‹ Traite de la predication a l'usage des seminairesChapitre 47 sur 89 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la manière de traiter les vérités cliréticnnes *»

Il est deux manières de traiter ces vérités : la première est de s'attacher à en faire ressortir la certitude par des preuves solides pour affermir ses auditeurs dans la foi ; la seconde, de les présenter comme motif des vertus chrétiennes en les considérant sous le point de vue moral : ces deux manières sont l'une et l'autre extrêmement utiles.

* Et d'abord il est très-utile d'affermir ses auditeurs dans la foi

* Voyez Pastoral de Limoges, t. II, II* part., tit. u, c. i.

»'8 TliAITÉ DE LA niÉDICATlOIx.

*(Je cos véiilés par drs prouves solides. Rien n"est plus propre à

* doiiiur aux fidèles une haute estime et une grande idée de la re-

* ligion que de leur montrer les preuves inébranlables et éclatantes

* de certitude sur lesquelles repose chaque dogme de notre croyinice.

* C'est un grand et vaste édifice dont toutes les pierres sont em- *preintis du doigt de Dieu. Or ces caractères augustes de divinité

* pénètrent l'âme à laquelle on les présente d'estime et do vénéra-

* lion, de dévouement et d'amour pour une r< ligion qui dosceiid si

* évidemment du ciel. A ce beau spectacle, l'énergie de la conviction

* agit sur la volonté, l'enivre d'un saint enthousiasme, la nnd forte,

* invincible, capable de tous les sacrifices. Que ne peut pas un "homme à conviction profonde? C'est là ce qui a conduit les martyrs

* aux écliafauds et aux amphithéâtres, les confesseurs dans les pri-

* sons, les solitaires dans les déserts; c'est là ce qui a fait tous les

* saints. Mais pour obtenir ces grands résultats dans une paroisse, ' il est nécessaire de raviver de temps en temps les croyances par

* des preuves présentées avec le raisonnement solide d'une logique

* inexpugnable et l'accent d'une conviction personnelle portée au

* plus haut degré. Autrement la foi devient faible, languissante, sans

* énergie pour le bien et est dans l'homme comme n'y étant pas ; c'est

* la foi morte, la foi sans les œuvres, et même elle est en grand péril

* de s'éteindre entièrement. Car tout semble conjurer contre elle :

* les objections que le démon fait naître dans l'esprit, colles que

* suggèrent les lectures ou les réflexions que l'on fait soi-même, les

* feuilles publiques, les productions aniireligiouses qu'un zèle impie

* répand partout à profusion, les discours particuliers qui retentis-

* sent chaque jour aux oreilles, tout tend à miner, ébranler, ron-

* verser la foi : et point d'autre remède à un si grand mal, que l'ex-

* posé solide des preuves qui établissent nos croyances : soutenu

* par ces preuves, la foi demeure ferme contre tous les assauts ; " privée de ces appuis, elle chancelle et tombe sans retour. Témoin

* une déplorable expérience : qui pourrait dire combien de jeunes

* gens et d'hommes faits ont perdu la foi, parce que le prêtre qui

* catéchisa leur enfance ou qui les instruisit dans un âge plus avancé

* ne leur fit pas coiuiaitre les preuves solides de leur cioyance?

* Mieux instruits, ils se seraient conservés.

* 2° Il est très-utile de considérer les vérités chrétiennes sous le

* point de vue moral, en montrant aux auditeurs les conséquences •pratiques qui en découlent. Ces vt'ritos sont pour l'âme qni les

* médite une source hiépuisable d'utles instructions, de pieuses

* affections, de résolutions saintes et généreuses. Plus on les appro- ' fondit, meilleur on devient, et il est impossible de les considérer

* avec foi sans se reprocher ses défauts, sans se sentir mieux disposé

* pour la vertu. Les règles que nous exposerons plus bas feront sentir

* la justesse de cette observation; et ce qui la confirme d'avance,

* c'est que ces sublimes véi'ités sont le fondement le plus solide de

* toute la morale, parce qu'elles en contiennent à la fois le molif, la

* sanction et l'exemple ; on peut même dire qu'elles en sont le charme

* puisque par elles l'homme trouve du bonheur à se priver, à souffrir,

* à s'humilier et mourir.

* Mais pour traiter convenablement sous ces deux points de vue

* les vérités chrétiennes, il est des règles à observer ; et les deux

* articles suivants les feront connaître.

RÈGLES A SUIVRE DANS l'eXPOSÉ DES PREUVES DES VÉRITÉS CHRÉTIENNES.

1''* Règle. — Le prédicateur, en établissant ces vérités dans les auditoires catholiques ordinaires*, ne doit pas paraître soupçonner (;u'il y ait parmi ceux auxquels il parle des esprits capables de douter d'.î la vérité qu'il propose. En effet, comme ceux qui ne croient pas ne viennent guère à l'église, le reproche n'irait point à son adresse; et comme dans presque tous les auditoires il y a beaucoup d'âmes simples qui pensent qu'aucun homme sensé ne peut douter do la religion, il est important de leur laisser cette pensée qui est dans leur esprit comme la preuve fondamentale ou plutôt le charme de leur foi. Si vous leur dites qu'il y a des gens qui ne croient pas, vous leur ôtez ce charme pieux, vous les scandalisez; vous leur propose:^ un exemple de doute qu'ils croyaient impossible, vous ébranlez leur foi.

2® Règle. — Il ne faut point dire ouvertement à ses auditeurs qu'on entreprend de leur prouver telle vérité, mais il faut dissimuler son dessein sous une forme de langage qui donne lieu cependant de présenter toutes les preuves. En effet, ou les audit^ui's auxquels on s'adresse sont des âmes simples dont la foi pleine de candeur ne soupçonne pas môme la possibilité du doute en matière de dogme,

* Nous ne prétendons point donner ici des règles pour ces auditoires spéciaux, tels que ceux que rassemblait, il y a (luclqiies années, autour de la cliaire de Notre-Dame, le P. de Ravignan ou le P. Lncordaire. Cette spécialité a ses règles à liurt, et il nVntre pas dans notre plan de les exposer.

