonné et d'où devait partir le
* rayon du gouvernement.
* Cette mission avait de plus ceci de remarquable, qu'elle n'était
* pas, comme celle des autres apôtres, pour un pays ou un peuple
* particulier, mais pour la Gentilité tout entière, de sorte qu'elle
* n'admettait d'autres bornes que celles de l'univers. Celui-ci, avait
* dit le Sauveur à Ananie, est un vase d'élection destiné à porter la
226 TRAITE DE L.V TREDICATION.
* gloire do mon nom, non-souUMiicnt aux enfants d'Ismël, mais
* aux rois et aux nations de la terre; et il déclore lui-môme aux
* Ephésiens que, quoiqu'il soit le dernier de tous, il a reçu la mis-
* sion et la griÀce d'annoncer aux Gentils les richesses ineffables de
* Jésus-Christ.
* 2° Il a rempli celte mission céleste avec une parfaite pureté d'in-
* tention; qui peut en douter? Celte grande âme comptait pour rien
* l'opinion des hommes : Mihi pro minimo est, et ne se glorifiait
* que dans la croix de Jésus-Christ. Si je voulais plaire aux hommes,
* disait-il, je ne serais plus serviteur de Jésus-Christ; je ne veux
* d'aulre gloire que le témoignage de ma conscience. Quelques-uns
* prÔ4»liaient à Rome par un sentiment de malveillance envers lui ;
* mais, disait-il, quelle que soit l'intention qui les anime, je me ré-
* jouirai toujours, pourvu que Jésus-Christ soit annoncé et formé
* dans les cœurs. C'est ainsi que la gloire de Dieu et le salut des
* âmes étaient les deux seuls mobiles de son ministère et de toute
* sa conduite.
* 5° 11 a été saint et a prêché d'exemple ce qu'il recommandait
* aux autres : il ne demande aux fidèles que de faire ce qu'ils l'ont
* vu faire lui-même : Qux vidistis in me, hœc agite; il les loue de
* ce qu'ils suivent ses exemples : Et vos imitatores mei facti estis ;
* il prend Dieu à témoin de la conduite sainte, juste et irréprocha-
* ble qu'il a tenue parmi eux : Vos testes estis et Deus, quàm sanctè
* et juste sine qtierelâ fuimus ; enfin il va jusqu'à les conjurer d'être
* ses imitateurs comme il l'est lui-même de Jésus-Christ : Imitatores
* mei estote, sicut et ego Christi. Si, en effet, il leur prêchait la
* pénitence, il châtiait son corps et le réduisait en servitude ; s'il
* leur recommandait la patience dans l'adversité, il était toujours
* dans les tribulations et les épreuves; s'il les exhortait au sacrifice
* de leurs intérêts les plus chers, il avait lui-même renoncé à tout
* pour Jésus-Christ, et gagnait sa vie en travaillant de ses mains ;
* s'il leur annonçait le crucifiement de toutes les inclinalions de la
* nature, il était lui-môme tout attaché à la croix et servait le Sei-
* gneur dans la faim, la soif et la nudité ; s'il leur prêchait l'humi-
* lité, il n'était à ses yeux qu'un persécuteur oulrageux, le plus
* grand des pécheurs, un avorton qui ne mérite pas de voir la iu-
* mièrc; s'il les animait à la charité et au support de leurs frères, il
* s'était fait tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ. Knfin
* Jésus-Christ était toute sa vie; il ne vivait pas, mais c'était Jésus-
* Christ qui vivait en lui.
*4° Il a eu au plus haut degré le zèle du salut des âmes : sans
* citer les passages de ses ÉpîtP€s où respire le zèle le plus brûlant,
* les faits seuls parlent assez hautement. Emporté par l'ardeur qui
* le dévore, cet apôtre insatiable de la gloire de son Maître et du sa-
* lut des âmes parcourt en les évangélisant les villes de l'Asie
* Mineure, passe de là en Europe, prêche la foi à Philippes, Thessa-
* Ionique, Bérée, Athènes, Corinthe, Éphèse; et depuis Jérusalem
* jusqu'aux confins de l'IUyrie, il remplit tous les lieux du bruit de
* sa prédication ; de là il se rend à Rome et se propose de porter
* jusqu'en Espagne et aux extrémités de l'Occident le nom et l'É-
* vangile de Jésus-Christ. Il est dominé par la grande et noble pensée
* de réunir tous les peuples de la terre dans une même foi, et ce
* projet si digne de son grand cœur ne le laisse en repos ni jour ni
* nuit.
* 5° Il a excellé dans l'esprit d'oraison. Il assure lui-même qu'il
* priait sans cesse avec une grande abondance de larmes, cum miil-
* Us lacnji7iiSy afin d'attirer les bénédictions de Dieu sur ses tra-
* vaux. Ses courses et ses fatigues n'interrompant jamais sa prière ;
* jeté dans les cachots et chargé de chaînes à Philippe, il faisait
* monter vers le ciel les accents de celte prière humble et fervente
* qui convertit le geôlier et toute sa maison. Son oraison même était "* si sublime, que plus d'une fois elle a été accompagnée de révéla-
* tions, d'extases et de ravissements jusqu'à être transporté au troi-
* siéme ciol.
* 6°, Saint Paul a possédé à un haut degré le talent de la parole;
* cela résulte clairement de tout ce que nous avons dit en parlant
* des caractères de sa prédication.
* 7" 11 a eu la science nécessaire au prédicateur. Les citations
* qu'il fait de trois poètes grecs, d'Aratus, dans son discours à l'A-
* réopage ; de Ménandre, dans sa deuxième aux Corinthiens, et
* d'Épiménides, dans sa lettre à Tite, prouvent qu'il n'était pas
* étranger aux connaissances littéraires; mais où il est bien plus
* admirable, c'est dans cette sublime théologie apprise au troisième
* ciel de la bouche de Jésus-Christ régnant glorieux à la di^oite de
* son Père, et qu'il a transmise à l'Église par ses Épîtres. Qu'il nous
* soit permis d'en donner ici une légère esquisse dans les termes
* mômes de l'Apôtre. Toute la théologie se réduit à connaître Dieu,
* l'homme, sa réparation après sa chute, sa justification, sa glorift-
* calior; ou son châtiment dans la vie future, et enfin les règles de
* la morale qui doivent le diriger dans la vie pi'ésente. Or, saint P.ii'I,
228 'IRAIil': DE LA l'UÊDICATION.
* dans SCS Kpîlros, nous fuit connaître toutes ces choses avec une
* niagnificonco. (ridées inconipiuable.
* 1" 11 nous lait coiniailie Dieu; c'est, selon lui, le Uoi immortel
* des siècles, le Dieu invisible et unique, le seul heureux, le seul
* puissant, le Uoi des rois, le Dominateur des dominateurs, qui pos-
* sède l'immortalité et habite une lumière inaccessible, celui que nul
* mortel n'a vu ni ne pourra jamais voir, à qui appartient la gloire
* et un empire éternel, qui vivifie les morts et appelle les choses
* qui ne sont pas même comme celles qui sont; c'est en lui que
* nous avons l'existence, le mouvement et la vie ; c'est le Père des
* miséricordes et le Dieu de toute consolation. Il a un fils unique
* qui est la splendeur de sa gloire, l'empreinte de sa substance ; qui
* porte tout par la toute-puissance de sa parole; qui a créé, outre
* les êtres visibles, les Puissances, les Trônes et les Dominations ;
* qui étant dans la forme de Dieu, pouvait, sans usurpation, s'égaler
* à Dieu; qui renferme en lui toute la plénitude de la Divinité; qui
* est le grand Dieu sauveur, le Dieu béni dans les siècles des siècles.
* Le Saint-Esprit est le lien d'amour qui unit le Père et le Fils ; et
* c'est cet Esprit adorable qui a parlé par les prophètes, qui a inspiré
* les Écritures, qui est l'auteur de tous les dons merveilleux répan-
* dus dans l'Éghse ; c'est par lui que les docteurs enseignent la sa-
* gesse, que les prophètes annoncent l'avenir, que les thaumaturges
* opèrent les prodiges, que les interprètes dévoilent le sens caché
* des Écritures; c'est par lui qu'on parle dans l'Église des langues
* étrangères, qu'on guérit les malades, qu'on discerne les Esprits;
* c'est lui seul qui peut sonder les profondeurs de la Divinité ; et ces
* trois divines personnes réellement distinctes, puisque l'Apôtre les