OU ce sont des personnes qui ne croient pas. Dans le premier cas, celui qui leur dirait : Je viens vous prouver telle chose, ferait naître dans leur esprit ce soupçon : Mais cette vérité est donc matière à controverse ; il est donc possible d'en douter ou de ne pas la croire, et ce soupçon serait un scandale pour plusieurs. Dans le second cas, CCS attaques de front portées à l'erreur effaroucheraient les esprits, îes mettraient en défiance contre le prédicateur, en faisant redouter à leur amour-propre l'humiliation d'être vaincu dans le combat ; et alors ils n'écouteraient plus que dans un esprit de contestation, Jivec le désir bien prononcé de trouver en défaut l'agresseur de leurs doctrines. Aussi saint François de Sales, dont le jugement en cette matière a tant de poids, puisque cet apôtre de la douceur a converti tant d'hérétiques, assure que jamais ces attaques directes ne lui ont réussi : sa méthode était d'exposer simplement et clairement les vérités de la foi dans leur majestueuse beauté, sans aucun mot qui sentît la controverse ; et c'est ainsi que nous devons faire nous-mêmes. Je suppose, par exemple, que je voulusse prouver l'existence de Dieu, je ne dirai pas : Je viens vous prouver qu'il y a un Dieu ; mais je dirai par exemple : « Comment pouvons-nous vivre dans un « si grand oubli de Dieu et penser si rarement à lui? Tout nous en a parle dans la nature : si je considère les cieux, etc.. Si je consi- « dére la terre, etc.. Si je me considère moi-même, etc.. L'enfant « qui voit une maison se dit qu'il y a une intelligence quia présidé à « sa construction, une main qui a élevé ses pierres ; et nous, nous « voyons l'univers, etc.. Et nous ne pensons pas, etc.. Et nous n'a- « dorons pas... » — Si encore je veux prouver la présence réelle, je ne dirai pas : Je viens vous prouver que Jésus-Christ est présent dans l'Eucharistie ; mais je dirai : « Jésus-Clirist, mes frères, nous a té- « moigné un amour infini dans l'institution de ce sacrement : car on « juge de l'amour d'une personne par la grandeur et l'excellence du « don qu'elle fait à la personne aimée : or Jésus-Christ nous fait « dans ce sacrement le don le plus excellent et le plus magnifique : « car ce n'est pas une figure, un mémorial de sa personne qu'il K nous y donne, c'est sa personne adorable tout entière, comme le « prouvent ces paroles : Ceci est mon coips, etc.. » Et ainsi l'auditeur, me croyant tout occupé à faire ressortir l'amour de Jésus- Christ pour les hommes, lorsque par le fait je serai occupé à lui prouver la présence réelle, sentira tout à la fois et son cœur louché et son esprit convaincu.

Z" Hriilc. — 11 fiuit présenter les preuves par forme de développe-

ment et d'exposition de la vérité qu'on veut établir, en y évitant tout ce qui ressemble à l'argumentation et à la controverse. Cette règle est fondée sur la même raison que la précédente, et l'exemple déjà cité servira à l'éclaircir ; ainsi, au lieu d'argumenter sur le sens à donner à ces paroles : Ceci est mon corps, au lieu de dire que ce sens est encore confirmé par les Pérès, je développerai ma preuve comme si je ne voulais que faire ressortir l'amour de Jésus pour nous. «Voyez, dirai-je, avec quelle clarté son amour s'exprime, etc.. « Aussi les Pères, commentant ces paroles, sont-ils dans l'ad- 9 miration d'un tel excès d'amour : 0 miracle ! ô amour ! s'écrie « saint Chrysostome, celui qui est assis à la droite du Père est en « même temps entre les mains des prêtres, etc.. » Et après cela je conclurai, non pas : donc Jésus est présent dans l'Eucharistie, mais : donc il nous témoigne dans ce sacrement un amour infini. Cette méthode a l'avantage de parler à la fois à l'esprit et au cœur; et, quand le cœur est touché, l'esprit ne songe pas à disputer.

¥ Piègle. — II faut être très-sévère dans le choix de ses preuves, très-clair et très-logique dans leur exposé. Nous renvoyons, pour l'explication de cette règle, à ce que nous avons déjà dit dans le premier livre, chap. iv, art. 5, § 2, section 2, de la Manière de •prouver.

5^ Règle. — Il ne faut point se proposer les objections ni paraître supposer qu'il y en ait à faire contre la vérité qu'on traite ; mais il faut donner des explications qui les résolvent en les prévenants et si l'objection se tire d'un texte de l'Écriture ou des Pères, apporter le texte lui-même en preuve de la vérité qu'on établit. La raison de cette règle, c'est qu'il est presque toujours dangereux de proposer des objections, soit pour le motif indiqué dans les règles précéden. tes, soit parce que l'auditeur, fort attentif à l'objection, est souvent distrait à la réponse, soit enfin parce que Tobjcction produit dar.s l'esprit une prévention défavorable qui cherche à trouver la réponse en défaut : et d'un autre côté, la méthode que nous indiquons a cet avantage qu'elle détruit l'objection dans ceux qui la connaissent, et met en état d'y répondre ceux qui ne la connaissent pas, tout en les laissant dans l'heureuse simplicité de leur ignorance. Si donc je

* Non itàproponantur argumenta ut simpliciores offendi possint; sed eo pacto Tes eiponatur ut illi ex dalâ explicatione solutionem eorum qux sibi in menlem venerint aut ab aliis audiverint, facile coUigant.