* fait agir à part et leur attribue des opérations propres et singulié-
* res, ne forment cependant qu'un seul Dieu : Nobis tamen unns
* Deus. — 2" L'Apôtre nous fait connaître l'homme ; il nous montre
* le premier Adam en qui tous ont péché, et qui. par son péché, a
* introduit la mort dans le monde. Tous sont enfants de colère par
* le malheur de leur origine; et de cette comiption originelle qui
* infecte également et le Juif et le Gentil, résulte le combat intérieur
* de la concupiscence et de la grâce, de la loi des mtwnbres et de
* la loi de l'esprit, la lutte continuelle de ces deux honnnes con-
* traires, dont l'un fait le mal et l'autre veut le bien,- tl'xi l'Apôtre
* conclut en s'écriant : Malheureux homme que je suis! qui me dé-
* livrera de ce corps de mort? — Il va vous l'apprcMulre lui-même
* eu nous révélant, en troisième lieu, la réparation de l'honnuo
* fiprès sa chute. La nature avec les maximes d'une philosophie or-
* gueiileuse était impuissante à opérer cette réparation : témoin les
* égarements "affreux des philosophes: la loi, avec ses ordonnances
* et ses menaces, pouvait arrêter la main, mais ne changeait pas le
* cœur et irritait la concupiscence sans la réprimer. La foi seule en
* Jésus-Christ pouvait donc relever l'homme déchu ; et ici l'Apôtre
* nous fait connaître ce Médiateur incomparahle envoyé pour nous
* sauver. Aucun de ses mystères n'échappe à sa vue et à son pin-
* ceau : avec quelle magnificence il nous décrit le mystère de ce
* Dieu, manifesté dans la chair, justifié par les œuvres du Saint-Es-
* prit, montré aux anges, prêché aux'nations, cru dans le monde et
* reçu dans la gloire, apparaissant aux hommes assis dans les té-
* nèbres de la mort comme un soleil levant pour les éclairer de ses
* divins rayons: Apparuit gratia Dei salvatoris, etc., participant à
* notre nature, afin d'être en état de souffrir et de mourir pour
* nous, se donnant comme le prix de la rédemption de tous, s'offrnnt
* comme une victime de propitiatioii et d'agréable odeur aux yeux
* de Dieu, médiateur entre Dieu et les hommes, réconciliant le
* monde avec un Dieu irrité, pacifiant par le sang de sa croix le
* ciel avec la terre , déchirant la cédule de condamnation portée
* contre nous, arrachant à l'enfer ses trophées et ses dépouilles, et
* menant attachées à son char de triomphe les puissances des té-
* nébres ; livré à la mort pour expier nos péchés, et ressuscitant
* pour nous donner le modèle d'une vie nouvelle, puis montant au
* plus haut des cieux, menant à sa suite une multitude de captifs
* dont il a brisé les fers ; et là l'Apôtre nous le représente pénétrant ■* par son sang dans le sanctuaire éternel, s'asseyant à la droite de
* ia Majesté divine, où il vit toujours pour intercéder pour nous,
* Pontife saint, innocent et sans souillure, plus élevé que les cieux,
* prêtre selon l'ordre de Melchisédech, sans commencement ni fin,
* dont le privilège est de ne point avoir de successeur, mais de rem-
* phr éternellement par lui-même les fonctions de son immortel sa-
* cerdoce. — 4° Pour justifier l'homme par l'application de tant
* d'ineffables mérites, l'Apôtre nous montre une suite de docteurs
* et de pasteurs qui doivent se succéder jusqu'à la consommation des
* siècles ; une Éghse, le fondement de la foi et la colonne de la vé-
* rite, afin de nous réunir tous dans l'unité d'une même croyance ;
* les sacrements, qui ne sont plus des éléments sans vertu, mais des
* canaux de vie, lesquels purifient l'Église et lui donnent une beauté
* également exempte et des taches de la laideur et des rides de la
"30 TRAITÉ DE LA l'IŒDI CATION.