(Rcg-uhe Socictatis Jesu.)

veux réfulcr l'objection que les protestants tirent contre la présence réelle de ce passage de l'Évangile : Spiritus est qui vivifient, caro non prodest quidquam, je ne présenterai pas ce texte comme formant une difficulté; mais je dirai, en continuant l'exposé de la doctrine catholique : « L'esprit de la Divinité vivifie la chair sacrée du « Sauveur qui, par elle seule et sans son union avec le Verbe, ne « pourrait répandre la grâce dans les âmes, » Ou bien encore, en suivant l'interprétation de saint x\ugustin : « Oh ! combien était « grossier et indigne de la majesté de ce mystère le sentiment des « Capharnaïtes, qui croyaient que Jésus-Christ couperait sa chair eu «1 morceaux sanglants pour la donner à manger ! Que la croyance « catholique est plus belle, plus digne de Dieu et de l'homme ! C'est « la seule que Notre-Seigncur approuve, puisqu'il dit que le sens « grossier et charnel des Capharnaïtes ne sert de rien : Caro non « prodest quidquam. » On voit que par là cette parole qui était une objection devient une preuve ; et ainsi on déguise la controverse tout en la traitant. Telle était la méthode de saint François de Sales; et la conversion de tant de milliers d'hérétiques qui en a été l'heureux effet, en démontre l'excellence : telle était aussi la doctrine de Fénelon : « Je voudiais, dit-il dans ses Dialogues sur l'éloquence, <i qu'un prédicateur, en montrant l'origine et l'établissement de « la religion, détruisît les objections des libertins, sans entrepren- « dre ouvertement de les attaquer, de peur de scandaliser les sim- « pies fidèles. »

6° Uègle. — Il faut ajouter aux preuves toutes les considérations propres à faire ressortir la beauté, la majesté et la sainteté de la doctrine chrétienne sur le point on question, et montrer combien le dogme calhulique est convenable à la bonté de Dieu, à sa miséricorde, à sa sagesse et à tous ses attributs. Des pi'euves sèches trouveraient souvent l'esprit prévenu contre les dogmes difficiles à croire ou qui ont pour conséquences des préceptes pénibles; mais si ces dogmes lui apparaissent dignes d'admiration et d'amour, il éprouve pour eux, au contraire, des prévi-nlions favorables qui lui en font accueillir les preuves avec joie et bonheur. Ainsi, par exemple, si, ayant à démontrer l'institution divine delà confession, je me borne à doimer sèchement mes preuves, l'orgueil, conlristé de l'humiliaji,)n qu'on lui impose, cherchera des prétextes, desolijcctionset des difficultés pour ne pas se rendre ; mais si je lui nionlre dans cette institution la miséricorde infinie de Dieu (|ui ne demande au coupa- Lie que l'aveu de ses fautes pour les lui panionner, quel(|ue nom-

breiises et énormes qu'elles soient ; si je lui fais voir dans ce sacrement un chef-d'œuvre de la sagesse divine, frein des passions, garantie de la morale, source des sages conseils, moyen de prévenir ou de réparer tous les torls, repos et bonheur des consciences; dès lors il est gagné, il trouve que Dieu a bien fait, et croit déjà à moitié un dogme si beau, si consolant, avant même que je lui en aie donné les preuves; il m'écoute avec désir de croire, et bientôt il croit. Aussi les conlroYcrsistes qui ont ramené le plus d'hérétiques augiron de l'Église, ont-ils tous suivi cette marche; et telle était encore la^ méthode de saint Thomas d'Aquin, lequel s'attache, dans presque tous les sujets qu'il traite, à faire voir combien la vérité qu'il établit est digne de Dieu et des hommes. Les prédicateurs ne sauraient mieux faire : qu'ils fassent admirer et aimer à l'auditeur la vérité qu'ils lui démonirent ; cette disposition le rendra plus propre a saisir et goûter les preuves.

7^ Hcgle. — Si l'on croit, d'après les circonstances, devoir parler de ceux qui ne pai tagent pas notre croyance sur le point en question, il faut toujours en parler avec charité et douceur, sans se permettre la moindre parole qui puisse les offenser. Les apostrophes insultantes, les invectives et les reproches, les paroles piquantes, les défis de répondre portés aux adversaires ne peuvent être bénis de Dieu, parce qu'il y entre toujours beaucoup d'orgueil et point de charité. Ajoutez à cela que nos adversaires ne peuvent être que révoltés et aigris par ce mauvais genre ; cela seul serait un obstacle à leur retour s'ils en avaient la pensée. « Jamais, disait saint Vincent « de Paul, je n'ai vu ni entendu dire qu'aucun hérétique ait été con- « verti autrement que par la douceur et l'humilité. » Et il en est de même des incrédules et des pécheurs : pour les ramener il faut chercher à les gagner et non à les confondre, se montrer à eux non comme un adversaire qui veut remporter la victoire, mais comme un père qui les aime, et ne cherche à les éclairer que parce qu'il les aime. Il est au fond de toutes les âmes un orgueil secret qui prévient contre la vérité que les autres nous découvrent, et cet orgueil demande à être ménagé.

8* Règle. — Après avoir exposé les preuves, il faut toujours dé« diiire des affections pieuses, et tirer quelques conséquences pratW ques propres à rendre les auditeurs meilleurs. Ces affections servent merveilleusement à la persuasion, et gravent la vérité non-seulcrnentdans l'esprit, mais dans le cœur, siège de la foi qui justifie : Corde crt'dilur ad jusliUam. D'ailleurs, toute vérité religieuse ayant

pour conséquence des obligations à remplir, le prédicateur s'arrête rait en chemin s'il ne menait ses auditeurs jusque-là. Éclairer l'entendement n'est qu'un moyen pour déterminer la volonté à mieux vivre • et c'est perdre, au moins en grande partie, le fruit de son discours que de ne pas conclure par une exhortation pressante à la réforme des mœurs, à la pratique des vertus.

RÈGLES A SUlvr.E EN TRAITANT LES VÉRITÉS CHRÉTIENNES SOUS LE RAPPORT MORAL OU DANS LE DESSEIN DE PORTER LES HOMMES A LA VERTD.

Les perfections de Dieu, ses bienfaits, les fins dernières de l'homme, tels sont les trois chefs auxquels peuvent se rapporter toutes les vérités chrétiennes ^ Les trois paragraphes suivants vont nous exposer les règles relatives à ces trois ordres de vérités.

§ 1er.

De la prédication sur les perfections divines.

C'est un devoir pour le prédicateur de développer souvent aux peuples les perfections de Dieu, et de leur montrer dans ces perfections le principe de toutes leurs obligations, le motif de toutes les vertus. Dieu n'est pas connu, voilà la cause de tous les maux qui désolent la terre ; voilà pourquoi les pécheurs ne le craignent point et les bons l'aiment si faiblement ; ce qui a fait dire à Jésus-Christ que la connaissance de Dieu est la clef de la vie éternelle : Hxc est vita xterna ut cognoscant te solum Deum veriint. Pour traiter dignement un si grand sujet, voici quelques règles qui pourront diriger le prédicateur.

1'^ Règle. — Le prédicateur doit s'attacher à donner aux peuples la plus grande idée de Dieu, et n'en parler jamais lui-même qu'avec un profond respect, soit qu'il traiîe ex professa les grandeurs divines, soit qu'il en parle par occasion dans ses instruction?. L'estime souveraine de celte majesté infinie dont Newton n'entendait jamais prononcer le nom sans se découvrir, fera comprendre aux peuples ce que c'est qu'adorer et s'abaisser devant Dieu ; elle les rendra dociles à ses commandements, soumis à sa Providence, religieux eii-

« Les vérités qui n'entrent pas dans cette division ont rapport aux mystÎTea 011 aux vertus, h la prière ou aux sacrements dont nous parierons dans les article» suivants.

vers son nom adorable qu'on cessera de blasphémer, et envers ses Miiiiistres qu'on honorera; elle leur inspirera le respect et raltention flans la prière et le lieu saint, élèvera leur âme au-dessus des vues humaines, au-dessus de tous les intérêts temporels, qui ne sont rien pour qui a compris celte parole : Quis ut Deus? Dieu seul est tout; tout doit être sacrifié au bonheur de lui plaire. Il est donc de la plus haute importance d'inspirer aux peuples cette souveraine estime de Dieu ; et l'on y réussira en leur exposant avec un air pénétré et un sentiment profondément religieux sa toute-puissance, sa grandeur, sa sainteté, son éternité, toutes ses perfections incompréhensibles parce qu'elles sont infinies, en leur montrant ensuite les anges abîmés de respect devant sa majesté, tous les saints prosternés devant son trône, tels que nous les représente l'apôtre saint Jean dans l'Apocalypse, et surtout en accompagnant ces paroles de son exemple, et paraissant toujours profondément respectueux dans la prière et le lieu saint.

2« Règle. — En même temps que le prédicateur donne aux peuples une grande idée de Dieu, il doit s'attacher à le leur montrer comme infiniment aimable et infiniment à craindre. L'amour et la crainte, voilà les deux sentiments dont le cœur de l'homme a besoin : l'amour pour l'attirer à Dieu, la crainte pour effrayer les passions qui voudraient l'en éloigner; et le prédicateur trouvera facilement dans les perfections divines de quoi faire naîlre au cœur de ses auditeurs ces deux dispositions. Quoi de plus aisé que de montrer que Dieu est infiniment aimable , puisqu'il est infiniment parfait, qu'il est notre Père, le ce' itre et la joie de nos cœurs? Et il n'est pas plus difficile de faire voir qu'il est infiniment à craindre, puisqu'il est notre juge, juge infiniment saint qui ne peut souifrir rien de souillé, juge infiniment terrible qui tient entre ses mains la sentence de noire éternité heureuse ou malheureuse. *

3® Règle. — Le prédicateur, en traitant les perfections divines, devra saisir en elles ce qu'elles nous offrent d'imitable, et le proposer à ses auditeurs comme le type magnifique et sublime de la vie chrétienne. Car Dieu nous ayant créés à son image, le propre de la religion est d'achever dans nos âmes cette divine ressemblance ; enfants de Dieu, nous devons nous montrer dignes de notre père : et ici le prédicateur aura à développer aux fidèles la miséricorde de Dieu avec toutes ses richesses, en leur disant comme Jésus-Christ: Estote miséricordes sicut et Pater vester misericovs est^; sa sainteté

* Luc, VI, 5G.

en ajoutant avec Dieu lui-mênic dans k Léviliquc : Sandi estote quoniani ego sanctus siim ' ; sa patience qui souffre tous les péchés des hommes, sa douceur qui ne se trouble ni ne se fâche d'aucun outrage, sa bonté qui rend le bien pour le mal, comble toutes les créatures de ses bienfaits et est pour nous plus que maternelle, toutes SCS perfections enfin, en déduisant avec le divin Maître l'obligation de nous rapprocher le plus possible de ce beau modèle: Es' lote perfi'cU sicnt et Pater vester cœlestis perfectus est^.

4^ Règle. — On peut traiter en deux manières les perfections divines: la première est d'établir ou expliquer cette perfection dans le premier point, qui alors serait purement dogmatique, et de développer dans le second, qui alors serait tout moral, les fruits de vertu que nous devons recueillir. Par exemple, je puis dire : Dieu est présent partout, premier point ; à quoi 7ïous oblige cette présence de Dieu en tous lieux? second point ; ou encore : Il y aune Providence qui veille sur chacun de nous, premier point; quels sont nos devoirs envers cette Providence? second point. — La deuxième manière, c'est d'insérer les fruits, affections et pratiques dans l'énoncé même des perfections de Dieu ; par exemple : La présence de Dieu partout est un motif puissant d'éviter tout péché, premier point ; d'arriver en peu de temps à la perfection, second point ; ou encore avec Bourdaloue': Dieu a sur nous un domaine essentiel que nous devons reconnaître par une sincère oblation de nous-mêmes, premier point ; un domaine universel que nou»devons reconnaître par une entière ablation de nous-mêmes, second point ; un domaine éternel que nous devons reconnaître par une prompte oblation de nous-mêmes, troisième point. Cette méthode paraît plus utile que la première, en ce qu'elle découvre mieux aux peuples les fruits qu'ils doivent tirer du discours, chaque proposition de la division marquant ce qu'il faut faire on ce qu'il faut éviter.