* vieillesse ; le baptême, qui nousrégénère et nous sanctifie par la vert
* de ses eaux ; la confirmation qui nous affermit et nous marque du
* sceau du Saint-Esprit; l'eucharistie, qui est la participation du
* corps et du sang de Jésus-Christ, participation si réelle, que la re-
* cevoir indignement, c'est profaner ce corps et ce sang adorable, et
* qui est en même temps le sacrifice propre des chrétiens, auquel ne
* peuvent participer les prêtres lévitiques ; la pénitence, suffis.mi-
* ment indiquée par la peine satisfactoire imposée à l'incestueux de
* Corinlhe; l'ordre dont Tirnothée doit ressusciter en lui la grâce ;
* enfin le mariage, avec sa nature et ses devoirs si bien décrits, et le
* titre exprès de grand sacrement. A ces moyens extérieurs de sanc-
* tification, l'Apôtre ajoute les moyens intérieurs plus admirables
* encore, et montre le chrétien toujours sous l'empire de la grâce,
* objet de la prédilection des trois personnes divines : le Père l'a
* prédestiné de toute éternité d'après le mouvement gratuit de sa vo-
* lonté, le Fils l'a racheté et justifié par son sang; et, assis à la droite
* du Père, il ne cesse d'intercéder pour lui ; le Saint-Esprit l'anime,
* le régit, éclaire ses ténèbres, répand la charité dans son cœur, lui
* donne la confiance d'appeler Dieu son père, pousse au fond de son
* âme ces gémissements ineffables qui sont toujours exaucés. La
* grâce, après avoir créé en nous l'homme intérieur, n'abandonne
* point son ouvrage : c'est elle qui nous fait croire et pratiquer, qui
* nous crée dans les bonnes œuvres, qui nous inspire le vouloir et le
* faire, et sans elle nous ne pouvons rien : avec tant de secours,
* comment ne parviendrions-nous pas à la gloire? — 5° Ici, l'Apôtre *nous décrit avec un éclat merveilleux le dernier avènement du
* Sauveur pour nous emmener avec lui dans son royaume. Au signal
* de la trompette, dit-il, il descendra du ciel environné de ses anges
* et d'un tourbillon de feu ; les justes iront à sa rencontre dans les
* airs, revêtus de corps glorieux et resplendissants, près desquels
* pâliront la beauté des planètes, l'éclat du soleil et des étoiles; et
* ils pourront alors insulter à la mort. 0 mort ! où est ta victoire ? ô
* enfer ! où est ton aiguillon? Grâces à Dieu qui nous a accordé cette
* grande vicloire par Jésus-Christ 1 Quant à ceux qui n'ont pas obéi
* à l'Évangile, ils seront séparés de sa face adorable et souffriront
* des peines éternelles. — 6° L'Apôtre ne décrit pas d'une manière
* non moins admirable les règles de morale qui doivent dirigtT le
* chrétien dans la vie présente. 11 pose la foi comme le grand prin-
* cipe de la justification ; le juste vit de la foi et se perfectionne par
* la foi ; sans la foi il est impossible de plaire à Dieu ; c'est par la loi
* que les patriarches et les apôtres, tous les justes de l'ancienne
* alliance ont élé agréables à ses yeux ; celte foi doit être ferme et
* nous rendre en quelque sorte visible l'objet de nos espérances; elle
* doit être vive et opérer par la charité. A la foi doit se joindre l'es- *pérance qui nous sauve : Spe salvi facti siimus. x\ppuyée sur
* les divines promesses, elle ne confond jamais ; elle se fortifie au
* milieu des épreuves, elle attend le Sauveur qui viendra des cieux,
* elle est comparable à une ancre immobile fermement attachée à ce
* divin tabernacle où Jésus notre précurseur est entré. Puis vient la
* charité; et ici comme l'Âpôlre est magnifique! Il en démontre
* la nécessité , il en décrit les touchants caractères , il l'élève au-
* dessus de tous les dons surnaturels et la suit jusque dans le ciel
* où elle doit survivre à toutes les vertus, et faire notre éternelle
* béatitude. Que ne dit-il pas encore de la pénitence, de la pureté,
* de la mortification, du crucifiement intérieur, de la douceur, du
* support des infirmités de nos frères, de l'humilité d'esprit et de
* cœur ? Il veut qu'un disciple de Jésus-Christ soit une parfaite copie
* de cet excellent modèle, qu'il le représente dans tous ses mystères,
* qu'il meure avec lui, qu'il ressuscite avec lui pour ne plus mourir
* par le péché, mais toujours vivre de la justice. Le chrétien vivant
* de la foi, soutenu par l'espérance, enraciné dans la charité, fortifié
* par l'Esprit-Saint, tenant à Jésus-Christ comme la pierre à son fon-
* dément, comme la branche à sa racine, comme le membre au
* chef (Jui lui donne le mouvement et la vie, ne doit point mettre de
* bornes à sa perfection ; il doit croître sans cesse dans la charité,
* dans l'union avec Jésus-Christ dont il doit être revêtu, avec lequel
* il doit être incorporé, ou plutôt qui doit vivre en lui tout entier. A
* mesure que l'homme extérieur se dissout et se détruit, l'homme
* intérieur doit se renouveler, se fortifier et s'avancer sans cesse
* vers cette plénitude d'âge, vers cette mesure de l'homme parfait
* qui ne se trouve qu'en Jésus-Christ. Nous pourrions encore suivre
* l'Apôtre expliquant les devoirs particuliers de chaque condition ;
* mais c'en est assez, et nous sommes abondamment autorisés à
* conclure que saint Paul a réuni au plus haut degré toutes les qua-
* lités d'un orateur èvangélique et a été le plus excellent des prédi-
* cateurs.