On peut consulter sur les perfections divines : 1° l'Ecriture sainte, et surtout les prophètes; 2" Bossuet, dans ses Élévations sur les mystères; 5" Âvrillon, dans ses Réflexions sur les attributs de Dieu , 4" Lafosse, Tractatiis de Deo et divinis altributis.

De la pré'lication sur les bienfaits de Dieu.

Il est très-iïtile de prêcher souvent sur les bienfaits de Dieu, et dt' faire ressortir la reconnaissance à laquelle ces bienfaits nous

* Lev., XI, 41. — 'Mattli., v, -58. — ' Scriuon iiour le jour lic la l'iuilicaLioti.

obligent. « Je vous engage, écrivait saint Liguori à un missionnaire, « à parler souvent de l'amour que Jésus-Chiist nous a témoigné « dans l'institution du Saint-Sacrement, et de celui qu'à notre tour •f nous devons ressentir pour notre aimable Rédempteur. Tout ce a qui se fait par la crainte dos châtiments et non par amour, a peu « de durée. »

Il y a ici, comme dans le paragraphe précédent, deux manières de traiter ce sujet, l'une et l'antre également utiles.

La première est de montrer dans un premier point la grandeur du bienfait, et dans le second les obligations qui en résultent, c'est-àdire la reconnaissance qu'on en doit avoir et les fruits qu'il en faut recueillir. — Pour relever la grandeur du bienfait, on considère trois points de vue, le bienfait en lui-même, celui qui le donne et celui qui le reçoit : 1* le bienfait en lui-même : on en démontre le prix en faisant voir combien il est excellent en soi, combien il nous est utile , peut-être même nécessaire, et s'il y a lieu, combien il est multiplié et souvent réitéré ; 2° celui qui le donne; et ici on fait ressortir d'un côté la dignité infinie du bienfaiteur qui veut bien abaisser ses bienfaits jusqu'à nous ; de l'autre ce que lui coûte ce bienfait et l'affection plus que paternelle avec laquelle il nous le donne; 5° celui qui le reçoit; et ici on démontre que c'est une personne qui n'a mérité en rien cette faveur , qui au contraire s'en est rendue horriblement indigne, et parles outrages faits à son bienfaiteur, et par l'insensibilité prévue pour le bienfait. Ces trois considérations peuvent se développer à l'aide du vers si connu :

Quis, qu'id, ubi, quilms auxUiis, car, quomodb, quandb.

Quis? Plus le bienfaiteur est élevé, plus le bienfait est appréciable: le don d'un roi à un sujet est plus appréciable qu'un don d'égal à égal. Qiiid?Que\ est le bienfait en lui-même et en ses conséquences ou ses avantages? Ubi? Où aéié déposé ce bienfait, c'est-à-dire à qui a-t il été donné? A un néant rebelle et ingrat, connu d'avance comme tel. Quitus auxiliis ? Les moyens employés pour conférer ce bienfait ne supposent-ils pas une bonté ineffable? Cur ? Par pur amour, et loin que le bienfaiteur eût intérêt à conférer ce bienfait à l'homme, tout devait l'en détourner. Qiiomodô? Les circonstances qui onlourent ce bienfait, la manière dont il est donné, relèvent encore la générosité et la tendresse du bienfaiteur. Quandô? Le temps où nous recevons ce bienfait en est une nouvelle preuve. — Pour dire ensuite à quoi oblige le bienfiiit, on fait voir: 1" qu'il fait

aimer le bienfaiteur et le remercier souvent ; craindre de l'offenser, chercher au contraire à lui plaire en tout, et désirer, si on le pouvait, de lui rendre la pareille, de faire pour lui autant qu'il a fait pour nous ; 2" qu'il faut conserver précieusement le bienfait, en faire toute l'estime qu'il mérite et surtout l'usage pour lequel il nous a été donné.

La deuxième manière de traiter les bienfaits de Dieu est, comme dans le paragraphe précédent, d'insérer la moralité dans les propositions mêmes de la division. Par exemple, si je veux prêcher sur la création : Par la création, Dieu est l'auteur de mon être, je dois lui obéir f premier point ; il nia fait pour lui, je dois tendre à lui, second pohit; Uni a fait à sa ressemblance, je dois Tmifer, troisième point ; ou encore : Dieu par la création est mon maître, je dois le servir, premier point ; il est mon père, je dois l'aimer et l'honorer, second point ; et l'on suit pour le développement les moyens d'amplification que nous avons indiqués en exposant la première manière.

Telle est la méthode qu'on peut suivre pour traiter tous les bienfaits de Dieu, comme la Providence, l'Incarnation, la Rédemption, la Grâce, l'Eucharistie, la Confession, etc.. Le prédicateur, en s'attachant à ces indications, est sûr de donner toujours une instruction utile.

De la prédication sur les fins dernières.

Nous avons déjà dit, dans le chapitre troisième du premier livre, combien il est important de prêcher souvent sur ces vérilés. On ne saurait trop rappeler à l'homme qu'il ne meurt pas tout entier comme la brute, qu'au sortir de la vie, l'attendent d'ineffables jouissances ou d'épouvantables supplices, selon qu'il aura bien ou mal vécu ; et nul doute qu'une des causes principales du dépérissement des mœurs parmi les fidèles, c'est qu'on ne prêche pas assez ou qu'on prêche mal sur ces graves sujets. Pour les traiter utilement, il faut commencer par s'en bien pénétrer en se les appliquant à soimême, afin d'en porter en chaire une foi si vive, que toutes les paroles, tous les gestes, les traits du visage, l'accent de la voix, persuadent aux auditeurs qu'on éprouve le premier pour soi-même les sentiments qu'on veut leur iri?pircr. C'est ôler à ces vérités tout leur effet que d'en parler avec froideur, comme on parle de choses indifférentes; c'est même une sorte de scandale que de laisser paraître,

avant, pendant ou après le sermon, un certain air libre et content de soi, qui décèle une âme étrangère ou insensible à la vérité prêchée. Il faut, en second lieu, se proposer un but pratique auquel on ramène le discours. Car, porter l'effroi dans les âmes n'est pas un but digne â'un ministre de l'Évangile : si sa parole est terrible, ce ne doit être que pour rendre les hommes meilleurs. Massillon a quelquefois manqué à cette règle ; il effraye son auditeur et le laisse là. Bourdaloue , au contraire , s'empare de l'auditeur effrayé , et lui montre la manière d'échapper au danger qui l'épouvante. Ainsi doit faire tout bon prédicateur.

Sous le nom des fins dernières, on comprend ordinairement le salut, la mort, le jugement, l'enfer et le ciel. Nous ferons sur chacun de ces sujets quelques observations que nous croyons utiles aux prédicateurs qui voudront les traiter.

1° Sur le salut.

1'^ Observation. — On rencontre souvent trois défauts dans les prédications sur cette matière. Le premier, c'est que le prédicateur se transforme en historien fastidieux des œuvres de Dieu, depuis le paradis terrestre jusqu'au Calvaire, et souvent plus loin. Sans doute il est bon de montrer ce que Dieu a fait pour le salut, afin de faire ressortir l'importance qu'il y attache ; mais cette peinture doit se faire brièvement, à grands traits, et surtout être entremêlée d'applications ou d'inductions contre le pécheur qui néglige son salut : le salut, peut-on lui dire par exemple, est la dernière de vos affaires ou plutôt n'en est pas une pour vous ; et Dieu en fait son unique affaire, à laquelle il subordonne tout le reste ; d'où je conclus ou que Dieu n'a pas raison ou que votre conduite est déraisonnable... Vous dites que les sacrifices que demande le salut sont trop pénibles, et voyez Jésus-Christ au jardin des Ohves, à la colonne de la flagellation, sur la croix... — Le second défaut est de faire une longue description du ciel et de Tenfer. Ces descriptions ont l'inconvénient : 1° d'être nécessairement faibles et imparfaites, parce que ce sont des matières trop vastes pour n'occuper qu'un coin du tableau; 2° d'être des horsd'œuvre. Il ne s'agit pas ici de décrire le ciel ou l'enfer, mais de presser avec force et énergie ses auditeurs de se mettre de tout leur cœur à travailler à leur salut. — Le troisième défaut est de parler sans modération du petit nombre des élus, de l'impénitence finale, du danger du délai de la conversion, de la suite des rechutes dans le péché, de l'empire, des mauvaises habitudes et autres matières

semblables. Par là on décourage, on désespère les pécheurs, qui ne sentent déjà que trop les difficultés du salut; et on trouble les justes, on leur ôte la paix qui leur est si nécessaire, double inconvénient qui rend le sermon plus nuisible qu'utile. Saint François de Saies avait une bien autre pratique ; il s'attachait, au contraire, à montrer qu'avec un peu de bonne volonté tous ses auditeurs pouvaient se sauver. Les prédicateurs ne sauraient trop imiter un si beau modèle.

2^ Observation. — Tout bon sermon sur le salut doit renfermer explicitement ou implicitement les deux points suivants : 1/ fautvoiis occuper tout entier et dès aujourd'hui de votre salut, premier point ; que faut-il faire pour réussir dans une affaire si grave ? second point. — Dans le premier point, le prédicateur doit faire toucher au doigt que c'est une affaire, 4'' importante (on peut en prendre à témoin les l'éprouvés, les saints, Dieu lui-même); 2° nécessaire (pas moyen de l'éluder : In alterutram xternitatem cadam necesse est) ; 5" personnelle (il ne s'agit pas de nos biens ou de notre honneur, il s'agit de nous-mêmes, et chacun dans cette affaire y est pour soi); A° urgente (tout délai est dangereux) ; 5° digne de tous nos soins (elle les demande et elle les mérite). — Dans le second point, il faut montrer la nécessité, 1° de recouvrer promptement et de conserver soigneusement l'état de grâce ; 2** de tout subordonner au salut, actions, projets, choix d'un état et d'un établissement, usage des choses de ce bas monde, tout enfin : Quid hoc ad xternitatem? Voilà le principe et la régie de conduite que tous doivent adopter comme conséquence du sermon.

5« Observation. — On peut consulter sur cette matière le Traité de l'importance du salut par le P. Rapin ; la Guide des pécheurs, livre II, ch. i ; le P. Giroust dans son Âvent et son Carême; et, parmi les Pères do l'Église, saint Clirysostome, homélies 22 et 58 au peuple d'Antioche, et saint Augustin, serm. 64, de Verbis Domini. — Si, au lieu de traiter le soin du salut, on voulait traiter l'insouciance des hommes pour le salut, on pourrait montrer combien cette insouciance est, 1° injurieuse à Dieu; 2" indigne d'un homme sensé; et l'on trouverait de belles et excellentes considérations sur ce sujet dans les chapitres vui et xii du premier volume de l'Essai sur l'ùidifférence par M. de Lamennais.

2° Sur la mort.

l'® Observation. — Il y a dans les prédications sur celle matière trois défauts très-communs. Le premier est de prouverpar 1 Kciiturc

sainte, la tradition, l'expérience et la raison, la certitude de la mort et l'incertitude du moment de la mort, choses assurément admises de tout le monde. Il est bon, sans aucun doute, de faire considérer nu pécheur qu'il doit mourir et qu'il n'en sait pas le moment ; mais il est ridicule d'entreprendre de le lui prouver comme on prouverait une proposition sujette à controverse. Le second défaut est de peindre les angoisses, le remords, le désespoir du pécheur mourant. Cette peinture élait vraie et utile dans les siècles de foi : aujourd'hui elle porterait complètement à faux. L'expérience démontre que les 'plus grands pécheurs meurent fort tranquilles, et les exhortations les plus véhémentes du zèle ne peuvent réveiller sur eux la moindre inquiétude. — Le troisième défaut est de démontrer l'impossibilité de bien mourir quand on a mal vécu. C'est le défaut où est tombé le V. Brydaine dans son sermon sur la mort du pécheur, où il traite cette proposition unique ; Telle vie, telle mort; si vous vivez dans le péché, vous mourrez dans le péché. Cela a l'inconvénient: 1* de mettre des bornes à la miséricorde de Dieu, ce qui ne doit jamais se faire; 2° d'exposer le pécheur mourant à désespérer de son salut, et le ministre appelé pour l'assister à contredire ce qui a été dit en chaire. 2' Observation. — Il y a quatre manières principales de présenter ce sujet, suivant le but qu'on se propose. — 1" Si l'on veut engager les fidèles à se préparer à la mort, on peut diviser ainsi son sermon: Il faut se préparer à la mort, premier point: comment s' ij préparer? second point. Le premier point se prouve : 1* par le malheur do mourir sans préparation, malheur immense, irréparable; 2° par le danger évident d'encourir ce malheur si l'on vit sans y penser ; 5' par la difficuUé de se préparer quand on attend au dernier moment. Pour le second point, on montre qu'il faut : 1° mettre dans sa conscience et ses affaires, dès ce moment même, l'ordre qu'on voudrait y avoir mis à l'heure de la mort ; 2° faire chacune do ses actions comme si on devait mourir aussitôt après ; 5' ne jamais demeurer dans un état où l'on ne voudrait pas mourir. ■ — 2" Si l'on veut détacher les cœurs de la terre pour les porter à la sainteté, on peut dire : La certitude de la mort doit nous détacher de toutes les choses de ce monde, premier point; l incertitude du moment de la mort doit nous inspirer une vigilance continuelle qui nous conserve toujours prêts à paraître devant Dieu, second point. — 5° Si l'on veuf former ses auditeurs à la pratique des vertus chrétiennes, on peut leur présenter la pensée de la mort comme motif d'humilité, comme règle infaillible de prudence chrétienne, comme moyen

efficace de ferveur. Ces trois points donneront lieu aux plus utiles déveIoppt>ments; le premier a élé adniirablementlrailépar Cossuel^ 4° Si l'on veut détruire dans ses auditeurs celte crainte excessive de la mort si indigne d'une âme chrétienne, on peut leur dire que dans la mort du vrai chrétien tout est consolation et jouissance, le passé, lepiésent et l'avenir. Le passé, carie vrai chrétien cpiitle sans regret ce qu'il a possédé sans attache, il se voit avec bonheur affranchi des misères de cette vie et surtout du danger dépêcher. Leprésent^ c'est le voyageur qui arrive au terme, le naulonicr qui entre dans le port. h'ave)nr, il voit le ciel qui s'ouvre, il va jouir enfin du bonheur éternel pour lequel il est fait.

5^ Observation. — On peut consulter sur cette matière le P. Fallu, dans son Traité des quatre fins de l'homme; les Essais de morale de NicoUe, tome lY, sur les fins de l'homme; la Retraite du P. Nouet, pour se préparer à la mort ; Bellarmin, dans ses Opuscules, tome V; Bossuet, Bourdaloue, Massillon, les sermons nouveaux, et, parmi les saints Père, saint Ambroise, de Bono mortis ; saint Augustin, dans le livre Spéculum peccatoris; saint Basile, Admonitio ad filium spiri" tuulem ; saint Grégoire, pape, au septième livre de ses Morales, ch. XIV.

5" Sur le jugement.

1" Observation. — Bien des prédicateurs ont ici le tort, 1° de ne traiter presque jamais le jugement particulier, matière cependant si intéressante et si propre à toucher; 2° en traitant le jugement général, de se livrer à des descriptions de pure imagination, lorsqu'ils ne devraient faire entendre que la parole de Dieu ; 3° de ne parler que du jugement des pécheurs et jamais du jugement des justes, contrairement à l'exemple de Jésus-Chiist qui, dans l'Évangile, réunit presque toujours ce double jugement, et à l'intérêt des auditeurs qui ont besoin d'être encouragés et consolés par le jugement des bons, autant qu'effrayés par le jugement des méchants. Le P. Brydaine, plein de cette vérité, a fait un long sermon consacré uniquement au jugement des bons.

2*= Observation. — Si l'on veut traiter le jugement particulier, on peut montrer l'&me au sortir de la vie, citée devant le tril)unal de Dieu. Si elle est juste, quelle consolation! premier point. Si elle est coupable, quel désespoir! second point. Pour le premier point, tout

t Sermon pour le vendredi de la quaU>ièxne semaine de Carême.

console le juste, son juge, ses péchés, ses bonnes œuvres, son avenir : son juge, c'est son meilleur ami ; ses péchés ! quelle joie de les voir tous pardonnes et couverts du sang de Jésus-Christ ! ses bonnes œuvres, quel plaisir de les lire toutes jusqu'aux moindres, inscrites au hvre de vie ! son avenir, il va être éternellement heureux. Pour le second point, on montre le pécheur, 1° saisi d'effroi, tout à coup au sortir de la vie seul devant son juge, et quel juge ! un juge irrité, un juge qui sait tout; 2° accusé des péchés commis, du bien omis, de l'abus des grâces, etc.. ; 5° convaincu par sa conscience, par le démon, par son juge; ¥ condamné, et l'arrêt est exécuté sur l'heure; on pourrait conclure très-utilement cette instruction par l'avis de l'Apôtre : Si nosmetipsos disjudicaremiis, non iitique jiidicarennir. — Si l'on veut traiter le jugement général, on peut, 1" en faisant l'historique des circonstances qui précéderont ou accompagneront le jugement et du jugement lui-même, faire ressortir tout ce que ce dernier jour aura de consolant pour le juste et d'épouvantable pouf le pécheur. On peut, 2° démontrer en deux points distincts la joie du juste elles angoisses du pécheur. On peut, 5" restreindre quelquefois son sujet au pécheur seul, et montrer comment, en ce jour, il sera accusé, convaincu, condamné.

3^ Observation. — On peut consulter sur ce sujet le P. Pallu et les Essais de morale de Nicole indiqués plus haut; puis, parmi les prédicateurs, Bourdaloue et Masdllon, Ségaud, Cambacérès etMac-Carthy; enfin, parmi les Pères, saint Chrysostome, Sermo de secundo adventu Filii Dei, hom. 5, in epist. ad Rom. 10, in secundam ad Cor., 8 in ep. ad Thessal., 3 in secundam ad Timoth., et S. Bernard, serm. 27 in Cantic.

A° Sur Venfer.

1" Observation. — Bien des prédicateurs tombent ici en plusieurs défauts. Le premier est de consulter dans la description qu'ils font de l'enfer plutôt leur imagination que la parole de Dieu ou l'enseignement de l'Église, et d'avancer beaucoup de choses sans preuves, ou du moins sans preuves solides. Ce défaut, grave dans tous les temps, l'est beaucoup plus dans ce siècle d'incrédulité : l'auditeur mal disposé en conclut que toutes les frayeurs qu'on veut lui fair^' de l'enfer ne sont qu'imaginaires et s'endurcit dans le péché. Il est donc essentiel d'appuyer tout ce que f on dit de preuves solides, de raisonnements exacts, et de prévenir même, autant qu'on le peut, les objections qui peuvent naître dans l'esprit des auditeurs rentra

h bonté de Dieu, contre sa justice et sa sagesse. — Le second défaut est de décrire les souffrances des damnés d'un certain ton qui annonce qu'on n'en craint rien pour soi, et qu'on est fort peu touclié du malheur de ceux qui les subissent : on dirait, en entendant cortains prédicateurs, qu'ils prennent plaisir dans ces peintures hideuses du supplice de leurs semblables. Il n'en est pas ainsi de Thonmie do Dieu; il souffre à la seule pensée des souffrances de ses frères; il n'en parle qu'avec l'accent de la compassion, et se confondant avec l'assemblée des fidèles dans une crainte commune, il tremble d'éprouver lui-même un jour les maux qu'il dénonce aux autres. — Le troisième défaut est de ne pas tirer, d'un si grand sujet, des conséquences pratiques pour porter ses auditeurs à une conversion prompte, à une pénitence sévère, à la vigilance, à la prière, au zèle du salut.

2« Observation, — Il n'est pas toujours à propos de décrire en détail les tourments de l'enfer. La foi de certains auditoires est trop faible pour supporter ce tableau, et pourrait en être ébranlée. On pourrait alors se contenter de généralités, et dire par exemple : il ij a une autre vie où tout pédié mortel, non expié ici-bas, sera puni, premier point; ces châtiments seront éternels^ second point; cV.'i une folie à V homme de s'y exposer, troisième point. — Dans les auditoires plus chrétiens, on décrira les quatre tourments de l'onfer, un feu dévorant, un Dieu perdu, un ver rongeur, tout cela pour l'cternité; mais il faudra toujours ajouter les moyens d'éviter Tenfer ou les fruits à tirer de Tinslruction. — D'autres fois, au lieu de traiter l'enfer même, on pourra prêcher très-utilement sur la pensée de l'enfer, et montrer combien celle pensée est propre à nous inspirer : i° un grand courage pour vaincre toutes les difficultés qui s'opposent au salut, 2" une vigilance continuelle, 5" une humilité profonde, etc.

5^ Observation. — On peut consulter sur celte matière le P. Fallu dans SOS quatre fins de l'homme et dans un de ses sermons; Bourdaloue, Ségaud, Giroust, Cambacérès, le P. de Ligny ; et parmi les saints Pères, saint Grégoire pape, lib. 9 in Job; saint Augustin, lih. 3 de Spiritu et anima; saint Bernard, serm. IG in Cantic, et surtout saint Chrysostome, hoin. 24 in S Matth., 10 in 2 Cor., cl le livre de Providentid Dei, où il démontre que Dieu d'-'vail à sa boulé de créer l'enfer, parce que sans l'enfer personne n'eût eu le courage de fiire les sacrifices nécessaires pour aller au ciel.

5° Sur le ciel.

Cette matière est très-difficile à traiter et a été l'écueil de plusieurs grands prédicateurs, parce que l'homme, dans cette vallée de larmes, connaît si peu le bonheur, qu'on manque de points de comparaison pour faire entendre la félicité dont Dieu enivre ses saints. Il n'existe guère que deux manières de traiter ce sujet ; la première est de décrire dans un premier point le bonheur du ciel, et de montrer dans le second les moyens d'y arriver ou les fruits que doit produire en nous cette considération, — La seconde manière est d insérer la moralité dans le dogme, et de dire par exemple : La foi du paradis doit détacher notre cœur de tous les biens de ce monde^ premier point; nous enflammer de ferveur dans le service de Dieu, second point ; nous remplir de patience et de courage au milieu des épreuves de la vie, troisième point.

On peut consulter sur ce sujet le P. Fallu dans son traité des quatre fins de l'homme, l'abbé Poulie, le P. Giroust; et, parmi les Pères de l'Eglise, tous ceux qu'indique la BibUolhèque des Pères, de M. Guillon, table des matières, art. Ciel.

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